‹ Les Chevaliers du LansquenetChapitre 22 sur 30 · IV. U · texte numérisé non relu

IV. U

2t0 LES CnEVALiERS DO LAKSQCENET.

d'or, de la monnaie, un bracelet et une broche en diamants.

Jl remonta alors tout aussi vite qu'il était descendu, el dit à la jeune femme :

— J'ai l'affaire.

— Puis lui tendant Ic^ bracelet et la broche, il lui demanda :

— C'est à vous, ça, hein ?

— Oui, — fit Perdita ; — je les avais donnés à a misérable...

— Qui avait promis de vous lâcher et qui n'en a rien ùit... Connu!

— Maintenant nous pouvons partir, n'est-ce pas?i

— Rien n'empêche; où allon.-KOUS?

— A Paris.

— C'est convenu, mais Paris est grand, et il est bon que j'aie une adresse à donner au cocher, quand nous monterons dans le sapin.

~ Savez-vous où demeure le préfet de police?

— Le préfet de police ! — répéta l'Amour étonné, — el que diable voulez-vous faire du préfet de police?

— Me mettre sous sa protection, lui porter plainte de tout ce qui vient de se passer^ et me défendre ainsi contre les attaques nouvelles de ceux qui m'ont attaquée déjà.

— Quant à ce qui est de vous plaindre, — fit l'Amour, — mille excuses, la Fauvette, mais ça ne se peut !

-- Pourquoi ? — demanda la jeune femme.

— Avez-vous remarqué, — dit l'Amour au lieu de répondre, — avez-vous remarqué combien il y avait d'hommes avec la voiture, le jour où vous avez été enlevée?

LES CUEVAUEUS DU LANSQUENET. % i 1

— No^), — répondit la jeune femme ;r — j'étais si loin de devin r ce qui se passait!

— Je vais vous le dire : ils étaient quatre, les brigands...

— Eh bien!...

— Eh bien ! j'étais l'un des quatre.

— Vous \ — s'écria Perdita en se reculant instinctivement.

— Faites donc attention que je ne savais pas que ce fût vous. Je suis une canaille finie, moi, mais je me flanquerais au feu si vous me le demandiez ; et pourtant si vous déposez une plainte, ou me tombera dessus aussi bien que sur les autres.

— Je me tairai, — dit Perdita.

— Très-bien... Où allons-nous, alors?

— Chez le général Carol.

— Un vieil officier, l'air fier, moustaches noires ? Connu, ci'lui-là... c'est moi qui lui ai donné votre adresse, à l'esr laminetde la Grand'Pinte. Où perche- t-il?

Perdita dit le nom de la rue Saint-Lazare, et indiqua le numéro.

— A présent, filons.

L'Amour et la jeune femme descendirent, passèrent à côté de Rosolio et de son hideux acolyte, ouvrirent sans bruit la porte de la salle basse, gagnèrent la cour, puis le sentier bordé d'épines, et s'éloignèrent du côté de Paris.

Nous les rejoindrons dans un instant.

L*évAftlon (n»if0).

Un pâle soleil d'hiver éclairait de ses ternes rayons Tintérieur de la salle basse, c'est-à-dire qu'il était à peu près midi, qfuaod les deux dormeurs se réveillèrent.

RosoHo, le premier, entr'ouvrit les yeux, étira ses bras, bâilla à deux ou trois reprises, et se levant en chancelant, heurta du pied le corps de l'Enrhumé, qui se mit à grogner comme un chien qu'on dérange, et ne parvint qu'à grandTpeine à se mettre debout, le carreau sur lequel il avait couché, ayant complètement engourdi et presque paralysé ses membres.

— Stcré mille tonnerres » —dit Rjosolio, — est*ce bête de s'endormir comme çà sur une chaise f on est tout je ne sais comment, le lendemain matin. A pitypos, nous nous soiMMs don« serdéê hier soir?

'- Faut croire, — grommela l'Enrhumé.

-« i« ne me sonflens de rien* OdesifAmour? Rrgsmde donc un peu s'il pmee dau» qudque coin*

2 i i • lCS CnSVALIERS DU LANSQUENET.

L'Enrhumé chercha, mais ne trouva rien.

— Ohé! l'Amour! — cria Rosoîio.

Personne ne répondit.

— Je sais ce que c'est, — dit l'Italien, — il sera allé porter à déjeuner là-haut, voyons voir,

Rosolio monta l'escalier, se proposant d'écouter à la porte ; il trouva la porte ouverte et la chambre vide.

Une énergique exclamation s échappa de ses lèvres et fut suivie d'un déluge de jurements qui attirèrent l'Enrhumé.

— Eh bien ! nous sommes jolis garçons! — fit l'Italien après avoir évaporé sa colère en gros mots, — c'est celle canaille de l'Amour qui a fait le coup! pourtant la demoiselle n'avait rien à lui donner, mais elle lui aura beaucoup promis'

Et tout en parlant, Rosolio mit la main sur la poche où il cachait les joyaux de Perdita, et il la sentit à peu près vide,

— Volé! — s'écria t-il, — ah! c'est trop fort! Et une nouvelle bordée de jurons vint encore une fois le soulager.

— Qu'est-ce que fH>us dirons au bourgeois? — flt l'Eu rhume.

— Imbécile! — répondit Rosolio, — comme ^ nous allions l'attendre ! Voyons, nous sommes faUs au même, il s'agit de tirer de la situation le meilleur parti possible ; va-l'ed chercher en bas une bougie et apporte-la.

L'Enrhumé remonta au bout d'une minute avec la bougie demandée.

L'italien examina tout ce qui se trouvait dans la chamUr/

— Ça ne vaut pas grand'chose, — dit -11, — mais v'*n

LES GB£VAL1ER5 DU LàNSQUENET. ^ 2t5

toujours autant de sauvé, et le bourgeois ne portera pas plainte.

— Qu'est-ce que nous allons donc faire ? — demanda l'Enrhumé.

. — Déménager, pardieu !

— Avec ça que c'est farile.

Rosolio haussa les épaules.

— En voilà un qui se noierait dans son crachat! — s'écria-l-il; — mais animal, que tu es, rien n'est plus simple!

— Comment?

— Tu vas courir à Vincennes.

— Après?

— Tu te procureras une petite charrette à bras.

— Avec quoi?

— Voici de Yos (1).

Et Rosolio donna à l'Enrhumé les quelques pièces de monnaie qui avaient échappé à la recherche de l'Amour.

— Tu amèneras la charrette ici, — conlinua-t-il, — et

le reste ira tout seul !

Effectivement, au bout de vingt-cinq minutes, l'Enrhumé revenait, Rosolio et lui amoncelaient sur la char- . relie, glaces, pendule, chaises, fauteuils, rideaux, matelas, draps de lit, etc.. enfin toute la partie transporlable du mobilier, l'Enrhumé s'attdait au brancard, et deux heures après un revendeur de la rue du Temple achetait en masse le chargement de cette tapissière d'un nouveau genre, pour une somme assez ronde, dont Rosolio gardait les quatre cinquièmes et dont il octroyait libéralement le reste à son collègue.

(1) 05, de l'argent.

246 LBft GiliVàUIBS DU LAHSaUfiKIT.

Le trajet de Perdita et de l'Amour, jasqa'à la s'était effectué sans aucune espèce de rencostres fâcheuses. La jeune femme aspirait avidenmeDt Tair de la Kberté, et contre toutes prévtsious» ses frêles bottines de satin blanc ne se déchirèrent point de façon à lui rendre la marche impossible.

A la barrière se trouva justement, et cGnine à point nommé, une citadine vide, qui venait de eondoire une noce, et l'automédon, alléché par la promesse d'us splendide pour-boire, mit ses deux maires rosses au grand trot.

Il faudrait se trouver dans la situation de Perdita, c'està-dire avoir échappé d'une manière inespérée, et pour ain^ dire miraculeuse aux tortures morales d'une captivité étrange, pour comprendre rimiBeiise bonlîeiirqHi inonda tout d'un coup son âne à la vue des ces rues vivantes, populeuses, de ces boulevards bruyants, étîiicelants de clartés» envahis par la. fonde sortant de dix théâtres, car l'heure de l'entrée de Perdita à Paris était précisément l'heure de la fermeture des spectacles.

Certes» il est heuveux celui qui» se croyant ruiné, retrouve une fortune! 11 est heureux eelni 4|Qi peut presser la main d'un ami d'enfance absent depuis vingt an»! iMnr le poëte» bien souvent, le bonheur e'est le suetès; paur rhomme jeune» presque toujours, le bonheur c'est ranoor; m^fis nous le disons hardiment» ni la fortune, ni le sacces, ni le baiser d'une femme, n'équivalent à eette volaplé divine du captif qui redevient libre.

us CSEVAMERS DO LAStSQOBKBT. 217

La citadine ^arrêta deva»! la maîflott de la raeiSaini- Lazare.

Le compagnon de Perdita descendit de voiture, et entra chez le poncierge.

— Le général Carol est absent, — dit-il, en revenant au bout d'une seconde.

— Demandez oli il est, moA ani, et à cjudle heure il rentrera, — répondit Perdita.

Pendant que l'Anour prenak eelte information Doo^'elie, un jeune bomme passa rapidement près de la citadine, et disparut sous la porte cocbère.

Que M-îl arrivé si le regard distrait de cet homme se fût arrêté sur la figure de Perdita qui, avidement penchée en dehors, était éclairée par les feux d'un bec de gaz d'mio façon aussi vive que par la lumière du soleil.

Que fàt-ll arrivé?

Quelque chose d'étrange sans doute, car cet homme était Georges d^ritragues.

Heureusement, il passa sans rien voir.

• L'Amour ressortit. 11 avait l'air triste et découragé.

— Eh bien ! — demanda Perdita. *

— Parti, — répondit l'Amour.

— Parti ! — répéta la jeune femme avec stupeur. — £t depuis quand? et où est-il allé? et pourquoi esi-il parti?

— Tout ce que sait le portier, c'est qu'il y a fo jovs à peu près, sur le soir, M. Carol, qui depuis la veiUe était comme un fou, a envoyé cberdier une voiture el des chevaux de poste, et que depul» on n'a poiui eu de se» nouvelles.

— Dix jours! — se dit Perdila, — juste l'époque de

^18 LES CRE.VAUBRS DU f.AIfSQOENET

mon enlèvement. Dans quel piège, mon Dieu, l'aura -t-on entraîné lui aussi?

0n se souvient que lorsque le générai C roi était venu demanda à M. d'Entragues un conseil d^ami sur ce qu'il avait k faire après la disparition de Perdita, Georges lui avait promis d'obtenir des renseignements positifs de quelques viveurs de ses amis, toujours admirablement au fait de la cbronique galante et des petits scandales de la haute Bohême de Paris.

Ëffectivementyje comte d'Entragues avait appris que, dans la nuit même du bal de l'Opéra, un jeune sport^nan de la plus belle espérance, était parti pour rilalie avec une jolie actrice aux. yeux noirs et au cœur sensibte, qu'il arrachait à un engagement parfaitement en règle et à un directeur furieux.

C'est à la poursuite de ce couple amoureux que le moderne Machiavel lança le général Garol.

Ce dernier, qui en était arrivé à croire, non plus à un enlèvement, mais à une indigne tromperie de la part de celle qu'il aimait, s'était juré de rejoindre les tourteraux fugitifs et d'échanger un coup d'épée ou une balle de pistolet avec celui qui, dans son esprit, était un odieux séducteur.

Hais la JuHette du Vaudeville et le Roméo du Jockey- Club avaient quarante-huit heures d'avance, et le général payait vainementtriples guides, il restait toujours distancé dans ce steaple-chasse d'une nouvelle espèce.

LBS CBBVALURS DU LAR8Q0B.NET. Stf)

Cieei nous explique l'absence prolongée qui faisait craindre une embûche à Perdita.

— Où alions-noQs à présent? — demanda l'Amour.

— Chez mol, — répondit la Jeune femme, — rue de Provence, n. ***, dites au cocher d'arrêter à quelque distance de la maison.

— Et maintenant? -— fit de nouveau l'Amour, lorsque la voiture eut atteint l'endroit désigiié.

— Maintenant, mon ami, entrez chez le concierge, et demandez à parler pour quelque chose de trè&>pressant à mademoiselle Justine, la femme de chambre de la dame du premier ; vous l'amènerez ensuite ici, sans lui dire de quoi il s'agit.

— Très-bien.

Au bout de cinq minutes, l'Amour parut s^ul à la portière.

— Vienl-ell ) ? — demanda Perdita.

— Non.

— Pourquoi ?

— D'abord vot' concierge, qui est un mal appris, m'a très-mal reçu quand j'ai demandé mademoiselle Justine... mais je connais le truc pour apprivoiser les o<o/-por/e« les pins farouches, je lui ai mis dans la main une tunne de cmi bailssy et il m'en a dit pour mon argent...

— iLnfln, qu'avez- vous appris?

— On croit que vous Mes à faire la noce n'importe où, et votre gueuse de femme de chambre profite de la ch* se poT Qo^n'Uer toute la journée dans votre domicile avec

220 LES CflEVAUERi D9 LANfiQDENBT.

jm trompette de hussards, un ^éniste et un coîffeor, et pour aller filer le parfait attovr Ions les soirs dtiet m municipal de cinq pieds buit pouces ; voilà !

— Mon Dieu ! mon Dieu ! nais, où yais-je donc passer la nuit ?

— Est-ce que yohs ne pouvez pas rentrer diet vous tout simplement et £ûfe ouvrir votre porte par im serrurier?

— Vous ne comprenez donc pas que je ae veux point qu'on sache OMNI retoor?

— Au fait, c'est joete» eft vous avez peot-^tt^ raison. -«Qiiefairef

— - Je vottft proposerais bien de venir daos mon garni ; mais d'abord» c'est à tous les disses» et puis oa y manf^ ^nee au moins six fols par semaine âi!S descentes de police, et ça vous embêterait. Je crois qu'il fant que vo» alliez coucher dans le premier hôtel venu ; moi, Je ferai ici le guet toute la nuit, et sHôt que vot' mamzelle Justine rentrera, je vous l'amènerai.

Ce conseil était parfaitement raisonnable, et d'ailleurs, Perdita n'avait pas le choix, elle descendit donc dans un petit hôtel de la rue Lepelletier, et dormit cotmne doit dormir une femme qui n'a pas eu, depuis plus d'Une semaine, une heure de bon soaM»eiL

Le lendemain matin, vers les dix heures, mademoiselle Justine, que l'Amour avait arrêtée au passage, chez le portier de la rue Saint-Lazare, entrait dans la chambre de Perdita, avec cet air moitié coniiis, moitié délibéré des soubrettes parisiennes.

— Je sais 4c quelte manière vofif veiis èles conduite pendant mon absence, -^ loi dit la Jeune femme.

^ Et madame me chasse ? -^ demaada la «anériste d'ua toQ iK^nt^ en sfffmi Tair d'essuyer »vec l« €0l» ée son tablier blanc, une larme qui ne coulait pas.

^^iêïyd vous el^iasa pcinl...

— Ahîll

— Et je vous propose de doubler vos gages.

-^ Madame veut rire..... ^ dit la femme 4e ebAmlbre io^tardite.

— Je vous promets en outre dix louis de gratiie»tt<yii si vous £aites exaclemeiii ce (|iie je vais vous demattéer.

— àb! madame... madame peut eompter sur moi... n^aîs madone sait bien ^e ce n'est pas p«ttr rargent...

— Vous allez retourner chez moi.

-- Oiû» madame.

-<- Vous ne direz k persQaae que^ voua m'a'vez vae. X p^sonne^ sans (>xeeptiô&, entenèeE^ousMen !

— Oui, madame.

— Vous prend lez un de vos habillements complets, vous me l'apporterez ici, ce soir à la nuit tombante, je rentrerai avec vous sous ce costume. . .

— Oui, madame.

— Et vous vous rappellerez ceci : c'est que pour les gens de la maison, pour le portier, pour tout le monde enfin, je dois, jusqu'à nouvel ordre, n'être point revenue et n'avoir point donné de mes nouvelles.

— Si madame veut, — répondit la soubrette, enchantée d'avoir un rùle dans ce petit roman mystérieux, — je passerai tous les j.^urs deux heures à pleurer dans la loge du concierge, en disant que je crois bien que madame est morte et qu'il fa it aller voir à la Morgue ?

— Ceci ne sera point nécessaire, — répondit Perdita

m LBS GUTÀLIEIIS DU LàZfSQUfiNgT:

ea souriant, puis elle ajouta : — je désire aussi ia suppression du trompette, de rél)énîste, du coiffeur el du municipal.

— Âh ! madame, — s'écria la soubrette, on vous a fait des cancans, ~ ce sont mes cousins et je dois les épouser!

A cette dernière naiveté, ia maîtresse ne put garder son sérieux, et Justine s'en alla peu repentante et pardonnée.

Le même soir, Perdita était rue de Provence, mieux cachée à tous les yeux, dans le fond de son apparleinent, que dans quel<|Ke chaumière isolée de la forêt de Saint- Germain.

Le lendemain matin, Justine portait rue Saint*Lazare une lettre de la jeune femme, et recommandait au valet de chambre du général Garol de la remettre à son maître à l'instant précis de l'arrivée de ce dernier à Paris.

Uoe demande en marlMC*

Nous sommes obligés de nous arrêter pendant un instant dans la marche de notre récit, afin de remettre en quelques lignes sous les yeux de nos lecteurs la situation de chacun des personnages du drame que nous racontons, car nous touchons au moment où une série d'événements nouveaux va nous conduire au dénoûment.

Deux mots d'abord de Georges d'Entragues.

Nous connaissons depuis longtemps le but de ce dernier. — Changer sa position douteuse et de jour en jour plus précaire, contre une existence large et tranquille, appuyée sur des bases solides, pouvant lui rendre avec la richesse disparue cette considération du monde que d'un instant à l'autre il courait risque de perdre, voilà où tendaient tous ses efforts, voilà où devait le conduire, selon lui, la voie tortueuse qu'il suivait.

Mais pour arriver à ce résultat, son mariage avec

ta LES GBBVALUERS DU LANSQUENET.

ËslherdeChoisy était indispensable : pour épouser hsther, il avait besoin de sauver les apparences et d'étendre, au moins pour quelque temps, un voile trompeur, sur sa fortune engloutie et sur son bonneur compromis.

Les lettres de change volées à Jules de Nodêsmes , et grâce auxquelles l'usurier Salomon lui avait accordé six mois de répit, l'enlèvement et la séquestration de Perdita avaient été les honteux moyens mis en œuvre par lui pour conquérir l'avenir qu'il rêvait.

£t voilà que tout d'un coup l'échafaudage si péniblement élevé s'écroulait sous ses pieds, et voilà que l'avenir devenait menaçant, et que d^à, derrière les nuages qu'il entrevoyait au loin, grondait la foudre qui le pulvériserait peut-être!

En effet, Perdita échappée de ses mains allait reveuir es seène, plus dangereiis»q«e par te passé.

Le sursis obtenu de Ssloaoïi deveonit iaotile, puisfie le mariage projeté paraisnit à peu pcè» r^mçm ; i n'était point douteiEE qa^à Fé^eque de tMtbtiUte des letties de ^MOg« d& Nodèanmsy les vesBOOf^es kd bmmm|iiuM pour arranger l'affaire, nalerrible pnwè^vieiideailàs^eiigager. Et qui sait si devant les tribunaux quelque sinialft lawàkre ne jaâltrait pas soudaîfi'flur les sniibm- vyslères de sa vie?

Clamrges^ posfr la panière fois^ brissa la tftt», anéattH. 1 dm s'aTOucnr àliii*ffiéiim qnt-ivéestoée'hFdêqnîmtty.qae vainen^t il déployai! les sttb^es ressoiirees^ de son eqyrit pervers, qu'une miin invisible et fdlftle faisait avorter ses plaifê les mieux conçus, et qu^îl se trouvait enfin iinpaftsant pour le mal.

Cle ftit poor le Jeune homme un moment terrible^ mais

LES CH^ALfERS DU LANSQUENET. 225

court ; bientôt, comme toujours, son^énergie naturelle reprit le dessus, et il se dit avec cette suprême audace d'une situation désespérée, qu'il allait lutter jusqu'au bout corps à corps avec le hasard.

Voilà pour le comte d'Entragues, occupons-nous maintenant des Ghoisy.

M. de Choisy, dont nos lecteurs ont été à même d'apprécier le caractère, quoiqu'il n'ait guère joué dans ce livre qu'un rôle de comparse, avait envisagé comme son plus boaii rêve le mariage d'Esther et de Georges, jusqu'au jour oQ il avait entrevu la possibilité d'une alliance princière. A partir de ce moment, les perles de la couronne comiale étaient devenues mesquines à ses yeux, mises en parallèle avec une couronne ferméey et il attendait avec une extrême impatience que M. de Falckenberg demandât la main d-* sa mie.

Quant à la pauvre Esther, on ne s'occupait pas le moins <Ui monde de ses goûts et de ses répugnance?, et l'on comptait bien ne la consulter qu'après que tout aurait été décidé irrévocablement.

Aussi la douce enfant, devinant à peu près ce qui se passait, avait le cœur serré et pleurait en silence, sachant à merveille que la manie nobiliaire dont était entiché M. de Choisy parlerait plus haut que ses larmes, et étoufferait tout sentiment de tendresse paternelle.

Madame de Choisy eût vainement lutté contre les résolutions de son mari, entêté conme tous les êtres bornés, et puis d'ailleurs la nobiliomanie, maladie des plus contagieuses, avait fini par s'enraciner aussi quelque peu dans son esprit.

Nous n'avons qu'un mot à dire de la situation de Danaë.

— Elle devait, nous le savons, lionne captive, obéir passivement à tous les ordres de M. d'Entragues, jusqu'au jour où affranchie de ce joug de fer par quelque miraculeux hasard, elle pourrait enfin se relever et déchirer son maître. — Mais ce jour arriverait^il ?

Jules de Nodêsmes (qu'on nous pardonne cette comparaison plus que triviale) était un pantin docile, dont Georges, ee terrible saltimbanque, faisait à son gré mouvoir Tes fils.

Perdita se cachait en attendant le retour du général Carol, qui la cherchait au fond de l'Italie.

Etenûn, la chanoinesse, épuisée par son voyage et par les pénibles impressions de sa visite à V Hôtel des Ambassadeur», était retombée malade, ne quittait point le lit, et dtonnait quelques inquiétudes am médecins.

Voilà donc le résumé exact de la situation de nos principaux personnages, le lendemain du soir où M. d'Entragues avait trouvée déserte la petite maison du chemin de Viace^nes.

Il était deux heures de l'après-midi.

Ësther, accompagnée d'une femme de chambre et d'un domestique, assistait, à Notre-Dame, au sermon de M. Lacordaire^

M, et Madame de Ghoiay, en ^and fiocchi (comme eût dit la chaaoinesse), semblaient attendre dan» leur salon (|uelqu'événement important.

C'est que le matin même de ce jour, le chasseur de M. de Falckenberg avs^t apporté à V Bétel des Ambassadeurs une

LBS CflBVALIBRS DU LANS<^UBNËT 227

lettre de son maître, lamelle lettre annançaît oiMellement la visite du prince pour le milieu de la journée.

Aussi, convaincus comme ils Tétaient qu'il s'agissait d'une demande en mariage, M. et madame de Choisy avaient revêtu pour cette circonstance solennelle, l'un, son plus magnifique habit noir, la mieux empesée de ses cravates blanches, et les plusbrillants de ses souliers oifr^«; l'autre, une robe de damas cerise, brochée de fiemrs vertes, et assez peu montante pour exhiber à peu près autant qu'au bal les contours d'une blanche poitrine, de plus un bonnet de defttelks de MaUne^^ave&dt^s nœuds de velours ponçeau et des agréments en chenille.

Alaâame de Choisy, persuadée qu'elle avait singulièrement mis en valeur, par cette toilette, les charmes de ça petite et grassouillette personne^ piaffait devant la cheminée depuis un quart d'heure, en se regardant toute» les trois secondes dans la glace* quand on entendit un grand bruit de voitures et de dievaux dan» la eour.

Le vieux gentillâtre normaaid, oubliant sa difpiilé et ses rhumatismes, courutà ta fenêtre poiir admirer k^spl^d^ur et l'élégance des équipages du prince.

Peu d'instants aprè?^, M. de Falckemberg entrait dan» le salon.

Le ci-devant ( omte de Fly avait vraiment fort grand air Son bsdyll bleu boutonné jue^au eod,. ^ »« laisMHflU, passer qiiiie la pointe de son gilet blaoc, le pardessus de edu* lejr claire qui recouvrait l'habit, ses iKmto^ses déeoiar* tions, et Jusqu'aux rides de sa figwre fiétrie lui donuaôenl l'aspect de c^udque vieux dîplomale de Téei^ de Talleyn»é^

Il avait d'ailleurs assez vu le monde, et le meilleur

228 Les CHEVALIERS DU LANSQtrViVeiU

monde, pour jouer avec succès les manières dédaigneuses et aristocratiques, qui, jointes au titre sonore de prince, constituaient selon M. de Ghoisy l'ensemble de la plus complète ( t de la plus exquise distinction .

M., de Falckenberg fut reçu comme il l'avait été peu de jours auparavant en présence de madame de Boisjol, avec les formes et les cérémonies de la déférence la plus plate et la plus obséquieuse.

De son côté, du reste , il rendit à M. de Cboisy égards pour égards, courbettes pour courbettes , politesses pour politdsses, et de lui-même et non sans intention, il amena son hôte à enfourcher son dadci bien-aimé. Voici comment :

— Depuis le jour, — dit-il, — où se sont établies entre nous des relations qui m'honorent, J'ai pu remarquer, Monsieur, que vous aviez employé tous vos loisirs et consacré toutes les facultés de votre haute intelligence à l'étude approfondie d'une science, la plus belle de toutes, et malheureusement la plus négligée aujourd'hui.

— Laquelle , cher prince? — demanda M. de Ghoisy, tout à la fois chatouillé dans son amour-propre par les paroles flatteuses de l'ex-comte de Fly, et surpris au plus haut point de se voir attribuer des connaissances si rares et si vantées.

— J'entends l'art héraldique, la langue mystérieuse du blason, (t l'histoire de la noblesse recomposée d'après ses arbres généalogiques.

il n'en fallait pas tant pour tourner la tête à M. de Ghoisy; aussi, répliquat-il gonflé d'orgueil, mais séparant d'une fausse modestie que démentait son regard triomphant :

hes ijHSVALlEkS DU LANSQUENET. 229

— A la vérité, cher prince, je ne suis point complètement étranger à la magnifique science dont vous parlez; je puis même me piquer de quelques connaissances superficielles, mais...^.

— Que dites-vous! — se hâta d'interrompre M. deFalc- Itenberg; — des connaissances superficielles! iî.h! croyezvous, Monsieur, que votre réputation du plus habile généalogiste de France ne vous ait point précédé à Paris, et ne savez- vous pas qu'il n'est bruit, dans les salons du grand monde, que du beau travail que vous venez de terminer sur la noblesse française.

' Or, la veille, précisément, M. de Choisy avait porté au comptoir des Imprimeurs-unis, un gros traité de sa façon, compilation indigeste et maladroite des nobiliaires de nos liiflférentes provinces. H se proposait de publier à ses frais ce pesant volume, et le hasard avait permis que M. Falcl^enLerg eût connaissance de ce fait.

— Comment vous savez!... — s'écria M. de Choisy.

— Ce que sait tout le monde, rien 'de plus; ce que le public lui-même apprend aujourd'hui par la voie des journaux.

— Les journaux ! . .. vous plaisantez.. . mon cher prince. . .

— Pas le moins du monde. Voyez plutôt.

Et M. de Falckenherg tirant de sa poche la Presse du j our, montra à M. de Choisy stupéfait les quelques lignes suivantes sous la rubrique des /ai/a Paris,

a On annonce, comme devant paraître très-prochainement, un nouveau LIVRE D'OR de la noblesse , sous ce titre heurmx, D'HOZIER RENOUVELÉ ou LE GÉNii:AIX)Gl&TE IMPARTIAL; cet ouvrage dont le besoin se faisait généralement sentir, est dû à la plume habile et savante de M. DE

GHOISY, (jenHlhomme appartenant à l'une des plus anciennes et des plus honorables familles de Normandie, l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres adopter a, dit-an, /eGÉNÉA- . LOGISTE IMPARTIAL. »

Cet article, inséré par les soins du prince, fil ouvrir de grands yeux au Normand et lui parut l'infaillible présage d'un succès immense, et d'une célébrité universelle.

— Est-ce que cette annonce n'émane réellement point de vous? — demanda M. de Falckenberg.

— Pas le moins du monde, et vous me voyez surpris audelà de toute expression.

— Alors je sais d'où cela vient.

— Vraiment?? .

— C'est l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres elle-même , qui aura voulu vous donner idée de mettre votre livre sous son patronage.

— En effet, — dit M. de Choisy, -- cela est probable.

— Cela est certain. Serez-vous assez bon pour me donner l'adresse de l'éditeur?

— Qu'en voulez-vous faire?

— Souscrire pour cent exemplaires.

— A quoi bon cher prince... Je mets l'édition tout entière à votre disposition.

-^ J'userai de cette faveur, mais sans en abuser, il ne faut pas priver le public d'une œuvre qu'il attend avec Impatience, et dans laquelle sans doute vous avez ouvert des horizons Men neufs.

— Eh! eh î — fit M. de Choisy, — je les croîs assez neufs, les horizons...

— Désarçonné bi«n des blasons apocryphes...

— Ah! le fait estque j'en ai désarçonné... quelques-uns.

LES COEYÂLIEnS DU LANSQUENET. 2S3t

— Il est un fait surtout d'une suprême injustice, et que vous n'aurez point manqué j'en suis convaincu, de combattre violemment ?

— Il y a cent contre un à parier.

— Je veux parler de l'incroyable sottise avec laquelle s'est faite autrefois la répartition des titres, dont les uns se sont accolés à des noms qui n'étaient rien moins qu'illustres, tandis que d'autres familles beaucoup plus recommandâmes sous le rapport de lancienneté et des actions d'éclat, n'ont jamais obtenu la moindre vicointé, ou la plus modeste barormie,

— Ah ! cher prince, comme c'est plein de sens, ce que vous dites là 1

— Et ce que sans doute vous avez dit avant moi.

— Non... je ne l'ai pas dît... mais J'aurais pu le dire !

— Cela revient au même. Et pour ne cHer qu'un exemple, n'est-ce pas honteux pour la France, que vous, un Ghoisy, famille historique s'il en fut, vous ne vous nommiez pas le comte de Choisy ?

— Ah! ouiî le comte de Choisy! comme c'est plus facile k prononcer.

— IMi reste, il ne tiendrait qu'à vous.

— En vérité ?

~ Ëst-ee que vous le désirez le moins du monde?

— ravoue que, quoique ma famille puisse se passer de cela, et soit en droit de dire^ comme les Coucy :

Baron ne »m9, m prince «ys$jr, Je suis le sire de CMolsj.

un titre me serait assez agréable.

— Rien n'est plus facile, je m'en charge.

— Vous, cher prince !

— Dans trois mois vous serez comte, et, qui plus est, comte du saint-empire.

— Que de reconnaissance ne vous devrai-je pas ?

— Vous ne me devrez rien, et c'est probablement moi qui demeurerai votre obligé.

— J'avoue ne pas très-bien comprendre...

— J'ai une demande k vous adresser, mon cber c(m\e de Choisy»

Le Normand, qui devina que le prince allait en arriver au but de sa visite, sinclina, comme pour lui dire : Parlez, tout en se rengorgeant dans sa cravate blanche, tandis que M. de Falckenberg poursuivait avec son sourire le plus diplomatique :

— D'habitude, des propositions semblables à celles que je viens vous faire se traitent par ambassadeur ; mais j'ai pensé qu'en faveur de l'impatience extrême avec laquelle je vais attendre votre décision, vous me pardonnerez d'omettre une cérémonieuse formalité.

M. de Ghoisy s'inclina de nouveau fort gracieusement, mais sans mot dire. Un silence absolu, jusqu'à ce que le prince eût achevé de s'expliquer, lui paraissait plus digne, plus solennel... plus grand seigneur,

L'ex-comte de Fly quitta le fauteuil dans lequel il était assis, et dit, en saluant profondément et à deux reprises M. de Ghoisy et sa femme :

— Je viens, moi, Sigismond Guerf, Casimir, prince de Falckenberg, commandeur des ordres...

(Ici une longue énumération de titres et de qualités.) Je viens vous demander la main de mademoiselle Esther de Ghoisy.

LES CIIEVAUERS DU LANS^^UEN&T. 235

— Elle est à vous , cher prince, — s'écria le père au comble de la joie , en serrant dans ses bras son futur gendre avec enthousiasme ; — elle est à vous, et ce nous est un bien insigne honneur que de nous' allier à votre illustre famille, — quoique, d'ailleurs, le nom que je porte, — reprit M. de Choisy au bout d'une seconde, — marche de pair avec tout ce qu'il y a de mieux placé (^ans le royaume.

— Ne pourrais-je point mettre aux pieds de cette chère enfant mes respectueux et tendres hommages? — demanda M. de Falckenberg.

— Dsns ce moment, elle est à Notre-Dame, où elle fait S( s dévotions, — répondit madame de Choisy.

— Et puis, — ajouta le Normand, — elle n'est point encore prévenue du bonheur que nous lui destinons, et je crois qu'il serait convenable de l'y préparer peu à peu et par gradations insensibles... Vous savez comme sont les jeunes filles : ces choses-là leur font tant d'effet.

Le prince comprit cela à merveille; on décida que l'entrevue serait remise à un autre jour, et la conversation continua.

Les plus beaux projets d'avenir furent successivement mis sur le tapis et discutés. M. de Falckenberg fit passer devant les yeux de son beau-père futur un étourdissant mirage de blasons, d'écussons, de manteaux d'hermine, de couronnes et de lambrequins. Il alla même jusqu'à se souvenir qu'il y avait, non loiù de ses domaines de Pologne, un fort beau margraviat à vendre pour très-peu de chose, lequel margraviat, si M. de Choisy l'achetait, le rendrait immédiatement marquis (1).

(1) Le titre de margrave équivaut h celui de marquis.

23 i LES €HBTAL1ERS DU LAKSQOBABT.

Bref, les fumées de la vanité satisfaite et de l'orgueil exdté grisèrent si bien et si complètement le vieux gentillâtre, qu'il finit par s'écrier dans un moment d'expansion :

— Et dire cependant, cher prince, que si je vous avais rencontré huit jours plus tard, rien de tout ceci ne pouvait avoir lieu !

— Pourquoi donc ? — demanda M. de Falcltenberg.

— Parce que j'étais sur le poiut de marier Esther.

— Ah!

— II y a trois ou quatre jours que sa main m'a été formellement demandée ; et, si je n'avais prévu dès lors la démarche que vous venez de faire auprès de moi, je Tanrais certainement accordée.

— Et quel était l'heureux mortel? — fit le prince avec une nuance de dépit jaloux.

— Un jeune homme... notre allié d'ailleurs au cinquième degré; excellente famille... mais quelle différence?

— Vous le nommez?.. — demanda l'ex-comte de Fly.

— Je ne sais si je dois...

-— Pourquoi donc pas. Croyez-vous que je lui en veuille d'avoir échoué, quand je réussis. Je le plaindrai, et voilà tout.

— Au fait, vous avez raison, — dit M. de Ghoisy convaincu ; — c'est le comte Georges d'Entragues.

— Le comte Georges d'Entragues ! — dit le prince en pâlissant sous son rouge. — Le comte Georges d'Entragues! — répéta4-il avec un trouble croissant.

— Vous le connaissez? — demanda M. de Ghoisy, étonné de cette émotion. '

Le prince hésita pendant une seconde ayant de répondre à la question qui lui était faite, et il employa ce temps à ramener son visage à l'état de calme qui lui était habitud, et à combiner la f^rase qu'il allait prononcer, de manière à ne se point compromettre, et même à rester maître du terrain pour l'avenir.

— J'ai connu effectivement un comte d'Entragues, il y a quelques années; mais il est tout à fait impossible que ce soit le même.

— Pourquoi cela ?

— Parce que vous n'auriez jamais pensé à accepter pour gendre un homme semblable à celui dont je vous parle.

— Vous savez donc des choses trè^-graves sur son compte ?

— Excessivement graves.

— Ne pouvez-vous nous les dire ?

-- Non, quant à pré$eDt du moins. Plus tard, lorscpie quelques informations que je f^ai prendre auront ëclairci mes doutes, je vous raconterai tout. Jusque-là, je vous demande avec instance de ne parler à qui que ce soit des paroles que je viens de j^ouornef,

— Je serai muet c<wame un poisson, «^ répondit M. de ChoÂsy.

L'ex-comie de Fly se réservait, on le voit, la possibilité, §oîi éfè révéler les antécédente de Georges d'Entragues sans 9t compromettre lui-même, soit de mettre sur le compte d'une fortuite ressen^ance de nom réraotion et le trouble qu'il lui avait été impossible de câcher.

La conversation languit pendant quelques instants, et

?36 LES CltbVALlEKS OU LANSQUENIST.

le prince, se levant pour se retirer, dll à son futur beaupère :

— Nous sommes tout à fait d'accord, cher monsieur de Choisy, et il n'y a plus à r^ler entre nous que les formalilés de contrat qui regardent votre notaire et le mien. Je vais, dès demain, partir pour la Pologne, où je dois aller chercher mes papiers de famille et mes titres de propriété. Au bout du temps strictement nécessaire pour le voyage, je viendrai vous rejoindre à votre château de Choisy, où vous comptez sans doute que le mariage sera célébré.

— Il ne peut pas l'être ailleurs,"'— répondit le Normand, — puisque nous n'avons point d'établissement à Paris.

— A quelle époque avez-vous le projet de retourner dans vos terres ?

— Mais, le plus tôt possible; mes rhumatismes me font souffrir, cela me fatigue beaucoup d'aller dans le mcnde, et je désire me soustraire, jusqu'à nouvel ordre, aux visites de M. d'Entragues, sur lequel vous m'avez mis martel en tète, et k qui je ne puis cependant fermer ma porte, puisqu'il est mon part nt. De tout cela, je conclus que madame de Choisy voudra bien faire demain ses apprêts de départ, et qu'après-demain matin nous nous mettrons en route.

— Vpilà qui est à merveille, — dit le prince,' enchanté de voir que tout marchaii au gré de ses vœux. — Je me propose moi-même de voyager avec une vitesse prodigieuse, et de me trouver de retour en France dans un laps de temps fabuleusement court. Je m'arrêterai pendant quelques jours à Paris pour faire examiner toutes les paperasses d'usage au notaire que vous me désignerez, et pour que Ton mette sous mes yeux la dernière main à mes

LES CHLVaLIKHS DU LANSQUERST. 237

équipages. Je vous demanderai la permission de me faire fyrécéder à Choîsy par la corbeille de mariage, pour laquelle je tâcherai que rien ne soii oublié; et j'irai mellre mon amour, mon nom et mes diamants de famille aux pieds de ma charmante fiancée.

Ce programme fut hautement approuvé par M. et madame de Choisy, et le gendre et le beau-père se séparèrent enchantés l'un de l'autre.

Le lendemain, dans la matinée, au moment où Georges d*Entragues allait sortir de chez lui, son domestique le prévint qu'un commissionnaire demandait à lui parler, se disant porteur d'un billet qu'il ne devait remettre qu'en mains propres.

Georges donna l'ordre qu'on fit entrer le commissionnaire, et reçut de lui une lettre sous enveloppe dont l'adresse était d'une écriture qu'il ne connaissait pas.

Il brisa l'enveloppe.

La lettre ne renfermait qu'un camélia desséché et ces quelques lignes :

« On m' emmène, on va me marier à un homme que je déteste, à un vieillard qu'on appelle le prince de Falckenberg, Nous partom. Sauvez-moi!

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