GEORGES, JULES
JULES (rentrant).
J'apporte tout ce qu'il faut. (Il cachette la lettre et la sceUe de ses armes) il ne me reste plus, mon ami, qu'à vous remercier de l'incomparable obligeance que vous mettez à me rendre ce petit service.
GEORGES (lui donnant une poignée de nudn)» Allons donc, mon ami ! ne parlez'pas de cela l la chose
tu CIBTALIIBS DU LA1IS<{0BNIT. 47
n'en vaut en Térité pas la peine. Je fais pour vous ce que TOUS feriez pour moi dans une semblable circonstance (il j^end la lettre et les quatre nouvelles acceptations, qt^U met dans son portefemUe, mais dans un autre compartiment que les ancieimes) vous m'attendrez ici? dans moins d'une heure j'espère être de retour avec votre argent.
lULES.
Je ne sortirai pas avant votre retour.
(Georges prend sa canne et qmite la chambre),
SCÉlIVfi T.
JULES (sevl).^
Quel charmant garçon ! quel homme excellent que ce d'Entragues! comme il est obligeant et dévoué! et si simple dans tout ce qu'il fait ! aussi mon affection pour lui augmente tous les jours ! je ne sais en vérité com« ment reconnaître les mille gracieusetés dont il me comble; comment m'acquitter envers lui de tous les services qu'il me rend. Je regrette presque de le voir dans une position aussi complètement indépendante... je serais si heureux, s'il avait besoin de moi, de faire aussi quelque chose pour lui ! (il prend un journal et se met à lire,)
(le eabinei de twnaiér Sakmon -^ f7 n*y a pas de feu, dans la
cheminée),
SÂLOMON. — BÛNDOUX (garde du commerce); petit homme bossu, à la physionomie fausse et doucereuse,
SALOMON
Vous avez arrêté ce matin le fruitier de la rue de la Sourdière pour son billet de deux cent-cinquante francs?
19 LU CMBTiffiftBS D9 URS1|OI!fSf»
BOIIBOVX.
9»TiA\fimé m smi ékUt l^a fetmneeit ses enftmts piftaiaieiil^piff frétait vue bénédietioii... fl9 disaient qu'ib restaient flofis pi^û.
SAtOHON.
Tant mietix ? fl payera r et quant à la manmîlk, tant pis si elle crève! ça leur apprendra k ces gueux de sans le sou à faire des enfants et à ne pas payer îenrs Mllets.
fiOKooux (obséquiemement).
Vous avez parfaitement raison» mon maître ! ces tas d1ml)éciles-là, ça meurt de faim, et ça peuple pour se distraire. (Il rit.) -
SitOVON.
■àlntenatrt pmt^iiez'moiî le gmpin sur cette canaille â'aitèste, sur oe Clovis Bisbifie, pour le bitlet de cinq ceirte lirancs !
BQNIK>VX.
K se cache î
SALQHON.
Trouvez-le! c'est votre affaire! a-t-on lamais vu un brigand comme ça ! je lui fais vendre son mobilier : il ne valait pas deux cents francs ! je suis à découvert d'une partie des frais! Trouvez-le, saprelottel ou je vous retire ma fraliQua. Je^ vwe en inir avee ce drôle -là ! .
BONDOUX.
Allons! allons, mon maître, ne vous fSichez pas; on fera son possible pour vous satisfaire.
LA SERVANTE DB saijOIion (entrant).
Mtes donc, Monsieur, il y a là M. le comte d'Bntragues 4fiil demande à vous parier tout de snite.
0V umomawi^ i$
Faites entrer IL éllalragiieB r^ BMdMut). SànaAteu, moucher.
(Le garde du commerce sort wtc ees mê de euH^aeiHon d ou ffi4ce^ groUs^ieg qm soiU habUuek aux knmi$ en général et à Bondmup en fattkMif),
SALOXOM C^eid).
Le comte d'£atragues ! iouoos serré ! i'ai dans L'Uée qu'il doit y avoir quelque chose à gagner a:rec luL
SALOHÛN» €£OBi&i;& I^'SIflRAGUEâk
(SaUmon se lève et fait quelques pas à la renê&iUM 4à tmnÊ» (TEntragues qui s'memt ttun air triomphant,)
SAtOXON.
Monsieur le comte, j'ai l'honneur de tous saluer.
Gcoftces.
Bonjour, mon cher monsieur Salomon ; bonjour.
SALOMON frnree déférence).
En qttoî puis-je être agréable ou utile à monsieur le comte?
GCORGES (ffïmegmt).
n y a peu die jours, mon cho* monsieur, }é tous apportai les sept cent vingt-cinq mifle francs d^acceplatioss du vicomte de Nodèsmes, et alors tous me demandâtes une lettre de M pouvant cona^tater au h«BOin qi^tt v»us bbalt femise de ces taieors de wa lièrs eonsentemenf .
SAtoxoir.
C'est exact; et monsieur le eomte me parut comprendre I aervettte les motifo de osito denaade.
ta LBS CHBVALIBR8 DU LAHSQUBlfBT.
GEORGES (négligemment).
Aujourd'hui je vous apporte cette lettre.
SALOMON (étonné). En vérité! voyons un peu.
(Georges M tend la lettre, Salomon examine l'adresse^ ^ le cachet, Couvre et la parcourt des yeux.)
SALOMON
C'est bien cela — l'affaire est possible maintenant. Où sont les valeurs?
GEORGES (prenant les acceptations dans son portefemUe).
Les voici.
(Salomon les examine minutieusement et longuement l'une après Vautre).
SALOUON.
Cest en règle. Diable ! monsieur le comte, vous avez là un bien excellent ami.
GEORGES
Vous acceptez?
SALOMON
Un honnête homme n'a que sa parole : ainsi, monsieur le comte, j'accepte.
GEORGES (aivec un vif mouvement de joie). ^ Par conséquent vous allez me faire immédiatement remise des anciens titres.
SALOMON (froidement).
Non pas, monsieur le comte ! pas aujourd'hui du moins; mais le lendemain où le soir du jour où les acceptations de M. de Nodêsmes auront été payées.
GEORGES
Au moins vous allez me donner un reçu de ces billets ?
L8S CUBVALIBRS DU LJLIISQDBiriT. t\
• SOLOMON
Pas davantage. Un reçu constaterait l'existence de nouYelles valeurs pour la même créance, ce qui conslituerait une novation de mes titres et pourrait donner lieu à un procès : vous savez que je ne les ^ime pas.
GEORGES
Vous ne pouvez exiger cependant que je vous donne cette garantie, et que je vous laisse de plus entre les mains toutes les armes que vous avez contre moi. «
mOMON.
Je n*exige rien, monsieur le comte; de même que je ne vous ai rien promis. S'il ne vous paraît pas prudent, pas convenable de me laisser les acceptations de M. de Nodêsmes, je vais vous les rendre. — Elle me sont complètement inutiles. Remarquez que ceci est une affaire que je fais pour vous et pas du tout pour moi... moi je me trouve garanti par mes hypothèques judiciaires et par les nombreux titres que j'ai entre les mains... Et je vous dirai même que je suis si sûr de mon droit, que je compte envoyer ce soir les pièces chez mon huissier afin qu'il se mette en mesure de vous poursuivre en expropriation.
GEORGES (à part avec rage).
Il me tient l'infâme gredin ! (Haut.) Vous savez que je ne veux point eu venir à cette extrémité : faites-moi donc une proposition qui puisse concilier nos intérêts mutuels. Que diable ! vous me connaissez.
SALOMON
Écoutez-moi bien, monsieur le comte : nous faisons en ce moment une affaire en dehors de formes légales, et
par conséquent toute de cmitfaiiee. Si vous vous défiez de mùu rieR o'ert possible eatre nous : dans le casxsontraire» r(âd ce que je v<»is propose : je vais vous dooaer un écrit par tequd }e m'engagerai à ne diriger aucune poursuite contre vous pendant six mois ^ partir d'anjourd'liui. 11 me semble que cettejpropositiou est loyale et qu'elle doit vous aller.
GEORGES
Il le faut bien ! (^ pari) six mois de r^t ! c'est à peu près le temps dont j'ai besoin pour me remettre à flot.
SALOM ON iqid vient d'écrirel,
Vcidi, monsieur le 4XHBte, l'enga^event pris e&in ntas* lA tmdmp$fiierà€m^§êi^
cffiORG» ife metïmt dans $$n p&riéfèmUe ^iprèi ttmk fo).
Tous pouvez vous vanter, mon cher Monsieur, d*être nu fier coquin.
SALOMON [BOUrÏBIttf).
Que void€z*vous, monsieur le oonrte, il îsuA bien gagner sa pauvre vie te {^qs liOBnètement qu'on peut. SI je puis encore vous être boa à quelque chose disposez et moi sans aucun scrupule, le prends mes précautions dans les affaires, mais j'aime à rendre service. -(A Georges qui sort,) Serviteur, monsieur le comte.