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est impossible. Cependant, si le Tout-Puissant, pour nous punir de nos péchés et des péchés de nos pères, venait à nous infliger un jour cette horrible maladie, nous serions encore fort embarrassés, nous sommes forcés de l'avouer : chez nous la marque de soumission, c’est la présentation d'un cheval aux vainqueurs (gada), nous savons que vous n'aimez que les chevaux à courte queue, et nos juments n'en font pas. »
Plus tard, les Flittas furent néanmoins obligés de nous donner des chevaux que leurs juments faisaient, mais leur résistance fut opimtre. Depuis, ils ont toujours les premiers jeté les cris de guerre et de révolte; ce sont eux qui nous ont tué le brave général Mustapha-ben-Ismail! ; ce sont eux qui ont recu Bou-Maza, ce sont eux enfin qui sont les derniers rentrés dans l’ordre.
1 Le général Mustapha-ben-Ismaïl. — C’est à la haine de Mustaphaben-Ismaïl contre Abd-el-Kader que la France doit l'attachement qui ne s'est Jamais démenti de ce chef illustre de la puissante tribu des Douairs.
Il avait été pendant plus de trente ans l’agha des Turcs. Aussi, quand le fils de Mali-Eddin fut, à l’âge de vingt-cinq ans, proclamé par les tribus de la province d'Oran, le vieux guerrier refusa de se soumettre, disant que « jamais, avec sa barbe blanche, il n’irait baiser la main d’un enfant. »
Les suites de cette inimitié le forcèrent de se réfugier dans le mechouar de Tlemcen; là, pendant deux ans, il se maintint contre les hadars (citadins) dévoués à la cause de celui qui prenait Le titre de commandeur des croyants. Mais, à bout de ressources, il demanda et obtint le secours du maréchal Clauzel, dont la colonne le dégagea en 1836.
À partir de cette époque, à la tête des goums des Douairs et des Zmélas, dont il avait suivi toutes les vicissides, il prit part, malgré son grand âge, à tous les combats livrés dans la province d’Oran.
La France récompensa cet énergique dévouement par le grade de maréchal de camp et la croix de commandeur de la Légion d'honneur.
Mustapha ben-Ismaïl a été tué chez les Flittas, le 19 mai 1843, à l’âge de quatre-vingts ans, faisant le coup de fusil dans une affaire d’arrièregarde. Il protégeait avec quelques cavaliers de son goum l'immense butin pris sur les Hachem-Gharabas, au moment de l'enlèvement de la Zimala.
OBSERVATIONS DE L'ÉMIR AB-DEL-KADER
Les renseignements sur l'éducation du poulain sont vrais; c'est bien là ce que nous faisons.
La trop grande fatigue et les courses excessives ne conviennent pas au poulain, parce qu’elles l’empêchent de se développer en force et en grandeur. Le djeda (poulain de moins detrois ans) est comme l’arbrisseau : tout ce qui lui fait obstacle l'empêche de croître.
Mais ce qui convient au djeda, c'est l'exercice, une fatigue prudemment graduée; il faut l'habituer à la selle; à la bride, on doit ne le faire monter que par un enfant ou par un homme sage, dont le poids soit en rapport avec l’âge et les forces de l'animal.
Un exereice assez habituel est celui-e1 : on fait monter le poulain par un enfant qui a une petite baguette et le lance au galop. Quand le poulain est fatigué, 1l s'arrête, broute, et se couche au point d'arrivée. Le lendemain matin, on lui donne l'orge et on le fait revenir au lieu du départ; puison recommence la course. Il doit cette fois en fournir une plus longue. On continue ainsi jusqu'à ce qu'on obtienne de lui une course d'une distance double de celle qui a été parcourue le premier jour.
En un mot, l'éducation du poulain doit être entreprise de très-bonne heure. Cette coutume est excellente ; ne pas s’y conformer, c’est faire une chose honteuse, c'est rendre son cheval impropre au service de guerre. L'animal qui n’est pas dressé dès son jeune àge est indocile, difficile et maladroit ; au moindre travail il sue, il n’est bon à rien.
Il faut donc, en épargnant au poulain, comme je l'ai dit, tout ce qui peut nuire à sa croissance et au développement
de ses forces, tendre à obtenir, par le travail, un cheval souple et dur à la fatigue.
Le premier cheval que posséda le prophète s'appelait Ouskoub, à cause de sa vitesse, car Sakab se dit de l’eau qui s’échappe.
Un autre cheval du prophète s'appelait Mortadjez, à cause de la beauté de son hennissement qui ressemblait à une poésie sur le mètre harmonieux du Aadjax. I était blane, on le nommait aussi le gracieux, le noble.
Un troisième s'appelait le Trainant, comme s'il avait traîiné sa queue par terre.
Un quatrième s'appelait El Hexxex, le fixé, l'adhérent, comme s'il était déjà fixé, adhérent à l’objet qu'on voulait atteindre. D'autres croient que ce nom était une allusion à la vigoureuse attache de ses membres.
Un cinquième se nommait la Colline, soit à cause de sa taille, soit à cause de sa vigueur et de la dureté de ses membres.
Le sixième cheval du prophète s'appelait le Rose, à cause de la couleur de sa robe intermédiaire entre l’alezan et le bai-brun.
Le septième, enfin, s'appelaitla Nage; ce nom lui venait de ses beaux mouvements d'épaules et de ce qu'il courait en levant les jambes de devant, comme s'il nageait.
Le premier, Ouskoub, était son cheval de prédilection.
Il y avait également la Mer, le Loup, etc., ete.
J'ai voulu, en rappelant ces indications, montrer aux Arabes la règle à suivre dans la dénomination de leurs chevaux, qui doivent toujours être nommés d'après les chevaux du prophète.
Djarada, javelot. — Dalim, autruche mâle. — Rakib, vigilant (surnom de l'âne sauvage), sont aussi des noms qui conviennent aux chevaux.
Il y a trois sortes de chevaux : sa
Les uns chargent de crimes, et appartiennent à Satan.
Les autres préservent du feu éternel, et appartiennent à l’homme ;
D'autres enfin attirent des récompenses et appartiennent à Dieu.
Charge de crimes et appartient à Satan le cheval que l’on dresse par orgueil, par ostentation, dont on se sert pour soutenir des paris ou jouer des jeux de hasard, ou faire du mal aux musulmans.
Préserve du feu et appartient à l'homme le cheval élevé pour servir à la reproduction, pour garantir son maître de la pauvreté, pour être utilisé dans les affaires personnelles, sans qu’on s’écarte du sentier de Dieu. Gelui-là, on peut le refuser, qu'il s’agisse de courses ou de la saillie.
Enfin attire les récompenses et appartient à Dieu le cheval destiné exclusivement à l’accomplissement des bonnes œuvres dans l'intérêt de la religion.
L'herbe que cecheval mange dans une prairie ou un jardin, son urine et son crottin et l’eau qu'il boit en traversant avec son maitre une rivière, sans même que celui-ci ait eu l'intention de le faire boire, sont inscrits par Dieu dans le registre des bonnes œuvres.
Faites des remontrances à vos chevaux, et ils éviteront les
fautes qui les leur ont occasionnées, car ils comprennent la colère de l’homme.
Un homme d’un famille noble de l'Oued-Chelif (rivière de l'Algérie), partant pour la Mecque, se mit en route accompagné de quelques amis qui lui firent la conduite. Il montait une jument de sang que la famille possède encore. Tout à coup elle broncha; pour la punir il lui donna un coup de fouet de rênes, ce qui la mitdans un état d'agitation tel, que, pendant quelques instants, elle ne faisait que se cabrer et sauter à droite et à gauche.
Au retour de la Mecque il se servit de la même monture, et les amis qui l'avaient accompagné lors de son départ allèrent aussi à sa rencontre pour lui dire la bienvenue; à peine furent-ils arrivés à l'endroit où la jument avait été frappée, qu’elle se mit à se cabrer et à sauter, faisant absolument les mêmes mouvements que le jour où elle avait recu le coup de fouet. Tout le monde fut étonné de cette preuve de mémoire extraordinaire d’un animal qui pendant un an avait gardé le souvenir d’une punition qu’il avait encourue, et du lieu où il l'avait subie.
«Nos nobles coursiers passent leur temps à rivaliser de vitesse, les femmes essuient de leurs voiles la sueur qui ruisselle de leur visage ; ils balancent leurs têtes comme s'ils voulaient se dégager des entraves qui les captivent et ils sont
attentifs au moindre cri. Sur leurs dos sont montés des lions féroces. »
Le cavalier de la vérité doit peu manger et surtout peu boire. S'il ne sait supporter la soif, il ne fera jamais un homme de guerre, ce n’est plus qu'une grenouille des mar'aIs.
Achète un bon cheval : si tu poursuis, tu atteins; si tu es poursuivi, l'œil ne sait bientôt plus où tu as passé.
Préfère le cheval de montagne au cheval de plaine, et celui-ci au cheval de marais, qui n’est bon qu’à porter le bât.
Quand tu viens d'acheter un cheval, étudie-le avec soin, donne-lui l'orge progressivement jusqu à ce que tu sois arrivé à la quantité qu'exige son appétit. Uu bon cavalier doit connaitre la mesure d'orge qui convient à son cheval, aussi bien que la mesure de poudre qui convient à son fusil.
Ne periüettez n1 aux chiens ni aux ânes de se coucher sur
la paille ou sur l'orge que vous devez donner à vos chevaux.
Le prophète a dit :
« Chaque grain d'orge donné à vos chevaux vous vaudra une indulgence dans l'autre monde. »
Donnez de l'orge à vos chevaux, privez-vous pour leur en donner encore, car Sidi-Hamed-ben-Yousseuf a ajouté :
« Si je n'avais pas vu la jument faire les chevaux, je dirais que c’est l'orge. »
Il a dit encore :
Khrer men chabir Ghrer chair.
« Au-dessus des éperons Il n’est que l’orge. »
Ne fais boire qu’une fois par jour à une ou deux heures de l’après-midi, et ne donne l'orge que le soir au coucher du soleil ; c’est une bonne habitude de guerre, et, en outre, c’est le moyen de rendre la chair du cheval ferme et dure.
Pour préparer un cheval trop gras aux fatigues de la guerre, fais-le maigrir par l'exercice, jamais par la privation de nourriture.
Ne laisse pas ton cheval à côté d’autres chevaux qui mangent l'orge sans qu'il la mange aussi; il serait atteint du meghrela.
Ne fais jamais boire après avoir donné l'orge, ce serait tuer ton cheval : Medroube be chaïr (frappé par l'orge).
Ne fais jamais boire un cheval après une course rapide, tu risques de le voir frappé par l'eau : Medroube bi el ma (arrêt de transpiration).
Après une course rapide, fais boire avec la bride, fais manger avec la sangle, et tu t'en trouveras toujours bien.
Soyez propres et faites vos ablutions avant de monter sur votre cheval. Le prophète vous aimera.
Celui qui commet une incongruité sur le dos de son cheval nest pas digne de le posséder. Au surplus, il en sera puni, son cheval se blessera.
Quand on fait courir son cheval, 1l faut le ménager pour le trouver au besoin. On doit en user comme d’une peau de bouc. L’ouvrez-vous progressivement et en resserrant son embouchure, vous conservez facilement de l’eau; mais si vous l’ouvrez brusquement, l’eau s'échappe d’un seul coup, il ne vous reste plus rien pour la soif.
Un cavalier ne doit jamais faire courir son cheval en montant ou en descendant, à moins qu'il n’y soit forcé. Il doit au contraire alors ralentir le pas.
Qu’aimes-tu mieux, demandait-on au cheval, de la montée ou de la descente? Il répondit : « Que Dieu maudisse leur point de rencontre ! »
Quand vous avez une longue course à faire, ménagez votre cheval par des interruptions au pas qui lui peïmet-
PRINCIPES GÉNÉRAUX DU CAVALIER ARABE. 111 tront de reprendre haleine. Répétez ce manége jusqu à ce qu'il ait sué et séché trois fois, laissez-le uriner, ressanglezle et faites ensuite ce que vous voudrez, il ne vous laissera jamais dans l'embarras. Le cheval ainsi ménagé s'appelle El aoud cheheub.
Lorsque en marche vous avez un vent très-fort en tête, arrangez-vous, s’il est possible, pour l'éviter à votre cheval ; vous lui épargnerez des maladies.
Si vous avez mis votre cheval au galop et que d'autres cavaliers vous suivent, calmez-le, ne l’excitez pas, 1l s'animera assez de [ui-même.
Si vous poursuivez un ennemi et qu'il commette la faute de pousser son cheval, contenez le vôtre, vous êtes sùr d'atteindre le fuyard.
Quand, après avoir marché longtemps dans les montagnes et par des sentiers étroits, le cavalier vient à déboucher dans la plaine, ilest bon qu’il fasse un peu courir son che-
val.
Au départ, le cavalier ne doit pas craindre de jouer avec son cheval pendant quelques minutes ; de la sorte il lui déliera les jambes et il S’'assurera du repos pour toute la journée. De même, après une course pénible et fatigante, au moment d'arriver à sa tente, qu'il fasse un peu la fantasia. Les femmes du douar applaudiront, diront : Voilà un tel, fils d'un tel, et puis il saura ce que vaut son cheval.
Le cavalier qui ne donne pas un bon pas à son cheval n'est point un cavalier, 1l excite la pitié.
Celui qui, le pouvant, ne s'arrête pas pour laisser uriner son cheval, commet un péché. Ses compagnons doivent s’arrêter aussi, c'est une action méritoire.
Quand à la guerre ou à la chasse vous avez mis votre cheval en nage et que vous rencontrez un ruisseau, ne craignez pas de laisser votre cheval avaler sept à huit gorgées avec son mors. Cela ne lui fera aucun mal et lui permettra de continuer sa course.
Après une longue course, ou bien dessellez immédiatement votre cheval et jetez-lui de l’eau froide sur le dos en ayant soin de le faire promener en main, ou bien laissez-le sellé jusqu'à ce qu il soit entièrement sec et qu'il ait mangé l'orge. Point de terme moyen entre ces deux partis.
Quand après un long voyage en hiver, par la pluie et le froid, vous regagnez enfin votre tente, couvrez bien votre cheval, donnez-lui de l'orge grillée, du lait chaud, et ne le faites pas boire ce jour-là.
Ne faites pas courir vos chevaux, à moins de force majeure, dans les grandes chaleurs de l'été. Souvenez-vous de ce dicton de vos pères :
El aoud igoul Ma tedjerriniche fe seif
Bach neselek men ecif.
Le cheval dit :
« Ne me fais pas courir en été Si tu veux que Je te sauve un Jour du sabre. »
Si dans un cas de vie ou de mort vous sentez votre cheval
près de manquer d’haleine (chebaa), ôtez-lui la bride, ne fût-ce qu'un instant, et donnez-lui sur la croupe un coup d’éperon assez fort pour amener du sang. Il urinera et pourra encore Vous sauver.
Quand après une course rapide vous pouvez donner du répit à votre cheval, le moment de recommencer vous sera signalé par l'épuisement du mucus qui sort de ses naseaux.
Voulez-vous savoir, après une journée de courses et de fatigues excessives, quel fond vous pouvez faire sur votre cheval, mettez pied à terre et tirez-le fortement à vous par la queue ; s’il résiste sans être ébranlé, fixé au sol, vous pouvez compter sur lui.
Dans les expéditions, quand, après de grandes fatigues, vous n'avez qu'un instant pour vous reposer, prenez pour oreiller quelques brides de vos frères, vous ne serez jamais abandonné, oublié, quoi qu’il puisse arriver.
Un cavalier doit étudier les habitudes de son cheval, connaître à fond son caractère. Il saura alors si, ayant mis pied à terre, 1l peut avoir toute confiance en lui, s'il est tranquille au milieu des juments, ou s’il doit le surveiller et
l'entraver. Aucun de ces détails n’est indifférent en présence de l'ennemi.
OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER
Les Arabes ont conservé la coutume des courses, coutume qu'ils pratiquaient déjà du temps de l'idolâtrie, avant Mohammed.
La loi nouvelle n’a pas modifié cet usage, elle en a consacré la légitimité, et en y imprimant le sceau religieux, elle y a attaché un prix nouveau.
De l'entraînement. — Pour les courses, les Arabes soumettent le cheval à un régime préalable, à l'entraînement (Tadmir). Grâce à ce traitement, le cheval atteint un extrême degré de vitesse.
Voici en quoi consiste le Tadmir :
On commence par augmenter la ration du cheval, de facon qu'il engraisse d'une manière sensible; puis, ce résultat obtenu, et pour le faire maigrir, on la diminue pendant quarante jours graduellement et jusqu'au minimum de nourriture nécessaire.
Pendant ces quarante jours on l’astreint à un exercice progressif.
En même temps et dès le premier jour de la réduction de nourriture, on couvre le cheval de sept djellal (couverture), et on en enlève une au bout de chaque période de six Jours. La transpiration fait tomber toute la graisse, le débarrasse d'un poids inutile, donne du ton à tous ses muscles, et ne laisse subsister que les chairs les plus fermes. Traité de la sorte, le cheval atteint, en proportion de sa race, le plus haut degré de vitesse.
C'est ainsi préparé que le cheval est amené sur le terrain des courses (Djalba).
Sur le Djalba sont conduits des chevaux venant de toutes les contrées ; la foule y vient aussi en grand nombre. Jamais, si ce n'est à l’époque de la réunion des pélerins, on ne voit un aussi grand concours d'hommes; tous les nobles et les chefs du pays y assistent.
« Nous avons assisté aux courses, et bien qu'il fût encore de bonne heure, la foule était déjà aussi grande qu’à l’époque du pèlerinage. »
Jamais on ne fait courir des chevaux préparés pour l’en-