ÉLOGE DU DÉSERT
Les beaux vers et les belles tentes.
Le soir, nos chameaux se rapprochent de nous ; La nuit, la voix du mâle est comme un tonnerre lointain.
Vaisseaux légers de la terre, Plus sûrs que les vaisseaux, Car le navire est inconstant.
Nos maharis ! le disputent en vitesse au maha?; Et nos chevaux, est-il une gloire pareille ?
Toujours sellés pour le combat :
À qui réclame notre secours, Ils sont la promesse de la victoire.
Nos ennemis n ont point d'asile contre nos coups, Car nos coursiers, célebrés par le prophète, fondent sur eux comme le vautour.
Nos coursiers, ils sont abreuvés du lait le plus pur; C'est du lait de chamelle, plus précieux que celui de la vache.
Le premier de nos soins, c’est de partager nos prises sur l'ennemi.
L'équité préside au partage ; chacun a le prix de sa valeur.
Nous avons vendu notre droit de cité; nous n'avons point à regretter notre marché.
Nous avons gagné l'honneur; le hader ne le connait point.
1 Mahari., — Chameau de course.
? Maha.— Sorte de biche sauvage blanche.
3 Allusion à la Sourate du Koran.
Rois nous sommes ; nul ne peut nous être comparé. Est-ce vivre que de subir l'humiliation?
Nous ne souffrons point Faffront de l'ininste; nous le laissons, lui et saterre.
Le véritable honneur est dans la vie nomade.
Si le contact du voisin nous gêne; tnt = = Nous nous éloignons de mi: ni lui, ni nous. n'avons à nous plaindre.
Que pourrais-tu réprocher au bedoui1?
Rien que son amour pour la gloire, et sa libéralité qui ne connaît pas de mesure.
Sous la tente, le feu de l'hospitalité luit pourile voyageur ; Il ÿ trouve, quel qu'il soit, contre la faim et le froïd, un remède assuré.
Les temps ont dit : la salubrité du Sahara.
Toute maladie, toute infirmité n ‘habite que sous le toit des villes.
Au Sahara, celui que le fer n'a point moissonné voit des jours sans limite, Nos vieillards sont les aînés de tous les hommes”.
LA
4 Voir la note page 398. Hu ps * Ce poëme a été composé par l'émir Abd-el-Kader lui-même.
Ayant.connu l’émir Abd-el-Kader pendant que j'étais consul de France à Mascara (de 1837 à 14839), et l'ayant encore revu à Toulon, en 1847, lorsque j'y fus envoyé en mission au moment où 1l touchait le sol de la France, j'ai pu, dans mes nombreux entretiens avec lui, apprécier ses connaissances profondes sur tout ce qui touche à l’histoire aussi bien qu'aux questions ehevalines de son pays. Je n'ai done point hésité à lu: demander son opinion sur une matière purement scientifique, et qui, cependant, pouvait avoir un grand intérêt, non-seulement pour l'aveniride notre colonie, mais encore pour:celui de la métropole.
Voiei la lettre qu'il m’a écrite à la date du 8 novembre 1851 (le 23 de moharrem, premier mois de 4268).