‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 25 sur 89 · LES GHEYATIX DU SAHARA · texte numérisé non relu

LES GHEYATIX DU SAHARA

monde se réjouit : c'est un indice qu'il aura de grandes qualités. Keu Ta envoyé sakeur^ ivre, c'est un bon signet On lui souffle dans la bouche pour en chasser récurae, on lui fait avaler un ou deux œufs &ais qui le soutiendron. jusqu'à ce qu'il puisse ou sache leter, et, le lendemain, on lui donne une potion composée de gomme {(mlk senouber)^ de tej'iar et de poivre rouge, le tout pilé et dissous dans du beurre chaud; on provoque ainsi de salutaires purgations. Pendant les huit premiers jours, on frictionne en outre l'encolure, les oreilles, le poitrail et les membres du poo^ lain, s'étudiani à corriger par un massage aussi doux qu'habile les défauts de conformation qu'on a pu remarquer. Dans certaines tribus, pour assurer au jeune animal des pieds solides, on va jusqu'à lui frotter la sole, la cou* ronne et la muraille du sabot avec du sel que l'on fait dissoudre dans une préparation de bou-nafaâ ^

Mais revenons à la jument. Dès qu'elle a jeté son poulain, on la couvre avec soin, les riches la font entrer dans f la tente; on lui fait boire du lait dans lequel on fait fondre du beurre rance nommé dehane; on lui donne une petite quantité d'orge grillée, encore chaude, ce qui la remet de ses fatigues et la réchauffe; puis on lui place sur le dos une espèce de coussin {mezoïLeud) rempli de laine, et on lui resserre le ventre en Tenveloppant dans quatre ou cinq tours d'une pièce d'étoffe assez large pour ne pas la blesser. Comme complément de ces précautions, la jument ne èoira que deux jours après la parturition, et encore ne lui donnera-t-on qu'avec progression de l'eau dégourdie au feu. On veut, par la sécheresse et par la compression, faire

' BaU'fiafUâ, le père de rutilité, plante ombellifère d« genre iJmfhsia. Les Arabes font un grand usage du bou-nafaâ; ils l'emploient coroine purgatif, pour donner de l'embonpoint, comme remède contre la stérilité, et surtout pour guérir certaines tares ou certaines mdadiet des oheyaux.

rentrer dans leur élat naturel les organes qui ont été fortement distendus pendant la gestation. On comprend, au surplus, gue la jument, ayant mis bas dans une saison où les herbes sont abondantes et aqueuses, n'éprouve pas un grand besoin de boire. Le coussin et la ceinture lui sont kdssés pendant sept jours et sept nuits. Ces jowrs sont nommés ayam el lebtka, les jours d'attente. Pendant leur durée, il faut observer et bien se garder de déranger ou d*effrayer la junient.

Après la parturitioû, qui a lieu dans les premiers jours du printemps, on prend les plus grandes précautions pou? sortir l'arrière-faix (sela) sans le rompre, ce qui pourrait causer la mort; on veille aussi à ce que la jument ne le mange pas ; ce serait la source de graves accidents.

Beaucoup d'Arabes, à l'aide d'une aiguille à passer, percent le sela d'une multitude de trous, la première fois surtout qu'une jument met bas. Après cette opération, pensentils, elle ne produira plus que des femelles. Ce préjugé prouve du moins la préférence des gens du Sahara pour les juments. D'autres croient, en cachant le sela^ arriver au même but que ceux qui le percent. Ils le portent au loin, dans un marais, dans un trou, où il ne puisse être ni découvert ni dévoré par les chiens ou les chacals.

Le poulain a vu le jour : soudain l'un des assistants le prend dans ses bras et le promèfle pendsait quelque temps au milieu des clameurs et du bruit dont on s'ingénie à l'entourer. On voit dans cette méthode un bon enseignement pour l'avenir : l'animal, habitué au tintamarre dès sa naissance, ne s'effrayera plus de rien.

Cette leçon donnée, le maître de la tente place la mamelle droite de la mère dans la bouche du poulain et s'écrie :

. « Au nom de Dieu!

i Grand Dieu, fais que le nouveau-né {mezyoud) nous , soit heureux et qu'il nous apporte l'abondance et la santé!

fl Bi essem allah

fl Allah houmma

fl Adjaal Khèr mezyoud

fl Ou ali-na mesaoud

€ Ou resk-hou moudjoud.

Les amis qui sont présents disent tous a la fois :

« Aminé, ainsi-soit-il!*que Dieu te bénisse! c'est un enfant de plus qu'il t'a envoyé *. »

Pour apprendre au poulain à teler, on lui met d*abord dans la bouche une figue ou une datte trempée dans du lait un peu salé; dés qu'il y a pris goût et qu'il suce, on le porte sous la jument. Après quelques essais, il ne tarde pas à prendre la mamelle de sa mère pour la figue ou la datte qu'il vient de quitter, et tout est dit. On le préserve avec soin du froid de la nuit.

Mais il faut aussi l'habituer à boire du lait de brebis ou de chamelle. Voici comment on procède : on prend une peau de bouc qui en a contenu pendant plusieurs années, on la remplit d'air, et, la pressant ensuite légèrement, on lui en insuffle à plusieurs reprises dans les naseaux. Comme complément de cette première opération, on écrase des dattes dans du lait, ce qui lui donne un goût sucré, puis on met ce mélange sous la bouche du poulain en lé forçant à y tromper les lèvres. Il commence par sentir, par lécher, et il ne tarde pas à boire, que sa mère l'allaite ou non.

> Chez les Arabes de la haute Asie, mais principalement dans le Ned^ jedj quand il naît une pouliche, on ne peut se faire une idée de la joiô qui anime la famille : Dieu nous a envoyé une bénédiction; notre seigneur Mohammed est entré chez nous. Ni femmes ni enfants ne se permettraient de soustraire une goutte du lait que peuvent donner chamelles, chèvres et brebis; tout est réservé à l'heureuse pouliche, obje*t de l'amour et des plus tendres soins de la part des habitants de la tente (Voyage dans la haute Asie, par M. Pétiniaud.)

On attache une grande importance à ce que le poulain s accoutume à boire du lait : d'abord parce qu'on peut ainsi ie laisser dans la tente et se servir de la mère; ensuite parce que, plus tard, à défaut d*eau, il prendra du lait pour boisson, ou pour nourriture à défaut d*oi^e.

Si la jument prend en aversion son petit» on doit la séparer de son poulain et nourrir celui-ci au lait de cha* melle. Ce lait est préférable au lait de vache ou de chèvre, qui amène la mollesse et la pesanteur.

Quelques jours ou quelques mois après la naissance du poulain, il est des Arabes qui lui fendent une oreille ou toutes les deux. On a fait beaucoup de contes à ce sujet. Les uns ont prétendu qu'on pratiquait cette opération seulement aux animaux nés pendant la nuit, parce'qu'ils devaient avoir la vue meilleure que ceux venus au monde pendant le jour; les autres aux poulains nés le vendredi, jour de la réunion des musulmans à la mosquée, parce que c*est un signe heureux.

Yoici la vérité :

Le maître d'une tente a un enfant en bas âge, il l'aime tendrement; en fendant l'oreille à son poulain, il déclare qu'il le réserve à son fils un tel. S'il vient à mourir, nul n'en peut contester la possession à l'enfant désigné.

D'autres fendent l'oreille au poulain qui a des coliques; rette saignée le sauve.

Peu de temps après la naissance du poulain, on lui met au cou des amulettes, des talismans enrichis par les gens aisés, de petits coquillages appelés oudaâ. Ils sont supportés par des colliers en laine ou en poil de chameau {goulada)^ que les femmes se plaisent à fabriquer elles-mêmes, s' attachant toujours à marier les couleurs avec goût. Aux chevaux bais ou noirs, on donne' une goulada blanche; à ceux de couleur claire, des gou' ladas rouges. Ces colliers sont d'abord un ornement, puis

OD LES GHEYÂUl DU SilHARA.

une utilité; ils servent à tenir le cheval quand la nécessité s'en fait sentir, remplaçant ainsi notre licou d'une manière plus agréable pour l'oeil et moins gênante pour l'animal. Quant aux talismans {heurouze-aâdjab), ce sont tout simplement des sachets en cuir du Maroc (filali) plus ou moins ornés, et qui renferment des paroles tirées des livres saints, au moyen desquelles on espère préserver l'animal des blessures, des maladies ou du mauvais œil (aâin).

Parfois, an temps de guerre, on tue le poulain immédiatement après sa naissance, afin de pouvoir se servir de la mère; jamais on ne tue une pouUcheS on la sèvre, on la laisse dans la tente pour la préserver du soleil, et souvent les femmes parviennent à la sauver en lui donnant du lait de brebis ou de chamelle.

Si la pouliche est née en route, dans une course quelconque entreprise pour le commerce ou pour la guerre, dans le but de lui épargner les fatigues de la marche, les soins vont jusqu'à la placer sur un chameau, où on lui fera une espèce de nid aussi doux que possible. Elle ne tétera plus sa mère qu'aux haltes ou pendant la nuit.

J'ai vu, dans l'expédition de Taguedempt (1841), un cavalier du Makhzen, qui n'avait pas de moyen de transport, porter devant lui, sur sa selle, pendant les quatre premiers

* Jamais on ne tue unepoulicJie. — Ici l*on sera peut-être tenté de me dire : « Mais, ▼ons le voyez, vous êtes en contradiction avec vous-même; car, si les Arabes ne tuent jamais une pouliche, c'est qu'évidemment ils attadient plus de prix à leurs juments qu'à leurs cbevaux. » Je répète: Dans le désert, on préfère les juments aux chevaux, non parce qu'on leui attribue une plus grande part dans Vacte de la reproduction, mais tout simplement parce qu'elles sont plus sobres, qu'elles supportent mieux la chaleur et la soif, qu'elles peuvent uriner sans s'arrêter dans les courses où la vie est en jeu, qu'elles ne dénoncent pas leurs cavaliers par des hennissements dans les entreprises aventureuses, et, enfin, parce que leurs produits augmentent I^ richesses de Içurs maître.

jours après la naUsaBoe, une pouliche que sa jumeut avait donnée au bivac. Ce terme passé, elle suivit très-bien sa mère et fit toute laeaœpagne.

Quand on ne tue pas les poulains, on les vend d'habitu3e dans le Tell , au moment de Tachât des grains, tandis ^e les pouliches sont conservées comme devant être une source de richesses par la reproduction.

Les possesseurs de juments de distinction tuent quelquefois aussi le poulain, aussitôt après sa naissance, dans le seul but de ne pas fatiguer la mère. Quand ils prennent ce parti, ilis n'oublient pas de la faire traire par les femmes^ jusqu'à ce que son lait soit passé. Ils donnent alors Tétalon à la jument sept jours après qu'elle a mis bas, plus nne seconde fob, vingt jours après, si elle n'a pas conçu.

Seuls, les gens pauvres, qui comptent sur les bénéfices de la reproduction, font saillir la jument qui vient de met* tre bas; les gens aisés n'en ont garde: c'est, disent-ils, vouloir ne posséder que des ckevavrx fables et mal conformés. Ils lui laissent ordinairement un an et même deux ans de r^K)s.

Si, cependant, une jument était saillie par surprise et si l'on s'en ap^cevait au dépérissement du poulain, il faudrait aussitôt le sevrer et lui continuer du lait de brebis ou de chamelle, jusqu'à ce qu'il eût repris assez de force pour pouvoir s'en passer.

Il arrive aussi qu'une pouliche de dix-huit mois à deux ans, lâchée dans les pâturages, a été saillie, malgré la volonté du maître. Si elle a conçu et mis bas, les Arabes la laisseront deux ou trois ans sans lui redonner le mâle. Ils appellent ^tito (petite chatte) le poulain qu'elle a jeté, et ils ont cru remarquer que, si les produits de cette espèce étaient toujours de faible taille, ils étaient en revanche d'une vitesse remarquable.

Qoand ta jwment allaite, et qu'on a été contraint de s'en

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