‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 34 sur 89 · Î84 LES CHEVAUX DU SAHARA · texte numérisé non relu

Î84 LES CHEVAUX DU SAHARA

conséquent les e:xposer à blesser leurs chevaux. Ceci est d'autant plus méritoire, que, le plus souvent, en été surtout, ils montent sans culotte.

L'arçon est caché par une stara, couverture en maroquin rouge, sans aucun ornement pour les gens pauvres ou peu aisés, et par une ghrebaria, couverture en drap ou en velours écarlate, brodée en fil d'or ou d'argent et ornée de franges, pour les chefs et les riches.

le poitrail {deïr) est très-large et se place comme celui de notre selle à la française ; ses extrémités sont pourvues de deux fortes boucles en fer ou en argent ciselé; et se joignent à Tarçon par de petits contre-sanglons placés avec intelligence pour maintenir la selle bien d'aplomb.

Les Arabes ne veulent pas de croupière; elle s'oppose, disent-ils, aux mouvements de progression parla gêne qu'elle impose au cheval; ils en mettent seulement aux mulets et aux ânes qui portent le bât ; encore ne passe-t-elle pas sous la queue.

Les étriers sont larges et lourds, leurs faces latérales vont en diminuant de manière à se joindre à la branche supérieure qui supporte Tanneau des étrivières. On les porto très-courts, et on y chausse tout le pied, qui se trouve ainsi garanti des balles et des chutes. Ces étriers sont extrêmement douloureux pour ceux qui n'en ont pas Thabitude, parce que, quand on s'élève sur eux, l'œil vient à porter contre l'os de la jambe. A la longue, la peau se durcit, et il se forme une exostose (mâazia) qui ôte toute sensibilité. C'est à ces exostoses qu*on distingue le cavalier du fantassin, à ce point que, dans la province d'Oran, un bey, voulant infliger un châtiment exemplaire à une tribu qui s'était révoltée, fit mettre à mort tous ceux qui lui tombèrent dans les mains, signalés par des maâzias. Il savait ne frapper ainsi <;^ue des cavaliers. Chez les riches, les étriers sont dorés

OU argentés; les chefs turcs les portaient autrefois en or ou en argent massif.

Ces étriers sont soutenus par des élrivières placées en arrière de la sangle, et qui ne sont autre chose que des lanières tressées soit en maroquin, soit en poil de chameau ; doublées sept ou huit fois, elles sont d'une grande solidité. Les nobles font confectionner leurs étrivières avec des cordonnets de soie ; mais, si solides qu'elles puissent être, ' comme elles pourraient ne pas suffire avec une équitation o1i l'on ne connaît que l'appui sur les étriers, aux allures vives, on y joint des maoune ou soutiens d'étriers.

En guise de la couverture à cheval, les Arabes se servent de feutres qui sont fixés à la selle afin de seller promptemem : ils sont au nombre de sept, teints en bleu, jaune et rouge. Le bleu doit couvrir tous les autres. On leur en adjoint un huitième, mais blanc et mobile, qu'on puisse laver ou faire sécher au soleil, si le cheval a transpiré. Quand ces feutres sont bien coupés, les différentes nuances qui s'étagem en se dépassant légèrement forment un ornement d'assez bon goût, tout en préservant le cheval des blessures. On tient à ce qu'ils couvrent un peu les reins.

La sangle se place en avant des étriers, elle est plus étroite que la nôtre. Les Arabes ont pour principe de peu sangler leurs chevaux, ils le peuvent sans inconvénient avec leurs selles qui sont toujours d'aplomb.

La bride est à montants très-larges, à œillères, quelquefois, mais très-rarement, avec une sous-gorge. La sous-gorge est lâcl;^e, liée à la têtière. L'Arabe du Sahara ne l'aime point, parce que si, dans le combat, son cheval venait à être saisi par la bride, ce qui arrive quelquefois, il n'aurait pas la ressourco habituelle dépasser les rênes par-dessus sa tête et d'échapper ainsi à Tennemi, lui laissant une bride pour toute capture. Les œillères, elles, ont cet avantage qu'elles empêchent le cheval d'être distrait par les objets extérieurs,

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Qt peiEi^êtrof^onVellesune des misoispour lescfuelles lécherai D*a peur de rien.

Les moutantset ta lècière de la bride sont brodes en soie pour k classe ordinaire, et, pour les riches, en or ou en jTgent.

Le mors tient à la bride et ne «e nettoie jamais. Les bran* ches sont larges, courtes sur la ligne et façonnés à la Gondé. Les canons sont plats et la gourmette est un anneau circulaire fixé à la partie supérieure de Tembouchure. Le mors arabe n'a pas de liberté de langue, et son bras de levier est beaucoup plus^ourt que dans le mors français ; il est donc bien moins dur qu'on ne Ta cru jusqu'ici. L'avantage qu'il offre pour la guerre, d'être exempt de ces gourmettes et de ces crochets que l'on est souvent fort embarrassé de remplacer, ne saurait aussi être trop apprécié.

Les rênes sont longues ; on y fait deux nœuds, l'un à l'endroit d'où Ton peut î^aintenir son cheval au pas sans gêni9 la liberté de ses mouvements, et l'autre à la place où l'oL a reconnu que le cheval, après avoir raccourci les muscles de son encolure au galop, vient à donner dans la main. On les tient à pleine main, au besoin on s'en sert comme de fouet pour exciter son cheval.

Les Arabes repoussent le filet, qui nesert,disent*-ils, qu'à embrouiller, les aides du cheval; combattant rarement avec le sabre, ils n'en ont jamais senti la nécessité.

Les Arabes du Sahara se servent d'un fouet pour corriger le cheval quand ils le dressent, ou pour l'excitera la chass»? ou à la guerre. Ils le nomment souâte. Ce fouet se compose de cinq ou six lanières tressées, supportées par un anneau fixé à une branche de fer de six à sept pouces de longueur, laquelle est terminée encore par un autre anneau. A ce dernier s'attache le petit cordon de cuir que Ton se passe au poignet. Autour du morceau de fer, mais moins long que lui d'un pouce, est un cylindre creux, en fer également,

dont le diamètre lui permet un jeu facile. On se sert du CGuâte à tour de bras; il a une telle puissance, qu'au bout u'un certain temps il suffit de l'agiter seulement pour que .e cheval s'élance de toute sa vitesse, le bruit produit par je contact du cylindre soit avec les anneaux, soit avec la branche qui les unit, lui ayant rappelé un bruit à peu prè^ semblable à celui du tekerbeâa, dont nous avons parlé tu son lieu.

Dans le désert on porte au kerbouss de la selle un bâtou long d'une coudée et terminé par une assez grosse tête garnie de clous, et que Ton passe au poignet au moyen d'u'^ morceau de cuir.

Quelques-uns le remplacent par un bâton plus long ter« fhiné par un crochet, afin de pouvoir relever le butin à terre, sans descendre de cheval. Ils appelt&nt ce dernier el aârayay 4à dépouilleuse.

Les ArM et les Harrars ne sauraient monter à cheval sans avoir un de ces bâtons.

Les éperons sont à une seule branche, lourds, solides et longs. Ils sont maintenus par une simple «tturroie croisée et se chaussent très-larges. Nous en avons donné les motifs. On ne peut }èë ^^hev étant à pied.

Chaque Arabe porte comme complément de hamache- Daent, pendu au kerhouss de la selle, une espèce de sabretache taomn^ée djèbira ou gueirab. Cette djebira contient plusieurs compartiments, ce qui permet d'emporter du pain, du biscuit, un miroir, du savon, des cartouches, des savates, des pierres à feu, une écritoire «t du papier, suivant les prc ,^ essions. Il y a des djebira excessivement riches. Je suis coi* : aincu que c'est de l'Orient que nous sont veBues les sabre- :aches de nos hussards.

Les hommes du peuple en expédition portent aussi, suspendues au troussequin de leur selle, des espèces de besacer

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qu'ils appellent semmâte. Elles sont plus courtes que les nôtres, afin de ne pas fatiguer les flancs du cheval.

Les Arabes, excepté les grands seigneurs, n'ont point de fontes à leur selle. Ils portent leurs pistolets à la ceinture (mhazema) ou dans un étui en forme de cœur (kuehourâte), qui repose sur le côté gauche, bien maintenus par une courroie d'épaule et une de corps. L'Arabe préfère ce dernier mode de porter les pistolets, parce qu'il y trouve l'avantage de les avoir encore sur lui quand il lui arrive d'être séparé de son cheval tué.

Ceux qui ne mettent pas de sous-gorge à leur bride ornent ordinairement leurs chevaux de dents de lion, de sanglier, ou de talismans qu'ils leur pendent au cou au moyen de cordons de soie ou de laine.

Dans nos idées, il est généralement reçu que plus un cheval de race est nu, mieux il fait ressortir la beauté ou Tél^ gance de ses formes. Les Arabes ne sont pas de notre avis -, ils disent, eux :

El koheul^ i%yen el oulya Ou ennedjâa izyen tenya Ou serdj izyen el melya.

f Le koheul embeUit la faiseuse d'enfant.

Une tribu embellit un défile.

Et la seUe embellit les chevaux. »

Pendant mon séjour en Afrique, j'ai vu tant de chevaux, qu'on n'avait pu vendre munis d'une selle anglaise, êtra enlevés avec fureur revêtus du harnachement arabe, que je suis bien près d'adopter le préjugé indigène. Bien des fois

' Koheul, sulfure d'antimoine qui sert à teindre les paupières.

Quand une femme s'est ornée les yeux de koheul, parée de henna et qu'elle a mâché la branche de souak qui parfume Thaleine, fait les dents blanches et les lèvres pourpres, elle est plus agréable aux yeux de Dieui car elle est plus aimée de sou mar^.

également, j'ai pu m'en convaincre, un Arabe venant d'acheter un cheval à un Européen, et l'ayant couvert de sa selle, a laissé des regrets au vendeur, s'apercevant trop tard d'une beauté jusqu'alors méconnue.

Il est vrai de dire que tout le luxe des Arabes est dans le harnachement. Car, si le prophète a sévèrement défendu l'or dans les habits, il l'a, par contre, autorisé, prescrit même pour les armes et les chevaux. Il a dit : a Celui qui ne craint pas de dépenser pour l'entretien des chevaux de guerre sainte (djehad) sera considéré, après sa mort, à l'égal de celui dont la main aura toujours été ouverte (qui aura fait beaucoup d'aumônes). Aussi n'est-il pas rare de voir, même par ce temps de perturbations et de misère, un chef arabe se donner une selle de deux à trois mille francs.

Si le harnachement arabe n'est pas irréprochable dans tous ses détails, il a cependant une supériorité incontestable sur notre selle de cavalerie légère, la selle dite à la hongroise.

En effet, le siège de la selle arabe n'est-il pas mieux entendu que le loup de la nôtre? Ce dernier est incommode, fatigant, il éloigne le cavalier du cheval et Tempôche d'avoir une bonne assiette. L'autre, au contraire, rapproche le cavalier du cheval, ce dont tout le monde doit comprendre l'importance. Il lui permet de bien s'asseoir ; par sa structure il lui fait gagner de nombreux points de contact, car il lui donne la facilité d'embrasser d*en haut, c'est-àdire avec la partie supérieure des cuisses.

La sangle n'est-elle pas mieux placée sur les côtes sternales ou vraies que sur les fausses côtes, ou astemales, qui jouent un si grand rôle dans l'acte delà respiration? Le jeu des poumons n'en est-il pas plus libre?

Les étriers courts et placés en arrière de la sangle n'onlils pas l'avantage dont manquent les nôtres, celui de forcer le cavalier, quelle que soit sa conformation, à tenir les jam-

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