EMPLOI DE LA GRAISSE ET DE LA DÉPOUILLE DE L'AUTRUCHE
La graisse d’autruche est employée pour préparer les aii- . ments, le kouskoussou, par exemple ; on la mange également avec du pain. Les Arabes s’en servent, en outre, comme remède dans un grand nombre de maladies.
Pour la fièvre, on fait avec cette graisse et de la mie de pain une espèce de pâte, on la donne à manger au malade, qui ne doit pas boire de la Journée.
Dans les maux de reins, les douleurs rhumatismales, on en frictionne la partie souffrante jusqu à ce qu’elle en soit pénétrée ; puis le malade se couche dans le sable brûlant, la iête soigneusement couverte; une transpiration très-active s'établit, la guérison est complète.
Dans les maladies de foie, la graisse, légèrement chautfée et devenue comme de l'huile, puis un peu salée, est prise en potion. Elle produit des évacuations excessives jusqu’à causer une maigreur extraordinaire. « Le malade se débarrasse de tout ce qu'il avait de mauvais dans le corps, recouvre une santé de fer, et (ceci est du merveilleux) acquiert une vue excellente. »
La graisse d’autruche se en dans les marchés, et on en fait aussi provision dans les tentes de distinction pour donner aux pauvres comme remède. Du reste, elle n'est pas très-chère, car on échange un pot de graisse d’autruche contre trois pots de beurre seulement.
Les plumes se vendent dans les ksours, à Tougourt ", à Le-
1 Tougourt, ville du Sahara, capitale d'un petit État formé par les trente-cinq villages de l’oasis qu’on nomme l’Oued-Rir, à soixante-seize licues de Biskra.
Leghrouat, à soixante-dix-ncuf lieues sud-ouest de Biskra, ville de sept à huit cents maisons.
Les Beni-Mzab, immense confédération saharienne qui forme au milieu
CHASSE DE L'AUTRUCHE. 271 ghrouat et chez les Beni-Mzab, qui, au moment de l'achat des grains, font parvenir les dépouilles d’autruche jusque sur le littoral.
Chez les Ouled-Sidi-Chikh, la dépouille du mâle (Delim), se vend de quatre à cinq douros, et celle de la femelle (Reumda) de dix à quinze francs. Dans le Sahara, avant nous, On ne faisait usage des belles plumes d'autruche que pour orner le sommet des tentes, ou le dessus des chapeaux de paille.
Les Chamba, avec la face plantaire des autruches, consolident leurs chaussures. Ils en mettent un morceau sous a pointe, un autre sous le talon, et la semelle devient ainsi d'un très-bon usage. Avee les tendons on fait des lanières pour coudre les selles, raccommoder les objets confectionnés en cuir, etc.
La chasse de l'autruche a pour l’Arabe le double attrait du profit et du plaisir. C'est un exercice très-goûté des cavaliers du Sahara ; mais c’est aussi une entreprise fructueuse, le prix des dépouilles et de la graisse compense de beaucoup les frais.
Malgré l’attirail nombreux indispensable pour entreprendre la chasse de l’autruche, le riche n’est pas seul à se la pouvoir permettre. Le pauvre qui se sent capable de se bien tirer d'affaire trouve moyen de se joindre à des chasseurs qui poursuivent l’autruche : il va trouver un Arabe opulent ; celui-ci prête le chameau, le cheval, son harnachement, les deux tiers de l'orge nécessaire à l'expédition, les deux tiers des peaux de bouc, les deux tiers des provisions de bouche. L'emprunteur fournit l’autre tiers des objets nécessaires, puis le produit de la chasse est partagé dans Îles mêmes proportions. |
des populations du désert une nation à put; ils comptent sept villes imlin dont la principale est Gardaïa.
(Voir le Sahara algérien pour ces trois localités.)
Le domestique qui, pendant l'expédition, a monté le chameau prêté au pauvre, en reçoit deux boudjous par mâle tué et un boudjou par femelle: il est en outre nourri sur les provisions apportées par le cavalier.
On chasse l'autruche à l’affut lorsqu'elle a fait ses œufs c'est-à-dire vers le milieu du mois de novembre. Cinq ou six cavaliers, emmenantavec eux deux chameaux porteurs de vivres pour un mois au moins, se mettent à la recherche des endroits où il est tombé de l'eau récemment, où il existe des mares. On est sûr d'y trouver une herbe abondante qui n'aura pas manqué d'attirer un grand nombre d’autruches.
Pour abréger les courses inutiles, on interroge tous les individus, toutes les caravanes que l’on rencontre dans le Sahara, on connaît déjà d'ailleurs à peu près les stations.
On se munit, cette fois non pas d’un bâton, mais d'un fusil et de provisions abondantes de poudre et de balles.
Arrivés sur les traces de l’autruche, les chasseurs les observent avec soin ; si elles se voient seulement de place en place dénudées d'herbes, elles mdiquent que l’autruche est venue au pâturage en cet endroit. Mais si les traces se croisent en tout sens, si l'herbe a été foulée aux pieds et non mange, l'autruche, à coup sûr, fait son nid dans les environs. Les chasseurs recherchent activement le lieu où elle doit déposer ses œufs ets’en approchent avec les plus grandes précautions.
Quand l’autruche creuse son nid, tout le jour on entend des plaintes langoureuses ; après avoir pondu, ellene pousse son cri habituel que vers trois heures de l'après-midi.
La femelle couve depuis le matin jusqu'à midi, pendant ce temps le mâle va au pâturage ; à midi il rentre, et la femelle va paître à son tour. Quand elle revient, elle se place à qua-
CHASSE DE L'AUTRUCHE. 275 tre ou cinq pas du nid, faisant face au mâle qui couve toute la nuit. Le mâle veille lui-même sur ses œufs pour les defendre contre ses ennemis. Le chacal entre autres se tient souvent en embuscade dans les environs, prèt à jouer quelques mauvais tours. Pes chasseurs ont rencontré maintes fois aux approches des nids d'autruche des cadavres de chacals; le mâle seul pouvait Jes avoir frappés, la femelle est peureuse et nullement à craindre.
C'est le matin, pendant que la femelle couve, que les chasseurs vont creuser de chaque côté, et à une vingtaine de pas au plus du nid, un trou assez profond pour contenir un homme. On le recouvre avec ces longues herbes si communes dans le désert, de manière que le fusil seul paraisse. Dans ces trous se placent les meilleurs tireurs.
A la vue de ce travail, la femelle effrayée court rejoindre Je mâle, mais celui-ci la bat et la force de revenir à son nid. Si l'on faisait ces préparatifs pendant que le mâle couve, il irait rejoindre la femelle, et aucun des deux ne reviendrait.
La femelle revenue à son nid, on se garde bien de l'inquiéter, il est de règle de tuer d'abord le mâle : on attend donc son retour du pâturage ; vers midi il arrive, et le chasseur s'apprête. L’autruche, en couvant, étend les ailes de manière à couvrir tous ses œufs, dans celte position, elle a, repliées sur ses jarrets, les cuisses extrêmement saillantes ; cette circonstance est très-favorable au tireur; 11 ajuste toujours de manière à casser les jambes de l’animal, qui, de cette façon, ne peut lui échapper, mais qui aurait encore des chances de se sauver s'il était blessé partout ailleurs.
Aussitôt l’autruche abattue, on court à elle et on la saigne, les deux tireurs sortent de leur trou, et leurs compagnons, accourus au coup de fusil, aident à la besogne. On recouvre de sable les taches de sang et l’on cache soigneusement le corps de l’autruche.
374 l LES CHEVAUX DU SAHARA.
Au coucher du soleil, la femelle revient, comme d’habitude, passer la nuit auprès de son nid, l'absence du mâle ne l'inquiète pas, elle le croit au pâturage etse met à couver. La femelle est tuée de la même manière que le mâle par le chasseur qui n'a pas fait feu.
Celui qui a tué le mâle recoit un douro en sus de sa part; mais si, par un hasard très-peu commun, 1l a manqué son coup, il paye à ses compagnons le prix de l'animal: « Nous L'avons choisi, lui dit-on, comme le meilleur tireur, nous avons mis en bonne position pour nous faire du bien, et tu nous causes un pareil détriment, tu le payeras. »
Le chasseur qui a tué la femelle reçoit seulement un œuf en sus de sa part; s’il n’a pas réussi, il est privé de ce qui lui revient sur le prix du mâle et des œufs.
Celui qui fera feu sur le mâle est désigné d'avance.
Le nid d'un couple ordinaire contient de vingt-cinq à trente œufs. Mais 1l arrive souvent que plusieurs couples se réunissent pour pondre en commun; alors 1ls forment une “rande enecinte, et le couple le plus ancien pond au milieu ; les autres se placent à l'entour en disposition régulière. Ainsi, s'ils sont quatre, ils occupent les quatre angies d’un carré. La ponte achevée, les œufs sont poussés vers le centre, mais non mêlés, et lorsque le màle le plus âgé vient couver, tous les autres prennent place à l'endroit où leurs œufs ont été pondus ; de même pour les femelles. Ces compagnies sont composées d'enfants de la même famille ; ce sont les petits du couple le plus vieux, ils ne font pas autant d'œufs. Les jeunes d’un an, par exemple, n'en pondent que quatre ou @inq, et ces œufs sont plus petits. On en trouve parfois jusqu’à cent dans le même nid. Ces réunions de plusieurs couples se remarquent seulement là où lherbe est très abondante. Les Arabes ont observé une particularité assez singulière : les œufs de chaque couple, dans les nids dont nous venons de parler, sont disposés en tas toujours
CHASSE DE L'AUTRUCIIE. 2,5 surmontés par un œuf en évidence, c’est le premier pondu, et il a une destination spéciale.
Quand le mâle sent que le moment de l’éclosion est arrivé, il casse avec son bec l'œuf qu'il juge le plus avancé; il pratique en même temps, avec beaucoup de précaution, une petite ouverture à l'œuf qui surmonte Îles autres : celui-ci sert au premier repas de tous les nouveaux éelos, et à cet effet, quoique ouvert, il se conserve longtemps sans se gâter ; il le faut ainsi, car le mâle ne casse pas tous les œufs le même jour, mais trois ou quatre seulement, quand il entend remuer le petit. Cet œuf dont se nourrissent les poussins est toujours liquide, soit prévision de la nature, soit qu'insiinctivement le père et la mère l’aient mal couvé.
Les petits, après avoir reçu leur première nourriture et aussitôt séchés par le soleil, se mettent à courir ; ils suivent au bout de peu de jours leur père ou leur mère au pâturage ; au nid, ils viennent toujours se placer sous leurs ailes.
Le nid affecte une forme circulaire, il est établi dans une terre sablonneuse; l’autruche le construit avec les pieds, en rejetant simplement le sable du centre à la circonférence ; on aperçoit de très-loin la poussière que soulève ce travail. i
L’incubation dure quatre-vingt-dix nuits.
Les chasseurs mangent les œufs s'ils sont frais et loin du terme auquel ils doiventéclore, puis ils jettent les coquilles ou les emportent pour les donner en présent à des amis, ou les déposer dans des goubba‘. Cependant depuis quelque temps les Arabes savent qu'on achète des œufs sur Le littoral, et ils en font commerce. £
La chasse à l'affüt est très-lucrative; on peut tuer plu-
! Peute chapelle carrée surmontée d'un dôme et dans laquelle est ordinarement enterré un marabout. C'est presque toujours un gile pour les voyageurs isolés.
sieurs autruches et enlever leurs œufs : à la saison où elle a lieu, il est vrai, l’autruche est très-maigre, mais d’autre part les plumes sont plus belles et tiennent mieux.
Dans le cas de plusieurs couples rassemblés dans le même nid, on ne tue que le mâle et la femelle des plus âgés; si on faisait autant de trous qu'il y a d’autruches, on serait bien vite découvert, et toute la compagnie s'enfuirait.
L’autruche, disent les Arabes, tue la vipère d’un coup de bec et la mange, elle mange également le serpent, les insectes, les sauterelles, les scorpions, les lézards, des fruits très-gros appelés hadj, abondants au désert et provenant d'une plante rampante, amère comme la térébenthine, avec des feuilles semblables à celles de la pastèque ; enfin elle digère jusqu à la pierre.
La voracité de cet animal est telle, que dans les endroits où 1] en existe de privé, il ingurgite tout ce qu'il peut trouver, Couteaux, bijoux de femmes, morceaux de fer. L’Arabe quime donna ces détails raconte qu’une femme eut un jour son collier de corail enlevé et avalé par une autruche, ct j'ai entendu un officier de l’armée d'Afrique affirmer qu'un de ces animaux avait arraché et mangé un de ses boutons de tunique. L'autruche est en même temps très-adroite ; elle enlèverait une datte de la bouche d'un homme sans Île blesser.
Quand l'éclair brille et annonce l'orage, elle ne se sent pas de joie, elle gambade et se dirige rapidement vers l’eau qu'elle aime beaucoup, quoiqu'elle puisse supporter longtemps la soif.
Le temps des amours de l’autruche est le mots d'août. La femelle se fait beaucoup prier ; le mâle, furieux de passion, la poursuit quelquefois pendant quatre ou cinq jours, il ne boit pas, ne mange pas, et pousse sans cesse des gémissements. Enfin, quand la femelle est à bout de résistance, elle se place dans la même position que quand elle couve, et
CHASSE DE L'AUTRUCHE. 2,7 le mâle monte dessus. Aussitôt Punion consommée, la femelle ne veut plus se séparer du mâle, elle ne le quitte pas jusqu'à l'époque où les petits sont élevés. Les chevaux se battent pour les juments, Îles chameaux pour les chamelles, jamais les autruches mâles ne se livrent de combats à propos de leursfemelles. Les amours de chaque couple sont respectées de tous.
L'amour paternel est poussé très-loin chez l’autruche ; il n'abandonne jamais ses petits, il ne redoute pas le danger, quel qu'il soit, eût-il affaire au chien, à la hyène, à l'homme même. La femelle, au contraire, s’effraye vite et abandonne tout dans la peur. Aussi, quand on veut parler d’un homme qui défend bien sa tente, on le compare au delim ; l'homme faible est assimilé à l’autruche femelle, à la reumda.
On rencontre habituellement les autruches voyageant par couple, ou par réunion de quatre ou cinq couples ; mais là où la pluie est tombée on est sûr de trouver deux ou trois cents de ces animaux; de loin ils semblent des troupeaux de chameaux.
Jamais l’autruche n’approche des lieux habités que pour boire, et elle s'enfuit aussitôt.
Les Arabes chassent les petits de l’autruche ; la méthode est tres-simple : une fois sur les traces et à peu de distance des autruches, ils poussent des cris; les petits épouvantés se réfugient auprès de leur père et de leur mère, qui s'arrêtent, etles chasseurs viennent, en dépit du mâle, les prendre sous leurs yeux.
Le delim est alors agité à l'excès, il manifeste la plus vive douleur. Quelquefois on emploie à cette chasse les lévriers. — Les autruches se défendent contre eux. Pendant la lutte les hommes emmènent les petits sans obstacle et on les élève dans la tente.
Ces petites autruches s’apprivoisent aisément, elles jouent
avec les enfants et dorment sous la tente; dans les déménasements elles suivent les chameaux; il est sans exemple qu’une d'elles, ainsi élevée, ait pris la fuite ; elles sont fort gaies, elles folâtrent avec les cavaliers, les chiens, etc. Passe-t-1l un lièvre, tous les hommes s’élancent à la poursuite, l'autruche s'émeut, se précipite du côté où se dirige la course, prend part à la chasse. Quand elle rencontre dans le douar un enfant ayant à la main quelque chose à manger, elle le met doucement par terre et cherche à lui enlever ce qu'il porte. Mais l’autruche est très-voleuse, ou plutôt, comme Je l'ai dit, elle veut avaler tout ce qu'elle voit; aussi les Arabes se méfient d'elle lorsqu'ils comptent de l’argent, elle aurait bientôt fait disparaitre deux ou trois douros.
Il n’est pas rare de voir à quelque distance du douar mettre un enfant fatigué sur le dos d’une autruche, qui se dirige avec son fardeau droit sur la tente, le petit cavalier se tenant aux ailerons. Mais elle ne porterait pas un poids plus lourd, un homme par exemple : elle le jetterait à terre d'un coup d’aile. Dans les marchés, quand on veut l’empêcher de courir de droite et de gauche, on lui passe une corde autour des jarrets, et on la tient avec une autre corde attachée à la première.
Dans le désert, l’autruche n’a d'autre ennemi à craindre que l’homme, elle résiste au chien, au chacal, à la hyène, à l'aigle ; l’homme seul en triomphe.
J'ai parlé d'une troisième manière de chasser l'autruche, lorsqu'elle va boire. Les Arabes font simplement un trou près de l’eau, s’y embusquent et tirent sur l'animal qui vient se désaltérer.
La chasse de l’autruche forme dans le Sahara de nombreux et excellents tireurs. [ls s'exereent à ne frapper qu'à la tête, pour que le sang ne tache pas les plumes. Le tireut
renommé porte toujours un petit chapelet de talismans en arrière de la batterie de son fusil, et son nom est cité dans les tribus. Zaatcha comptait parmi ses défenseurs plus d'un célèbre chasseur d’autruche.
L'autruche boit à peu près tous les einq jours, quand il v a de l’eau, sinon elle supporte très-longtemps la soif.
La chasse de l’autruche passe pour très-avantageuse. Les Arabes disent d'une bonne affaire : « C'est une excellente opération, c’est comme la chasse de l’autruche. »
L'Arabe qui m'a donné ces détails est un Oulid-Sidi-Chikh, nommé Abd-el-Kader-Mohammed-ben-Kaddour; sa profession est celle de chasseur. D’après lui, le pays des autruches se trouve compris dans le rectangle qui irait de fnsalah à Figuig, du sud au nord, de Figuig à Sidi-Okba, de l'ouest à l’est, et enfin de Sidi-Okba à Ouargla, du nord au sud.
La chasse de la gazelle n’est pas comme celle de l’autruche une entreprise lucrative et pénible à la fois; c’est un exercice, un jeu, une partie de plaisir. La gazelle ne vaut guêre qu'un franc ou un franc et demi, et ce n'est pas pour une proie d'un aussi faible prix qu'un Arabe préparera, entrainera, fatiguera un cheval, qu'il en risquera la perte, comme il arrive fréquemment à la chasse de l’autruche.
D'ailleurs, à cette chasse, le principal emploi n'appartient ni à l'homme, ni au cheval, pour lesquels ce n’est à proprement parler qu'une promenade, il appartient au lévrier, cet autre compagnon du cavalier noble du désert, dont je ne tarderai pas à m'occuper.
Au reste, si la gazelle est de si peu de valeur, elle n'est : pas rare. Partout, mais principalement dans le Sersou, on trouve le sine ou gazelle de petite taille ; dans le Teull et la montagne el ademi, la plus grande espèce ; el rime, l'espèce intermédiaire pour la taille, se trouve dans le Sahara, on la reconnait à la blancheur de son ventre et de ses cuisses et à la longueur de ses cornes.
Toutes, elles voyagent par troupeau de quatre, einq, dix, vingt, trente et cent; on en trouve parfois, assez fréquemment même, Jusqu'à deux ou trois cents réunies. De loin, on eroirait voir le troupeau d'une tribu en émigration. Le troupeau de gazelles est nommé djelliba.
La chasse de la gazelle n’est pas un plaisir exclusivement réservé aux cavaliers. Dans ces émigrations de tribu qui se renouvellent tous les jours au Sahara, une fois le bivouac établi près d’une source, d'une rivière, les chasseurs partent en grand nombre, ayant soin de se mettre contre le vent; la gazelle a l’odorat très-développé, les émanations de l'homme que le vent lui apporterait la feraient immédiatement fuir.
Le chasseur s’avance en se cachant d'arbuste en arbuste, il imite de temps en temps le cri de la gazelle. Celle-ci s’arrête, regarde de tous côtés, cherche sa compagne égarée; Île chasseur arrive tout près d'elle, il peut en être aperçu sans qu’elle s’enfuie. À distance convenable, il tire un coup de fusil; rarement 1l manque, « à moins qu'un sort jeté sur son arme ne lui fasse faire long feu, et ne l'empêche toute Îa Journée de partir. »
Au coup de fusil, tout le troupeau s'enfuit avec rapidité; à une lieue ou une lieue et demie, la frayeur est dissipée; le souvenir de ce qui a causé son alerte est perdu, 1l s'arrête pour brouter comme auparavant.
Le vrai chasseur est vigoureux, marcheur infatigable, son expérience infaillible lui décèle le lieu où la troupe s’arrêtera; 1l s'élance de ce côté, s'embusque encore et recommence la chasse : 1l en peut dans sa journée tuer ainsi trois ou quatre, que ses amis et ses domestiques enlèveront et seront glorieux de rapporter au camp.
Au printemps, quand les petits djedi dorment dans l’alfa repus du lait de leur mère, on en prend quelquelois douze ou quinze dans une matinée. C'est leur mère qui les dénonce le plus souvent.