MALADIES DES PARTIES MOLLES DES MEMBRES
Capelet (kherradja). — Quand le capelet est récent et ppu prononcé, on rase les poils qui le recouvrent, on fait de légères scarifications sur la peau, puis on y met le feu au moyen d'un petit sachet rempli de sel et trempé dansThuilè bouillante imprégnée du bou nafâa dégagé de son écorce.
Ainsi que je l'ai dit en indiquant la méthode curative employée pour les coups de pied, on reconnaît que le bou nafâa a cédé tous ses principes à Thuile, lorsqu'elle est devenue rouge.
On doit se garder de respirer la vapeur du bou nafâa^ qui peut faire mal aux yeux.
Quand les capeletssont anciens, très-prononcés, et que le tissu cellulaire sous-cutané est passé à l'état d'induration, il faut raser les poil» qui les recouvrent, y faire une incision longitudinale, disséquer la peau des deux cotés, enlever le tissu induré qui recouvre la pointe du calcaneum, et rejoindre les bords de la plaie ; on termine en appliquant de la graisse rance, de la résine et du goudron qu'on fait fondre par l'application d'un fer chaud. La suppuration s'établit,
MÉDECINE YËTËRINâIRE CHEZ LES ARABES. 213
cesse bientôt, et au bout de quinze à vingt jours le cheval est guéri. II faut éviter le contact de Teau.
Vessigons (beîda). — Les Arabes attribuent aux vessigons et aux molettes deux causes principales :
Si le cheval est jeune, il a été surmené ou arrêté trop vio« lemment; s'il est vieux, on Taura fait souvent boire après I2ne course rapide, tout en sueur, et Testomac plein.
Suivant eux encore, le vessigon a trois yeux, Tun à la face externe du jarret, l'autre à la face interne, et enfin le troisième également à la face interne au-dessous et en dehors du tibia. Cest le plus redouté.
Quand le vessigon est simple, on y applique le feu aveo un fer dont la tête représente une circonférence d'une pièce de vingt-cinq centimes, et, bien qu'il ne soit pas apparent à la face interne, comme il ne tarderait pas, disent les Arabes, à s'y dénoncer, on applique par mesure de précaution une autre pointe de feu à l'endroit correspondant, que Ton nemmeoiît/n (l'œil).
Si le vessigon est chevillé, rArabe s'y prend d'une autre manière : il ne met qu'une pointe de feu à la partie externe, puis il. en applique une au centre de la tumeur interne, qu'il finit par enceindre d'autres pointes très-rapprochées les unes des autres et dont le nombre est en raison de la dimension de la tumeur.
Après cette opération, on met du goudron liquide sur les pointes de feu, pujs on applique de nouveau le feu sur les mêmes pointes, mais plus légèrement, et afin seulement de faire pénétrer le goudron. Il faut toujours terminer par une application de goudron et éviter le contact de l'eau.
En hiver et au printemps, le miel remplace le goudron.
Il est un autre moyen curatif très-fréquemment employé contrôles vessigons, et que, presque toujours, j'ai vu réussir.
Raser la place des vessigons tant à la partie interne qu'à la partie ei^teme ; faire, au moyen de scarifications, sortir 1q
liquide roussâtre qu'ils renferment, et puis ensuite lotionner la plaie avec ce que les Arabes nomment ras saboun (la tête du savon), qui n*esl autre chosb, je crois, qu'une disso- Julion de potasse.— Ou bien encore, après les scarifications, m appJique leleu avec un petit sachet de sel trempé dans Vhuile bouillante.
i il se produit une grande inflammation, pvis la suppuration vient, et la guërison arrive bientôt sans laisser de traces.
J'ai vu, lorsque j'étais consul à Mascara, le vétérinaire de Témir Abd-el-Kader obtenir, par cette mélhpde, une cure radicale sur le cheval d'un spahis qui m'avait accompagné. L'animal avait pourtant les jarrets dans un état tel qu'on en avait désespéré *.
* Opération des yessigons. — Le cheval est entravé des quatre piedf, abattu et couclié sur la litière et toutes les précautions sont prises afin qu'il ne fasse aucun mouvement qui puisse gêner Topération.
On rase alors avec soin Tévidement du jarret, on dépouille entièrement de poils, non-seulçjpncnj. toute la partie malade, mais encore toute la peau placée à quelques millimètres du pourtour.
Ceci fait, une légère inc sion cruciale est pratiquée sur le vessigon, et les bords de cotte plaie artificielle sont relevés afm de faciliter la sortie dp la matière qui s*en échappe ; cette matière est jaunâtre» mêlée d'un peu de sang.
Lorsque la tumeur a disparu, Tincision est frottée avec de la graisse de mouton que Ton saupoudre de deux ou trois p'ncées de résine de sapin pulvérisée ; ensuite on cautérise la plaie^ au moyen d'une barre rond/e de ier, chauffée à blanc; de cette façon, la résine, en tondant, se mélange avec la graisse et se répand avec elle sur les ouvertures pratiquées.
11 est nécessaire que la barre de ier dont on se sert pour la cautérisacion soit ronde, afin qu'elle ne déchire pas les tissus avec lesquels elle se «jouve en contact.
Le cheval est alors remis sur ses p^eds et entravé dé manière qu*il ne puisse pas se gratter les parties lésées, qui sont recouvertes d'un morceau de rate de mouton maintenu par un linge; cet appareil est laissé sur la plaie jusqu'à ce que les vers s'y mettent, ce qui a lieu ordinairement au ^out de quatre ou cinq jours ; ce délai expiré, on laisse les vers dévorer toute la mat ère caillée dans le fond de la plaie.
Les vers doivent être laissés jusqu'à ce que l'on soit assuré qu*il n^
MÉDECINE VÉTÉRLNAmE CHEZ LES ARABES. 215
MdtETTEs (menafeiiss), — Quand les molettes sont petites et^ qu'elles n'augmentent pas de volume, on s'en inquiète peu; on dit môme d'elles : Yedemenou el aayovb, « elle^ préservent' des défauts. »
Mais quand elles sont volumineuses, chevillées, ou qu'elle* remontent le long des tendons, les Arabes emploient contre elles des moyens énergiques.
Voici le plus usité:
Raser le poil qui recouvre les molettes, faire ensuite une inrtverture longitudinale en prenant bien garde délaisser p^ ivétrer l'instrumenttrop avant; puis, quand le liquide roussâtre que contenait la tumeur s'est entièrement écoulé, mettre sur Touverture de la plaie de la résine {œulk senoubèr), de la graisse rance et du goudron que l'on fera fondre ensemble par l'application d'une faucille rougie au feu. Vient l'inflammation d'abord, puis la suppuration, et l'animal est guéri au bout de quinze ou vingt jours. Si la suppuration durait trop longtemps, il suffirait pour l'arrêter de mettre du goudron liquide sur la plaie.
reste plus rien de la matière synoviale qui existait dans la tumeur, et que les tissus organiques qui en ont été altérés soient rendus à leur état naturel ; cinq ou six jours sufGsent ordinairement pour cela ; après quoi, on frictionne la plaie avec du goudron, et le cheTâi est guéri.
Pendant le cours du traitement on ne change rien dans la nourriture â'i . ranimai, à moins que des circonstances particulières ne Texigenlf; on .. leulement soin de le garantir, autant que possible, des mouches etd. ous les accidents qui pourraient le faire se tourmenter.
Il est préférable à tout égard de faire l'opération des vessigons daux a saison froide, afin qu'il n'en résulte pas une gangrène qui pourrait de>* /enir incurable.
Si les vessigons sont chevillés, on pratique Y opération des deux côtés du jurr4-t malade.
Les Arabes pensent xpi'il vaudrait mieux que Je cheval pût être maintenu debout pendant l'opération ; de cette façon la matière sortirait plus facilement et ne risquerait pas de fluer en dedans, ce qui peut avoir lieu lorsque le cheval est couché.
(Noie comtMàniquée par le géfiércd Tuêuf.)
210 LES CHEVAUX DU SAllAUA.
On recommande d'empêcher soigneusement Tanimal de se mettre les pieds dansTeau pendant tout le temps que dure le traitement. '
S'agit-il d'atténuer les dangers des molettes soufflées qui remontent le long des tendons, on y met le feu sur deux lignes verticales parallèles et réunies par des lignes perpendiculaires. Le dessin tracé représente une échelle.
Le feu se met avec la pointe d'une faucille, avec application successive et en dernier ressort de miel ou de goudron, suivant les saisons. Le miel est, dit-on, préférable en hiver et au printemps, parce qu'il préserve les blessures de toute humidité.