‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 28 sur 89 · LES CHEVAUX BU SAHARA · texte numérisé non relu

LES CHEVAUX BU SAHARA

Tous les chevaux arabes ont une bonne bouche. Le proverbe dit :

El Fereus men el Fareus, Ou zoudja men er-radjel.

Le cavalier fait le cheval.

Gomme le mari fait la femme.

Mais ce n'est point assez d'avoir assoupi le cheval, de l'avoir dompté^ quand, à force de bons traitements, d'un commerce de tous les jours, de châtiments habilement infligés, il est devenu docile, quand surtout sou pas est bien formé, son éducation n'est pas encore complète: il convient de la perfectionner, et on le dresse aux exercices suivants :

El feuzzâa, départ au galop de pied ferme. — On se sert, pour l'obtenir, à peu près des mêmes principes que nous, avec la seule différence que le tekerbeâa, dont nous avons déjà parlé, venant à l'appui des aides, il faut qu'un cheval soit tout à fait sans moyens pour ne pas exécuter ce qu'on lui demande.

El kyamay la franchise, — On lance le cheval sur un

yaitpour diriger son cheval, il le lançait à fond de train, arrêtait surplace, repartait comme une flèche, -tournait court ventre à terre, et exécutait à cette aHure des changements de pied, en Pair, sur la ligne droite. C'était à n'en pas croire ses yeux, et je doute que nos écuyers ou nos sportsmen les plus célèbres puissent jamais faire mieux. Ce qui m'a surtout Jrappé, c'est la simplicité des moyens employés par cet enfant d'Ismaïl pour obtenir ce qu'il a exigé de son coursier. En Europe, nous n'étudions le jeu et les fonctions des muscles que pour les contrarier; en Arabie, oa les étudie aussi, mais pour tirer parti de la nature sans la violenter . Et puis, ce n*est pas un seul Arabe qui monte bien; tous, sans exception,, sont bons cavaliers, tous aiment le cheval avec passion, tous s'entendent à le dresser. Au bivac, l'habitant du Nedjed ne dort que la tête appuyée sur l'épaule de son cheval, et chaque cheval se couche au commandement de son maître. Ce dernier trouve ainsi un oreiller moins dur que la terre; de cette manière, il s'oppose encore à ce qu'on puisse lui voler son cheval pendant son sommeil. » (Voyage dans la Mute Asie, par M. Pétiniaud, inspecteur général des haras.)

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mur, sur un arbre, sur un homme, et on l'arrête court. Progressivement, on arrive à le faire s'arrêter brusquement^ après une course rapide, sur le bord d'une rivière, d'un ravin, d'un précipice : précieuse faculté fréquemment mise à profit dans la guerre.

Si le jeune cheval n'est pas franc, hésite et surtout s'obs^ tine à ne point se séparer des autres chevaux, défaut qui est d'une conséquence mortelle pour un Arabe, on le corrige par cette manœuvre : on fait monter à cheval quelques amis, on les place sur deux rangs, se faisant face à trois ou quatre pas de distance ; puis on fait passer le cheval entre ces deux haies. S'il s'arrête, les cavaliers lui donnent des coups de baguette, pendant que son maître l'attaque vigoureusement de l'éperon. Le plus entêté ne résiste pas à quinze jours de ces leçons.

El lotema, le renversement. — Cet exercice consiste à -tourner brusquement à droite ou à gauche, mais le plus ordinairement à gauche, aussitôt que le cavalier a tiré son coup de fusil. Dans le principe, le coup à peine parti, on porte assez vivement la main en arriére et à gauche, en donnant à droite et en même temps un coup de l'autre main sur l'encolure ; le cheval comprend, et bientôt il obéit à la seule inclinaison du corps du cavalier. Cette instruction est suivie avec le plus grand soin ; elle est d'une haute importance pour l'Arabe, toujours exposé aux combats individuels.

El djeryy la course. — On fait courir le cheval d'abord «eul sur une surface plane, en l'excitant avec une baguette et les éperons ; on ne lui fait parcourir que de courtes distances dans les commencements, puis on le fait courir tête avec im. vieux cheval qui a de la réputation; le poulain s'anime et cherche à soutenir la lutte. Ces exercices répétés servent aussi à donner au cavalier une connaissance exacte des moyens de son élève« de ce oue plus tard il pourra

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entreprendre ayec lui. Ils ne sont pas saos danger, mais les anges ont deux missions spéciaies dans ce monde: fyrésidei* à la course des chevaux et à Vunian de Vhamme et de la femme. Ce sont eux qui préservent cavaliers et niontures de tout accident et qui veillent à ce que la c<mception' soit heureuse.

Tenequize, le saut. — Et enfin il faut apprendre au poulain à sauter. On apporte dans un pareil travail beaucoup^ de patience et de progression. On ne donne cette leçon quedeux ou trois fois chaque jour; on n'aborde, en commençant, que les petites difficultés, seul moyen de ne pas dégoûter l'animal, et on ne le met en face des grandes que lorsqu'il est docile et bien conformé. Le saut est, sans aucun doute, pour les Arabes, un complément obligé de l'instruction du poulain; mais ils, sont loin d^y attacher la môme importance que les Européens. Leur pays est en général difficile, raviné, parsemé de grosses pierres, de buissons épineux, et ils prétendent que, s'ih voulaient sauter tous les obstacles qu'ils reacontrent à la guerre ou à la chasse, ilfr sauraient sans cesse, ce qui fatiguerait horriblement leurs dtevaux et ne pourrait manquer de les ruiner à la longue. Eh conséquence, ils tournent les aspérités, descendent à pie, remontent !es talus les plus roides, et cette habitude rend leurs chevaux tellement adroits, que, dans une course un peu longue, ils arrivent, en fin de compte, plus vite que s'ils s'étaient obstinés à franchir tout ce qui se serait présenté devant eux.

El nechacka, l'excitation. — On amène le cheval à monter sur celui de son adversaire pour mordre Fun ou Tautre; on forme des temps d'arrêt, on pousse des jambes, en feisant entendre te bruit répété de cheïty et l'on réussit d'autant phis vite que l'animal est de nature plus irritable. Les Arabes prétendent que des chevaux ainsi dressés ont souventy dans le combat singulier, désarçonné Fennemi. Grâfie

tetCAti(m im poutAiif. m

t cette instruction, parfois', dans \es razzias, tesr chevaux accélèrent la marche des chameaux qui ont été pris.

J'ai vu an cavaKer du Makhzenr feire ainsi hifter le pas aux animaux restés en arrière. Son cheval leur courwt sus et les mordaît avec une s#rte de plaisir. /

Les cavaliers renommés ne bornent pas là Têducation de leurs chevaux. Outre ces manœuvres nécessaires potir le conÂat, ils leur apprament encore, pour briller dans les fêtes et les fantasias :

El entrahe, la caracole. — le cheval marche, pour ainsi dire, sur les pieds de derrière ; à peine a-t-il posé les pieds à terre, qu'il s'élève de nouveau. 0ne main, d'accord avec les jambes, a bientôt plié à cet exercice le cheval qui a des moyens.

El gvsteâa, le coupement, la ballotade. — Le cheval ^'enlève des quatre pieds ; en même temps, le cavalier jette son fusil en Tair et le reprend adroitement. Pour obtenir cette action, on forme des temps d'arrêt, on active avec les jambes, on rend quand le cheval s'enlève, pour soutenir quand il va poser à terre. Rien de plus pittoresque que cet exercice : les ehevaux quittent la terre, les fusils volent en l'air, les amples phs des longs burnous flottent et se déroulent au vent, rejetés en arrière par les bras vigoureux de l'enfant du désert. C'est proprement le charme et le triomphe de la fantasia.

Enfin, et berrakaj l'agenouillement. -^ Le cavalier, restant monté, fiadt mettre son cheval à genoux. C'est le nec plus ultra de l'homme et de l'animal. Tous les chevaux ne sont pas propres à cet exercice; on y prépare le poulain en le chatouillant à la couronne, en le pinçant aux ars, en le forçant de plier le genou. Plus tard, le cavalier retrouvera rappUcalîoa de ces dispositions préliminaires; il n'aura ^'à'débttrrasser sea pieds de&étriers,. étendre les janobes en avant, tourner la pointe des pieds en dehors, toudter

m LES GHEVâUI du SAfiAtlA.

avec ses longs éperons les avants bras du cheval, et, quand, aux noces et aux fêtes, le coup de fusil parti, son cheval s'agenouillera, il entendra les jeunes filles l'applaudir er perçant l'air de leurs, cris de joie.

Puis, quand les chevaux sont prépares par tous ces exercices, viennent les jeux suivants :

Laâb el hazame, le jeu de la ceinture. — Quand le cheval est tout à fait dressé, dans les fêtes de famille, dans les solennités religieuses, le cavalier, lancé au grand galop, ramasse une ceinture- étendue à terre : les plus habiles la prennent à trois endroits différents.

Laâb ennicham, le tir à la cible. — Le but est ordinairement une pierre ou une omoplate de mouton. On part de loin, pour bien asseoir son cheval; arrivé à cinquante ou soixante pas, on lâche le coup de fusil. Le Saharien se rappellera ces leçons, quand, à la chasse, lancé au galop, il tuera une gazelle ou une autruche.

Ce n'est pas à un habitant du Tell qu'il faudra demander ces prodiges d'adresse, d'habileté, de science équestre. Vous ne lui verrez jamais non plus les vêtements légers, la belle et fine laine de l'enfant du désert, que, du reste, vous reconnaîtrez toujours à son cheval svelte et élancé, à son adresse à manier le fusil, et à cette gracieuse inclinaison en avant au moyen de laquelle il rend plus rapides les allures de son coursier.

Combien y en a-t-il dans le Tell qui courraient une traite sans laisser tomber des pièces de monnaie placées entre la plante des pieds et les étriers V!

— Et vous autres, les chrétiens, vous allez au trot; nom aussi, mais en temps ordinaire, et pour laisser soufflçr nos

' Voici encore une différence notable dans les principes d'équitation: chez nous, l'éirier ne doit porter que le poids de la jambe; ches lesArabei^ au contraire, tout le poids du corps, aux allures vives, porte sut W étriers.

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ehevatix, A la guerre^ nous ne voulons que le pas et le galop. Si nous ne sommes point pressés^ le pas nou^ suffit, c'est te galop de toujours; si nous sommes en danger, le galop sauve nos têtes.

Un chef arabe ne conserverait pas un cheval dont le pas ne serait point formé. i

Ces exercices ne sont pas suivis par tous les Arabes; chacun en prend ce qui convient à sa position, à sa fortune, à ses goûts. Hais tous se conforment aux principes que nous avons exposés pour l'éducation du poulain. Ils consistent à réduire d'abord le jeune animal à la dernière expression de misère, pour le bien ménager ensuite de trois à quatre ans. Après ces épreuves, on sait au juste ce qu'il vaut. Ces principes sont, du reste, résumés dans un proverbe très-répandu qui prouve quel intérêt on attache à commencer de bonne heure cette éducation. Le voici :

Eeurezou djedaa La yensedaa Erkebou Teny Halùa inhany Eeurezou Rebaa Telata Erkebou Rebaa arbaa lia ma yenfaa ' ^ Yerdfâa

Fais-le manger poulain d^un an, fl ne se fera pas d'entorses; Monte-le de deux à trois ans, Jusqu'à ce qu'il soit soumis.

Nourris-le bien de trois à quatre.

Bemonte-le ensuite;

Et, s'il ne convient pas.

Vends-le sans balancer.

Maintenant, n'allez pas croire que ce sont seulement les Arabes de nos possession^ d'Afrique cpii s'acharnent, — pas-

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