IV
S2 LB8 CIBTALIBM 90 LARSOUmiT.
palaire des paroles qu'Ole Dé pouvait entendre, et qu'interrompaient de temps à autre un éclat de lire.
Perdlta commença à trembler de tous ses membres. Il lui paraissait évident désormais qu'elle avait été attirée dans quelque pi^e. Cependant, elle essayait encore de douter, et se rappelant que l'inconnu masqué lui avait parlé d'un cordon de cloche qn'dle n'aurait qu'à tirer quand elle désirerait la présence du général Garol, elle courut à la choninée.
En passant devant la glace sur laquelle elle jeta machinalement un regard. Perdita tressaillit. Sa figure pâle et décomposée, blanche comme du marbre au milieu des ruches de tulle rose du capuchon de son domino, lui donnait l'aspect d'un fantôme.
Elle trouva le cordon de la sonnette et l'agita avec force.
Personne ne parut.
Au bout de deux ou trois secondes elle saisit de nouveau le cordon et le secoua convulsivement.
Un pas lourd et chancelant retentit dans l'escalier.
Voici ce qui s'était passé entre Rosolio et l'Enrhumé, après le départ de Georges d'Entragues.
Rosolio verrouilla soigneusement d'abord la porte par laquelle venait de sortir le très-illustre chef des chevaliers du Lansquenet; puis il revînt en soufflant dans ses doigts s'asseoir devant le foyer, où les fascines accumulées brûlaient triomphalement.
— Sacrebleu! l'Enrhumé, mon ami, — s'écria-t-il, — on peut dire que le froid pince dur cette nuit ! J'en ai l'onglée et je ne l'ai pas volée; si c'est posnble de passer la
lÊ» cnfAUCBs Mi uirt^mwT* 83
moitié de la mitt comme ça sur on siège, avec une bise qui vous coupe la figure! Enfin, qu'est-ce que tu veux, pour gagner sa pauvre vie, faut travailler honnêtement. L'Enrhumé grogna quelques paroles indlsUnctes, qui du reste étaient évidemment approbatives.
— Dis donc, — reprit Rosolio, — sais- tu que ça ne va pas être drôle de foire là conversation avec toi, vu le léger inconvéniffit de ton organe... Est-ce que tu as toujours parlé d'une façon aussi complètement révoltante?
Nos lecteurs se souviennent que l'acolyte de Rosolio avait reçu le sobriquet de VEnrJmmé, à cause d'une maladie du larynx qui ne lui permettait point de prononcer une parole intelligible.
Rosolio répéta sa question.
— Non, — murmura TEnrhumé.
— Et qu'esU^ qui fa si bien détértoré ton instrument t
— Veau d^af.
— Bravo! tu es un brave à trois poHs! tu as laissé ta voix sur le champ de babille. Â propos d'eo» daf, passemoi la fiole; Je propose une t&wrnée.
L'Enrhumé donna une bouteille à Rosolio, qui écartant les petits verres, en prit deux d'une dimension plus qu'ordinaire, et les remplit d'eau-de-vie jusqu'aux bords.
L'Enrhumé vida le sien d'un trait.
— Tiens ! tiens ! ^ fit Rosolio en riant ; — il parait que tu ne lui as pas gardé rancune au picton !
— Non.
— Et dire pourtant qu'avant ça tu avals peut-être un do dans la poitirine, et cent mille baUeê par an dans le gosier, comme mon oompatoiote Ridiini !
84 LK8 CVfcVALlEKÀ DtJ UXSQUfeMBt.
L'Ënrhutté fit ua gosle qui ymAni dire : /6 m'en mofiie / ei essaya, nais saM ancuDô é^èee dé ré^Hat, de fredoQnereo reiBf)li8saut de aouveftu Bùn verre :
Moi je dis comme Grégoire, J'aime mieax boire.
— Voyons donc un peu, — * dit Aosolio en se levafit el en prenant une bougie, — voyons donc un peu les provisions que cet animal de l'Amour a apportées depuis deux Jours, pour l'alimentation de la douzelle ei pout* notre substantem^nt individuel.
Rosolio, dans ses moments perdus, avâtt queU|ttes prétentions au beau langage.
— Ça me parait bien monté, ^ fit il en ouvhint Un large buffet placé au fond, sous l'escalier. — lafltboos, saucissons, langues fourrées, pâtés de foie gras, c'eât complet, et parfaitement entendu. Maintenant, les liquides : bordeaux, bourgogne, madère, bravo! bravo ! Seulement ou a oublié le ehœnp, c'est un tort; eau-de-vIe, ^hum, kircb» parfait! parfait! Au fait, examinons un p6u « c'rst parfait. Goûtons. Il est évident que les liqueurs sont pour nous ; les femmes» c'est d sur ta hmtehê et mr ses netfs ! DiS'donc» l'Enrbumé, leguel dégustons-nous : rhum, kireh ou eau-de-vief
— Tous les trois, — grogna l'Ëurhumé.
— C'est ça, et nous serons à même d'apprécier les arômes,. .;Ju as eu là une crâne idée ! Ma parole d'honneur, il est plein d'esprit, cet imbécile-là!
Les trois bouteilles furent posées sur la chemliiée, et no$ deux personnages leur livrèreni immédiateAient un assez rude assaut pour nous donner le droil de supposer
que i'Eorbumé ayant pepdula vdx par l'abtM des alcools, l'eût immédiatement retrouvée si le$ principes de la médecine horoceâpatliique euwant reposés sur une donnée bien certaine.
*^osolio, de son naturel assez bavard, parlait en buvant et parlait pour deux, son interlocuteur ne lui donnant que fort rarement la réplique. Aussi peu à peu commençat-il à s'animer ej^traordioalr^niaiU et à ^enir fort tendre à l'endroit de l'Enrhumé, qu'il s'obstinait à appeler son plus intime ami, otqull voulait à toute force serrer contre son cœur.
Puis, après avoir péroré pendant quelques iQinutes avec une volubilité extrême, IV)^Qlio se mi^ «i cbanter, et passa en revue tout son répertoire grivois que nous regrettons de ne pouvoir meUie soos les yeux de nos lecteurs.
NouB ne résisterons point cependant au désir de citer ((eux couplets, qui doivent, ce nous semble, trouver grâce, sinon pour leur bon goût, du moins pour leuî extrême originalité.
Disons d'abord quelques mots de la mise en scène.
L'Enrhumé, assis sur une petite escabelle, les pieds dans les cendres, buvant sans relâche et fumant un court brûie-gueule culotté.
Rosolio, posé sur une chaise plus haute, le regard tendre et indécis, une bouteille d'une main, un verre de l'autre, gesticulant beaucoup et chantant avec force roulades, sur l'air de : Gastibelza, l'homme à la carabine :
Pour la Syrën' de la rue Conir* Escarpe,
Lisa Godard On donnerait, si Ton était escarpe
Un cent d^foulards !
86 iss onTAUCM DU larsoubsit.
Pour eoptiver octte fille fringante
Au grand œil noir»
Sans cess* on frait la bourse ou la toqmaue^
Oa bien l*moiieAotr / {Ut,)
Rosolio s'ioterrompit pendant une seconde pour humecter son gosier, qui pourtant ne devait point être sec, et reprit :
Lorsque sur yous son œil de feu se braque,
Je crois corbleu, Qu*on donnerait, si Ton était monarque.
Son cordon bleu !
On brocant*rait sa couronne royale.
Ses députés, Et l'on mettrait sa garde nationale,
Aumontd*piétéI (biê),
Rosolio était en train d'exécuter une fioriture de baut goût sur ce mot : pi-U-é-téi quand retentit le premier coup de la sonnette de Perdita.
Ftrdfta M loiollo (évite)
Au bruit inattendu du coup de cloche, Rosolio s'arrêta eoupt au milieu de sa rouiade.
— Ficiitre ! — dit-il, •— voilà ia corvée qui commence 1 cette diablesse de fille aurait Joliment pu nous laisser siroter tranquillement! hein, l'Enrhumé?
— Oui, — grommela ce dernier.
— Enfin, si c'est embêtant, c'est bien payé. D'ailleurs, ça ne sera pas long. Je vas lui expédier sa petite affaire en deux temps et trois mouvements, et Je reviens tutoyer les fioles, hein, l'Enrhumé ?
Cette fois, le personnage interpellé ne répondit point; il essayait d'atteindre avec le bout de sa langue une dernière goutte de rhum, suspendue au fond de son verre.
Rosolio Jeta par-dessus ses vêtements le vieux carrick couleur noisette qu'il avait quitté en descendant du siège de la calèche.
Il s^usta rapidement sur sa tête une perruque blonde
88 LES GBEVALiBttS Dt} LAM&QUBHtT.
bouclée qui cacha h's rouleaux lisses et brillants de ses cheveux noirs, pommadés à outrance, et enfin il adapta à ses joues et à son menton un collier de barbe: également blonde, auquel se rattachait par des fds invisibles une triomphante paire de moustaches.
Ce déguisement changeait d'une façon absolue l'expression de sa physionomie fausse et mobile, et rendait plus blafarde sa pâleur habituelle et plus saillant le cercle noir tracé au-dessous de ses yeux.
Des lunettes à larges verres bleus, destinées à cacher le regard, complétèrent la mélaffl^rpliose.
— Ça n'empêche pas, dit-il alors en se regardant dans un petit miroir, — ça n'empêche pas, que ladonzeile va trouver ça un peu cocasse de voir entrer au lieu de son mmsiettr (ui^ vieux), un physique aussi peu iléjeté que le mien ! Ma foi si elle est jolie, comme je me l'iMa^ioe, Je lui proposerai un troc; et allez donc!
Dringue zingne^ la faridoq4aine Bringue zingae la feridomion En s*ass6jaDt. .....
La sonnette convulsivement agitée par Perdtta, retentit pour la seconde fois.
Rosolio monta.
Au moment où Perdita entendit tirer le verrou que Georges d'Entragues avait poussé sans bruit m quittant la chambre, pour rendre toute fuite impossible, elle se précipita du côté de la porte, toute prèle à tomber dans les
U8 CtftYÂUftRfl bff LAJ«80VtNVr ^9
hr^Si 4m giAéral et à lui demaniler sa pMteeUiD Gontre les terreurs qui venaient l'assaillir.
L'Italien entra et referma soignejjsement la porle, puis il fit un salut auquel il crut donner uns alluce gracieuse et galante» et s'arrêta, étonné et dominé malgré lui par l'admirable beauté de la jeune femme.
Çet|4^ 4erni^re avait fait deux pas en arrière, en poussant un cri à rexpreç^joa Auquel Rosolio ne se méprit point, car il mit dans sa voix toute la douceur câline et hypocrite dont elle était susceptible pour dire à Perdita :
— N'ayez pas peur, ma petite dame; mon lu^ntlon n'est point de vous molester en aucune façon, bien aucontraire...-
Mais déjà la je^ne femme avoit reprU ua peu de sangfroid, car elle interrompit la piirase de Rosûliû, pour lui demander avec hauteur :
— Que me voulez-vous, Monsieur? et pourquoi êtes^ vous ici?
— Dame! parce que vous m'avez appelé, apparemnaent, — répondit Rosollo blo^ du toM que PerdÂia venait de prendre en lui parlant. ./
— le vous ai appelé, moi!.. — fii-eHe,stupéfeite.
— Ma foi! à moins q^fi l^ oreilles ne n^'ai^ cûrné...
— Et comment cela, Monneur?..
— Voil^! -^ répondit liosollo en indiquaut dm (ioigt le cordon de la sonnette.
— Mais ce n'est pas vous que j'atteiidai$! Ce 4'^st pas vous que je voulais voir ! — - reprit 1^ jeune fenuoe avec un dédain mal dissimulé.
Ça se peut; mais comme c'est moi qw suisi nenu, ditesmoi tout de suite ce que vous demandez, — repiqua rita-
10 LU CnTAUmS no LAffSOOBinV.
lien de {dus en plus méeonteDt des façons dédaûgnenses de Perdita.
— Le général Garol...
— Ckmnais pas.
— Estril donc parti?..
— Ck)nnais pas.
— Mais ma mère! Monsieur, ma mère!., elle est ici, dans cette maison ! elle m'attend ! . .
— Possible.
— Je veux la voir.
— Qui ça?
— Ma mère!
— Connais pas.
— C'est donc un piège ! un guetrspens ! !
— Possible.
— Enfin, Monsieur, où suis-je?
• — Ici.
— Chez qui??
— Connais pas.
— Vous refusez de me répondre?
— Un peu.
— Alors, dussé-je regagner Paris à pied, Je ne resterai pas une minute de plus dans ce lieu !
L'Italien ricana silencieusement.
— Auriez-vous donc l'intention de me retenir prisonnière?
— Parfaitement.
— Mais Je crierai. J'appellerai...
— Faites.
— Je veux sortir!
— Essayez.
LBf envALiiRs m lansquiubt. 9i
Rosolio s'appuya contre la porte, et les bras croisés regarda Perdita en sifflotant.
Femme sensible, entends-ta le ramage...
— Comment Monsieur, vous osez !..
— Dame !
Penyta sentait son éner^ faiblir, ses membres devenaient tremblants^ et ses yeux se voilaient d'un nuage ; pourtant elle résolut de faire un dernier effort et dH d'une voix qu'elle S'efforçait vainement de rendre ferme :
— Vous ai-je jamais foit du mal, Monsieur?..
— Non.
— Vous ne me connaissez pas r
— Non.
— Alors en agissant comme vous le faites, vous obéissez à quelqu'un.
Rosolio ne répondit pas.
— A qui?
Même silence.
— Geôlier d'une femme ! c'est un triste métier ! !
— Eh! eh!
— Mais, sans doute, on vous paye bien cher?
— Gomme ça, pas trop !
Un rayon d'espoir brilla dans l'œil de Perdita.
— Gombien? demanda-t-elle.
— Une bagatelle... deux jaunets par jour.
— Et si je vous donnais d'un seul coup, une somme Inw portante... plus forte que celle que vous gagneriez en bien
des jours...
— Vous dites?..
— Une somme importante.. .
n^ LM <^»VAUInil Dit fc41f809fiftlf.
— Quaad Cf^la ?
~ Tout de suite.
-- Eh bien ?
— Me laisserlez-vous libre alors?..
— Ah! dame! il faudrait d'atM)Fd savoir au juste de qaoi il s'agit : parce que... vous comprenez. . €f«iaDd on y va de c(mf (i) on est si souvent refait !
Perdita arracha plutôt qu'elle ne les enleva, le braoelet qv'eUe avait au bras et la broche qui retenait son ca-* mail, et tendant eea bijoux à Rosotio, elle loi dit :
— Prenez, Monsieur, tout cela est à vous.
— Merci, — fit l'Italien en coulant les joyaui dans sa poche après les avoir smmieaéa dana aa «ai» dHin air de connaisseur.
— Ibjîateoaiat, Moi^sleur, taiasez^moi fesser !
— Oh! oh ! ceci est autre chose.
— Gomment ! vous n'êtes pas «a^iafliH t
— Certainement si, que je le suis, satisfait,
— Eh bien ! alors.
— Mais je la serai bien dav^ntoga en palpMH les cinq mille balles, dont j'ai oublié de vous parler t^)i f haure, et qu'un oertaâa quidam de ma connaiaMiice« doit me compter fort prochainement.
— Oh ? c'est Infâme! c'est itdijm l -* s'écria PerdiUi à bout de forces en se laissant retomber dans un fiiut(NiU.
— Chut! cl^uti — fit Rosolio. — Allons, all^wa, calmons ces nerfs... vous avez été gentille avec mol en m'offrant ces bibelots que j'ai SKM^ptés, parce que )^ petiis présents entretiennent l'amitié, et comme il q'y a j^OMlia
(1) Y aller de conf^ y aller '^e fioa&wof.
LU GMYÀLifiliS DO LAXâ^UBNBT. ^3
qu'un mot qui serve, je m'en ras voua ie dire, ce mot. Vous êtes chez un particulier qui â besoin que Vous restiez Il l'ombre petidant quelque temps; ça, }e ne sais pas pourquoi. Oh ne veut vous faire aucune espèce de mal, je vous le jure foi de Ros... foi de joli ^rçon ! Vous ne mân querez de rien, comme vous pouvek vous eh convaincre en regardant le souper mignon qbi est là derrière vous... il y a ici Une Aiasse do provisions de l)ouche à votre intention» ù l'insiar d'nne princesse, même de l'étbier, dans le cas où vous jugeriez convenable de vou6 trouver niah Ne vous foites donc point de mauvais sang, mangez, Imvez, dormez et tenez-vous tranquille, car vous pleureriez, vous saereriéi, enfin vous feriez du train, et tout le bacchanal que (a ne vous servirait pas à la moindre d)^ choses !
Quant à 6e qui est de vous embêter toute seulf , j'en arrive au eonciusfm. — YoUs afteUdtlBzun vieux, à ce qu'il paraît, c'est un jeune qui e6l venu : la compensation me paraît suffisante, et je voua offre immédiatement mon cœur et mes faveUrb !
Rosolio en prononçant ces dernières paroles^ s'avaliça vers la jeune femme, les bras édtr'ouverts et avec Tintentioo bien évidente de lui prendre la taille.
Mais déjà Perdità s'était, relevée, et l'œil étincelaut de colère et d'indignation, la boudie méprisante» la main étendue ellis avdit dit :
— Sortez ! — d'une voix tellemetit impérieuse, que Rosolio, malgré son impudence, gagna la porte, la tête basse, et murmurant entre ses dents :
— Ah! c'est comme ça! fichue chipie! fichue bégueule! tu me ie payeras ! lu me le payeras!
94 LU CHBVALIBR» DO LIRSQOBEIKT.
Le premier mouvement de Perdita, quand elle se trouva seule, fut de chercher un moyen de fîiir.
Si nos lecteurs se souviennent de la façon dont elle était sortie du château du Staroste, dans des circonstance bien plus terribles encore que celles où elle se trouvait, ils comprendront parfaitement que la pensée d'une évasion par la croisée dut immédiatement venir à la jeune femme.
Elle écarta donc d'une main tremblante les rideaux qui voilaient l'embrasure, et essaya de faire jouer l'espagnolette, pour jeter un regard au dehors, et juger de la distance qui la séparait du sol, et des difficultés qui accompagneraient son entreprise.
L'espagnolette résista, comme avait résisté la porte, quand un quart d'heure auparavant elle avait voulu l'ouvrir.
Non-seulement la fenêtre était clouée &ï dedans, mais encore on avait remplacé les vitres par d'épaisses feuilles de tôle, recouvertes d'un grillage assez épais.
En vain Perdita cherchant k se rattacher k quelque vague espoir, visita l'alcôve et tous les recoins delà chambre.
11 n*y avait aucune issue.
L'évasion ^tait impossible.
Perdita^ alors, s'approcha de la table sur laquelle était le souper, elle y prit un couteau qu'elle cacha dans les plis de son domino, puis elle revint s'asseoir dans le fiauteuil placé à l'angle du foyer, et là, malgré les pensées désespérantes qui la torturaient sans relâche, die finit, succombant à la fatigue et à un complet accablement, elle finit, disons-nous, par s'endormir profondément.
D'BDlratiiM et NoMsbms.
. Les faits que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs, à partir du chapitre de ce volume intitulé : le Frère et la Sœur, nous ont fait rétrograder de quelques pas dans la> marche de notre récit, et huit Jours à peu près se sont écoulés entre le moment où Perdita se trouva seule et prisonnière dans la maison du chemin de Vincennes, et celui où nous allons rejoindre Georges d'Eutragues, achevant la lecture du douhle manuscrit de'lord William Stloobomby et de Danaê.
Il venait de poser sur une table à côté de lui le volumineux amas de papiers dont il avait dévoré les dernières pages avec une curiosité croissante, et l'une des phrases «qui terminaient le récit du jeune Anglais se gravait dans sons cerveau en caractères de feu.
Voici cette phrase :
a Vous comprenez pourquoi la duchesse de Sandoval s'est évanouie hier en me voyant, et comment cette Çemvte d'une
96 LES GHEVALILRS DU LÀNSQUBABT.
naissance presque prindère et d'une fortune presque royale, sera, quand nous le voudrons, entre nos mains un instrument passif et docile. »
Et c'était exact, rigoureusement exact. Grâce au secret terrible des aventures de Dotui Sol^ désormais la duchesse de Sandoval appartenait corps et âme à Georges.
En vérité, le comte d'Ëntragues jouait de bonheur. Peu de jours auparavant, il regardait comme un présage funeste la défection de Mazagran, qui le privait, en désertant sa cause, de l'un de ses principaux moyens d'action sur Jules de Nodêsmes, et voici que le hasard lui envoyait, pour remplacer la lorette fugitive, une de ces femmes si belles et si haut placées, qu'un roi n'eût point pensé acheter trop cher leur amour en le payant de toute sa puissance et de tous ses trésors.
Car la pensée était immédiatement venue au comte d'Ëntragues de faire de la duchesse la maîtresse de Jules, en attendant qu'il la pût associer à quelqu'autre de ses plans audacieux.
Quant au vicomte, autour duquel de si vastes intrigues s'agitaient sans qu'il s'en doutât, Georges avait la certitude qu'il se laisserait, sans résistance aucune, entraîner dans un nouveau piège.
Ainsi que nous le disions dans le premier volume de ce livre, en essayant de compléter le portr-ait du personnage dont il est ici question. Jules de Nodêsmes était indécis ef flottant, sans contours fixos dans le caractère, sans vigueur dans la pensée. La faiblesse était son principal» peut-être son unique défaut, et oétte faiblei^se, bien qu'elle fut étayée par des imucipes à peu près solides, devait»
LB8 CIEVALIBRS BD LÀNSQCENBT. 97
une fois ces principes ébranlés, offrir une large prise à de hardis exploiteurs.
En peu de jours, nous le savons, s'était effacée sa première affection, cette affection si solide et si persistante en général dans les cœurs encore neufs : son amour juvénile pour Pivoine, la jolie flHe normande.
De même, du moins ^Georges d'Entragues était en droit de le supposer, de même son attachement pour Mazagran devait céder au moindre choc, et Jules s'empresserait de courir au-devant d'un nouvel amour, qui, celui-là, jetterait sans doute de pins profondes et de plus indestructibles racines, inspiré comme il le serait par une femme de tout point supérieure à Pivoine, à Adèle Libières, et à Jules de Nodêsmes lui-même.
Aussi Georges d'Entragues se hâta-t-il de ,s'habiller, pour aller s'assurer de l'état moral du vicomte, qu'il n'avait point vu depuis la fugue imprévue de sa maîtresse, le laissant à dessein user sa douleur dans le silence et la solitude, et distrait lui aussi d'ailleurs par tous les événements que nous connaissons.
— Monsieur le vicomte est sorti, — dit à Georges le valet de chambre de Nodêsmes.
— Est-ce bien sûr ! — demanda M. d'Entragues, qui crut voir une certaine hésitation sur le visage du domestique tandis qu'il lui faisait cette réponse.
— Dame ! monsieur le comte, — fit le valet, qui connaissait Georges; — mon maître, depuis une semaine (tenez, juste depuis le jour où vous êtes venu pour la der nière fois), me dit tous les matins de ne laisser entrer qui que ce soit. Je le crois malade, car il ne met pas les pie