‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 49 sur 60 · LA FEMME DU DÉFUNT · texte numérisé non relu

LA FEMME DU DÉFUNT

Ma tente est vide,

Je suis refroidie;

Où est mon lion?

Où trouver son pareil ?

Il ne frappait qu'avec le sabre ;

C'était uu homme des jours noirs :

La peur est dans le goum.

LES NEDDABAT,

Il n’est pas mort ! il n’est pas mort!

Il t'a lisse ses frères,

Il t'a laissé ses enfants:

Ils seront les remparts de tes épaules.

Il n’est pas mort; son âme est chez Dieu :

Nous le reverrons un jour.

Eoum. réunion de cavaliers.

Après ces lamentations funèbres, les adjaize (vieilles femmes) s'emparent du cadavre, le lavent soigneusement, lui mettent du camphre et du coton dans toutes les ouvertures naturelles, et l’enveloppent dans un blane linceul arrosé avec de l’eau du puits de xem-xem et parfumé de benjoin. Quatre parents du mort soulèvent alors par les quatre coins le tapis sur lequel il est étendu, et prennent le chemin du cimetière, précédés par l’iman, les marabouts, les folbas, et suivis par les assistants. Les premiers chantent d’une voix srave : «Il n’y a qu’un seul Dieu! » Les derniers répondent ensemble : «Et notre seigneur Mohamed est l’envoyé de Dieu ! »

La résignation calme pour un moment tous les désespoirs, et pas un cri, pas un sanglot ne trouble ces prières communes, ces professions de la foi du défunt, que répète pour lui la pieuse assemblée. Arrivés au cimetière, les porteurs déposent leur fardeau sacré sur le bord de la fosse, et l’iman, après s'être placé à côté du mort, entouré par les marabouts, crie d'une voix forte et sonore le salat el djenaza (la prière de l'enterrement) :

« Louange à Dieu qui fait mourir et qi fait vivre !

« Louange à celui qui ressuscite les morts !

« C'est à lui que revient tout honneur, toute grandeur; c'est à lui seul qu’appartiennent le commandement et la puissance. Il est audessus de tout!

« Que la prière soit aussi sur le prophète Mohamed, sur ses pa: rents, sur ses amis |! Ô mon Dieu! veillez sur eux, et accordez-leur votre miséricorde comme vous l’avez accordée à Ibrahim et aux siens, car c'est à vous qu'appartiennent la gloire et les louanges!

« O mon Dieu, N... était votre adorateur, le fils de votre esclave, c'est vous qui l'aviez créé, qui lui aviez accordé les biens dont il a joui; c’est vous qui l'avez fait mourir, c'est vous qui devez le ressusciter.

« Vous êtes le mieux instruit de ses secrets et de ses dispositions antérieures. |

« Nous venons ici intercéder pour lui, à mon Dieu! délivrez-le des désagréments de la tombe et des feux de l'enfer ; pardonnez-lui, accordez-lui votre miséricorde; faites que la place qu'il doit occuper soit honorable et spacieuse ; lavez-le avec de l’eau, de la neige et de la grêle, et purifiez-le de ses péchés comme on purifie une robe blanche des impuretés qui ont pu la souiller. Donnez-lui une habitation meilleure que la sienne, des parents meilleurs que les siens et une épouse plus parfaite que la sienne, S'il était bon, rendez-le meilleur ; s'il était méchant, pardonnez-lui ses méchancetés ; à mon Dieu, 1l s’est réfugié chez vous, et vous êtes le meilleur des refuges ! C'est un pauvre qui a été trouver votre mumificence, et vous êtes trop riche pour le châtier et le faire souffrir.

« O mon Dieu, fortifiez la voix du défunt au moment où 1il vous rendra compte de ses actions, et ne lui infligez pas de peine au-dessus de ses forces. Nous vous le demandons par l'intercession de votre prophète, de tous vos anges et de tous vos saints.

« Amin! »

Amin ! disent les assistants en faisant la génuflexion.

«O0 mon Dieu, reprend l’iman, pardonnez à nos morts, à nos vivants, à ceux de nous qui sont présents, à ceux de nous qui sont absents, à nos petits, à nos grands; pardonnez à nos pères, à tous nos devanciers, ainsi qu’à tous les musulmans.

« Ceux que vous faites revivre, faites-les revivre dans la foi, et que ceux d’entre nous que vous faites mourir meurent vrais croyants !

« Préparez-nous à une bonne mort; que cette mort nous donne le repos et la faveur de vous voir !

« Amin! »

Cette prière terminée, pendant que les tolbas disent le salat el mokteäat, on descend le cadavre dans la fosse, la figure tournée du côté de la Mecque; on l'y enchàsse avec de larges pierres, et chaque assistant se fait honneur de lui Jeter un peu de terre. Les fossoyeurs nivellent enfin la tombe, et, pour la protéger contre les hyènes et les chacals, la recouvrent de buissons épineux.

C'est le moment du retour, et tout le monde reprend le chemin de la tribu, moins quelques femmes, amies ou parentes du défunt, qui, pleines de douleur, inclinées sur sa tombe, lui parlent, le questionnent, et lui font des adieux comme s’il pouvait les entendre. Mais les tolbas et les marabouts s’écrient :

« Allons, les femmes, retirez-vous avec la confiance en Peu, et laissez le mort s’arranger tranquillement avec Azraïl ‘. Cessez vos pleurs et vos lamentations ; la mort est une contribution frappée sur nos têtes. Nous devons tous l’acquitter. Il n’y a pas de choix, 1l n° a pas d’injustice dans cet événement. Dieu seul est éternel. Quoi ! nous accepterions la volonté de Dieu quand elle nous apporte la joie, et nous la refuserions quand elle nous apporte le chagrin! Allons, vos cris sont une impiété. »

Elles comprennent ces paroles et, les mains sur les yeux. <ortent du cimetière, mais en se retournant à chaque pas pour crier leurs derniers adieux à celui qu'elles ne reverront qu'au jour du jugement.

Cette oraison funébre est celle qui se prononce au désert sur toutes les tombes. La monotonie d'habitude est compagne de la grandeur. Si les mœurs arabes n'ont point de variété, elles sont imposantes et solennelles.

1 Azraïl est l'ange de la mort. Aussitôt qu'un homme a rende le dei mier soupir, Azrail est envoyé par Dicu pour établir la balance des bonnes el des mauvaises actions du défunt.

ÉLOGE DU DÉSÉÉT

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