‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 3 sur 60 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Les cavaliers numides étaient déjà renommés du temps des Romains. Les cavaliers arabes ne le cèdent en rien à leurs devanciers. Le cheval est resté, de nos jours, le premier instrument de guerre pour ces belliqueuses populations. Une étude sur les chevaux algériens, qui présentent encore les caractères des races barbes et arabes, n’intéresse pas seulement l’art hippique, mais aussi notre puissance en Algérie.

Le premier mérite d’une étude de ce genre, c’est l’exactitude des informations. À ce titre, je dois faire connaître les sources où J'ai puisé.

Pendant les seize années que j'ai passées en Afrique, j'ai rempli des missions ou exercé des fonctions qui m'ont mis en rapports constants avec les Arabes, avec ce peuple si peu connu naguère, et que nous devions étudier pour apprendre à le dominer.

De 1837 à 1839, j'ai été consul de France à Mascara auprès de l’émir Abd-el-Kader, puis chargé des affaires arabes dans la province d'Oran, que commandait alors M. le général

de la Mdricière, et enfin directeur central des affaires arabes de l’Algérie sous le gouvernement de M. le maréchal due d'Isly.

Ces diverses positions me mirent en relations avec les chefs indigènes et les grandes familles du pays.

J'avais appris leur langue, et c’est sur leurs renseignements que j'ai pu publier tour à tour le Sahara algérien, le Grand Désert et la Grande Kabylie, ouvrages qui ont rendu peut-être quelques services à la cause francaise, en éclairant d'importantes questions de guerre, de commerce et de domination.

L'étude des chevaux arabes, qui avait été l'objet de mes attentives recherches, m'a semblé former le complément de mes travaux antérieurs.

Aussi bien, cette question était pleine d'incertitudes et d’assertions contradictoires.

Suivant les uns, les Arabes sont les premiers cavaliers du monde; au dire des autres, ils ne sont que des bourreaux de chevaux. Geux-e1 leur font honneur de toutes les bonnes méthodes admises chez nous ou ailleurs ; ceux-là les repré sentent comme n'entendant rien ni à l'équitation, ni à l'hygiène, ni à la reproduction.

Qu'y a-t-il de vrai dans tout cela? Quelle est la valeur réelle des chevaux arabes? Quelle est la nature des services à en attendre?

J'ai voulu le savoir, non par ouï-dire, mais par le témoi-

Vynage de mes yeux ; non par les livres, mais par les hommes.

Ce qu'on va lire est donc un résumé tant de mes observations personnelles que de mes entretiens avec des Arabes de toutes les conditions, depuis le noble de la tente jusqu’au simple cavalier, qui, comme il le dit lui-même dans son pittoresque langage, n’a d'autre profession que celle de vivre de ses éperons.

C'est annoncer que je me suis informé auprés de ceux qui

possèdent beaucoup, comme auprès de ceux qui possèdent peu ; auprès de ceux qui élèvent des chevaux, comme auprès de ceux qui ne savent que les monter ; enfin, auprès de tous. Les notions que je vais consigner dans cet écrit n'émanent done pas de la tête d’un seul homme; on les trouverait répandues parmi tous les cavaliers d’une grande tribu. Je n'ai d'autre mérite que celui d'avoir recueilli, réuni et mis en ordre des documents épars et difficiles à obtenir.

Il faut, en effet, beaucoup de patience, d'adresse même, à un chrétien, pour arracher aux musulmans des renseignements peut-être insignifiants, mais qu un fanatisme ombrageux leur fait paraître très-importants ou dangereux pour leur religion.

Maintenant, je fais mes réserves. Je ne viens nullement dire : Ceci est bon, ceci est mauvais; je dis tout simplement : Bon ou mauvais, voici ce que font les Arabes.

OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER

Des savants musulmans ont écrit sur les chevaux un grand nombre de livres dans lesquels ils discourent d’une manière détaillée sur leurs qualités, leurs couleurs, sur tout ce qui est réputé bon ou fàcheux, sur leurs maladies et sur la manière de les traiter.

Un d'eux, Abou-Obeïda, contemporain du fils d'Harounal-Raschid, a composé à lui seul cinquante volumes sur les chevaux.

Cet Abou-Obeïda eut une petite mésaventure qui prouve que ce n’est pas l’auteur des plus gros et des plus nombreux livres qui donne les meilleurs enseignements, et que la méthode de consulter les hommes n’est pas la plus mauvaise méthode.

« Combien de livres as-tu écrits sur les chevaux? demandait un jour le vizir de Mamoun, fils de Haroun-al-Raschid, à un célèbre poëte arabe. — Un seul. » Puis, se tournant vers Abou-Obeïda, il lui adressa ia même question. « Ginquante, dit celui-ci. — Lève-to1 alors, lui dit le vizir, approche-toi de ce cheval, et donne-moi les noms de toutes les parties de son corps, en ayant soin de me montrer la position de chacune. — Je ne suis pas vétérinaire, lui dit Abou- Obeïda. — Et toi? » dit le vizir au poëte.

« Sur cela (c’est le poëte lui même qui raconte le fait), je me levai, et saisissant le cheval par le toupet, je commençai à nommer un membre après l’autre, en placant ma main sur chacun d'eux pour en indiquer la position, et je citai en même temps toutes les poésies qui s’y rapportaient, tous les dictons et les proverbes des Arabes.

« Lorsque j'eus terminé, le vizir me dit: « Prends le « cheval. »

« Je le pris, et toutes les fois que je voulais vexer Abou- Obeïda, je montais ce cheval pour aller le voir. »

A la nage, les jeunes gens, à la nage!

Les balles ne tuent pas;

Il n’y a que la destinée qui tue;

A la nage, les jeunes gens, à la nage!

CHANT DES ANGADES.

Chez un peuple pasteur et nomade, qui rayonne sur de vastes pâturages, et dont la population n'est pas en rapport avec l'étendue de son territoire, le cheval est une nécessité de la vie. Avec son cheval, l’Arabe commerce et voyage, il surveille ses nombreux troupeaux, il brille au combat, aux noces, aux fêtes de ses marabouts; il fait l'amour, il fait la guerre ; l'espace n'est plus rien pour Jui.

Aussi les Arabes du Sahara se livrent-ils encore avec passoi à l'élève des chevaux; ils savent ce que vaut le sang, 1ls soignent leurs croisements, ils améliorent leurs espèces. L'état d’anarchie dans lequel ils ont vécu dans ces derniers temps a bien pu modifier quelques-unes de leurs habitudes ; mais il n'a rien changé à cette condition de leur existence : l'élève, le perfectionnement et l'éducation des chevaux.

L'amour du cheval est passé dans le sang arabe. Ce noble animal est lecompagnon d’armes et l'ami du chef dela tente, c'est un des serviteurs de Ja famille; on étudie ses mœurs, ses besoins; on le chante dans des chansons, on l’exalte dans les causeries. Chaque jour, dans ces réunions en dehors du douar, où le privilége de la parole est au plus âgé seul et qui se distinguent par la décence des auditeurs assis en cercle sur le sable ou sur le gazon, les jeunes gens ajoutent à leurs connaissances pratiques les conseils et les traditions des anciens. La religion, la guerre, la chasse, l'amour et les chevaux, sujets inépuisables d'observations, font de ces causeries en plein air de véritables écoles où se forment les guerriers, et où 1ls développent leur intelligence en recueillant une foule de faits, de préceptes, de proverbes et de sentences, dont 1ls ne trouveront que trop l'application dans le cours de la vie pleine de périls qu'ils ont à mener. C'est là qu'ils acquièrent cette expérience hippique que l’on est étonné de trouver chez le dernier cavalier d’une tribu du désert. Il ne sait n1 lire ni écrire, et pourtant chaque phrase de sa conversation s’appuiera sur l'autorité des savants commentateurs du Koran ou du Prophète lui-même. Notre seigneur Mohamed a dit... Sidi-Ahmed-ben-Youssef a ajouté. Si-ben-Dyab a raconté. Et croyez-le sur parole, ce savant ignorant; car tous ces textes, toutes ces anecdotes, qu'on ne trouve le plus souvent que dans les livres, il les tient, lui, des tholbas ou de ses chefs, qui s'entendent ainsi, sans le savoir, pour développer ou maintenir chez le peuple l'amour du cheval, les préceptes utiles, les saines doctrines ou les meilleures règles hygiéniques. Le tout est bien quelquefois entaché de préjugés grossiers, de superstitions ridicules : c'est une ombre au tableau. Soyons indulgents; il n'y a pas si longtemps qu'en France on proclamait à peu près les mêmes absurdités comme vérités incontestahles.

Je causais un Jour avec un marabout de la tribu des Oulad-

Sidi-Chikh des chevaux de son pays; et, comme ]j affectais de révoquer en doute les opinions qu'il avait émises : — Vous ne pouvez comprendre cela, vous autres chrétiens, me dit-il en se levant brusquement, les chevaux sont nos richesses, nos joies, notre vie, notre religion. Le prophète n'a-t-il pas dit :

« Les biens de ce monde, jusqu'au jour du jugement dernier, seront pendus aux crins qui sont entre les yeux de vos chevaux. »

— J'ai lu le Koran, lui répondis-je, et je n'v ai point trouvé ces paroles.

— Vous ne le trouverez pas dans le Koran, qui est la voix de Dieu, mais bien dans les conversations de notre seigneur Mohamed. (Hadite sidna Mohamed.)

— Et vous y croyez? repris-je.

— Avant de vous quitter, je veux vous faire voir ce qui peut arriver à ceux qui croient.

Et mon interlocuteur me raconta gravement l'histoire sulvant{e :

Un homme pauvre, confiant dans les paroles du prophète que je viens de vous citer, trouva un jour une jument morte ; il lui coupa la tête et l'enterra sous le seuil de sa porte, en disant : Je deviendrai riche s'il plaît à Dieu (Anchallah). Cependant les jours se suivatent et les richesses n'arrivaient pas; mais le croyant ne douta point. Le sultan de son pays, étant sorti pour visiter un lieu saint, vint à passer par hasard devant la modeste demeure du pauvre Arabe ; elle était située à l'extrémité d'une petite plaine bordée de grands arbres et fécondée par un jolt ruisseau. Le lieu lut plut, il fit faire halte à sa brillante escorte, et mit pied à terre pour se reposer à l'ombre. Au moment où 1l allait donner le signal du départ, son cheval, qu'un esclave était chargé desurveiller, impatient de dévorer l’espace, se mit à hennir d'abord, à piaffer ensuite, et fit si bien enfin qu'il s'échappa. Tous les

efforts des suis! pour le rattraper furent longtemps inutiles, et l'on commencait à en désespérer, quand on le vit tout à coup s'arrêter de lui-même sur le seuil d'une vieille masure qu'il flairait en la fouillant du pied. Un Arabe, jusque-là spectateur impassible, s'en approcha alors sans l’effraver, comme s'il en eût été connu, le caressa de la voix et de la main, le saisit par la crinière, car sa bride était en mille pièces, et, sans difficulté aucune, le ramena docile au sultan étonné.

— Commentdoncas-tu fait, lui demanda Sa Grandeur, pour dompter ainsi l'un des plus fougueux animaux de l'Arabie? — Vous ne serez plus surpris, seigneur, répondit le croyant, quand vous saurez qu'ayant appris que tous les biens de ce monde jusqu'au Jour du jugement seront pendus aux crins qui sont entre les yeux de nos chevaux, j'avais enterré sous le seuil de ma maison la tête d’une jument que j'avais trouvée morte. Le reste s’est fait par la bénédiction de Dieu.

Le sultan fit à l'instant creuser dans l'endroit désigné, et, quand il eut ainsi vérilié les assertions de l’Arabe, il s’empressa de récompenser celui qui n'avait pas craint d'ajouter une foi entière aux paroles du prophète. Le pauvre reçut en présent un beau cheval, des vêtements superbes et des richesses qui le mirent à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses Jours.

— Vous savez maintenant, ajouta le marabout, ce qui peut arriver à ceux qui eroient; et, sans attendre ma réponse, il me salua des yeux, à la manière des Arabes, etsortit.

Cette légende est populaire dans le Sahara, et les paroles du prophète, sur lesquelles elle est fondée, y sont un article de foi. Que Île prophète les ait dites ou non, elles n'atteignent pas moins sûrement le but que s'est proposé leur auteur. Le peuple arabe aime les honneurs, le pouvoir, les riches-

! Palefreniers.

ses; lui dire que tout cela tient aux crins de son cheval, c'était lelui rendre cher, le lier à lui par l'attrait de l’intérêt personnel, Le génie du prophète allait plus loin encore, sans aucun doute ; il avait compris que la mission de conquête qu'il a léguée à son peuple ne pouvait s’accomplir que par de hardis cavaliers, et qu'il fallait développer chez eux l'amour pour leschevaux en même temps que la foi dans l'islamisme.

Ces preseriptions, qui toutes tendent vers un même but, revêtent toutes les formes : le marabout et le thaleb les ont réunies en sentences et légendes, le noble (djteud) en traditions, et enfin l’homme du peuple en dictons et proverbes. Plus tard, proverbes, traditions et légendes ont pris un caractère religieux qui les a pour jamais accrédités dans la grande famille des musulmans.

Quand Dieu a voulu créer la jument, proclament les doulämas, il a dit au vent: : « Je ferai naître de toi un être qui portera mes adorateurs, quisera chéri par tous mes esclaves, et qui fera le désespoir de tous ceux qui ne suivent pas mes lois; » et il créa la jument en s’écriant :

«Je t'ai créée sans pareille, les biens de ce monde seront placés entre tes yeux, {u ruineras mes ennemis, partout Je te rendrai heureuse et préférée sur tous les autres animaux, Car la tendresse sera partout dans le cœur de ton maître. Bonne pour la charge comme pour la retraite, tu voleras sans ailes, et je ne placerai sur ton dos que des hommes qui me connaîtront, m adresseront des prières, des actions de grâces, des hommes enfin qui m'adoreront. »

La pensée intime du prophète se dévoile 1ei tout entière ; il veut que son peuple seul, à l'exclusion des infidèles, se réserve les chevaux arabes, ces puissants instruments de guerre qui, dans les mains des chrétiens, pourraient être si funestes à la religion musulmane.

Cette pensée, que le bas peuple de la tente n’a pas vue peut-être sous le voile symbolique dont elle est revêtue, n’a

point échappé aux chefs arabes. L’émir Abd-el-Kader, au plus fort de sa puissance, punissait impitoyablement de mort* tout croyant convaincu d'avoir vendu un cheval aux chrétiens; dans le Maroc, on frappe l'exportation des chevaux de droits tels, que la permission d’en sortir de l'empire devient illusoire; à Tunis, on ne cède qu à regret à des nécessités impérieuses de politique; il en est de même à Tripoli, en Égypte, à Constantinople, dans tous les États musulmans enfin ".

Parlez-vous de chevaux avec un djieud, ce noble de la tente, qui tire encore vauité de ce que ses ancêtres ont combattu les nôtres en Palestine, 1} vous dira :

Rekoub el ferass,

Teloug el merass,

Ou tekuerkib el akhrus, Yequelaä edoude men eruss.

Le montement des chevaux, Le lâächement des lévriers,

Et le chiquetis des boucles d'oreille Vous ôtent les vers d’une tête,

En causez-vous avec l’un de ces cavaliers (mekhazent), dont la figure bronzée, la barbe poivre et sel, et les exostoses ? prononcées de ses tibias annoncent qu’il a vu bien des aventures, 1l s’écriera :

El Kheil lel bela Et ybel lel Khela Ou el begueur Lel fekeur.

1 J'ai la certitude que, dans certains pays musulmans, sur la liste des présents obligés, en regard d’un nom chrétien, le donateur avait mis : Kidar ala Khrater el Roumi. — Une rosse pour le chrétien.

2 Les exostoses prononcces de ses tibias. l'œil de l’étrier arabe occasionne toujours des exostoses sur le devant des jambes. Par elles, l'on peut, à première vue, distinguer le riche du pauvre, le cavalier du fantassin.

Les chevaux pour la dispute, Les chameaux pour le désert, Et les bœufs pour la pauvreté.

Ou bien 1l vous rappellera que, lorsque le prophète faisait des expéditions pour engager les Arabes à soigner leurs chevaux, il donnait toujours deux parts de prise à celui qui l'avait accompagné bien monté.

Le voluptueux thaleb, homme de Dieu pour le monde, qui vit dans la paresse contemplative, sans autres soins que ceux de sa toilette, sans autre travail que celui d'écrire des talismans et de faire des amulettes pour tous et pour toutes, vous dira les veux baissés :

Djennet el ard äla dohor el Kreil, Ala Montalat-el-Ketoube.

Le paradis de la terre se trouve sur le dos des chevaux, Dans le fouillement des livres,

Ou bien entre les deux seins d’une femme, Ajoutera-t-il, s'il n’y a point là d'oreilles trop sévères : Ou beine Guerabeus Enneça !

Que si vous interrogez l’un de ces vieux patriarches arabes (chikh), renommés par leur sagesse, leur expérience et leur hospitalité, il vous répondra :

— Sidi-Aomar, le compagnon du prophète, a dit :

« Aimez les chevaux, soignez-les, ils méritent votre tendresse; traitez-les comme vosenfants, et nourrissez-les comme des amis de la famille, vêtissez-les avec soin! Pour l’amour de Dieu, ne vous négligez pas, car vous vous en repentiriez dans cette maison et dans l’autre.

Avez-vous enfin le bonheur de rencontrer sur votre route l’un de ces trouvères errants (medahh, fessehh) qui passent leur vie à voyager de tribu en tribu, pour amuser les nom-

breux loisirs de nos guerriers-pasteurs, aidé d’un joueur de flûte (kuesob), et s'accompagnant d’un tambourin (bendair), d’une voix sourde mais non sans harmonie il vous chantera :

Mon cheval est le seigneur des chevaux!

Il est bleu comme le pigeon sous l’ombre, Et ses crins noirs sont ondoyants;

1 peut la soif, il peut la faim, il devance le coup d'œil, Et, véritable buveur d’air, Il noircit le cœur de nos ennemis Aux Jours où les fusils se touchent,

Mebrouk ! est l’orgueil du pays.

Mon oncle a des juments de race, dont les aïeux lointains Se comptent dans nos tribus depuis les temps anciens ; Modestes et timides comme les filles du Guebla ?,

On dirait des gazelles Qui paissent dans les vallées sous les veux de leurs mères. Les voir, c’est oublier les auteurs de ses jours!

Couvertes de Djellale 5 qui font pälir nos fleurs, Elles marchent en sultanes parées pour leurs plaisirs Un nègre du Kora les soigne #,

Leur donne l'orge pure, les abreuve de laitage Et les conduit au bain.

Dieu les préserve du mauvais œil ÿ!

! Mebrouk veut dire l'heureux.

? Gueblu, sud, Sahara, désert.

3 Djellale, couvertes en laine plus ou moins ornées de dessins, suivant la fortune des chefs de tente, très-larges, très-chaudes, et enveloppant le poitrail et la croupe du cheval.

# Un nègre du Kora les soigne. Les esclaves du Kora sont très-recherchés par les musulmans ; ils apprennent très-difficilement l’arabe, sont trèsattachés à leurs devoirs et très-fidèles à leurs maîtres.

5 Dieu les préserve du mauvais œil! Voici ce que les Arabes entendent par le mauvais œil (ain) : quelqu'un vient vous dire : Oh! quel beau cheval, quelle belle jument vous avez là! Craignez tout de lui, car il n’a parlé que par envie; s'il l'eût fait avec bienveillance, il n'aurait pas manqué d'ajouter : Que Dieu vous protége ou vous accorde sa bénédiction ! Ge mauvais œil cependant n'appartient pas à tout le monde.

Pour ses juments chéries, Mon oncle m'a demandé Mebrouk en mariage, Et je lui ai dit non :

Mebrouk, c’est mon appui, je veux le conserver Fier, plein de santé, adroit et léger dans sa course. Le temps tourne sur lui-même et revient ;

Sans dispute aujourd'hui, demain peut-être verrons-nous S’avancer à grands pas l'heure de l’entétement. Pour une outre pleine de sang, me répondit mon oncle, Tu m'as jauni la figure ! devant tous mes enfants, La terre est vaste; adieu.

Mebrouk, pourquoi hennir ainsi pendant le jour, pendant la nuit? Tu dénonces mes embuscades et préviens mes ennemis, Tu penses trop aux filles de nos chevaux,

Je te marierai, à mon fils!

Mais où trouver mes amis,

Pont les juments sont si nobles et les chamelles des trésors? Leurs nouvelles sont enterrées ;

Où sont leurs vastes tentes qui plaisaient tant à l'œil? On y trouvait le tapis et la natte ;

On y donnait l'hospitalité de Dieu,

Et le pauvre y rassasiait son ventre.

Elles sont parties!

Les éclaireurs ont vu les mamelons,

Les braves ont marché les premiers,

Les bergers ont fait suivre les troupeaux,

Et les chasseurs, sur les traces de leurs lévriers si fins, Ont couru la gazelle.

Avez-vous entendu parler de la tribu de mes frères? Non; eh bien, venez avec moi compter ses nombreux chevaux ; Il est des couleurs qui vous plairont.

Voyez ces chevaux blancs comme la neige qui tombe en sa saison ; Ces chevaux noirs comme l’esclave ravi dans le Soudan ;

! Tu m'as jauni la figure. Le rouge, les couleurs éclatantes, sont chez les Arabes le partage du bonheur ; les couleurs sombres, le jaune principalement, sont des indices de malheur.

Ces chevaux verts ! comme le roseau qui croit aux bord des fleuves: Les chevaux rouges comme le sang, premier jet d'une blessure, Et ces chevaux ? bleus comme le pigeon quand il vole sous les cieux. C à sont ces fusils si droits, plus prompts que le clignement de l'œil? Cette poudre de Tunis, et ces balles, fabriquées dans des moules 5, Qui traversaient les os, déchiraient le foie,

Et faisaient mourir la bouche ouverte ?

Quand je cesse de chanter, mon cœur m'v porte encore ; Car il brûle pour mes frères d'un feu qui dévore mon intérieur. Nulle part je n'ai vu de pareils guerriers.

O mon Dieu ! rendez aveugles ceux qui pourraient leur porter envie ! N'ont-ils pas de vastes tentes bien pourvues de tapis, De nattes, de coussins, de selles et d’armes riches ? Le voyageur et l'orphelin n'y sont-ils pas toujours reçus Par ces mots de nos pères : « Soyez les bienvenus: » Leurs femmes, fraiches comme le coquelicot, Ne sont-elles pas portées sur des chameaux, Ces vaisseaux de la terre *, Qui marchent du pas noble de l’autruche ?

Ne sont-elles pas couvertes de voiles Qui, trainant loin derrière elles, désespèrent même nos marabouts? Ne sont-elles pas parées d'ornements, de bijoux enrichis de corail, Et le tatouage bleu de leurs membres ne fait-il pas plaisir à voir ? Tout en elles ravit l'esprit de ceux qui croient en Dieu ; Vous diriez les fleurs des fèves que l'Éternel a créées.

1 Ces chevaux verts. — Les Arabes considèrent comme vert le cheval que nous appelons louvet, surtout quand il se rapproche de l’olive un peu müre.

? Et ces chevaux bleus. — Les Arabes appellent bleu le cheval gris élourneau foncé.

5 Et ces balles fabriquées dans des moules. — C’est, en général, un luxe pour les Arabes, et surtout pour ceux du désert, que d'avoir des balles fabriquées dans des moules. La plupart du temps 1ls font des baguettes de plomb et les coupent ensuite par morceaux.

4 Ces vaisseaux de la terre. — Le chameau est un animal tellement utile aux Arabes du désert, qu'ils l'appellent avec raison le vaisseau de la terre. En effet, il est sobre, ne demande pas de grains pour sa nourriture, supporte admirablement la soif pendant plusieurs jours, enlève et transporte des poids très-lourds dans les déplacements nécessités par la vie nomade.

Vous vous êtes enfoncés dans le Sud, nu Et les jours me paraissent bien longs !

Voici près d’un an que, cloué dans ce Teull ennuveux!, Je n'ai plus vu de vous que les traces de vos campements. O mon pigeon chéri,

Qui portez un pantalon qui vous tombe jusqu'aux pieds, Qui portez un burnous qui sied si bien à vos épaules, Dont les ailes sont bigarrées et qui savez le pays;

O vous qui roucoulez!

Partez, volez sous les nuages, ils vous serviront de couverture ; Allez trouver mes amis, donnez-leur cette lettre, Dites-leur qu'elle vient d’un cœur sincère.

Revenez vite, et apprenez-moi s’ils sont heureux ou malheureux, Ceux qui me font soupirer.

Vous verrez Cherifa ? : c’est nne fille fière ; Elle est fière, elle est noble, je l'ai vu par écrit, Ses longs cheveux tombent avec grâce Sur ses épaules larges et blanches :

Vous diriez les plumes noires de l’autruche, Qui habite les pays déserts et chante auprès de sa couvée.

Ses sourcils sont des arcs venus du pays des nègres; Et ses cils, vous jureriez la barbe d’un épi de blé Müri par l'œil de la lumière 5, vers la fin de l’été,.

Ses veux sont des veux de gazelle, Quand elle s'inquiète pour ses petits, Ou bien c’est encore un éclair devançant le tonnerre Au milieu de la nuit.

1 Cloué dans ce Teull ennuyeux. — Les Arabes du désert aiment tellement leur vie indépendante ct nomade, qu’ils regardent comme le moment le plus ennuyeux de leur existence celui où ils sont forcés de venir dans le Teull pour y faire leurs provisions de grains.

? Vous verrez Cherifa. — Cherifa, féminin de cherif, qui veut dire descendant du prophète. | % Dans leurs poésies, les Arabes appellent souvent le soleil adin ennour, œil de la lumière.

Sa bouche est admirable, Sa salive sucre et miel, Et ses dents bien rangées ressemblent aux grêlons Que l’hiver en furie sème dans nos contrées.

Son col, c’est l’étendard que plantent nos guerriers Pour braver l'ennemi et rallier les fuyards, Et son corps sans défaut vient insulter au marbre Qu'on emploie pour bâtir les colonnes de nos mosquées

Blanche comme la lune que vient entourer la nuit, Elle brille comme l'étoile qu'aucun nuage ne flétrit. Dites-lui qu'elle a blessé son ami De deux coups de poignard, l’un aux yeux, l’autre au cœur. L'amour n’est pas un fardeau léger.

Je demande au Tout-Puissant qu'il nous donne de l’eau; Nous sommes au printemps, Et la pluie a trop tardé pour les peuples à troupeaux. J’ai faim, je suis à jeun comme une lune de Ramadan.

Ils sont à Askoura, Dieu soit loué!

Qu'on m’amène mon cheval ! Et vous, pliez les tentes !

Je vais trouver mon oncle;

[l saura pardonner à l'enfant de son frère ;

Nous nous réconcilierons,

Et, par la tête du prophète,

Je donnerai une fête où paraitront les jeunes gens,

Les étriers qui brillent et les selles richement brodées ; On y frappera la poudre ! au son de la flûte et du tambour : Je marierai Mebrouk,

Et ses fils seront nommés les fils des juments bien soignées. O tribus du Sahara!

Vous prétendez posséder des chameaux ?,

1 On y frappera la poudre, — Chez les Arabes, il n’y a pas de fêtes sans coups de fusil.

1 Vous prétendez posséder des chameaux. — Quand une tribu du désert est tranquille, elle envoie ses chameaux paître quelquefois à dix ou douze

Mais les chameaux, vous le savez, Ne recherchent que ceux qui peuvent les défendre ; Et ceux qui peuvent les défendre sont mes frères, Parce qu'ils savent dans les combats briser les os des rebelles.

On le voit, chez le peuple arabe, tout concourt à développer l'amour des chevaux; la religion en fait un devoir, comme la vie agitée, les luttes incessantes et les distances à franchir dans un pays où les moyens de communications rapides manquent absolument, en font une nécessité; l’Arabe ne peut mener que la vie à deux, son cheval et lu.

Le Koran appelle les chevaux «le bien par excellence. »

Le domestique du prophète disait : « Avec les femmes, ce que le prophète aimait le mieux, c’étaient les chevaux. »

Aïssa-ben-Mariam (Jésus, fils de Marie), que le salut soit sur lui, alla trouver un jour Eblis le noir démon et lui dit : « Eblis, J'ai une question à t'adresser, me diras-tu la vérité? — Esprit de Dieu, répond Eblis, interroge-moi comme bon te semble. — Je te demande, reprit Jésus, par le vivant qui ne ment pas, qu'est-ce qui peut réduire ton corps à l’état de liquide et couper ton dos en deux? — C’est, répondit le diable, le hennissement d’un cheval dans une ville ou une forteresse. Jamais je n'ai pu entrer dans une maison renfermant un cheval pour la cause du Dieu trèshaut.

lieues en avant d'elle, et l’on conçoit que, si un coup de main a été tenté sur eux, il faille d'excellents chevaux et de vigoureux cavaliers pour les reprendre.

De tout temps le cheval a été chez les Arabes l'objet de la plus grande sollicitude. Tant que dura l'idolâtrie, ils aimèérent les chevaux parce qu'ils leur devaient gloire et richesse. Quand le prophète lui-même en eut parlé avec les plus grands éloges, cet amour intéressé devint un devoir religieux. |

Étant très-passionné pour les chevaux, un des compagnons du prophète lui demanda s’il y en avait au paradis. « Si Dieu te fait entrer au paradis, répondit le prophète, tu auras un cheval de rubis, muni de deux ailes avec lesquelles il volera à ton gré. »

Un poëte a dit :

« Quels sont ceux qui me pleureront après ma mort? Mon épée, ma lance de Boudaïna et mon alezan à la taille élancée, trainant ses rênes à la fontaine, la mort lui ayant enlevé son cavalier qui le faisait boire. »

Les bons chevaux se trouvent de préférence dans le Sahara, où le nombre des mauvais chevaux est très-petit. En effet, les populations qui l'habitent et celles qui les avoisinent ne destinent leurs chevaux qu'à faire la guerre ou à lutter de vitesse, et aussi ne les appliquent-elles ni à la culture ni à aucun exercice autre que le combat. C'est pour ce motif qu'à peu d'exceptions près leurs chevaux sont excellents.

Aucun individu du Sahara ne possède dix chameaux que lorsqu'il a un cheval pour les défendre contre ceux qui feraient des tentatives.

Dans le Tell la plupart des Arabes appliquent les chevaux à la culture, ils s’en servent également pour monter et pour leurs divers besoins. Ils n’ont point de préférence pour les mâles, parce que pour eux le cheval n'est qu'un animal qu'on utilise à tout ce dont il est capable et pas seulement à la guerre.

Le sol et la nourriture n’améliorent pas le cheval mauvais ou seulement médiocre; mais, si le cheval de race

pure est élevé dans la montagne et dans des terrains pierreux, il est doué d’une forces et d'une patience plus grandes que le cheval élevé dans les plaines.

C'est pour cela que le cheval d’origine pure qui est élevé ans le Sahara est préférable au même cheval élevé dans le Tell. Le premier, en effet, différent en cela du cheval du Tell, est soumis à la fatigue, à des courses considérables, à la soif, à la faim.

Les tribus qui habitent le Sahara ont toujours pu, mieux que celles du Tell, se soustraire aux caprices oppressifs et spoliateurs des divers conquérants de l'Afrique ; c’est done évidemment chez elle que la race barbe a dû conserver toutes les qualités d'élégance, de vitesse et de sobriété qu'on s'accorde universellement à lui reconnaitre. Aussi nous nous occuperons seulement des chevaux de cette contrée; et, afin d'éviter de redire ce que chacun peut avoir lu dans les livres, nous laisserons parler les nombreux Arabes que nous avons interrogés.

Voici le portrait qu ils donnent du cheval de race , chareb er’ehh, le buveur d’air.

Le cheval de race est bien proportionné, il a les oreilles courtes et mobiles, les os lourds et minces, les joues dépourvues de chair, les naseaux larges comme la gueule du lion, les yeux beaux, noirs et à fleur de tête, l’encolure longue, le poitrail avancé, le garrot saillant, les reins ramassés, les hanches fortes, les côtes de devant longues et celles de derrière courtes, le ventre évidé, la croupe ar-

rondie, les testicules serrés et bien sortis, les rayons supérieurs longs comme ceux de l’autruche et garnis de muscles comme ceux du chameau, les saphènes peu apparentes, la corne noire, d’une seule couleur, les crins fins et fournis, la chair dure, et la queue très-grosse à sa naissance, déliée à son extrémité.

Il doit avoir, en résumé,

Quatre choses larges :

Le front,

Le poitrail,

La croupe

Et les membres ;

Quatre choses longues :

L'encolure, } Les rayons supérieurs,

Le ventre

Et les hanches ;

Quatre choses courtes :

Les reins, Les paturons, Les oreilles Et la queue.

Toutes ces qualités dans un bon cheval, — disent les Arabes, — prouvent d'abord qu'il a de la race et aussi qu'il est à coup sûr un bon coureur, car sa conformation tient tout ensemble de celle du lévrier, de celle du pigeon et de celle du mahari (chameau coureur ) ‘.

4 Voir notre livre, le Grand Desert, qui contient, pages 185 et suivantes, de longs détails sur les mahara (singulier : mahari). Nous nous contentons de transcrire ici ce que nous avons dit de la conformation générale du mahari. « Le mahari est beaucoup plus svelte dans ses formes que le chameau vulgaire (Djemel); il a les oreilles élégantes de la gazelle, la souple encolure de l’autruche, le ventre évidé du slougui (lévrier); sa tête

La jument doit prendre:

Du sanglier, Le courage et la largeur de la tôte ; De la gazelle, La grâce, l'œil et la bouche :

De l’antilope, La gaieté et l'intelligence ; De l’autruche, L’encolure et la vitesse ; De la vipère, Le peu de longueur de la queue.

Un cheval de race (hôor') se connaît à d’autres signes encore. Ainsi, on ne pourrait le décider à manger l'orge dans une autre musette que la sienne; il aime les arbres, la verdure, l’ombrage, l’eau courante, jusqu'à hennir de joie à l’aspect de ces objets; rarement 1l boit avant d’avoir troublé l’eau, et, si des obstacles de terrain s'opposent à ce qu'il le fasse avec les pieds, quelquefois il s’agenouille pour le faire avee la bouche; et à chaque instant il crispe les lèvres, ses veux sont toujours en mouvement, 1l abaisse et relève alternativement les oreilles, et tourne son encolure à droite ou à gauche comme s'il voulait parler ou demander quelque chose. Si à tous ces caractères un cheval joint la sobriété, celui

est sèche et gracieusement attachée à son cou ; ses yeux sont noirs, beaux et saillants ; ses lèvres, longues et fermes, cachent bien ses dents; sa bosse est pelile, mais la partie de sa poitrine qui doit porter à terre lorsqu'il s’accroupit est forte et protubérante; le tronçon de sa queue est court; ses membres, très-secs dans leur partie inférieure, sont bien fournis de muscles à partir du jarret et du genou jusqu'au tronc, et la face plantaire de ses picds n'est pas large et n'est point empâtée; enfin, ses crins sont rares sur l’encolure, et ses poils, toujours fauves, sont fins comme ceux de la gerboise. »

Dans le désert, le mahari est au chameau porteur ce que, chez nous, le cheval de course est au cheval de trait.

1 Hôor fait au pluriel Harare. Probablement ce mot, rapporté des eroisades par nos ancêtres, est l’étymologie de haras.

qui le possède peut se considérer comme ayant deux ailes.

Un tel cheval ne consentira jamais à saillir sa mère, sa sœur ou sa fille.

Un grand seigneur avait un cheval magnifique, issu d'une jument fameuse dans le désert ; il voulait lui faire couvrir sa mère, et ne put y réussir : l’étalon s'en approchait par moments, mais s’éloignait tout à coup avec horreur. Pour triompher de cette répugnance, on imagina un jour de lui bander les yeux et de lui présenter la jument enveloppée elle-même de longs haïcks qui la rendaient tout à fait méconnaissable ; il la saillit alors, mais aussitôt après le fils reconnut sa mère, s'enfuit de toute sa vitesse et alla, de désespoir, se jeter dans un précipice.

Ce conte, populaire chez les Arabes, nous semble prouver que pour eux les unions incestueuses amènent nécessaire ment la dégénérescence des races.

On a remarqué que le cheval vite à la course avait la tête bien attachée à l’apophyse transversale de l’atloïde toujours très-protubérante.

« [l a des cornes, » disent les Arabes.

Les races estimées dans la partie occidentale du Sahara algérien sont au nombre de trois: celle Häymour, celle de Bou-Ghareb (le père du garrot), et celle de Merizigue. Leurs rejetons sont répandus chez un grand nombre de tribus; nous citerons les Hamyüäne, les Oulad-sidi-Chikh, les Leghroudäte-Kuesal, les Oulad-Yagoub, les Makena, les Aämoure, les Oulad-sidi-Nasseur et même les Harares !.

Chacun. selon ses goûts ou selon le service qu'il fait, vient offrir sa jument aux descendants de l’un de ces trois types.

‘ Toutes ces tribus : les Ha ».ydne, les Oulad-sidi-Chikh, les Leghrouäte- Kuesal, les Oulad-Yagoub, les Makena, les Aämoure, les Oulad-sidi-Nasseur et les Harares, sont énumérées avec de longs détails sur leurs mœurs, leur histoire et leur situation géographique, etc., dans notre livre du Sahara Algérien, « Partie occidentale, route d Alger à Insalah. » (Voir cet ouvrage depuis la page 209 jusqu’à la page 260.)

Häymour produit ordinairement des chevaux bais, Bou- Ghareb des chevaux blancs, et Merisique des chevaux gris.

Les Häymour sont les plus recherchés; ils sont d’une belle conformation, bien étoffés et pourtant très-légers. Ils passent pour les plus vites coureurs du Sahara; ils demeurent sans tares jusqu'à un âge très-avancé ; ils portent bonheur et ne sont possédés que par les familles les plus riches et les plus nobles.

Vient ensuite la race de Bou-Ghareb : elle donne des produits d'une plus grande taille. Les Bou-Ghareb courent trèslongtemps sans se fatiguer, mais sont moins vites que les Häymour ; comme eux, ils se conservent sains jusqu’à une très-crande vieillesse.

Enfin les Merixique, qui ont moins de taille et de fond que les précédents, sont solides, bien membrés, très-sobres: ils sont surtout recherchés des simples cavaliers qui ont de lonques courses à fournir et de grandes fatigues à supporter.

La race Häymour est supérieure à toutes les autres ; aussi l'imagination arabe n'a pas manqué de lui trouver une origine merveilleuse.

Voici la légende de cette race :

Un chef possédait une jument magnifique, elle fut blessée dans une chasse à l’autruche, on craignait qu'elle ne restàt boiteuse; son maitre, ne la voyant pas guérir etennuyé de la trainer avec lui dans tous ses déplacements, ne pouvait cependant se résoudre à la tuer : il l’abandonna dans les pâturages. Au retour d’un long voyage, 1l se souvint de sa jument et s'enquit de ce qu'elle était devenue : elle était en très-bon état et sur le point de mettre bas.

I se la fait amener, en prend le plus grand soin et bientôt se voit le maître d’un poulain qui n'avait pas son pareil dans tout le désert. Aucune tribu n'avait passé depuis longtemps dans le lieu où la bête avait été laissée; les Arabes voulurent croire qu'elle avait été saillie par un âne sauvage, Hamar el

ouähhch, et ils donnèrent au poulain le non de Häymour. qui est celui des produits de ce dernier animal.

Dans la partie centrale du Sahara algérien, les Arbia! prisent fort la descendance de Rakeby.

Elle a de la taille et du fond, elle est répandue chez les Aghraxelyas, Oulad-Chayb, Oulad-Mokhtar, même Oulad- Krelif *. La plupart des produits sont gris ou bai-bruns, ils supportent aisément la faim et la soif, et peuvent, sans souffrir, faire plusieurs jours de suite des traites de vingtcinq à trente lieues. Les plus beaux sont aujourd'hui dans la famille des Seuffrän.

Rakeby aurait été jadis amené du Maroc par les ancôtres de Sidi-Hamed-Ould-Tedjiny. le fameux marabout d’'Aain- Mady*.

Les Oulad-Nayl* font usage des rejetons d'un étalon fameux, nommé El Biod(le blanc), que possédaient autrefois les Oulad-si-Mahmed, une de leurs fractions ; cette race est renommée par sa sobriété et sa vitesse.

Un bon cheval, dans le désert, doit faire, pendant cinq à six jours de suite, des traites de vingt-cinq à trente lieues. Deux jours de repos, une bonne nourriture, et il pourra recommencer.

« Avec un cheval qui, arrivé à la couchée, se secoue et urine, gratte laterre du pied ethennit à l’approche de l'orge,

1 Arbäa. — La tribu nomade des Arbäa campe aux environs d’El- Ar'oual, divisée en trois grandes fractions’: el Mamera, el Hedjadj et Ouled-Salah'. (Sahara Algérien, page 45 el suivantes.)

? Aghrazelyas, etc... — Ces tribus campent dans le quadrilatère compris entre Sidi-Khaled, Tougourt,les Beni-mzab et Leghrouate. (Gonsulter le Sahara Algérien, page 49 et suivantes.)

3 Aain-Mady. — Je me suis étendu au sujet de cette ville et de son marabont Tedjini, l'ennemi d'Abd-el-Kader, dans mon livre du Sahara. (Voir de la page 52 à la page 45.)

* Oulad-Nayl, immense tribu qui occupe tout le Djebel-Sah'ri et la plus grande parlie du bassin de l’Oued-Djedi. (Sahara Algérien, de la page 158 à celle 162.)

puis, la tête entrée dans la musette, commence par mordre avec furie trois ou quatre fois de suite le grain qu'on lui présente, on ne doit jamais s'arrèter en route.

Les voyages, dans le Sahara, ne sont pas toujours d'aussi longue haleine, mais 1l n’est pas rare, d'un autre côté, de voir des chevaux faire cinquante ou soixante lieues dans les vingt-quatre heures.

Une tribu, avertie que ses ennemis méditent une razzia contre elle, enverra pour lesobserver des éclaireurs(chouäfin) montés sur des juments filles de juif (benate el ihoude), tant elles seront adroites et rusées. Ces cavaliers n'emporteront qu'une ration d'orge, le souper du cheval ; ils voyageront aux diverses allures, mais de manière à ménager habilement leurs montures, et iront sembusquer à une trentaine de lieues de leur point de départ pour tuer la terre (découvrir). Si leurs observations sont de nature à leur faire concevoir des craintes immédiates pour les leurs, ils reviendront au plus vite, afin de prévenir la tribu qu’elle ait à fuir sans aucun retard; dans le cas contraire, ils s’en retourneront plus sagement et arriveront encore dans leurs tentes avant la prière du soir, après avoir fait quelquefois ainsi cinquante ou soixante lieues en vingt-quatre heures. S'il y a combat le lendemain, le cheval pourra y prendre part. Quand le cheval d'un chouaf vient à mourir dans une reconnaissance tentée pour le salut commun, il est remplacé aux frais de la tribu entière.

On cite, au sujet de distances considérables parcourues par des chevaux du désert, des faits qui paraitraient fabuleux, si les héros n’existaient encore, si des témoins n'étaient là pour confirmer leurs dires. En voici un, entre mille, qui m'a été raconté par un homme de la tribu des Arbda.

Je le laisse parler :

« J'étais venu dans le Teull avec mon père et les gens de

1 Singulier chouaf (voyeur), du verbe chaf, il a vu.

ma tribu pour y acheter des grains. C'était sous le pacha Aly. Les Arbäa avaient eu de terribles démêlés avec les Turcs, et comme leur intérêt du moment Îles portait à feindre une soumission complète pour obtenir l'oubli du passé, ils convinrent qu'ils gagneraient à prix d'argent l'entourage du pacha et lui enverraient à lui-même, non un cheval médiocre, comme d'habitude, mais une bête de la plus grande distinction. C'était un malheur, mais Dieu l'avait voulu, il fallait se résigner. Le choix tomba sur une jument grispierre-de-la-rivière, connue dans tout le Sahara; elle appartenait à mon père. On le prévint qu'il eût à se tenir prêt à partir le lendemain pour la conduire à Alger.

« Après la prière du soir, mon père, qui s'était bien gardé de faire la moindre observation, vint me trouver, et me dit : — Ben-Zyan, y a-t-ùl de toi aujourd'hui? Laisseras-tu ton père dans l’étroit, ou bien lui rougiras-tu la figure?

«In y a en mot que votre volonté, monseigneur, lui répondis-je; parlez, et si vos ordres ne sont point exécutés, c'est que je serai vaincu par la mort.

« Écoute, ces enfants du péché veulent me prendre ma jument pour arranger leurs affaires avec le sultan, tu sais, ma jument grise qui a toujours porté bonheur à ma tente, à mes enfants, à mes chamelles ; ma jument grise, celle qui est née le même jour que ton frère le plus jeune ! parle! souffrirastu que l’on fasse cette honte à ma barbe blanche? La joie et le bonheur de ta famille sont entre tes mains; Mordjana (c'était le nom de la jument ) a mangé l'orge; si tu es mon fils de la vérité, soupe, prends tes armes, et puis, à la tombée de la nuit, fuis au loin dans Île désert avec le bien que nous aimons tous.

« Sans répondre un seul mot, je baisai la main de mon père, Je pris le repas du soir, je quittat Berouaguia, heureux de prouver ma tendresse filiale, et riant par avance du désappointement qui attendait nos cheikhs à leur réveil. Je

marchai longtemps, craignant d'être poursuivi, mais Mordjana donnait dans la main, et je m'étudiais plutôt à la calmer qu à l'exciter.

« Vers les deux tiers de la nuit, le sommeil me gagnant, je m'arrêtai, mis pied à terre, saisis les rênes et les roulai autour de mon poignet. Je plaçat mon fusil sous ma tête et m'endormis enfin, mollement couché sur l’un de ces palmiers-nains si communs dans notre pays. Au bout d'une heure, je me réveillai; toutes les feuilles du palmier-nain avaient été mangées par Mordjana ; nous partimes. La pointe du jour nous trouva à Souagui; ma jument avait sué et séché trois fois, je lui donnai du talon, elle but à Sidi-bou-Zid, dans lOuad-Etouyl, et, le soir, je priai la prière du soir à Leghrouat *, après lui avoir présenté un peu de paille pour lui faire attendre patiemment l’énorme musette d'orge qui l’attendait.

« Ge ne sont pas là des courses pour vos chevaux, me dit Si-ben-Zyan en terminant; pour vos chevaux à vous autres chrétiens, qui allez d'Alger à Blidah, treize lieues, loin comme de mon nez à mon oreille, et croyez pourtant avoir fait beaucoup de chemin, »

Cet homme avait fait, lui, quatre-vingts lieues en vingtquatre heures; sa jument n'avait mangé que les feuilles du palmier-nain sur lequel il s'était couché; elle n'avait bu qu'une fois, à moitié chemin, et il me Jura par la tête du prophète qu'il aurait pu aller coucher le lendemain à Gardaya (quarante-cinq lieues plus loin). si sa vie avait été en péril.

Si-ben-Zyan appartient à une famille de marabouts des Oulad-Salahh, fraction de la grande tribu des Arbda. I vient

1 Berouaguia, à six licues sud de Médéah: Souagui, à trente et une lieues de Berouaguia; Sidi-Bouzid, vingt-cinq lieues plus loin, et enfin Leghrouat, à vingt-quatre heues au delà, c’est-à-dire à cent sept lieues sud d'Alger, (Voir sur Leghrouat le Sahara Algérien à la page 27.)

DES RACES. sh)

souvent à Alver, racontera cette histoire à qui voudra l’entendre, et l’appuiera, au besoin, de témoignages authentiques. |

Uu autre Arabe, nommé Mohamed-ben-Mokhtur, était venu acheter des grains dans le Teull, après la moisson; ses tentes étaient déjà placées sur Ouad-Seghrouan, et 11 s'occupait de son commerce avec les Arabes du Teull *, quand le bey Bou- Mexrag (le père de la lance} vint fondre sur lui, à la tête d'une nombreuse cavalerie, pour châtier l’un de ces délits imaginaires que savaient inventer les Tures comme prétextes à leur rapacité. Aucun bruit n'avait transpiré ; la razzia fut complète, et les cavaliers du Makhzen se livrèrent à toutes les atrocités ordinaires en pareil cas. Mohamed-ben-Mokhtar monte alors rapidement sur sa jument bai-brûlé, magnifique bête envice et connue de tous les Sahariens, et, comprenant la gravité de la position, il se décide à sacrifier toute sa fortune au salut de ses trois enfants: il met l’un d'eux, âgé de quatre ans, sur le devant de sa selle ; un autre, âgé de six ou sept ans, derrière lui, embrassant le troussequin, et 1l allait emporter le dernier dans le capuchon de son burnous, quand il en fut empêché par sa femme, qui lui dit: « Non, non, je ne te le donnerai pas: Ils n’oseront jamais tuer un enfant à la mamelle. Pars, je le garde avec moi, Dieu nous protégera ! » Mohamed-ben-Mokhtar s'élance alors, fait le coup de fusil et sort de la mêlée; mais, vivement pressé, 1l marche le jour et la nuit suivante, et entre le lendemain soir dans Laghrouat, où il est en süreté.

1 J'ai donné de longs détails sur le commerce des Sahariens avec les Arabes du Teull, dans mes livres du Sahara et du Grand Désert. « Le Teull, ai-je dat, est le grenier du Sahara, le maître du Teull en tient les habitants par la famine. — Ils le sivent si bien, qu'ils s’en expriment franchement par celte phrase devenue proverbiale : Nous re pouvons être ni musulmans, ni jui's, ni chrétiens : nous sommes forcément les amis de notre entre. »

Peu de temps après, il sut que la femme avait été sauvée par des amis qu'il avait dans le Teull.

Mohamed-ben-Mokhtar et sa femme vivent encore, et les deux enfants qu'il a emportés sur sa selle sont aujourd'hui cités parmi les plus beaux cavaliers de la tribu.

Est-il une scène plus dramatique, plus digne du pinceau, que cette famille sauvée par un cheval au milieu du pillage et de l'ardente mêlée?

Et pourquoi chercherais-je à prouver ces faits? Tous les anciens officiers de la division d'Oran peuvent raconter qu'en 1837, un général, attachant la plus grande importance à obtenir des renseignements de Tlemcen, donna son propre cheval à un Arabe pour aller les lui chercher. Celui-ci parti du Châäteau-Neuf * à quatre heures du matin, y rentrait Île lendemain à la même heure, après avoir fait soixante-dix lieues sur un terrain bien autrement accidenté que le désert.

L'un des meilleurs et des plus dangereux cavaliers de cetie tribu des Arbâa est encore El-Arby-ben-Ouaregla. « Sa balle ne tombe jamais à terre. » 1 appartient à la fraction des Hadjadj, où il est connu autant par la réputation personnelle qu'il s’est faite que par une aventure de son enfance:

Il était encore à la mamelle; son père, Mohamed-ben-Dokhu, surpris également par les ennemis, le coula dans sa large habaya ? et l'y maintint avec sa cemture; puis, tandis que sa famille et ses troupeaux s’enfuyaient, monté sur une Jument qui « arrachait la larme de l'œil, » il fit le coup de fusil toute la journée à l'arrière-garde, sauva ses richesses et tua sept hommes.

Voici comment les Arabes du Sahara résument la perfection d’un cheval: Il doit porter un homme fait, ses armes, ses vêtements de rechange, des vivres pour tous deux, un

L Fort bâti par les Espagnols, résidence du général commandant la province.

? Espèce de chemise de laine que portent souvent les Arabes.

DÉS RACES. 6 drapeau, même au jour du vent, trainer au besoin un ca. davre et courir toute la journée sans penser ni à boire ni à manger.

Dans l'opinion des Arabes, le cheval vit vingt à vingt-cinq ans, et la jument de vingt-cinq à trente. Quant à l'usage qu’on peut en faire, un proverbe exprime leur idée à cet égard.

Sebäu el Khrouya, sept ans pour mon frère ; Sebâa lya, sept ans pour moi; Sebâa li adouya, sept ans pour mon ennemi.

C'est donc de sept à quatorze ans, que le cheval est le plus apte à supporter les fatigues de la guerre.

J'ai eu plusieurs fois la curiosité de demander aux Arabes s'ils savaient d’où leur venaient ces chevaux dont ils étaient si fiers. À cette question, 1ls désignaient du doigt l'Orient, et répondaient : « [ls viennent de la patrie du premier homme, où ils ont été créés un jour ou deux avant fui. »

Et ils ajoutaient à l'appui de cette croyance:

Dieu a dit: |

« J'ai créé pour l’homme tout ce qui est sur la terre. Je donne tout à Adam et à ses descendants. L'homme sera la plus noble des créatures, comme le cheval le plus noble des animaux.

«Or, quand un chef doit venir commander, on lui prépare la tente pour l’abriter, les tapis sur lesquels il doit s'asseoir, les aliments qui doivent satisfaire ses goûts, et surtout les cavaliers qui doiventle suivre pour exécuter ses ordres. Donc le cheval a dü être créé avant la venue d'Adam. »

Les chevaux, bien qu'ils soient d’une même famille, sont de deux espèces différentes ; la première est la race arabe,

Fautre la race des Beradin.— C’est ainsi que les bœufs, bien que d’une seule famille, sont d'espèces diverses : la première, celle des bœufs, qui est la plus connue ; la seconde, celle des buffles, toutes deux aussi différentes par leur agilité et leur pesanteur que les chevaux arabes le sont des chevaux beradin. — C'est encore ainsi que la famille des chameaux est une et compte cependant plusieurs espèces : la race arabe et la race bakhati ".

Si Je poulain a pour père un cheval arabe et pour mère une jument arabe, 1l est incontestablement noble, Hoor.

S'il a pour père un cheval arabe et pour mère une jument beradi, on l'appelle: Hadjin.

S'il a pour mère une jument arabe et pour père un cheval beradi on le nomme Meghrif, et il est inférieur au Hadjin.

On voit par là qu'au père appartient toujours le rôle le plus important.

Suivant nous, s'1l est impossible de faire d’une race où le sang est mêlé une race pure, il est, au contraire, reconnu que l’on peut toujours faire remonter à la noblesse primitive une race pure qui aurait été appauvrie, soit par la privation de nourriture, soit par des travaux excessifs et non appropriés à la nature du cheval, soit par le manque de soins, dont, en un mot, la dégénérescence n'a pas pour cause un mélange de sang.

Quand il n’y a pas de notoriété publique, c'est par l’épreuve, par la vitesse unie au fond, que les Arabes jugent les chevaux, qu'ils en reconnaissent la noblesse, la pureté de sang ; mais les formes révèlent aussi leurs qualités.

Un cheval de race est celui qui 2:

Trois choses longues. — Trois choses courtes, — Trois choses larges. — Trois choses pures.

1 Race du Khorazan qui a deux bosses et qui ëst plus grande que l'autre.

Les trois choses longues sont : les oreilles, l'encolure et les membres antérieurs:

Les trois choses courtes sont : l'os de la queue, les membres postérieurs et le dos;

Les trois choses larges sont : Le front, le poitrail et la croupe.

Les trois choses pures sont : la peau, les yeux et le sabot.

Il doit avoir le garrot élevé, les flanes évidés, dépourvus de chair.

« Est-ce que tu exécutes la course de grande vitesse avec des chevaux hauts de garrot et minces de flancs ? »

La queue doit être très-fournie à sa racine afin qu'elle remplisse l'espace entre les cuisses.

« La queue ressemble au voile de la fiancée. »

L'œil du cheval doit s’ineliner paraissant regarder Île nez, comme l’œil de l’homme qui louche.

« Semblable à une belle coquette qui louche à travers son voile, son regard tourné vers le coin de l'œil perce à travers la crinière, qui, comme un voile, lui couvre le front. »

Les oreilles, — elles ressemblent à celles de l’antilope effrayée au milieu de son troupeau.

Les narines : — larges.

« Chacune de ses narines ressemble à l'antre du lion, le vent en sort quand il est haletant. »

Les boulets : — petits.

« Les boulets de leurs jambes de derrière sont petits et les muscles des deux côtés de la muraille sont proéminents (les parties interne et externe du paturon). »

Le toupet : — fourni.

« Au temps de la peur, monte une cavale légère dont le front est couvert par une crinière épaisse. »

Les cavités dans l’intérieur des narines entièrement noires ; si elles sont partie noires et partie blanches, le cheval est de médiocre valeur.

Le sabot : — arrondi.

« Le sabot ressemble à la coupe de l'esclave. »

Les fourehettes : — dures et sèches.

« Les fourchettes cachées sous les sabots se découvrent quand il lève les pieds et ressemblent, par leur dureté, à des noyaux de dattes, s'échappant, sans se briser, sous le coup d'un pilon. »

Les fanons : — épais.

« Ils ont des fanons qni ressemblent aux plumes noires cachées sous l'aile de l'aigle ; comme elles, ils deviennent noirs dans la chaleur du combat. »

Le sabot : — dur.

Q1ls marchent sur des sabots durs comme les pierres d'une eau stagnante, couverte de mousse. »

« Quand mon cheval court vers un but, il fait entendre un bruit semblable à celui des ailes qui s'agitent, et son hennissement ressemble à la voix mélancolique du rossignol. »

« Son col est long et gracieux comme celui de l'autruche mûle ; son oreille est fendue en deux et son œil noir plein de feu. »

« Par son élégance, il ressemble à une image peinte dans un palais, il est majestueux comme le palais lui-même. »

Si, en allongeant l’encolure et la tête pour boire dans un ruisseau qui coule à fleur de terre, un cheval reste bien d’aplomb sur ses quatre membres sans replier l'un de ses pieds de devant, soyez assuré qu'il est parfaitement conformé, que toutes les parties de son corps sont en harmonie, et qu'il est de race.

Parmi les chevaux des tribus du Sahara, ceux des Ahmian, des Arbäa, des Oulad-Naïl et de leurs annexes, sont les plus patients contre la faim et la soif, les plus résistants

à la fatigue et les plus vites à la course, les plus propres à soutenir le galop de plusieurs jours sans discontinuer, trèsdifférents en cela des chevaux du Teull.

Il y a eu, dans les anciens temps, plusieurs étalons dont la renommée est parvenue jusqu à nous, entre autres : el Koura de la tribu des Beni-Timim et Aouadj (concave) chez les Beni-Helal.

On raconte, au sujet de ce dernier, l’anecdote suivante :

Son maître, à qui l'on demandait : Que peux-tu citer d’étonnant de ton cheval? fit ce récit :

« Monté sur Aouad], j'errais un jour dans le désert, lorsque je fus pris d’une soif violente; pour mon bonheur je rencontrai une bande de ketäa qui se dirigeait vers une source : Je les suivis, et quoique retenant mon cheval autant que possible, j'arrivai à l'eau en même temps qne les ketäa, et, sans m'être arrêté une seule fois en route, c'est l'exemple le plus extraordinaire de vitesse, car le vol du ketäa, ordinairement déjà très-rapide, l'est encore beaucoup plus quand, poussé par la soif, 1l va à la recherche de l'eau. »

Le maitre d'Aouad] ajouta : « Si je n'avais pas modéré son élan en tirant la bride de toutes mes forces, j'aurais devancé le ketda. »

Voici l'origine du nom de cet étalon : il était encore tout jeune, lorsque son maître fut attaqué par des ennemis et forcé de s'enfuir. Le poulain étant encore trop faible pour suivre seul, on le chargea dans un sac sur une bête de somme. C'est de là que lui venait la courbure de son dos et son nom : Aouad).

Un autre étalon célèbre. iei l'émir raconte l’origine de la race des Haymour, Voy. pag. 54 (p. 53 dela première édition et 63 de la seconde) et ajoute : «Quiconque a vu des chevaux de cette race ne doute pas un instant de la vérité de ce récit, car leurs rapports avec le zèbre frappent les yeux. »

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