SCENE TIII
SALOMON {seul; se frotte les mains),
Vc^Ut ce qm s'appelle une aiàire ! j'espère que Je m*en suis Idîfflent tiré! prendre l'm et ne pas l&cher l'antre,
us €U?AL]Sgft DO l«U»ai»RBT* t|
mais c'est magnifique ! ah l ah I mes oiseaux, vous yous y frottez! vous serez plumés, c'est moi qui vous le dis! Je les poursuivrai tous les deux ! il y aura procès — Je m'en fiche I le comte payera la totalité, et le vicomte transigera pour la moitié... tout ça c'est de l'argent sûr! bonne jonmée! Allons, Je me paye un bon dtner chez Champesrax : des huîtres et du chablis première! ce soir Jlrai aux Variétés dans une stalle, pardieu! et après le spec* tacle,.. ma foi on ne sait pas ! je suis décidé à m'amuser ! (// se frotte de nouveau les mains,)
GEORGES traversant le boulevard pour rentrer chez lui)»
Je suis indignement volé I mais dans la position où Je me trouve cela m'est égal... d'ailleurs six mois, c'est l'éternicél qaant aux vingt mifie francs dost le vleonte a besoin, je vais tout bonnement les prenire dans la caisse des Chevaliers du Lansquenet. Us y renlreront demain au moyen du gam du prtoce Krakopoulof. Ces4 tout bénéfice !
SCA^B IL.
{La 9hambre à coucher de Ceorges).
GEORGES, Jl^S.
GEOUGES ijou vicomte en lui donnant vingt billets de banque),
MoQ cher ami, j'ai par£aitement réussi : voilà votre argent, Je l'ai obtenu à d'excellentes coafilioos.
%i LES CHBVALlEaS DU LANSQUENET.
JULES
Merci encore mille fois.
GEORGES
Maintenant, mon très-cher, allez vite payer le prince Kralcopoulof — à mon tour je vous attendrai ici, et si vous voulez nous irons ensuite visiter votre logement. Quand comptez-vous prendre possession ?
JULES
Demain je pense.
GEORGES
Tant pis car je m'étais fait une bien douce habitude de vous avoir toujours près de moi. {Jules sort.)
têctxm XI.
GEORGES (seul).
Me voilà sorti d'un premier embarras... reste maintenant cette Perdita ! cette chanteuse de malheur, que le ciel confonde ! demain je m'occuperai d'elle. Aujourd'hui la grande partie est commencée : jouons un coup décisif. (// s'assied prend du papier à lettre et écrit.)
« Ma chère tante, cette lettre va vous rendre bien heureuse, car elle vous annonce la réalisation de l'un de vos plus chers désirs. J'ai réfléchi longuement aux sages conseils que vous m'avez donnés ; j'ai résolu de les suivre le plus tôt possible, et je vous prie de vouloir bien, en qualité de mon unique parente, de ma seconde mère, écrire dans le plus bref délai à M. et à madame de Ghoisy, pour leur demander en mon nom la main de mademoiselle Esther de Ghoisy, leur fille.
* LES CflBTALIBRS DO LANSQUENET. 25
o Adieu, ma chère tante : vous savez combien vous aime et vous respecte votre dévoué et affectionné neveu»
» Georges d'Entragues. »
{Georges plie cette lettre et écrit l'adresse). À madame la comtesse Amynthe de Boisjol, En son château de Cussac, Par Granville,
Manche.
{Sonnant un domestique qui entre).
Portez cette lettre à la poste.
IIU
Le conseil «es dooie.
Le lendemain 2 lévrier, sur les onze heures du matin, au moment où M. d'£ntra|iaes allait se lever, son valet de chambre entra chez lui sur la pointe du pied et lui dit :
-- M . le général baron Garol fait demander à monsieur le comte, si monsieur le comte veut bien le recevoir. J'ai d'abord répondu que monsieur le comte était encore au lit; mais le général a vivement insisté pour être reçu : il prétend qu'il s'agit d'ane affaire des plus importantes.
Le général GaroU se dit Georges en lui-même, frappé du souvenir qui, dans son e^rit, se rattachait à ce nom. Ce doit être Tamant de..* 4e cette chanteuse. Que diable peuMl avoir à me dire ?
Puis il ajouta à haute voix :
^» Où est le général ? '
— Au^saloB, monsieur le comte.
— Ya-t-ildufiêut
— Ouif monsieur le comte.
28 LBS CnSVALlERS DU LANSQUENET.
— Faites agréer mes excuses au général, si je ne le reçois pas immédiatement, et priez-le de m'attendre pendant quelques minutes. Je vais m'habiller à la hâte et j'irai le joindre le plus tôt possible... Tenez, portez-lui ces journaux, afin que le temps lui paraisse moins long. Ai-Je là tout ce qu'il me faut pour ma toilette du matin?
— Oui, monsieur le comte.
— C'est bien.
Le domestique fit quelques pas vers la porte pour sortir, Georges le rappela.
— Savez-vous si moiisieitr de Nodèsmes est encore chez lui ? demanda-t-il ? .
— Monsieur le vicomte est sorti depuis une heure environ, et ses gens sont en train de faire transporter dans sMi nouveau logement tous les bagages que mettsîeQr le i^eomte avait Id : il y a ùé^k j^usIeHrs malles de fMtfes^
^ C'est bon : vous pottvez uniiiiiBaBit aUer Mre vetre oomnkttftoB.
Ceor|;es sauta à Ims de son Kt, s'hébiUa Mpiémeol, el dans soa désir de oe pes Huffare atlendM if. Oarel, il l^nt à peiBo le tempe de doniier à es obevetiire le brillaid qu'eUe avait loujews, el de nouer avec mie HégaMe né» gOgée» ^remplie de ifrâoe, les deux bouts de sa cfavaAe.
El teut en s'oec^patt de ces déMtSv ,il awramrijit à idMfue iMta&t el sur tons les Idds:
— Que peut -il me vouloir ? que peol-tt tôt TWiolr t Âu moment où Georges entra dans le «adtm^ le féaMl
était debout adossé à la cheminée, el avnUhtt Hmgbé par l'occupation fort inJénssaMe de eoolenvto la peîBte de ses bottes vernies.
Du premier coup d'oeil, d'£ftM|aes iiao8aul»le feéfté-
rai pour un des locataires de. ^a maison : il l'avait rencontré souvent dans les cours, mais sans s'înquîéter de savûr qui U était.
Rîeu n'est plus coBunun S* Paris que cette indifférence profende que professait les uns pour les autres ks habi* taits d'une même maison, et nous pourrions à cet é|;ard dter des faits vraiment curieux.
▲u surplus ce n'est pas sû«s forme de critique que nous ÊBsoiis cette remarque, et nous pensons au contraire que régolsme- souvent féroce des grandes villes a l>ien moins d'inconvénients que la curiosité toujours malveillante des petHea.
--Je vous ^demande mille fois pardon, monsieur le oemtey-^-dlt le général avec quelque hésitaition, — d'avoir pris la liberté de me présenter ainsi chez vous sans votre antorisatiOA, surtout à un# heure encore indue... je vois que je vous ai dérangé,.*
' -^ Eft aucune fisçon, monsieur le baron, — interrompit QeoFpm en prenant ses manières le& plus gracieuses; — et je m'esUme au contraire fort heureux de ta dreonstance, qusHe qu'elle soit, qui me procure l'honneur de vous leeefoir dke& mol : c'est une bonne fortune qui, je l'espêne, ae renouvellera souvent.
Ceorges qiftsfétait demandé k plusieurs reprises ce que powrait lut vouloir M. Garol, avait cependant au plus pNfcnd é& ma esprit la conviction que le digne général venait lui parler de Perdita, et il disait cpïïï étaM bon li tant éf éeeuEMml # meatver une grande sécurité et même une certaine asMvasce.
— Je m'attendais à cet obligeant accue^, moneieur le m^-^ répondu la gtoéri^ en s^itteltoaiil...«^Vou8 sup-
posez sans doute,— ajoota-Ul, — que Je dois cependant avoir un motif pour me présenter chez vous.
— J'avoue, — repartit Georges, — qu'il m'est impossible de deviner.. . Je me flattais que le désir d'établir entre nous des relations de bon voisinaffe, vous avait seul déterminé à une démarche dans laquelle j'aurais dû vous prévenir si J'avais pu prévoir...
— Certainement... moi même... •— interrompit k son tour M. Garol en hésitant entre chaque mot; — mais la vérité m'oblige à convenir... EnGn vous allez comprendre, monsieur le comte...
Georges tout à fait fixé sur la cause de la visite de M. Garol, prit son air le plus sérieusement attentif.
— Avant-hier, monsieur le comte, vous assistiez à une soirée? continua le général.
— Une soirée... répéta Georges, du ton d'une personne qui cherche à recueillir ses souvenirs.
— Permettez-moi d'aider votre mémoire : cette soirée avait lieu, rue de Provence, chez une Jeune femme fort à la mode dans un certain monde.
— Â présent je me rappelle parfaitement, — dit Georges en souriant. — ^Yous voulez parler, général, d'un lansquenet assez vif et d'un souper exquis, sur mon honneur, chez madame Lucrezia de Santa-Mira, autrement dite Mirabelie,
— Précisément , monsieur le comte. A cette soirée assistait une femme dont le nom assez étrange vous aura frappé peut-être.
«— Perdita ! — interrompit Georges, qui pensa avec raison qu'il serait gauche d'avoir l'air d'hésiter.
— C'est cela même...
— Une créature d'une beauté surprenante et d'un es-
LES GHBVALIBR8 DU UHft(KI>RIT« 31
prit prodigieux!— ajouta vivement d'Entragnes.— -Je n'ai pas souvenance d'avoir jamais rencontré de femme pins remarquable, et cependant J'en ai vu beaucoup.
Georges avait calculé que ces éloges seraient agréables à M. Garol, et éb effet il sourit et rougit tout à la fois en les entendant.
— Je m'intéresse on ne saurait davantage à cette Jeune femme, — reprit le général avec cette fatuité lourde des vieux militaires qui s'imaginent avoir eu des succès dans leur jeunesse, parce qu'ils ont séduit des couturières étant soos-liaitenants, et des douairières étant colonels.
Georges s'inclina avec un fin sourire qui signifiait évidemment : Je le savais,
— Je m'intéresse à cette jeune femme, ^répéta M. Garol eo s'efforçant de cambrer ses bancfaes quelque peu soudées ; — et c'est en son nom, monsieur le comte, que j'ai pris la liberté de me présenter cbez vous.
— Cbez moi, général ! vous m'étonnez et vous me cbarmez plus que je ne saurais le dire : En quoi donc, de grâce, suis-je assez beureux pour...
— A la fin de la soirée dont nous venons de parler, c'est-à-dire au point du Jouri — interrompit M. Garol, — il est arrivé à Perdita, en votre présence, un accident dont heureusement les suites n'ont point été graves.. . vous savez, cette crise nerveuse, ou plutôt cet évanouissement causé par un verre de vin de Champagne avalé trop précipitamment.
M. d'Entragues savait au plus juste à quoi s'en tenir à
cet égard.
— Or, au moment de perdre connaissance, — continua M. Carol, — Perdita venait de remettre entre vos maio^
39 tB« CHSTAIIERS DU hàiiWiWfnr.
(du moins e'est ee que lut rappelle a Hiêmofie an peu tioid)lée)» nu hîjou auquel, à tort ou k raison, ^e attache uœ énmrnw impottanee, one sorte de m^ep^ ÛÛUk : c'est un eatcliel en anétkyste monté en argent et am«rié. EHe pense qiK; vous Faoress emporté par mégarde, et elle m'a chargé de venir vous le redemander.
— GoaiBieBl, ee byen serait égaré^monaieur le har^n i — sTécrla Geerges d'un ton éù regret ^ Je me souvi^is en éÊBî de l'avoir en entre les nutes; mais au moment où œtlt eharmffvte jeitne femme a perdu eonnmssanee^ je me suis kàté de poser le cachet sur b table pour lui portut secours^ et la vérité nfobligo à dire que jo n'y aï plus ^ngé ensuite. J'étais fort troublé, fort inquiet même, des suite» de eet événeôieol« Le cachet sera, je n'en doute pas, resté s»r la tabte^ eX comme sa valeur tntrlnsècpie est fort peu eoosidéndale^ il ei^ plus que certain qu'on le retrmivera. A-t-on déià fait dfcs recherches chez madame de Sanfe^Mtfa ? demandé aux doanstiqnes qui ont desservi f le -mie» y était: so^haitcc-vous, général, que je l'iBterroge ?
£t d'Entraguea posa obligeamment la main sw le cordon de la sonoette*
— • CTM ifiutUe , monsiewr le comte; Votre valet de dumAre était parti depide lengtempe quand l'événement est arrWé^ et les recherches faites ehea madame de Saala- Miffa n^imt, par auiUiew» procbiit a»ci« résultats
— J'en suis désolé! — dit Georges d'un ton pénétré. ^ €^ bri oemrariant^-^ajaata le général, *- et je ne
sais comment m'y prendre pour annoncer cette nenvelle à la piHivre Perdita^. éUe va être a» désespoir. El M» Carol iortftta scm gasl pendant quelifuea se*
LBS CSSTAUCaS M UHtaOBKBT. 3^
coudes, eooioie un bomme vlTement désapfK)ii^. Eafin il reprit :
-^ Je {H*é«tt0ie, moQrieur le «omte, que tous devez être Tosè datas la scîem^ du blaioii? appartenant à ane ^s plus anoieDoes faiaâleada royawae...
— Cette partie de mon éducation a été fM négligée, général, — répondit Georges modestement. — Cependant, si le peu que je possède pouyait voua être de queique utilité, j'en serais yraiment charmé,
— Tous rappelleriez- vous à peu près les armoirtes gravées sur ce cachet? En en faisant faire un absolument semblable à Perdita, cela la consolerait peut-être de la porte du premier, si malheureusement il est perdu.
— Je me rappelle pariaitement ces armoiries, repartit Georges avec une obligeante vivacité : i'écu portait : é'^imt écmielé de mi^îe 4 l» crm é'er fieurmaé^.
Cette réponse de Georges était singulièrement habite, en ce sens qu'elle donnerait néeeasaircmenl une direction £aiisse aux recherches de Perdita; car si cette dernière^ coiame cela n'est pas douteux, consultait quelque génésr lûgistê, elle ne manquersôt pas de lui transmettre les reoseigoements donnés par Georges, et dès lors la découverte de la vériié dev^iait prol^ement impossible.
— Yous me tirez d'»n grand embarras et vous souia*» gea ma cownence d'un poids bien lourd» monsieur le CQBkte. — repartit le générai -^ J'ai été un peu négligent da^a cette aiaire (pei'aurais pu Ikeilesnent éclaircir depuis^ plusieurs jours, en portai^t f e eaeibst à la bihliotkiècpie* royale.,. VOUS' dites: d'acmr ècaxicU de saille ^ la crmx ê^wfiewrannée?
84 LES CBKTALIBhft DU LANSaUBRBT.
— Parfaitement, monsieur le baron. Souhaitez-vous que je vous donne ces indications par écrit ?
— C'est inutile, monsieur le comte. II ne me reste plus maintenant qu'à vous remercier de votre gracieuse réception, et k vous dire que je serai fort heureux et fort honoré si vous voulez bien vous souvenir quelquefois que Je suis votre très-proche voisin.
Et Georges d'Entragues et M. Garol se séparèrent les meilleurs amis du monde : le premier venait de se faire un allié dans le camp ennemi.
Une heure environ après le départ du général, le digne autocrate des chevaliers du Lansquenet monta en voiture, se mit en course, et vous allez voir que sa journée fut bien employée.
A deux heures il était aux Champs-Elysées, où il parlait au prince Krakopoulof, lequel se pavanait dans le coupé de louage, aux chevaux gris et au cocher en livrée floarron du trés-honorable baron Âymeric Croisé de la Croisette, chevalier de plusieurs ordres français et étrangers, surtout étrangers, et commandeur de quelques autres. Ledit baron était avec le prince.
A trois heures il glissait quelques mots à lord Williams Stloobomby et au comte Abel, qui regardaient les passants du haut du perron du café Tortoni, en fumant leurs panatellas à cinquante centimes.
A cinq heures il arrêtait au passage le chevalier d'A#- 'ré et le marquis de Borgues, qui s'apprêtaient à aller
LES CHtYALIBRS BU LARSQUIIIBT. 35
dfaer au Café de Paris, où leur service les appelait ce jour-lù.
Pea d'instants après, il donnait d'excellents conseils sur le choix de leurs entrées, de leurs rôtis, de leurs entremets et de leurs vins, à sir John Babibernet et au comte Antonio Miso, tous les deux confortablement établis dans le grand salon de la Maison d'Or,
A six heures précises, il trouvait au Café anglais le baron Peregode, rêvant les sensuelles délices d'une bouteille de vieux Bordeaux Lafitte revenu de l'Inde, qui étalait coquettement devant lui les formes sveltes de son corps, et la grâce de son cou allongé.
Un quart d'heure ne s'était pas écoulé que Georges d'Entragues s'asseyait à son tour aux Frères Provençaux, en face du vicomte de Sanluces et de sir Edward Nasomby, et arrosait plusieurs douzaines d'huitres de Bfarennes, vertes comme des émeraudes et grasses comme des poulardes, de nombreuses libations d'un incomparable Sauteme-lur-Saluces,
Or, à chacun des chevaliers du Lansquenet, Georges d'Entragues avait dit deci avec de très-insigniflantes variantes.
« Ce soir, -chez moi, à neuf heures précises, réunion extraordinaire de tous les membres de tordre. Il s'agit pour la société d*un stget de la plus haute in^rtauce. Per* sonne ne doit s'abstenir de paraître »
Et quand les chevaliers avalent témoigné quelque étonnement de ce que la séance n'avait pas lieu, comme de coutume, chez Mirabelle, Georges avait répondu qu'en sa qualité de dictateur il s'était cru le droit de décider un
Ghsffigement, sur ropporiumté du^piel il était au surfilus parfaitement fixé.
A rheure iadiquée, les onze chevaliers étaient réunis chez M. d'Ëutra^ues, seul dans son appartement» puisque Jules de Nodêsmes avait pris, depuis le matin, possession de son petit hôtel.
— Messieurs, — leur dit-il en ouvrant la séance, — quand je vous fis part, dans le courant du mois dernier, du désir que j'avais de remettre au dix février notre réunion de la fin de janvier, j'étais bien éloigné de prévoir les circonstances toutes récentes qui ont rendu indispen* sable Rassemblée extraordinaire qu^ j'ai pris sur moi de convoquer pour aujourd'hui.
Ici, un vif mouvement de curiosité se manifesta sur les physionomies de tous les membres de la société. Georges reprit aussitôt :
— Mais avant de vous mettre au' courant de certains fA\& qui m'alarment au plus haut point, et me semblent menacer l'avenir de notre société...
Une impression générale d'effroi remplaça le mooveitilml de coriosfté que les premières pafotes de Geoif es avsÂefit fait ndtre : cette imprtssîoa n'échapfaa point à t'ovateor ^ se iiâta de rqirendlre :
— Cependant, MessieuTs, raasQce&^TOUR^ : si des Atngors wm HMUaeeat, uous somoie^ m ipoivre de lenr tew tète, etj'esp^ que l'avanta^ wm veateia. Pour le mononi borii^vott» à avoir un peu de ^sttîeBcei et soyeai asaeai bons pour aecûider avant tovtes chose» foalqqes misâtes
LES <a»YALIBRg DU LANSQ^filVgT. 37
fâCtemiofi & Texâmen de Botre sitaatkm financière. Je Ueo8 exeesshrement à «aroir si les premesses qae Je voas li ÛLites en iMvembre dernier, je jour où vous «vez consenti à me nommer votre dictateur, sont en lionne rote CexéentloR : procédons donc, je voufi prie» au veinseinent, 00 pItitM à la reconnadssance des fonds à venir dans la e^sse sodale.
Or, et Georges le savait fi merveille, le résultat de cette sfiération de?aH dépasser toirtes les espérattoes et tiédafre as néant tootes les tenUitlves d'opposition des «aécontenfo si lint est qœ la société en comptât guelques^ans dans sonscin.
Le prm^ iLrak<^oulo( à lui seul, apportait à f^âsodatira vingft-<inq bRtets ée Mn^ue, oar, outre tes vingt mUle firanes de Iules de Nodèsmes, H avait en quelqueê peUii bonheurs dans le coaraut du mois, à des parties de Lakis^ ttÊm^ Jeuées danfeles M&n appart^ant à peu pi^ à la bonne compagnie.
Le bareii de la Civisette, ^èfû ^Ù<M(Mfj et les antres rtonisâsAent tfiâtt eux tous le ebUfreinagnifqae de trente* êUÈH nAe ftutcs.
Enfin Georges d'Entragueslira de ses diUéventes po^es» et déposa sur la tàJÊt aultottr ^ laquelle les membres de rmoeiatfeB étaiewi asi^, vingt ruule&œt d*dr de mSIt francs dMOMi.
Les trois soimes tèÊtà» fomaleiit un total de p^Mde-
n est indispensable d'exptttuer id tmmm H* €WÊh tragiMS qui Hepdtl fort tongteiapi n'avait pas toudié une cirla, uppertidluâé siMtté snsil looMAMrte à la ^«dh
38 LIS CIBYALIBRS DU LARSODIRST.
On se souvient peirt^èlre qu'en sa qualité de caissier de la société, Georges était dépositaire de soixante-quatre mille francs environ, sur lesquels on lui avait ouvert un crédit de quarante mille.
Or, en y comprenant les mille louis prêtés la veille au vicomte de Nodêsmesqui croyait les tenir de Salomon Da-: vid, en y comprenant aussi, les frais du voyage de Nor« mandie, les avances faites à Mazagran, l'achat du coupé de poste et l'ameublement de la rue Saint-Lazare (sur lequel il n'avait, à la vérité,.été donné que des à-comptes), Georges était arrivé juste à ce chiffre de quarante mille francs.
Restaient donc en caisse vintg-quatre mille francs encore.
C'est sur ces fonds que Georges avait pris son apport, sachant à merveille qu'on ne lui demanderait pas immédiafement la représentation de toutes les valeurs de la so* ciété.
n voulait éblouir ses collègues; il y réussit sans beaucoup de peine.
— Prodigieux ! prodigieux! — criait à tue-lète le bafDn Croisé de la Croisette, qui vovait ainsi justifiées par l'évé* nement ses prédictions sur les avantages de la dictatuie déférée au comte d'Entragues.
— Inimaginable! — repartait lord Stloobomby, d'autant plus enchanté qu'il était pour une somme capitale dans les résultats des produits du mois de Janvier.
~^ Merveilleux! •— appuyait Antonio Miso.
— Fabuleux! — répétait sir Edward Nasomby, écho toujours fidèle, comme on sait.
^ le «avais bien, moi, que les cimes tourneraient dnsi, — reprenait le bar^n Aymeric Croisé de la Crpi* sette, *en faisant avec ses doigts on petit roulement sur la
LES CBBYAUERS DD -UHSQ«INBT. 89
glace de sa tabatière à portrait, et en prenant cet air csk* pable de certains ?ieillards qui mettent à l'actif de leur expérience tous les événements produits psur le hasard.
— Nous n'en avions Jamais douté! — s'écriaient toutes les voix en choeur. *
^ Nous connaissons ses talents!
— Ses facultés!
— Son génie !
— Sa persévérance l
— Sa probité!
— Âh ! nous lui rendions tous bien justice à cet excellent ami, notre maître à tous!
— Aussi quand il a demandé la dictature, nou9sommes* nous empressés de la lui confier...
— ^ns discusâon !
— Sans opposition !
— Sans hésitation!
— Tout d'une voix!
— Et de bon coeur !
— ChacuQ de nous le considérant comme le seul capable de diriger la Société, et de la porter au degré de prospérité auquel elle est arrivée !
Et les gestes se Joignant aux paroles, on entourait d'Entragœs, on lui serrait les mains, on le prenait à brasle-corps, on |u| pressait le bras, et on contemplait surtout avec amour, à la dérobée, ces précieux chiffons, ce brillant métal, étalés et confondus sur la table, dans un dé^ sordre des plus pittoresques.
— Yoqs voyaz. Messieurs, — reprit Georges quand le cafanis se. fut peu à peu rétabli» — vous voyez. Messieurs, ^uej'ai agi avec vous loyalement... caries sur table. Ym»
10 LU OMrrâUBM D9 iàUSamENBT.
m'aTez iQvesti d'une autorité tôns borae», vo&s tu* en aves kisfié user sans contiôte, vous devez voir aujourd'hui que je méritais iâeo la confiance dont vous m'avez honoré.
•—Gai! oui! c'est vrai! bravo! — înterromplt-on de toute part en battant des mains.
— Prince Krakopoulol^ — continua Georges, — vous est-il souvent arrivé de gagner mille louis sur parole, et de toucher sans discussion le produit de votre gain dans les vingt-quatre heures de rigueur ?
— Jamais, mon cher comte, et Je me fais un devoir d'en convenir.
— C'est moi, — poursuivit Georges, — qui ai amené dans nos filets, ce jeune et imprudent oiseau dont nous n'avons pas encore arraché les plus belles plumes... Soy&L d'ailleurs tranquilles, je vous en amènerai bien d'autres, si vous me maintenez dans les fonctions auxquelles vous m'avez élevé.
— Qui songe à vous les enlever ! — demandèrent quel- ' ques voix parmi lesquelles on distinguait facilement ceUe du baron Aymeric Croisé de la Croisette, chevalier, etc.
— Ceci, — reprit Georges, — m'encoorage à vous dire que je crois de notre intérêt à tous la continualion du pouvoir dans mes maios^ et c^le de l'obéissance dmz