‹ Les Chevaliers du LansquenetChapitre 8 sur 30 · AYEZ-VOUS BESOIN D'ARGENT · texte numérisé non relu

AYEZ-VOUS BESOIN D'ARGENT

Et au-dessous, en caractères plus petits, mais aussi .parfailement lisibles : ■.

On achète des reconnaissances du mont-de-piété, les vieux kbils, les mobiliers^ les matières d'or et d'argent, les diamniSy pierres précieuses, armes, tableaux, livres, et gériez ralemnt toutes espèces de marcliandises.

Et enfin un peu plus bas : le nom de la rue et le numéro de la maison.

Le comte Abel frappa contre l'un des contrevents.

On vit presque aussitôt une faible lumière briller dans i'imérieur par-dessous la porte.

— Qui est-ce qui frappe à cette heure, et qu'est-ce que vous demandez ? -- fit une grosse voix dont le timbre n'avait rien d'encourageant.

— Ouvrez, Perrot... c'est moi, le Beausse, ^ répondit Abel en collant sa bouche à une des fentes de la dévanlure.

Divers ferrements jouèrent avec précaution à l'intérieur^ et au bout d'un instant une porte entrebâillée livra ,pas- ^e aux deux. amis, et se referma ensuite derrière eux,

Geoi^es put alors embrasser d'un seul coup d'oeil Tas- Pect baroque de ce magasin, que nous ne décrirons point ii^t^ant, jnous réservant de le faire plus tard si cela était utile à la clarté et à l'intérêt de l'histoire Que «pus

vu 5

58 LES CBBVALIERS DO LA!fSQUENBT.

racontons : Bornons-nous, pour le moment, à dire que Fun des angles de la boutique était occupé par une espc ce de cabinet en grillage à mailles fortes et serrées, tapissé intérieurement de taffetas brun, de manière à dérober aux regards des curieux ce qui se passait ou s'écrivait près du oureau masque par ce rideau et ce grillage.

— Rosolio est-il ici? — demanda le comte Abel à l'homme qui leur avait ouvert h porte.

— 11 est sorti. Monsieur; il n'y a pas de cela plus de dix minutes.

— Quel guîgnon ! — s'écria le comte Abel. — II semble que ce soit comme un fait exprès.

— Mon Dieu I — reprit le gardien du magasin, — vous î;uriez pu le rencontrer au bout de la rue, je remettais la' barre quand vous avez frappé.

— Qu'était-il venu faire à cette heure avancée de la soirée? — demanda le comte Abel,

— Amener un gas qui voulait mettre sa toquante au clou, histoire de rigoler celte nuit.

— Rosolio, en partant d'ici, a probablement dit où on pourrait le trouver si on avait besoin de lui.

— A moins qui ne se soye détourné en route, il doit être pour le présent quart d'heure au bastringuo de la inèr^ La Hure, rue des Fossés-du-Temple.

— C'est à tous les diables! — répondit le comte Abel avec une visible mauvaise humeur.

Puis se tournant vers Georges d'Entragues, il reprlj avec le ton plus doux de la condescendance d'un égal ot de la soumission d'un inférieur :

— Croyez-vous donc tout à fait indispensable de voi Rosolio aujourd'hui même?

LBS CHETALIBBS DD LANSQUENET. 59

— Cest de la plus haute importance, mon cher, car je suis beaucoup plus alarmé oue je n'ai voulu le laisser entrevoir à nos amis.

— En vérité?

— Vous pouvez m'en croire ! Ce n'est pas avec un homme de votre pénétration que je voudrais m'amuser à jouer 1» comédie.

— Mais, — dît le comte Abel en baissant la voix et en collant presque sa bouche à l'oreille de d'Entragues, — â la situation est aussi périlleuse, pensez*vous que nous puissions la dominer avec l'unique secours d'un enlèvement et d'une séquestration ?

Georges tressaillit, et, reculant vivemeiit la tète, il attacha sur le comte Âbel un regard scrutateur, un de ces regards qui traversent d'outre en outre la pensée pour arriver jusqu'au fond de l'âme, puis il répondit :

— Vous êtes au moins un homme qui comprenez les ■ choses jusque dans leurs nécessités les plus terribles... Nous tenterons d'abord Tenlèvement et la séquestration... si ces moyens étaient insuffisants, eh bien!..

— Dans ce cas vous pourriez encore, je le crois dw moins, compter sur Rosolio, — interrompit le comte AbeL — En proportionnant la récompense aux risques à courir, il n'y a rien qu'on ne puisse obtenir de cet garçon : il a aussi envie de s'enrichir.

A cet aussiy les deux interlocuteurs se regardèrent comme si chacun d'eux l'appliquait à l'autre.

— Je juge qu'il est tout à fait urgent que nous voyons Rosolio ce soir, — reprit le comte dTntragues. — Nous partirons donc quand vous voudrez pour l't tablissement de la mère La Hure.

60 LBS CHEVALIERS DU LàHS^BNBT.

Cette dernière phrase avait été pronoacée allante voix tpar le comte.

— Minute ! minute! — - dît le boutiquier «n prenaat part à la conversation. — Ne vous dépêchez pas taot de vous iSMtlre en route, car il y aura deux petites difficttltés pour amv^r.

— Lesquelles ?

— La première, c'est qu'on ne vous laissera pas entrer chez la mère La Hure.

— Et pourquoi ?

— Parce que vous n'avez pas le mot de passe, et qu'on craint depuis quelques jours les descentes de police : il paraîtrait qu'on a dénoncé à l'autorité la maison de jeu clandestine.

— Ensuite?

— La seconde difficulté, c'est que si vous allez là-bas habillés comme vous voilà ici, vous recevrez plus û'atous que de compliments.

— Qu'a donc notre costume de particulier? — demanda M. d'Entragues au premier ministre du comte Àbel.

•— Il a que vous avez l'air de messieurs très-comme il faut, et qu'on ne manquera pas devons prendre pour des mouchards.

— Ceci n'est pas amusant, — grommela d'JButragues... — j'aime encore mieux passer pour ce que je suis : mais comment faire ? ajouta-t-il.

— C'est simple comme bon jour, — r^<mdit te bouti- ^er. —D'abord vous allez vous déguiser, oe qui aara lût en un tour de main, car il ne manque pas de /hi^es dans l'établissement.

LB9 CHeVALIBRS DO LARSQtJBffBT. 64

— Mfettire des vêlements déjà portés? — s'écria Georges avec dégoût.

— Soyez paisible, mon bourgeois, — riposta l'homme de paille du comte Abel avec une orgueilleuse satisfaction. — Nous tenons ici le neuf et le vieux, le tout au plus juste prix et de première qualité.

— Va pour le déguisement ! — fît d'Entragues. — Reste maintenant la difficulté de l'entrée sans le mot de passe.

— Gela ne sera pas plus difficile, si vous voulez de ma société. Je cuis connu dans l'établissement, et rien ne m'empêche d'y aller avec vous.

— Sbitî — dit le comte Abeï. — Maintenant, Perrot, indiqueas-nous des costumes analogues à la circonstance ; nous ne voulons pas être reconnus, monsieur et moi.

— Voilà votre affaire, — répondit Perrot en saisissant avec un crochet de fer fiché dans un long bâton divers vêtements qu'il étala complaisammcnt sur le comptoir. — Examinez-moi çai — s'écria-t-il avec enthousiàme; — comme c'est solide ! comme c'est cousu !

— Perrot, mon ami, — interrompit en riant le comte Abel, — ce n'est pas Ik peine de faire V article en ce moment. Gardez vos blagues pour une meilleure occasion : nous ne sommes pas des chalands.

— C'est juste, c'est juste, bourgeois. Mais qu'est-ce que vous voulez ? l'habitude. . .

Les vêtements décrochés dont les deux coureurs d'aventures s'affublèrent étaient, du reste, merveilleusement choisis pour figurer dans l'expédition qu'ils méditaient.

Us consistaient^ pour le comte Abel, en un paletot-sac couleur ventre de biche, avec olives et brandebourgs en soie pareille; un gilet en cachemire rouge à fialmes mira-

hoUmteSj et un pantalon juste vert-pomme à grands c reaux lilas.

Georges était encore mieux partagé, si cela est possible; car, après avoir revêtu un 'ample pantalon à la cosaque ^n satin de laine, à larges raies de couleurs voyantes et heurtées, il endos-a un gilet d'une longueur démesurée en poil de chèvre beurre frais, et un splendide habit bleubarbeau, illustré d'immenses boutons dorés, ciselés et guillochés.

Et, réellement, sous ce costume, qui n'eût pas manqué de faire la joie d'un commis voyageur allant en conquêtes, il eût été presque impossible de reconnaître le beau, l'élégant Georges d*Entragues.

— Voilà qui est fait! —dit Perrot en se frottant les mains et en regardant les deux jeunes gens avec une indicible satisfaction. — Maintenant, prenez ces chapeaux un peu évasés de forme, et aux bords légèrement retroussés; prenez encore ces cannes k stylet et à pomme Ruolz plombées (ça peut servir dans l'occasion) ; remplacez vos gants jaune -paille par ces gants à vingt-neuf sous, d'une couleur saumon un peu avancé, et vous serez ficelés dans le chic de la chose.

En ce moment-là même, on frappa fortement dans la rue à la devanture de la boutique.

Un lans^iienet, rae det Fossés do Temple.

— Qui frappe? — demanda Perrot, comme il avait déjà pris la précaution de faire lors de l'arrivée du comte Âbel et de Georges d'Entra^ues.

£t il colla sou oreille au contrevent pour entendre la réponse qu'il venait de provoquer.

— Nom de mille millions de doubles croches louvrezi ouvrez vite! — dit la voix essoufffée d'un homme qui semblait avoir marché très-vite, ou être très-ému.

— Mais, qui êtes-vous? nous n'ouvrons pas comme cela au premier venu.

— Ami et client.

— Mais encore...

— Clovis Bisbille, professeur de mélophone, ci-devant place Yentadour.

— Faut-il ouvrir? — demanda à demi-voix Perrot aux deux chevaliers du Lansquenet.

Le comte Abel consulta Georges du regard, comme s'il voulait avoir son avis avant de donner le sien.

— Ouvrez! — répondit d'Enlragues, curieux de savoir ce que son ancien condisciple venait faire chez le brocanteur. — Je connais la personne qui frappe, — ajouta-t-il; — il n'y a pas d'inconvénient à la recevoir.

— Alors, Messieurs , — dit le fondé de pouvoirs du comte Abel, — si vous ne voulez pas être vus, passez au bureau ; je vais expédier le professeur de mélophone en trois minutes.

Et comme Clovis frappait de plus belle, Perrot cria d'une voix dft sfentor :

— On y va! ou y va!

En même temps les deux chevaliers du Lansquenet passaient derrière le grillage dont nous avons parlé.

— Sacreblctf !• brocanteur de malheur! — s'écria Cldvis en êtfit^î dans la boutique, ^ pourquoi, dfabie ! ne m'ouvriez- vous pas ?

— Et vow, musicien' de quatre sems, pourquei^, diable! venez-vous frapper à onze heures, quand' von» ss»rez que nou» fermons k neuf? — répond!! le boutlquief.

— C'est qtf apparemment il* importait fert que je tons glissasse ce soir même quelques syllabes dansr le tuyan^ — repartit Bisbille : — regardiez mon eostume!*

Georges d'Entragues écarta avec précaution F éColfe qtii» doublait le grillage, et il aperçut Clovi» effvelappé dans l'invariable vareuse couleur sang de bœuf, qui lui servait ordfnatrementC dérobe deehambre : poiir enHhre, îV portait un immense chapeau de feutre gris, d»nl tes larges bordîs étaient ployants; «neHa^eau ârla d'Arfagnan, enfin.

— Est-ce que vous allez au bal masqué? -^ éemanda

LES eRFTALmns su LAmaoEnsr. 69

Perrot après avoir examiné Clovis de la tête aux piccte.

— Ahl çà, pas de mauvaises plaisanterres! — rèponittt le pauvre mnsfciea en enfonçant crânement son feotre sar son oreilfe. -- le- ne vais pasi au- bal masqué, et c'est pour cela que le présent costume, élégant et chaud, sans contredît, m'est, pour le quart d'heure, souverainement insipide et fastidieux.

— Changez-en,. — dit Perrot. — Ça n'est pas bien difficile.

— Il peut se faire c^ie ce ne soit pas difficile^ comme vous le dites, mais pour moi c'est impossible.

— Ah bah! et pourquoi?

^- Ilemandez à ma Umte.

— Ah ! ah r les bibel^ sont accrochés. Alors gardai le palelot ro^^e ; je vous assure q^e ça va très-l»eu k votre figure item,

■^ EoeoPd i^us ifBpossible,. a» e^'est possible, — repartit dovis avec gaieté. — Je suis Uvé (i>, et si je ressors de cheïvoB9 avec cette peaa d'éerevisse, jii» suis sûr que je séné fiy m.

— Tiei»* tiens! tiens!

— Flgurez*vous, père la GueniHe, qu'avec tout» Fiiigémuilé d'un concombre en bas flge^ j'^at souscrit an« tettve de change de cinq cents francs à un gredin cTusurier qui se iiemine Sâlonon Diavkl.

(1) Être levé, signifie^ dans Vargot des débiteurs et de» ccâaa^ciers, qu'on a b ses trousses un recors qui vous a vu dans la rue on détenrèqueiqua part.

(2) Être filé, signifie, dans le mémefongage, qa« le recers vya^ soit & la pistp, et que sachant oii vous couchez il vous fera arrêter le fevdemflin matin par soir garde de commerce;

^6 LES CHSYALlBaS DU UNSQUBNBT.

— Connu ! connu

— Une canaille finie i

— Qui demeure rue des Bons-Enfants, — dilPerrot.

— Il serait digne de nicher rue des Mauvais-Garçons :

« En étaut an lai-méme... «

^*- repartit Glovis d'un ton emphatique, comme s'il déclamait un vers de tragédie.

— Ah! Salomon David veut vous feire fumer (1), — reprit Perrot : — il en est bien capable.

— Il m'a bien aussi fait vendre mes meubles; mais, pour •cela, je lui pardonne; la vente n'a pas seulement produit de quoi payer le commissaire-priseur. Maintenant il me poursuit par corps, et je viens justement de donner tête baissée, tout à l'heure, dans une embuscade des alguazils de cet affreux coquin de bossu ! de ce brigand, de ce scélérat de Bondoux!...

— Connu encore ! — interrompit de nouveau le brocanteur. — Vous êtes entre bonnes mains.

— Ils me suivent, — reprit Bisbille, — et je suis sûr qu'ils montent aux deux bouts de la rue une garde hors de tour : Si je ressors de chez vous non moins cramoiS| que jadis, je suis fait au même, et l'on me transvasera demain matin dans le bocal de la rue de Clichy, où en ma qualité de cornichon...

— Vous me contez tout ca, mon camarade, — interrompit Perrot, — qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse? Tâchez de dépister les limiers de Bondoux.

— Pardieu ! c'est bien à quoi je travaille, et c'est pour cela que je viens chez vous.

(i) Être fumé, toujours même Tocabuiaire, signifie élre arrêté.

LES GHEVALIEES DU LANSQUENIT. 67

*- Si ie vous V garde, ils vous y prendront comme ail« leurs avec le simple adjutorium du juge de paix.

— Vous n'y êtes pas, Papa la frippe! Ce n'est pas un asile que ]e vous demande.

— Alors Je ne puis rien à votre affaire... et...

— Vous y pouvez tout, et mille autres choses encore l — • interrompit Clovis d'un ton de déclamation. — Empoignez-moi ce paletot, d'une nuance un peu trop indiscrète pour ma situation (et, tout en parlant, le musicien 6ta sa vareuse), saisissez-vous de ce feutre, non moins compromettant par sa forme que l'autre l'est par sa couleur; accrochez ces dépouilles opimes à n'importe qud clou de votre bazar; confiez-moi le plus fourré de tous vos manteaux gris-muraiUe, le plus râpé de vos gibus d'occasion, et le diable m'emporte si les argouslns du bossu me reconnaîtront, embossé dans mon Àlmaviva, et abrité sous le castor mécanique.

— Tout cela pourrait se faire parfaitement, — dit Perrot... — mais il faut de l'argent.

— De l'argent, — répondit Clovis de l'air le plus dégagé du monde, — J'en manque pour le quart d'heure, par hasard; mais je suis une de vos anciennes pratiques, vous me connaissez, et nous sommes gens de revue.

— Pratique pour vendre, (fest pas déjà une si bonne reconunandation, — marmotta Perrot.

— N'allez vous pas nie refuser?

— Dame, j'en aurais bien envie.

^ Parole d'honneur, je ne vous ferai pas la queue ! -* s'écria Clovis. — Vous savez : Pauvre, mais pas du tout canaille.

— Oui, oui» je sais que vous êtes un bon enfant, — dit

68 LES CHBTALIBR8 DU LAIfSQUEl^ET.

Perret qufr semHlsit faiblir... — Mais enfin, qu'est-ce que vous voulez? achetez- vous! louez-vous?

— M l'un ni l'autre... j'emprunte! c'est bien plus délicat, bien plus gentilhomme.

— Ah! ah! vous empruntez... Mais nous ne faisons pas de ces sortes d'affaires... donner un gage contre rien...

— Çà ne vous va pas, j'en étais sûr : mais donnez-vous. la peine de suivre mon raisonnement : Je vous œnseille de me prêter, et vous me prêterez si vous faites quelque cas de cet axiome d'un de nos poêles, qpe vous n'avez sans doute pas oublié :

« kimei qif on vous cômeifle et non pas qu'on voiis /bue. »

Maître Perrot allait répondre àp cet arpiment, qui.neM pasaissaii pas; et avec raison^ avoir une bien grande vqhleur commerciale, quand Georges d'Entrague», impatient de la longueur de 1-entnetifin, toussa légèrfimciiiË.

— Tiens! — s'écria Glovia, — vous avei des rats-daas TOtce magasin iliféfle&voas, père Lafrmque; c'est vorace et FOi^euv ea^ diable, isss petites^ bètes^Ià.

Quant à< Pervol, il comprit^ que le chef d6 Ta maîsoir aivait à lui parler, et il^ se hita de passer derrière le grilkige. Ëièctivement^ d'Ëntragues loi- dît à voix basse :

— Débarrassez-vous de- cet imbécile en lui donnant tont ce qu'il vous demandera, et soyez* sans inquiétude : je ré"ponds pour lui.

0ix minutes' après, Tinfortuné professeur de méloj^ne^ embossé'josqufaur yeux, selon son expression pittoresque» dans un manteau de couleur sombre, sortait de la boutique du brocan^teur et s'eflbrçait, en* rasant les murailles,

I^ Cfl&TÀLUSaS .DU ULNSftUBNBT. 69

défaire perdre ses traces aux vils mouchacds du sieur Bondoux, officier ^ràe du commerce.

Officier! comme notre langue est pauvre! n'avoir qu'un seul et même mot pour qualifier Ja profession la plus noble et le métier le plus vil !

Assimiler par réimpression, te brave qui expose sa vie pour défendre son^pa^, et le lâche qui, .«ous laiprotection d'une loi inique, honteuse, barbare, j^ttente k la liberté de ses semblables, malheureux et sans défense!

Officier! Gomment l'armée ne>proteste-t-*eUe.p«S'Contre <;ette flétrissante Injure ?

fCûuvernement, si vous avez besoin delionsetdeehacals pour faire respecter nos lois, ne leur donnez du moins pas le même nom!

Si vous êtes obligé de tolérer cette hideirae traite des blancs, fiu'on appelle la contrainte par corps, n'aecordez pas un titre respectable aux... hommes qui en vivent.

Mafô ce n'estas le .moment d'examiner celte question ; nous y ^eviendroBSvplus tard, et nous la traiterons à .fond, si toutefois le dégoût ne nous fait pas tomber la plume des mains.

— Jlftintenant, v.lte! partons vite! — s'écria M. d'Entraxes ,en sortant du csd>lnet |;rillé, aussitôt que la fiorte de la rue se fut refermée sur Clovis. —Je parie, mon Qher Abel, que nous allons arriver trop tard, et que nous manquerons encore cet insaisissable personnage, ce feu follet vivant qae vous sypipelez Rosolio.

— Oh! il n'y a pas de risque, — répondit Perrot: — Vm iolfi 4pe Rosolio est chez la inère La Hiire, on peut être eertûQ 9ue.de toute la imlt il n'eûéémarre^, Et. dans le fait, 41 ^«i^ôsoi^ -ee gamoa, car c'est un tameux^teblis-

sèment que celui de la mère La Hure i on y trouve de tou en général : du vin pour rigoler, godailler, goblotter; des cartes pour jouer, des cornets-z-à pistons pour cancaner, et du sexe pour bêtiser : C'est-y, oui ou non, le paradis sur la terre ?

Comme il n'entrait nullement dans les vues de Georges d'engager une polémique avec le bonhomme Perrot, sur le plus ou le moins de ressemblance qui pouvait exister entre les joies du paradis, et celles de l'établissement de la mère Là Hure, il ne répondit rien à la chaleureuse apologie da brocanteur, et, ayant pris le bras du comte Abel, il se dirigèrent tous les deux vers le milord oti Perrot les rejoignit au bout de quelques minutes, qui furent employées par lui à consolider avec le plus grand soin toutes les fermetures de la boutique.

Au moment où le milord s'ébranlait avec la lenteur qui n'appartient qu'à cdte institution, quelques hommes k allures sinistres et à mines patibulaires vinrent regarder dans l'intérieur, comme s'ils cherchaient à reconnaître quelqu'un.

C'étaient les nlguazils de Bondoux qui, n'ayant point reconnu Clovis Bisbille dans le monsieur au manteau et au gibus, continuaient leur garde hors de tour, les pieds dans la boue, c'est-à-dire dans leur élément.

— Boulevard du Temple, tout à côté des Folies-Dramatiques ! — cria Perrot au cocher.

— Marchez bon train, et vous serez bien payé! -^ cria Georges à sou tour.

Le cocher allongea quelques coups de fouet préliminaires à sa pauvre haridelle, qui ne répondit à cette première agacerie qu'en se tordant dans le brancard.

Les coups de fouet se succédèrent sans interruption^ alors la malheureuse bête se décida à prendre le petit trot»

Entre le théâtre des Folies-Dramatiques et celui de la GaUé, il existe une espèce de petite ruelle étroite et fan* gettse, ouverte seulement de six heures à minuit, pour la commodité du public nombreux qui fréquente les théâtres de ce quartier. Cette ruelle, qui communique du boule- Tard du Crime à la rue des Fossés-du-Temple, se nomme le passage des Folies,

Yespasien, l'empereur aux ingénieux expédients, n'eût pas manqué de sourire aux nocturnes usages de cette mystérieuse ruelle.

Cest par là que Georges d'Entragues, le comte Abel et le brocanteur, qui leur servait de guide, se dirigèrent vers la rue des Fossés-du-Temple.

Dans cette rue, la plupart des parisiens le savent parfaitement, se trouvent les portes de dégagement des nombreux théâtres situés depuis le Château-d'Eau jusqu'au boulevard des Filles-du-Caivaire : le Tliéâtre-Historique, devenu VOpéra National, le Cirque, la Gaîié, les Folies-Dra" matiques, les Funambules, les Déiassements-Comiques^ et eufin le Petit-Lazary.

Il y aurait de curieuses études de mœurs à faire sur le personnel de ces diverses scènes, mais c'est un su]et que nous ne voulons pas même effleurer aujourd'hui : ce dernier mot, au surplus, n'implique pas l'engagement de nous en occuper plus tard, du moins dans cet ouvrage.

En outre de la population nomade d'auteurs et d'ac-

72 us ifi|ISViU.I»S AU iiNfiOD8HST.

Arioes^u plus bas étage^ ée snaehmktas, de jchorisIéB, fi* Ilimmta, %ttrai^€s, oiRi^mifies de loges, etc., etc., ele.; la rue des Fossés-du-Temple est, en général, très-mal hantée. Voisine du canal Saint-Martin, elle sert de rendez-vous, depuis la tombée de la nuit jusqu'au point du jour, à une ,fôule d'ôuvfiers i)wifs,.de gamins malfaisante et décodeurs 4e i)arrièf es, qui y trouvent des bouges pour doni^ et •d(S8 ^bar^ pour s'emvrer.

L'aspect même de cette tm a quelque chose de «aspect «qui trafhit tout ce que nous venons d'en dire. Tou^oars waii éclairée, boueuse en toutes saisons ; pendant les chaleurs caniculaires, lorsque les promeneurs des boulevards traversent des fiots de i^oussière, la rue des Fossés-du- Semple offre, çà -et là, le kug de ses trottoirs exigus, de larges flaques d'une eau noirâtre et fétide.

à l'époque où se passaient les événements que nous racontons, il y avait, dans la presque totalité de la partie gauche de la rue, de vastes diaatiers de bois à brûler, au «ûlieu desquels étaient pratiqués des chemins de service dont usaient les habitants du quartier, pour communi<jp^r avec les rues voisines.

Ge fut dans un de ces chemins, ou plutôt de ces sentiers, que s'engagèrent uos trois personnages, et après d'assez n6iiit)reux circuits au milieu des labyrinthes pratiqués entre les hautes et loilrdes piles de feois, ils arrivèrent auprès d'une palissade servant de clôture à un jardin, lequel jardjn semMalt appartenir à une maison dont la ^içade prîncipide devait donner rue des Fossés-du-Temple.

Beox Individus, co^és de larges casquettes, et couvec^s de ees blouses courtes qu'on appelle des bourgeroas, fuguaient leur brûl&-gueuk auj^ d'une porte pratiquée dans

^ us CUTAUIBS DU LANSQDIlWr. 73

JMte dôtare, et fermée sealement aa loquet i ces hommes âTaieal asseï Tair d'élre en sentioellit.

Pbi'tol leor dit quel<fues mots à voix basse, et aussitôt l'on d'eux ouvrit la porte : Georges alors entra suivi de ses deux com|]tf gnons.

Us se trouvèrent dans un jardin carré, à l'extrémité du* quel était la maison.

On ify voyait briller aucune lumière; aucun son, si faibie q|i'il fiU, ne s'en échapjpait :ies bruits que l'on en* teodaôt venaient de plus loin : c'étaient les rumeurs vagues et incessantes d* la ville.

En approchant davantage de la maison, il sembla k Georges, qu'à ces murmures lointains se mêlaient de temps en temps, et comme par bouffées des clameurs sourdes qu'on eût dit sortir des entrailles ^e la terre.

Gegrges crut d'abord qu'il se trompait, mais ayant entendu plus distinctement cette étrange harmonie, il se pencha à l'oreille de Perrot, et t^Mit^en marchant il lui dit :

— Où diable nous menez-vous là ?

— Vous allez le savoir dans un instant.

Et Perrot qui venait d'atteindie la maison, frappa d'une façon particulière à une petite porte.

Cette porte s'ouvrit aussitôt, et laissa voir un étroit et >uDg corridor qui se terminait par un escalier.

Cet escalier avait cela de particulier, qu'au lieu de s'élever vers \es étages supérieurs de la maison, il s'enfonçait clans les caves.

De sa cage souterraine jaillissait une lumière éclatante comme celle d'un feu de forge : Quant au corridor, il eût été, sans cette clarté dont il profitait, dans une obscurité complète.

7i Mf CSSVAJLIBIIS Dff LllCSftOBIlBT«

So mèBie ten^ 49e Mlle arâente loetr ébleamiit les yeux des arrivants, Igars oreUles éUtent frappées 4'aQiFaurme étrange ^iii sesÉilaU aiOBter et s'étendee avec elle.

C'éiaU un broil confus et indescriptible» oiise mêlaieiu, dans un concert tout à la fois sUiistre et io](eu&, de& jurements, des menaces, des J^lasphèmes, des éclats de rire, des sons aigus d'instruments de cuivre et de Ms, ûe& refciins obscènes, des dlH^cs de verres, et de loin m loin le ti&tement sec et très-ii^onnaissable du laétal monnayé.

Georges et le comte Aibel, précédé par Perrot, <k8eeiH dirent rescalier, et nous devons à la v^ité, d'affinner ici qae k spectacle 4ui s'offrit à lews yeux surprit étrciofeiBent jusqu'à d'£filragues lui*mâne, lequel cependant avait vu, fait ou subi assez de choa0s dans sa vie pour ne s'é> tonner de rien.

L'escalier avait dix- huit «aarches; apfirs les avoir Iran-

As

4^es on arrivait dans une pièœ immense, divisée en trois compartiments de grandeurs égales, par des colennettes en bois, peintes d'une belle nuance vert-chou.

Le premier compartiment était le cabaret : on y buvait du vin bleu ou jaune, soup prétexte de rouge ou blanc, de la bière aigre, du punch k l'esprit de vin, et des liqueurs douces à soulever le coeur, ou fortes à brûler l'estomac.

Le second compartiment était la salle de bal, on y exécutait sans le moindre contrôle toutes les danses les plus prohibées par sa seigneurie raonsie.ur le préfet de police, pair de France, à commencer par le cancan primitif^ et à finir par le moulin à café, invention chorégraphique de madame la comtesse de 6... qui a laissé bien loin derrière elle la célèbre Tu^pe orageuse de la reine Bacchanal du Jwf errant.

LIS <asvAi*iEas du larsqobrbt. 75

Le troîrfème eompartiBient était la salle de j««. Nous eo parlerons toulù l'heure avec quelque détail.

n y aralt en outre qoêlqqrs cabinets dans la maison, c'étalîent les boudoirs de l'établissement ; mais la liberté dofit OR jonissah daçs 4â salle du bal n'en rendait pas l'osage d'une absdue nécessité.

C'était au c^aift qu'aboutissait l'escalier, idée d'architecte qui était presque un irait de génie, car il fallait absolument commencer par boire avant de finir par aller jouer.

les yfiux vifs et*^n^trants d^ d'Eutragues, embrassèrent d'un seul regard tgut cet ensemble, puis ils s'arrêtèrent sur m vieux comptoir en palissandre incrusté, orniNneut dé^u de que^u^ café du boulevard. Derrière c^ comptoir était uabai9^enchd;S3é dans une espèce de niche. Sur ce banc et dans cetl^ nicbe trônait, parée de ses atours les plus triomphants, la mère La Hure, dont le dos monstrueux était répéfili par ^ne glace placée derrière elle.

Cette fem^ae, jJnoVme créature, jadis phénomène dans les exhibitions foraines ^es Champs-Elysées, ^es jours de rêjûai^sances publiques, était v^tue de la plus splendide robe éeossaise à l^^es earreau:ît rouges, verts et noirs, qu'il Suit possii^le d'imaginer. Une de ces robes enfin que les fabricants inventent dans Tespoir de les vendre aujc élégantes de Lyon qui les trouvent quelquefois trop •ImpÎQS.

De celle robe presque sans corsage, sortaient, ou plutôt % répandaient, débordaient de si robustes appas, qu'en les fractionnant et en les meUant en œuvre au moyen du iQerveillenx procédé de la rbinoplastique, OQ aurait pu

76 LES COfiVALILIlS OU UXSQUSN«T.

faire largement le bonheur d'une douzaine de femmes maigres.

La mère La Hure, t^le qi^nous venons d^ resqu||fser, n'était pas au moral non plus une femmci ordinaire. Ainsi elle avait une sorte de dignité personnelle, à l'aide de laquelle elle savaK maintenir à une distance respectueuse les gens avec lesquels elle ne voulait pas se fisimiliari^. D'un autre côté, quand elle avait des préférences, ce qui se rencontrait tous les jours, elle ne sé^ gênait pas pour les laisser voir, et parmi les habitués de ]a|naison on se montrait toujours un certain nombre de jeunes gaillards carrés et barbus qu'on siupçonnait tout bas d'être ses favoris, r

A l'exception de l'emplacement occupé par le comptoir, tout le compartiment qui servait de cabaret était encombré de petites tables entourées de imveurs assis sur des tabourets : les tables étaient malpropres et les tabourets boiteux. Les premières supportaient un nombre indéterminé de brocs, de Utres, de ^uteltlçs, de chopes, de canom, de canettes, de poissons, et de poU^nels, tous remplis de vin, de bière ou d'eau-de-vie.

La mère La Hure inspectait tout du hactt de son banc recouvert de velours d'Utrecht jadis «ripoisi, et elle donnait d'une voix de stentor ses ordres aux garçons qui obéissaient toujours avec autant de promptitude que de soumission.

Le second compartiment, ou si vous le préférez la sallg de bal, avait dans l'un de ses angles une espèce d'estrade, sur laquelle était juché l'orchestre, composé d'un violon' aigre, d'un flageolet criard et d'un cornet à piston faux.

Sur les bancs de bois placés de distance en distance

IMB âHSTALtKRê tflOr LANSQDBNBT. 77

dans celle partiie de l'établissement, se tenaient dans des poses plus ou moius pittoresques, dix ou douze créatures déeoneléss, fardées, maquignonnées. C'étaient les premiers sujets du cancan et du monlin à café, et le lard d'une des trois souricières de la mère La Pure.

Le prix du cachet pour chaqtfé contredanse était fixé à dix centimes.' Le prit des b(mdoir$ se traitait de gré à gré.

Tous ces détails étaient «^aussi neufs que curieux pour d'Entragues, toutefois il en détourna promptement son attention, pour la reporter tout entière sur le compartiment qui formait la salle de jeu.

n est vrai que l'aspect en était si singulièrement aninié qu'il faisait à l'instant même oublier la salle de bal avec ses danseurs, et le cabai^t avec ses buveurs.

Au milifitt, un grand billard, dont les quatre bandes abattues ne laissaient voir qu'un tapis vert parfaitement uni, était métamorphosé en4ablede lansquenet, au moyen d'un procédé bien simple que nous allons tâcher d'expliquer.

Les pieds de> ce billard rentraient de quelques pouces dans le ptancher, de manière à ce que les joueurs pussent facilement s'asseoir et s'accouder tout autour. Un mécanisme d'une extrême simplicité, permettait, en cas d'alerte defaife reprendre, en une seconde, au meuble sa hauteur primitive. En même temps que ce changement à vue s'opérait, les bandes abattues se relevaient d'elles-mêmes, les cartes remplacées par des billes, disparaissaient dans une introuvable cachette, et les joueurs de lansquenet se montraient à la police et à monsieur le commissaire, une quoue

78 LCS OMVALffRf Dt &àI»QiKNfttf **

à la main comme de simples et InoffenMfe .jooeafs dk bitlard.

Ah même momefit «a ées garçons criait à tu«4èle :

^-- La poirie, Messieurs, qaî reiit foire la franlet

Nous avons vu d'aill^Ars pat loil t» ^ préoMe ifM les abords ée k maison suspecte étaîeat bien garâés, et que SI la peliee pouvM à la rîguear arriver^ U lui «était impossible de surprendre tout à fait.

Nous assisterons dans quelques momevis à la partie commencée. Contentons-nous maînteaant de dire qu'»àtour de la table de jeu, comme dans le cabaret et dans la salle de bal, circulaient sans relâche d'effroyables quantités de vin, de bière et d'eau-de-vie.

Une comité, espèce de tirelire d^osier» Recevait sons la surveillance et la responsabilité d'un des hommes carrés . et barbus de la mère La Hure, les rétributions des joueurs. Il sartolr ifuinse cêMîitas psr chaque psfsse.

Outjiqa'il atrivât, ces qtihize cemtmes ëtaieifl ffvmt outes dhoses prélevés sur le proffit des gtigimiife. Mus aucun cas la mère L'a ttrre ne pottvatt rîwa ^perûtt.

Revenons maintenant à nos trois personnages.

Peu de temps i»prës lesr srrUféeietiittiSitMtlse^Entragues eai pris tme •connaissance suflsaute des lottaméGi, ^^rrrot &'app»0€lfa du tmefii^, et toi MMeitti ifMf mn gracieux sourire de ta mens La ^Huve, x|ai 'ût&gm «wftmr teiiére an brocamteor 8C6<g?05 d«lgt»taoombré8iéeè^iies faïusses jusqu'à latpremièrepbalaiige.

^ fiosotto €6t-n idr ^ demanda iPorMt tce «cniMaplaot a!T0c ttue adrah^ation :pàrfis(lten«flrt lauée èn&^imtlages physiques de la môre Luiflurt.

D^Ëntrogues, que ms otMirses Inuttlts «avaidat «n:pcu

«B kOMï la^nNate é*inieréfieiise Bégafive^ nais i M bi^tôt rasiwré, cârla divinité du ^eu répondSt d'âne V€ix #|;iie d'œa oliiMre éé iMiééràk, •^ Puttait il «flt là4MB4iiil;M#s0 Are>ifr«iiie; : tobs fe

L'€iitf f«ni0^ cléliMl lu «BanMèffi d» la nèrt La Ifare êe fnm&t»0t le ffieilinM^r«efi^^ nés lecteurs fout sans dôme d^ devmé : éaas limisles eas iro«s le lesr appremMis.

— Ces mesàBms sdat de votre société? ^ «{|outa-t-cHe f«[i air 4e salisfaetton, en eoiitëfl90aRt'd'£ntragaes et le cûMie Â&^-qaTdk {laraisaaît treaver fort à ^n gré.

-<* Sans #9^,-— répondit INrof.

-««^Pomr kne, je suis irH^-aae d'awofr cetoi de lUre la leur... c'est des bien bel hommes!

te>igcs «e pnA flTenpèefaer de ararire e» neeevasl ce jWUrtJiwtHt, aal^ddflHBe ii tiâ imparl^it daraatage r astira «oio ta ttflff» sor Hosotid qae ée fkire dn prender 6oap la conquête de la mère La Hure, il fit sigoe à ÊSM «t t ^emot deleasyrre, et i aerendHifflaiédBateRieiit éan» fk aalle du tripot, fifi fl'avail eneerairporçae qae de Ma» at i fra^vrs les rapeBrs du Cabaret» et kr poua^ère te

CkmAR iaàaasA, ^ERtragues reçut aae ^ye^e d^agac^iM de UN» fenrts des «>^bi«s «pd pce^aienl fe bsd, et il anfit à jj^ttÉtoora r^rises flott «oeaar «e aeiéever de dégeit et son front seooeirrir et rengear, k néèe qae toaa cw Mrea Ignobles le preMaieRt pûvr un tes leisrs.

^ VeM ftanti^, -- lai ^ Perrel en désignanl éf doigt am indlfidtt assia !i la plaee dlnmiieaf au -aS&ea ùmpmtteê. «i panJaawimÉfge ta fai «neewaprodigieiBe

•0 UP GICVAIUBS DD UMaOBHBT.

Rosolio était Ufi homme de petite taille, an teint oMvÂtre et à la mine assez chétive, quoique sa physionomie ne manquât pas d'une certaine ai^mation. Ses cheveux noirs et crépus étaient, à force de soin et- de pommade, lissés autour de ses tempes et roulés en boudin derri^e sa tète^ ses grands yeux ha]iiituellement fatigués et éteints, lançaient quelquefois de vives étincelles,*que faisait paraître plus brillantes encore Tauiëole d'un bistre sombre qui entourait les paupières : l'ensemble du visage, somme toute, ne manquait ni d'agrém«)t ni même de distinction^ mais il trahissait dans son expression habituelle ou passagère tant de vices et tant de banesses qu'on ne pouvait le contempler un instant sans éprouver un profond sentiment de répulsion.

D'Ëntragues n'échappa point à cette impres^n, néanmoins il comprit que Rosolio, malgré la répugnance qu'il lui inspira, pouvait bien être l'homme dont il avait besoin.

Le costume de Rosolio frappa d'Entragues. Il consistait en une espèce de tunique ou de jaquette en .velours épingle bleu clair, à boutons nde chasse; ce vêtement, trèsouvert sur la poitrine, laissait voir un gilet de cachemire à palmtô éclatantes, et la rosette artistement noiiée d'une cravate de soie rouge, dont les bouts étalent fixés par une épingle en faux diamant, sur. une chemise pUssée, brodée, boulUonnée comme un canesou de femme.

Rosolio avait devant loi une trentaine de pièees de cent sous, de la monnaie de i>tlion en abondance, un verre à moitié plein et une bouteille aux trois quarts vide.

Le voisin de gauche de Rosolio tenait la banque au moment où M. d'Entragues, le comte Abel et Pern)t s'appro-

us €IBtAUiaS DO LAmaOlMIT. 81

ehèreot du UUard métamorpboâé de la manière que nous favoDs eipliqué,

— Cinquante baUes. Messieurs l cinquante battes ! — disait le baDquier qiv la ohance paraissait favoriser. — On De fait pas d'argent? Je pars pour du? battes... Qui est-ce qui tient dix balles?

— Banquo du tout, •— dit Rosolio.

— Je passe la main.

— Je la prends à cinquante.

En effet, Rosolio s'empara des cartes et poussa devant hd dix pièces de cent sous pour faire son enjeu.

Georges qui le regardait avec l'attention qu'on met à examiner riiomme dont on a besoin pour une affaire importante, et qui était d'ailleurs expert en ces {sortes de choses, vit clairement Rosolio glisser quelques cartes tirées subtilement de sa manche, sur le paquet qu'il tenait.

-^ Banquo, — dit quelqu'un.

— Allons ! — répondit Rosolio.

Il abattit un carte à gauche, c'était un valet ; puis une autre carte à droite,, c'était un second valet.

— Refait de Gabichets, — dit Rosolio. -- 11 y a maintenant cent francs à la banque.

— Je tiens i — dit résolument le personnage qui venait de perdre cinquante francs eu un leur de main ; — mais je te préviens que siHu as encore un refait, c'est que tu nous volesj et alors je te casse la gueule.

Rosolio bsrttssa dédaigneusement les épaules, ettoal en faisant ce mouvement il abattit deux cartes.

La variante était fort légère. Au lieu d'un refait de valets, c'était un refait de rois.

82 us» emfAUEBs dq Mjuiéts^mf»

^^ êàii cTcBt «iKitte ça, Mg»â d*itallBa< — s'tola le

perdant. — Ëhbien! attefids un pu.

Ëtsautaol stif k bUisirâ <dOA4 ta tai|^iif le sé^M'Mtde sw adversaire, il a'^lân^ vers4^âern|tr« ^ se leva tea»- ^ytemeat en disaiit à lea voisiBS :

— Faites de la place, vous autres, ça vsi dumist ra le ne m'y connais pas. «-•

Puis évitant par un saut de côté le previier tboc de l'agresseur, il lui passa lajamlfe^ ^ metlaat ea fralîpie* avec une mejrveille]i$e*1dénavûlt]iM le$ plus siB^ples éléments du bel art de la aavate, U accomiMigiu te eMi&-csh jambe d'un formidable coup de poing dans le creitt de 1'e$tomac du joueur irascible, qui s*eu alla rouler sans connaissance sur le carreau.

Après cet exploit, qui prit bien moins de tenqps que nous u'ea avons mis à la raconter, Rosojio se contenta de dire à la galerie.

— Il a sou compte, celui-là. Portez-le à Fambulançe. Puis se rasseyant' à sa pHace, et ramassant les enjeux, il a}oifla :

— Je passf Jainaîn. Qui prend la banque à deux cents Imtles? H T a encore du bénef à faire.

En .ce moment le comte Abel fiiïterrompU en lui posant la aaifi fitfirf'épanle.

Rotolio se retoura» vtvenent.

"^ nens ! c'est ¥OttK ! — dH41; — far quel hasard dans ces quartiers-ci f

— J'ai à vooB paiiar« -^répoudil le coHie AM^ — ^M jMMV cda qatjudmâ» vmu.

— Voilà ! toujours présent ! ^ fé^fimëi Aonftia en

silfstti le €OBt& i^M «& GoMPf » d'EMragaet Mk «a éfli angles de la pièce, où Us causèrent penia^ qadqân ml* «rtas avec s»kwitioR qiioi4|iie à vea basse.

«^Çteepekt, «aeefieiil, --dH RoseUe «ipeaftai haut. — Nous allons vous arranger l'affaire en écmome. ^ftisllcritr:

— Ohé! TEnrhumé? où est ffinrhuné?

•**»lleftlei» *^ répmiditiM grosse m>ït psrtafllrdu

edMPet «^IleAid^ptf pi0iKe(1) ooffime un gm'i^.

— fist*4I toitf à MC |MetoH{ , en seiAerneat m pea cSMUff -^ ^ettetnâa IleseiKo.

«^tté1 fEm%Mné!t)l)él — répéta h grosse TOix : «^ I2st«ee <^«ê t^esfmterif 19 fes pediard dis-le lofft de suite.

6n enleffélt «ne ëspèee 4e grognement semrd parrflsdtenietit IftintéRi^ll^ fit Ton tît financer, d\m pas dont fafissnmee él&H va peu suspecte, an îndWidn de mauvaise mine et pauvremetft vêtu. Cet indtvidn devât son «(Airkiiiét de VEmlmn^ à une maladie du laiynx qui qe lui permettait de parier qtfà voix basse.

— Et d'un, — fit Rosolio.

Puis il éleva la voix, et il cria :

— Ohé ! l'Amour ! ohé ! Où est l'Aaioar ?

— L'Amour ? présent ! toujours, la nuit comme le jour! — répondit une grosse voix avinée qui partait du compartiment voisin.

Et notre ancienne connaissance de l'estaminet de la Grande-Pinte et du cabaret des Rossignols^ quittant, dans la salle de danse, une grosse fille avec laquelle il exécu-

(1) Qui dort.

8i LIS CUTALIBRS iAT LàHSQOBNBT. ^

tait un fMmU» à café des plos écheyelés, s'approcha de DOS interlocuteurs.

— L'affaire est dans le sac, — dit RosoUo au comte d'Entragues, maintenant il ne s'agit que de s'entendre : Suivez-moi.

Us se dirigèrent tous vers le comptoir dans le compartlment du cabaret.

«^ Mère La ffure, fit Rosolio en s'adressant à Vex-phéflomèfie» -^ faites-nous donner tm cdbtinet de société^ du vin isacheté et des cigares à cinq; nous avons ^jaspiner.

Cet ordre fut exécuté immédiatement» et nos cinq per* sonnages, à savoir : d'Entragues,s|è comte Âbel, Rosolio, l'Amour et l'Enrhumé restèrent enfermés l'espace d^ine demi-heure environ.

Pendant ce temps-là, Perrot, qu'dn avait laissé dans le cabaret, contemplait l'état de la mère La Hure, à laquelle il adressait quelques galanteries de haut goût, nous devons le dire, parfaitement accueillies.

Noua saurons plus tard les résultats de l'entretien secret, et ce qui fut décidé dans le cabinet de société de la rue d^ Fôssés-du-Temple.

La lettre -maAjmt.

Bien qae G<iorges d'Entragues ne fdt rentré chez iui qu'à «ne heure trè^-avancée de la nuit, apiès son entrevue avec Rosolio, l'Ameur et l'Enrhumé, dans le trës-cespec* table établissement de la mère La Hure, il sortit le len^ demato matin de trè^onno. heure, et il se dirtgeff^verB* le Palais-Royal, où il entra par cette galerie dont le nom nous échappe en ce momeal, mais que nous pensons pouvoir désigner d'une manière exacte en disant qu'elle aboutit rue Saint-Honoré, presqu^'en face du Café de la Régence.

Cette galeï^e n'e$ peuplée que de petites bauIiqMes l)orgnes où» l'on vend k prix fixe des ob]ets sur lesquels on est encore trompé de moitkl. C'est là que les provkiciaux achètent leurs parfumeries, leuit gants, leurs lunettes^ et le» bijoux en siail^r qui font diie é'eux, quand

S6 LES CnEVALIBRS DB LARSQQBKBT.

Us retoarnent au pays : qu'ils se sont ruinée dans la eafdtale.

parmi ces boutiques il y en avait, à l'époque dont nous parlons, deux ou trois qui étaient occupées par des écrivains publics, sous la dénomination pompeuse dd bureau de correspondance.

De plus, la galerie en question servait et sert encore de rendez-vous à une classe nombreuse d'industriels, dont la profession peu connue, à ce que nous croyons, consiste à endosser pour. quelques francs des billets de commerce, qui prennent ainsi un certain air de réalité à l'aide duquel le porteur arrive in£aUli]llewnt à... ne pas les négocier:

Nous avons cependant entendu parler d'un de ces endosseurs qui avait gagné à ce métier une fortune assez considérable pour pouvoir fonder sur le Pont-Neuf un établissement de décroltage en plein vent ; mais cela te- Balt à une circonstance particulière : cet bomme portait, iKus aimons à croire qu'il en av^it le dn^t, ip nom toutpuissant de Rothschild. Peut-être étiit-ce on parent éMgné, obscur ou pbilosopbe de rtllustre banquier. Quoi ftt'il'ien soit *sa signatHre, Mws les oirconstance^ dont nous parlions tout à i^eure, se vendait jusqu'à deux ^èœs de cent sous, ce qui ne faisait pas i^'el4e fût plue négociable. U voulut cumuler t»tteinduslrieav|c son métier de décrotteur, mais sa prospérité lui avait suscité des envieux, on le dénonça, et la police correctionnelle l'enfdya kPoissy réflécWr «ur les abus de VhomêBffwe.

Genges d'Entragues fit quelques pas dane la galerie ayant l'air de cbercber qaelqne cbose, puis il s'arrêta devant une écboi^^ fermée par une porte vitrée. Contre I'aia des benreaux 4e cette poite en «nrait appliqué une

IIS CBBVAyiRft DV USaftDUIIT. 87

feoille de papier sur la^oeUe éUôent tracés en nagniftqM

écritare moulée, ces mots :

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