‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 24 sur 89 · LES GHEYATIX DU SAHARA · texte numérisé non relu

LES GHEYATIX DU SAHARA

et à y déposer une balle de plomb. La jument concevra, mais cette balle se retrouvera chez le poulain.

Suivant d'autres, il faut prendre les feuilles d'une herbe appelée lema, les presser entre les doigts pour en exprimer f le suc, étendre ce suc sur une parcelle de laine brute, puis " réunir le tout au moyen d'un morceau de datte et le déposer dans la matrice. Cette plante se trouve dans le Serresou.

Enfin, quelques-uns emploient du goudron, de la laine brute et une matière blanchâtre ressemblant à du lait caillé que Ton trouve ordinairement dans Testomac du jeune chevreau, du petit de la gazelle ou de l'agneau.

Ces méthodes que l'on retrouve partout chez les Arabes, dans le Tell comme dans le Sahara, sont d'une application trop constante et trop générale pour que des succès n'aient point concouru à leur propagation.

La superstition a fait penser que la jument ne concevait que les jours de la semaine où sa mère a mis bas. Ce préjugé, sans être universel, est assez accrédité cependant pour que grand nombre de familles prennent note de ce jour afin de le choisir plus tard pour donner l'étalon.

Quand la jument a conçu, on l'éloigné du mâle avec le plus grand soin; un nouvel étalon pourrait, en la tourmentant, gâter son fruit, et même causer l'avortement. On se garde aussi de la surmener ou de la charger de fardeaux trop lourds pendant les deux premiers mois qui suivent la conception. Ces deux mois écoulés, on peut encore se servir de la jument pour la guerre ou pour la chasse; mais «Jors il faut augmenter sa nourriture. Dans les deux der-^ niers mois, on la ménage; les gens aisés ne la montent plus.

Enfin, quand die approche du terme, on redouble de soins, on la couvre la nuit, on choisit ses aliments, et jamais devant elle on ne donne l'orge à d'autres animaux

sans qu'elle en mange elle-même. Ce serait une cause d'à fortement aussi infaillible que la soif dont on la laisserait jsouftrîr pendant la gestation.

La jument qui avorte devient Tobjet des plus attentives précautions : on la couvre bien nuit et jour, on lui fait des fumigations avec du cUiehh *; enfin, on lui donne une potion composée de fine fleur de froment et de cumin (kuemouné) délayés dans de Thuile tiède.

Les Arabes croient avoir remarqué que la jument pleine d'un poulain maigrit considérablement de la croupe.

Elle est bien près de mettre bas quancT ses mamelles se gonflent et répandent du lait.

Tayo'Ct el messamir:

Elle a fait sauter les clous.

On diminue alors graduellement sa nourriture afin de la faire un peu maigrir, ce qui facilitera la parturition, et Ton se garde bien de l'envoyer de trop bonne heure au pâturage. Elle ne partira pas avant que les premiers rayons du soleil aient séché Therbe, car l'expérience a démontré que la rosée peut causer de grandes perturbations, et quelquefois même amener Favortement. Pendant les derniers jours de la gestation, on tient la mère chaudement et on la surveille afin de prévenir les accidents.

La jument met bas : la femme arabe aide à recevoir le poulain et prend sur-le-champ toutes les mesures imaginables pour que Tair ne puisse frapper ni le produit ni la mère. Si, à son entrée dans le monde, le poulain, au lieu de s'agiter, parait, au contraire, faible et endormi, tout le

' Chiehh, petit arbuste (arthemisia judaïca) qui s'élève à peitte à ciii» quante centimètres, et qui couvre presque seul d'immenses étendues, sur les limites du Tell et du Sahara. On le désigne ordinairement sous Le nom de petite absinthe, d'absinlbe du Pont. {Grand Désert j page 585.)

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