GLOIRE À DIEU SEUL
O toi qui prends la défense du hader !, Ei qui condamnes l'amour du Bedoui? pour ses horizons
sans lumites !
Est-ce la légèreté que tu reproches à nos tentes? N'as-tu d'éloges que pour dés maisons de pierre et de
boue ?
Si tu savais les secrets du desert, tu pensérais comme
mot ; Mais tu ignores, et l'ignorance est la mère du mal.
Si tu t'étais éveillé au milieu du Sahara, Si tes pieds avaient foulé ce tapis de sable,
Parsemé de fleurs semblables à des perles, Tu aurais admiré nos plantes,
1 Le hader. — Habitant des villes.
? Le bedoui. — Habitant des licux sauvages du Sahara.
La ÉLOGE DU DÉSERT. 399
L'étrange variété de leurs lenmies,
Leur grâce, leur parfum délicieux :
Tu aurais respiré ce souffle embaumé qui double la vie. car il n’a pas passé sur l'impureté des villes.
Si, sortant d'une nuit splendide .
Rafraichie par une abondante rosée,
Du haut d'un merkeb*,
Tu avais étendu tes regards autour de toi,
Tu aurais vu au loin et de toutes parts des iroupes d’animaux sauvages Broutant les broussailles parfumées.
A cette heure tout'chagrin eût fui devant toi ; Une joie abondante eût rempli ton âme.
Quel charme dans nos chasses, au lever du soleil ! Par nous, chaque jour apporte l'effror à l'animal sauvage.
Et le jour du rahil?, quand nos rouges haouadedj sont sanglés sur les chameaux,
Tu dirais un champ d'anémones s’animant, sous la pluie, de leurs plus riches couleurs.
Sur nos haouadedj reposent des vierges, Leurs taka * sont fermées par des yeux de houris.
Les guides des montures font entendre leurs chants AISUS ; | |
Le timbre de leurs voix trouve la porte de l’âäme.
ES
1 Merkeb. — Dans le S bara, on donne ce nom aux monticules dont l'aspect rappelle la forme dun navire. + |
? Rahil. — Migration, déplacement des nomades. #
3 Haouadedj. — Litières rouges des chameaux.
* Taka. — Fenêtres, œils-de-bœui des litières.
Nous, rapides comme l’air, sur nos coursiers généreux, (Les chelils ! flottent sur leur croupe), | Nous poursuivons le houache?, Nous atteignons le ghéxal5, qui se croit loin de nous. Il n'échappe point à nos chevaux mérité | Et aux flancs amaigris. Le *
Combien de délim“ et de leurs compagnes ont été nos victimes !
Bien que leur course ne le cède point au vol des autres o1Seaux.
Nous revenons à nos familles, à l'heure où s arrête le convoi, | Sur un campement nouveau, pur de toute souillure.
La terre exhale le muse”,
Mais plus pure que lui,
Elle a été blanchie par les pluies Du soir et du matin.
Nous dressons nos tentes par groupes arrondis ; La terre en est couverte comme le firmament d'étoiles.
Les anciens ont dit, 1ls ne somt plus, mais nos pères nous l'ont répété, Et nous disons comme eux, car le vrai est toujours vrai :
Deux choses sont belles en ce monde,
1 Chelils. — Voiles flottant sur la croupe des chevaux. ? Le houache. - Sorte de bison ou bœuf sauvage.
5 Ghézal. — Gazelle.
# Délim. — Mäle de l’autruche.
* Là où est passé le ghézal est restée l'odeur du musc.