‹ Les Chevaliers du LansquenetChapitre 25 sur 30 · IV · texte numérisé non relu

IV

258 LB8 CBBVALIBRS DU LANSQDBNBT.

VOUS reçoîYent bien, les amies, quand elles vous voient dans la pâme ! .

— Il fallait penser à tout cela plutAt.

— Mon Dieu ! — s'écria la jeune femme en fondant eu larmes, — mon Dieu ! que je suis malheureuse ! ! !

— Écoulez, — flt Georges en fouillant dans sa poebr, je ne veux pas qu'il soit dit que vous ne saurez aujourd'hui, ni ou dîner, ni ou coucher.

Et prenant un napoléon, il le tendit à Mazagran.

Celle-ci reçut la pi^ce d'or^ du bout de ses dorgts, la regarda et releva la tète.

Une vive rougeur colorait ses joues et son front, de chacun de ses yeux jaillissait un éclair.

•^ Dit s donc, — monsieur d'Entragues, 8'èfsna<-t-elle d'une voix vibrante, — est-ce que vous me pieaeB pour une fille ou pour une me ^ diante, que vous Me donneit vingt francs, en me mettant k la porte! le croyttsétn^ ici chez un ami à qui je pouvais demander un amce. C'est comme ça que vous le prenez ! Vous me Eûtes i'auwfyœl merci ! ! ! Tenez, voici le cas que j'en Cû» de votn* argent...

Et la lorette joignant le ge«te à la parole, lança au hasard la pièce d'or, qui s'en fut en sifDanti briser une des glaces du salon.

La colère de Mazagran suivait ep ce moment une marche progressive, et elle ajouta aussitôt avec un redoublement d'énergie :

— Vous m^ivez fait donner à manger tout-à Fheore, eb bien ! je ne veux pas plus de votre déjeuner qte de vout aumône, et comme je ne puis pas vous le rendre, je val< vous le payer )

LBS CHEVALIERS DU LàKSQDEKBT. ^59

£i tirant de sa poche un écu de cinq francs, (le seul qu'elle possédât), elle le jeta par terre aux pieds de Georges, en disant avec une mordante ironie : •— le reste est pour le garçon.

Puis elle sortit, fermant derrière elle les portes assez violemment pour les briser.

Au moment ou Mazagran franchissait la porte cochère qui menaie de la maison de Georges à la rue Saint Lazare, elle se croisa avec un jeune homme qui se retourna pour la mieux voir, fut frappé de son charmant visage, de sa gracieuse tournure, et se mit à la suivre au Heu de monter chez M. d'Entragues, comme il en avait d'abord Fintention.

Ce jeune homme était le comte Abel.

Lf> sïnéral Garol.

Certes, les romanciers ont de grands privilèges, c'est pour eux, sans contredit, que fut créé Tanneau de Gygès ou la canne de M. de Balzac, ces deux miraculeux talismans qui leur permettent d'assister invisibles à tout ce que des murs épais, ou de discrètes alcôves cachent aux regards curieux du monde.

Pour les romanciers, rhyppogriflfe chantée par TArioste ouvre ses larges ailes, et les emporte, coursier docile, dans le royaume de la fantaisie.

Tout leur est permis, pourvu qu'ils amusent; le possible et le fantastique, la vie réelle et les contes merveilleux, voilà leur domaine ; il est vaste, il est immense, il est sans bornes.

Mais sans cesse, à côté de leur char orgueilleux, marche l'esclave qui leur crie, comme aux triomphateurs romains: « Prends garde de tomber. César!

Ceci veut dire on prose plus humble qu'un tout 4>elit

'•li'tl LES GHEVALIEISS DU LANSQUKMîT.

caillou placé dans le moyeu d'une roue empêche la voiture d'avancer, ou, tout simplement, que nous ne savons comment entamer le chapitre dont nous venons d'écrire le litre.

Or voici ce qui nous arrête.

<c Un matin Georges d'ErUragues achevait sa toilette (disions nous , au commencement du chapitre précédent), lorsque le bruit de la sonnette de l* antichambre, fortement agitée, arriva jusqu'à M. »

Et précisément nous avons en ce moment la même chose h répéter ; et nous ne pouvons trouver des termes qui ne soient point les mêmes pour exprimer une situation identiquement semblable.

Avec cette différence cependant, qu'en entrant dans son salon, Georges au lieu d'y rencontrer Mazagran, se trouva face à face avec le général Carol.

La figure de ce dernier exprimait une joie et une émotion profonde, il était encore en costume de voyage et tenait une lettre foute ouverte.

n courut au devant de Georges, lui prit les deux mainSi et les lui serra avec expansion.

— Eh bien ? — demanda vivement M. d'Eutragues.

— J'arrive.

— Et... savez-vous... quelque chose?

— Oui.

— Vous l'avez retrouvée ?

— Oui.

— Lk-bas ?

— Non, ici.

— Vous l'avez vue T

— Pas encore.

— Gber généra^ — dit M. d'Entragues avec un sourire qui dissimulait son trouble, — permettez-moi de vous féJi« citer d'abord, puis de vous demander comme on chante à rOpéra-Comique :

« Quel est donc ce mystère?

— Écoutez, — répondit M. Carol, — je vais tout vous dire, car vous m'avez témoigné une sympathi e trop vive, et vous vous êtes mis trop généreusement à ma disposition, pour que vous ne soyez pas le premier instruit de ce qui peut m'arriver d'heureux; mais je serai bref, car elle m'attend, et j'ai hâte de la voir !...

— Je comprends ceci, général, et je vous écoute j»ridement.

— D'abord» nous avons couru tous les deux sur une fausse piste...

-> Gomment cela?

— Je suivais en Italie un couple voyageur qui m'échappait toujours, et fuyait devant moi quand j'allais l'atteindre, iasaissisable et inabordable, comme les feux follets des marais Pontins...

— Et ce couple?,..

— Client deux amoureux,, mais ce n'étaient pas ceux que je cherchais, ceux que Je croyais trouver.*.

— Quel hasard étrange t

— Ji^gez de ce que je dos éprouver ea voyant enfla» dételée à la porte d'un hôtellerie voisine de Vellît^f oetle chaise de poste maudite, que partout Je manquais d'une heure, à ce que me disai^t du moins les âuheit«rtes et les fkosUUoûs* Je saute à bas de ma voiture, Je viole la consigne qui, sous la forme d'un gros homme en tablier

264 LBS CHEVALIBIIS DO LANSQt'ENhT.

blanc, me barrait la porte des voyageurs; je renverse l'homme, j'enfonce la porte et je vois...

— Vous voyez?

— Un jeune gentleman du boulevard de Gand , parlant de fort près et d'une façon très tendre à Mademoiselle ***, la jolie actrice du Vaudeville, que nous connaissons tous!

— Prodigieux ! fli Georges, ne pouvant s'empêcher de rire.

— Le pauvre garçon aussi intemppstivement dérangé, m'apostropha d'une façon fort vive; je fais des excuses qui ne sont point admises, et me voilà forcé de me couper la gorge avec M. le vicomte de ***, qui ne veut pas faire la part des motifs très graves, mis en avant par moi pour justifier tant soit peu ma violation de domicile !

— Vous vous êtes battus?

— Mon Dieu oui, à mon corps défendant; il en a été quitte pour une très légère égratignure au poignet droit, et nous sommes aujourd'hui les meilleurs amis du monde.

— Et ensuite?

— Ensuite, n'ayant plus aucun espoir de retrouver eu Italie celle que je cherchais, puisqu'il y avait tout lieu de supposer qu'elle n'y était jamais venue, je repris plus découragé et plus triste que jamais le chemin de Paris, et j'arrivais ce matin, me disant que dès aujourd'hui je m'adresserais à la police, quand il y a cinq minutes, au moment où ma voiture entrait dans la cour, mou domestique me remit une lettre qui m'attendait depuis longtemps, une lettre de Perdita...

— Une lettre de Perdita! répéta Georges — Que vous dit-elle? où était-elle, et que lui est-il donc arrivé?

— Lisez, mon ami, — répondit le général en tendant ù (ieorgps le b Ilot de la jeun«- fririTC.

LES CHBTAL'BRS DU LANSQUENET. 265

Georges saisit la lettre et dévora les lignes suivantes :

<( Je suis sauvée, mon ami !

» Je viens d'écliapper par un miracle au piège le plus odieux dans lequel une femme ait pu Jamais se laisser entraîner.

» J'étais prisonnière» isolée du monde entier, seule avec des êtres ignobles, et oela à cent pas de Paris à peine!

» J'ai bien souffert, allez! Mais aujourd'hui je suis libre, et je n'ai plus qu'une pensée, qu'un tourment !

» Où êtes-vous? qu's-t-on fait de vous?

» Pourquoi vous êt€s-vous élo'gné le lendemain du jour oïl j'avais disparu?

» Vous avait-oi donc, vous aussi, attiré dans quelque pirge ?

) Cet homme que je ne connais pas, cet homme qui, dans un but que je ne puis deviner m'a séparée de vous, n'a^l-il pas quelque étrange intérêt qui le pousse à vous perdre ?

» J'ai peur pour vous. Je dcnnerais bien des années de ma vie, de ma jeunesse, pour xous voir, pour savoir du moins que vous êtes en sûreté, qbe nul danger ne vous menace.

» Quand vous verrai-je, mon Dieu ? «yiand me rassurerez-vous par votre présence ?

» Je me cache, car je tremble que mon ^persécuteur ne s'acharne de nouveau sur moi, s'il parvenaiv^ à découvrir où je me suis réfugiée.

» Je me cache, chez moi, au fond de mon appartement, et personne, pas même les gens de ma maison, ne s« doute que je suis revenue.

» Venez donc, venez ù l'instant mènjc où rcWv lettre \X)us

266 LES Cii£VÂLii':ii.s nu i<A\^Qi;i:xËT«

sera remise, car je ne renaîtrai à la vie, au boabeur, que quand vous serez près de moi.

» Je vous attends, je vous espère et je vous aioie.

« PERnrrA. »

P. S. J'ai bien souffert, je vous le disais, il n'y a qu'un instant, et pourtant, cela est à peine croyable, je n'ai à me plaindre d'aucune violence, ni de ces hommes qui me gardaient, ni du misérable qui m'avait' fait enlever. »

— Que dites-vous de cela? —demanda le général, K>rsque Georges lui rendit la lettre de la jeune femme, après l'avoir achevée ; — ne se croirait-on pas transporté dios la sombre intrigue du plus mystérieux de» romans d'Anne Radcllffe !

— Cela est étrange, en effet, général, bien étrange !

— Je vous quitte. Je cours auprès de zetie pauvre eu* fanty et ce soir, si vous veniez bien me donner rendezvous, je vous raconterai tout ce que je vais apprendre par elle.

— Je suis à vos ordres* général. Je passerai id toate la soirée à vous attendre, ei je vous jure que votre récit n'iatéressera au plus havt point.

M. Garol échangea avec soa perfide amî une dernière poignée de main, et s'éloigna rapidtfoeAt pdur gagaer la rvt de Provence.

-- Que va-^U arriver ? — se dit M. d'£iitragiies tpièi te départ du général, — et comment échapper à ki terrible position Q^e je me su» créée? DemalQy Je n'en puis douter, la justiie sera saisie de cette affaire... On finira par mettre la ma/n sur l'un des trois misérables dont j'ai fait mes complices, et quoiqu'ils ne me connaissent point, du moins

LES CnEVALlEKS DU LANSQUENET. :67

SOUS mon nom véritable, on parviendra, grâce à l'infernale habileté de la police, à remonter jusqu'à moi ! Et alors... alors c'est le bagne! !

« Et tout cela par ma faute ! oui, par ma faute!... Je ne devais point hésiter; cette femme me gênait!... vivante elle pouvait me perdre; morte, elle n'était plus à craindre! Morte! mais c'est ma sœur i qi/importe ! je ne la connais pas, je ne pouvais l'aimer! enfin, il n'est plus temps!

» Que faire? qui me sauvera ? Quel démon pourra m'insplrer et venir à mon aide ? »

En ce momeot on remit à M. d'Ëntragues une lettre timbrée de Paris, et portant au-dessous de la suscription ces deux mots écrits à l'encre rouge et deux fois soulignés :

Très pressée!

Et plus bas en caractères encore plus gros :

EXCESSIVEBENT PRESSÉE.

Georges ne connaissait pas l'écriture , il rompit le cachet et lut ce qui suit :

« Mon pauvre cher vieux... »

Georges touraa le feuillet et couru^ à la signature. La lettre était signée :

Guvis Bisbille.

Xifl

GlovU.

« Mon pauvre cher vieux... »

Ainsi commençait, avons nous dit' la lettre de l'ancien professeur de mélophone.

— Que diable peut-il avoir à m*écrire? — se demanda M. d'Entragues avec impatience ; et il Un au moment de jeter loin de lui cet intempestif chiffon de papier qui venait l'interrompre au milieu de ses sombres et graves préoccupations.

Cependant il se ravisa et continua sa lecture :

« Je suis dans le pétriiK, j'y suis jusqu'au cou, c'est-àdire depuis la semelle de mes ex-bottes vernies , jusqu'à l'extrémité de ce que mon coiffeur (quand j'en ai un) appelle des Tubes capillaires, inclusivement.

« Au reste (ne pas lire Oreste, <|uoique dans la position où je me trouve j'éprouve le besoin de rencontrer en toi mon Pylade), au reste, je m'y attendais, mais voici comment la chose est arrivée :

« Hier, ou moment où V Aurore aux doigts de rose entr'ovvrait les portes du matin, du moins à ce que prétendent les académiciens et les éventails, je dormais de ce sommeil calme tt profond, que la Providence dans sa fantaisie originale refuse aux banquiers et accorde aux bohèmes les plus panés, je rêvais que ma mansarde au septième au-dessus de trois entre-sols, était la caverne éblouissante de rile de Monte-Cristo, et que ma portière, métamorphosée pour le quart-d'heure en houri de Mahomet, et vêtue comme les nymphes de l'Opéra (sauf le maillot), me présentait un demi-litre d'ambroisie dans une coupe de plaqué inoxidable, quand je fus tiré de ma voluptueuse vision par un bruit étranger et incorgru.

« Je me réveille, j'ouvre un œil, puis l'autre, etj'enutuds très distinctement qu'on frappait à ma porte.

— Toc, toc, toc I

— Qui est là? — çriai-je d'une voix de Stentor.

— Monsieur Clovis Bisbille, — s'il vous plaît? — demanda un organe insinuant.

— C'est ici.

— Professeur de mélophone, musicien distiagué?

— C'est moi. Donnez-vous la peine d'entrer.

— Donnez-vous la peine d'ouvrir,

— Je suis couché. Qu'est-ce qu'il y a pour voire service?

— Je viens pour des leçons de votre instrument.

« Je n'en demandai pas dàrantage : }e sautai à bas de mon lit, j'ouvris la plJrte, et je me replongeai virement entre mes draps, car, vu l'absence de tout ealortftre» U faisait firoid dans la mansarde à geler le contenu des pots à eau et autres vases.

LES ClIEVÂLlEnS DU LANSQUENET. 271

x» le regardai rhidlvidu qui entrait chez moi, et tu dois bien penser que je stércotypai sur mes lèvres ce sourire bénévole et enchanteur, bien mérité sans contredit ]>ar tous les amateurs d'harmonie.

» Cet individu était un grand gaillard, tout de noir habillé, avec une ligure carrée et sale, de grosses mains carrées et sâtes, et de larges pieds, également carrés, et qui devaient être également sales.

— Monsieur, — lui dis- Je, quoique assez déconcerté par ce physique, — veuillez fermer la porte, et donnez-vous la peine de vous asseoir; nous allons causer de notre petite affaire, et je vous assure que je n'ai pas de prétentions exagérées. o

« Cette phrase, assez bien tournée selon moi, fut prononcée avec une voix de soprano veloutée et engageante.

— Ce n'est pas la peine de fermer "la porte, — me répondit le grand gaillard, j'ai là mes hommes.

(t Cette expression : mes hommes , me fit involontairement tressaillir et me donns la chair de poule (chair qu'où remarque également d'ailleurs sur les oies, canards, dindons, et autres bipèdes emplumés).

» Je me retournai, et j'entrevis dans la pénombre de l'éscaHer, grouiller trois ou quatre figures ignobles.

— Sac-à-papler î — m*écrlai-je aussitôt, — je suis fumé !

— Je viens vous demander de l'argent , — me dit le grand gaillard.

— Vous venez mal à propos, mon bonhomme, — lui répllqnai-je en reprenant mon aplomb.

— Ei pourquoi ça ?

— Parce que j'en manque.

— Alors nous allons monter là-haut.

'ili LES CHbVAMtiKS 1>U LANSQUENET.

— D'abord, qui êtes- vous , et qu'est-ce que vous réclamez?

— Moi Rigobert, Maclou, Médard, Enserin...

— Déguisé en serin ? — interrompi&-je.

— Officier, garde du commerce, — reprit-il avec dignité , — je vous réclame la somme de neuf cent quatrevingt-dix-neuf francs, quatre-vingt-dix-neuf centimes, que voys avez été condamné à payer, par jugement du tribunal de Commerce, en date du... jugement obtenu à la requête du sieur Salomon David, négociant patenté de première classe, et faute par vous d'obtempérer sur l'heure audit jugement, bien et dûment signifié, je tire de ma poche l'insigne caractéristique de ma chaîne en forme de baguette...

— C'est-à-dire que vous ne tirez rien du tout! — m'écriai-je.

« Il tira sa baguette et il poursuivit :

— Et je vous appréhende au corps, requérant au nom de la loi, tout bon citoyen de me prêter main-forte si besoin en est. Sur ce, dépêchez-vous, le juge de- paix attend dans le fiacre.

' C'est bon i Je vais m'habiller; mais fermez la porte, ça n'est pas la peine que vos recors assistent à ma toilette.

— Mes recors! —s'écria Enserin, rouge de colère, — dites donc M. l'artiste, est-ce que le mot ûe praticien vous écorcherait la bouche ?

Je lui ris ajji ne^ et je répondis :

— Ça m'est bien égal d'appeler praticiens vos recm^ je les appellerais même argomins ou gardes chiourmes, ou mouchards, si vous le désirez le moins du monde, mais fermez la porte. .

— Non pas! vous trouyeriez peut-être moyen de filer, et je perdrais le benefàe Voccase (1) que j'ai eue d'avoir la clientèle de Salomon» qui a lâché mou collègue Boudoux, parce qu'il ne pouvait pas vous arquepincer,

» Force me fut de m'habiller la porte ouverte, ce qui eut été menaçant pour la pudeur de mes voisines, si le hasard n'avait voulu que je n'eusse que des voisins. »

« On m'emballe dans le sapin, et une demi-heure après je faisMs partie intégrante de ce bocal de cornichons, qui enclôt ses cucurMtaeés, rue de Glichy, 68. »

« C'est delà que je t'écris, mon pauvre cher vieux, ayant appris ton adresse par hasard d'un de mes compagnons de malheur.

« le suis noil moins infortuné que les petits cailloux des grandes routes, et je m'ennuie à périr, quoique je me sois lié tout de suite avec un monsieur blond, à lunettes, très-bien couvert, robe de chambre de velours de coton grenat et bonnet grec. Il est affreux, mais il a une très belle position dans le monde (à ce qu'il dit), en qualité de fondateur, directeur-gérant de la Compagnie d'assurance t. A SEMPITERNELLE, laquelle par parenthèse, ne s'est pâs montrée maiemeUe pour lui, puisqu'elle l'a envoyé à Cllchy.

» H est stupide, mais c'est un homme bien aimable, il m'a emprunté mes derniers cent sous tout à l'heure, mais c'est pour pouvoir m'offrir un cigare et une demi-tasse.

» Il a eu l'occasion de se rencontrer avec toi, une fois,

(1) Bénéfice de Voccoiion, — Le garde da commerce dans Tin* timité et avec ses rtcwt parle généralement argot. — U trouve ce langage distingué, et pois ça le dispense de savoir le français.

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