‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 10 sur 89 · G»» E. DAUMAS · texte numérisé non relu

G»» E. DAUMAS

OBSERVATIONS DB L'ÉMIR ABD-EL-RADEB

Des savants musulmans ont écrit sur les chevaux un grand nombre de livres dans lesquels ils discourent d'une manière détaillée sur leurs qualités, leurs couleurs, sur tout ce qui est réputé bon ou fâcheux, sur leurs maladies et sur la manière de les traiter, |

Un d'eux, Abou-Obeïda, contemporain du fils d'Haroun- \

0 LES CHEVAUX fiU SAHARA.

al-Rasehid, a composée lui seul eiaquante volumes sur les chevaux.

Cet Abou-Obeïda eut une petite mésaventure qui prouve que ce n'est pas Tauteur des plus gros et des plus nombreux livres qui donne les meilleurs enseignements, et que la mé^ thode de consulter les hommes n'est pas la plus mauvaise méthode.

c Ciombi^ de livres as-tu éerits sur les ebevaux? demandait un jour le vizir de Hamoun» fils de Haroun-al-Raschid» à un célèbre poëte arabe. -^ Un seul, n Puis, se tournant vers Abou-Obeïda^ il lui adressa la môme question. « Cinquante, dit celui-eii j-j- Lève-toi alors, lui dit le vizir, approche-toi de ce cheval^ et donne-moi les noms de toutes les parties de son eotps, en ayant soin de me montrer la position de chacune. -^ Je ne suis pas vétérinaire, lui dit Abou- Obeïda. — Et toi ? B dit le vizir au poëte.

« Sur cela (c'est le poëte lui môme qui raconte le fait), je me levai, et saisissant le cheval par le toupet, je commençai à nommer un membre après Tautroj en plaçant ma main sur chacun d'eux pour en indiquer la position, et je éitai en même temps toutes les poésies qui s'y rapportaient, tous les dictons et les proverbes des Arabes^

tf Lorsque j'eus terminé^ le vizir fôe dit t « Prends le « cheval, b

« Je le pris, et toutes les fois que je voulais vexer Abou- Obeïda, je montais ce cheval pour aller le voir. » ^

DE L'ORIGINE DEâ CïtÊVÀIÏÏ AfeA»ËS

Dieu a dit: «Bob j^r la poursuite eaiBflM ^r la fuite, tu voleras sans ailes; sur ton dos reposeront les richesses, et te bien arritehi par îonittieirfaiMiAire.»

Les peuples et leurs gouvernements ont de tout temps K considéré le cheval comme 1 un des éléments les plus puissants de leur force et de leur prospérité. De nos jours, il n'est pas de question d*économie rurale et d*art militaire qui soit plus controversée que celle de Tamélioration dii cheval de guerre. Les grands pouvoirs de l'Etat, les sociétés savantes, les agriculteurs, l'armée, tout le monde s*en est occupé en France, et cependant nous sommes encore loin d*ètre d'accord, tour mon compte, Je n*ai jamais cessé d'étudier ce précieux animal, par goût autant que par patriotisme et par état; j*ai constilté les auteurs les plus estimés, les hommes les plus instruits, et je dois avouer que c'est surtout dans les opinions des Arabes que j'ai cru trouver jes appréciations lôs plus pratiques et les plus justes. Pour bien m* éclairer, je me suis souvent aussi adressé à l'émir Abd-el-Rader, ce chef illustre qui, par sa haute position dans la société musulmane, sa science ot ses hsèitudes de cavalier, pouvait le mietix lever les

doutes qui me préoccupaient encore. Voici la dernière lettre qu*il m*a écrite en réponse aux questions que je lui avais posées sur Torigine des chevaux arabes; elle me paraît offrir des considérations remarquables, même au point de vue de la zoologie appliquée; elle est, en tout cas, assez curieuse pour qu'il me soit permis d'espérer qu'elle sera bien accueillie par ceux qui, de prés ou de loin, portent un certain intérêt aux questions chevalines.

LETTRE DE L'ÉMIR ARD-EIrKADER.

cf Louange au Dieu unique !

« A celui qui reste toujotirs le même au milieu des révolutions de ce monde ;

« A notre ami le général Daumas.

« Que le salut soit sur vous, avec la miséricorde et la bénédiction de Dieu, de la part de l'écrivain de cette lettre, de la part de sa mère, de ses enfants, de leur mère, de toutes les personnes de sa famille et de tous ses compagnons.

« Et ensuite : J'ai lu vos questions, je vous adresse mes réponses. .

« Vous me demandez des renseignements sur Torigine des chevaux arabes; mais vous êtes donc comme la fente d'une terre desséchée par le soleil, et qu'une pluie, fût-elle abondante, ne peut jamais parvenir à rassasier.

« Cependant, pour élancher, s'il est possible, votre soif [de connaître], je vais, cette fois, remonter à la tête de la source. L'eau y est toujours plus abondante et plus pure.

« Sachez donc que, chez nous, il est admis que Dieu a créé le cheval avec lèvent, comme il a créé Adam avec le limon,

« Ceci ne peut être discuté. Plusieurs prophètes (sur eux soit le salut!) ont proclamé ce qui suit :

« Lorsque Dieu voulut créer le cheval, il dit au vent du sud :

« — Je veux faire sortir de toi une créature, condense-toi.^))

« Et le vent se condensa.

. <( Puis vint Fange Gabriel ; il prit une poignée de cette matière et la présenta à Dieu, qui en forma un cheval bai brun ou alezan brûlé (koummite — rouge mêlé de noir), en s'écriant :

« — Je (ai appelé cheval (frass) S je fai créé arabe, et je (ai donné la couleur icoummite; fai attaché le bonheur aux crins qui tombent entre tes yeux; tu seras le seigneur (sid) de tous les autres animaux. Les hommes te suivront partout oii tu h as ; bon pour la poursuite comme pour la fuite, tu voleras sans ailes; sur ton dos reposeront les richesses, et le bien arrivera par ton intermédiaire.

« Puis il le marqua du signe de la gloire et du bonheur, ghora [pelote en tête, étoile au milieu du front].

« Voulez-vous savoir maintenant si pieu a créé le cheval avant Thomme, ou s'il a créé l'homme avant le cheval? Écoulez :

« Dieu a créé le cheval avant Thomme, et la preuve, c'est que, l'homme étant la créature supérieure, DieU; devait lui donner tout ce dont il avait besoin avant de le créer luimême.

« La sagesse de Dieu indique qu'il a fait tout ce qui est sur la terre pour Adam et sa postérité.

a En voici encore un témoignage :

tt Lorsque Dieu eut créé Adam, il l'appela par son nom et lui dit :

a — Choisis entre le cheval et borak^.

* Frass f cheval. Lô pluriel est khéîl. Ce mot viendrait, disent les sa« vants, du substantif ikhettal^ qui signifie fierté. On aurait ainsi nommé Ws chevaux arabes à cause de la fierté de leur démarche.

* Borak est l'animal qui servit de monture à Mohammed lorr de son

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