DE LA CASTRATION DES CHEVAUX
qu'il ne s* épuise pas en continuels efforts avec les chamelles. II ne faudrait pas toutefois conclure de ces détails que le cheval entier ne reste pas le plus estimé par les Arabes. La castration est une nécessité de Tindigence dans le Sahara; mais là, comme dans toutes les autres parties de TAfrique, le cheval par excellence, le compagnon du guerrier, Thôte de la grande tente, est celui qui possède toute la plénitude el toute Tënergie de ses facultés.
OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER
Chez les Arabes, la castration des animaux est peu usitée, surtout par les grands, parce qu'elle nuit au cheval, à sa beauté, à son agilité, au brillant de sa robe ; quelquesuns prétendent, en outre, que la castration diminue la force en amollissant les chairs.
L'animal castré a d'ordinaire la vie plus longue, parce qu'il ne fait pas la monte; c'est pour cette raison également que les mulets vivent longtemps, et, pour la raison contraire, que les oiseaux vivent peu.
Un cheval castré perd de sa vitesse et de sa vigueur, car il est réduit au degré de la jument, et il est reconnu que dans toutes lés espèces d'animaux, la femelle est plus faible que le mâle. La femme est-elle aussi forte que l'homme? . . V Les lois musulmanes défendent la castration des chevaux, parce qu'elle les affaiblit et réduit la nature mâle à la na- I ture femelle, qui est un amoindrissement. On peut donc dire que si la castration est utile, ce n'est pas pour les chej vaux que l'on monte en temps de guerre ou qui sont destinés à faire de grandes courses.
« Gloire a celui qui a créé Hiomme et qui a créé à son fjno^t tous les êtres, qui Va doué de la raison, qui lui ensei* gne les avantages quHl peut tirer de toutes choses. »
Dans le pays par excellence delà vie équestre, il^fant que le cheval devienne notre instrument, qu'il pa^e du service arabe au service français, et que ce ne soit pas seulement notre colonie, mais notre patrie elle-même qui proiite de. cette précieuse conquête.
Nous dvons étudie jusqu'à présent le cheval entre les mains des indigènes, nous avons montré ce compagnon du guerrier arabe tel qu'il est dans cette primitive et militante société où il occupe, de par la religion et de par les mœurs, une place si importante ; mais notre œuvre ne serait pas complète si nous passions sous silence la carrière que notre domination ouvre en Afrique à la race chevaline. Maintenant tout ce qui appartient à une terre où notre drapeau a flotté doit être envisagé sous un rapport nouveau, celui de notre intérêt national. Dans le pays par excellence de la vie équestre, il faut que le cheval devienne notre instrument, qu'il passe du service arabe au service français, et que ce ne soit pas seulement notre colonie, mais notre patrie ellemême qui profite de cette précieuse conquête.
Le cheval originaire de nos possesions africaines appartient à la race barbe ^ Le cheval barbe était celui que montaient ces intrépides cavaliers qui furent pour les Romains
• Si Ton veut nous permeUre de produire notre opinion personnelle, nous avancerons qu'on est disposé à ctahlir une ligne de démarcation trop tranchée entre le cheval barbe et le cheval arabe. Il est un nom plus gé-
PARTI A TIRER DU CHEVAL INDIGÈNE. 2!l
de si rudes adversaires ; s'il n'a pas les contours arrondis, rharmonieuse beauté, Télégance plastique du cheval arabe, on peut dire que ses lignes arrêtées et vigoureuses révèlent d'incontestables qualités. Il y a eotre le barbe et Tarabe la différence qui sépare un verre taillé dans le cristal par la main humaine, d'un verre coulé dans un moule. L'un a des formes abruptes, tandis que les formes de l'autre offrent un fini, un poli, une perfection qui ne laisse rien à désirer à Toeil. Mais tous deux sont de merveilleux chevaux de guerre. Le cheval barbe mérite encore mieux peut-être que le cheval arabe qu'on lui applique ces fières et concises paroles d'un chant arabe que nous avons déjà cité : Il peut la faim, il peut la soif. Les expéditions d'Annibal en Italie, où la cavalerie numide fit si bien contre la cavalerie romaine, prouvent qu'il n'a pas besoin du ciel sous lequel il est né pour développer toute sa vigueur. Les conquêtes faites par les disciples de Mahomet ont régénéré, bien loin de l'affaiblir, le sang qui coule dans ses vaines. La race cheval inç, telle qu'elle existe aujourd'hui en Afrique, offre un heureux mélange de tous les dons qui sont l'apanage du cheval dans les pays de vastes espaces et d'ardent soleil.
Toutefois les destinées de cette noble et utile race ont failli être un instant compromises par la guerre, qui, après
nérad qui nous semble devoir être appliqué à tous deux, c'est celui de race orientale; c'est une même grande famille qui se confond dans l'origine, qui se modifie, en s*élendant et se déplaçant, sous l'influence des ▼ariatioins de climat, peu sensibles d'ailleurs.
Force, agilité, vigueur, dans la conformation comme dans l'action, c'est Tapanage du cheval, du moment où il se trouve en deçà de l'Euphrate, et au delà de la Méditerranée et du Caucase, où il reste sur la terre de rislamisme; c'est toujours le cheval nerveux, sobre, invincible à la privation et aux fatigues, vivant entre ciel et sable. Appelez-le maintenant persan, numide, barbe, arabe de Syrie, nedji, peu importe, toutes ces dénominations ne sont que des prénoms, si l'on peut parler ainsi, le nom de famille est un : cheval d'Or;cr.t. L'autre famille en deçà de la Méditerranée, c'est la race d'Europe.
la prise d'Alger, a sévi sans iûterruptioQ et avec tant de vielance sur tous les points de l'Afrique. Les chevaux devenaient rares en Algérie, et leur sang avait quelque chose d'appauvri. Puis les Arabes croyaient commettre une offense envers la loi musulmane en amenant sur les marchés chrétiens l'animal dont le prophète lui-même a recommandé Tamour et le respect. Aujourd'hui, lés miaux de la guerre se réparent* et le préjugé religieux s'affaiblit. Les indigènes prennent l'habitude de sacrifier leur fanatisme de sectaires à leur instinct de trafiquants ; on voit nombre d'entre eux échanger contre notre argent quelques-uns de leurs coursiers d'élite. Le cheval européen a disparu de notre armée d'Afrique, dont il ne pouvait seconder ni les charges impétueuses, ni les mar* ches incessantes ; il a été remplacé par le cheval du pay3« Qu'un ofûcier arrive du continent en Algérie, pour prendre part à quelque expédition, et son premier soin sera de sa procurer des chevaux indigènes. Il se gardera bien de s'a* venturer dans le désert, et encore moins dans la montagne, avec les chevaux qui seraient les plus applaudis sur les tur£s de Chantilly, du Champ-de-Mars et de Satory.
Il ne s'agit donc plus à présent de discuter, mais de régler et de développer l'emploi du cheval de nos possessions africaines. Il y a une vérité qui malheureusement n'est pas cou-» nue encore, et dont la démonstration est bien évidente cependant : c'est qu'aucun établissement situé en France ne peut réunir les conditions de croisement, de production et d'élevage que présenteraient des établissements algériens. L'administration des haras va chercher à grands frais jusqu'au fond de la Syrie des étalons dont un acquéreur intelligent trouverait souvent le modèle parmi les types si variés de l'Algérie *. Puis èe n'est pas le plus grand inconvénient
* Cette assertion soulèvera bien des contradictions, elle choque les idées reçues, mais c'est par des faits seulement que je répondrai. Ainsi au haras-dépôt d'étalons de Mostaganem, Jtf. de Nabat^ ancien
qu'elle ait à subir. Le ciel de Pompadour et du Limousin n'est pas certainement celui que réclament, aux années dé licaies de leur croissance, les produits d'une brûlante con
directeur des haras, a trouvé un cheval qu'il qualifie ainsi : « d'une trèsgrande beauté, irréprochable, » et qu'il estime valoir 40,000 fr. Cet étalon no^mé El Azedjiy vient des ÂzedJ, fraction de la grande tribu des Beni-Amer, province d'Oran.
Dans ce même dépôt est le Pacha ; ses notes sont celles-ci : cheva. d'une force et d'une taille énormes, vraie monture des anciens chevaliers, bon producteur, race à trouver dans le pays.
U est né dans la riche plaine de la Mina.
DÉPÔT DE COLÉAH.
Le Paoha, né dans les environs de Teniet-el-Had. Il a été donné au dépôt par le maréchal Bugeaud. Voici comment il est signalé : très-beau, très-bon, a le plus de race et de cachet, étalon très-rare, d'une valeur incomparable.
Le Saharieny né ches les Oolad-Naïl» a beaucoup de sang et de race» d'une grande valeur.
BoghaTf né dans les environs de Boghar : très-beau, étalon remarquable, beaucoup de distinction, d'une valeur inappréciable, donne de très-beaux produits.
DÉPÔT DE L'ALELIK,
Dans ce dépôt, on cite, entre autres, l'Émtr, né dans la plaine de Bone, vigoureux étalon, ses produits sont magnifiques.
Quant aux juments, je déclare, et je pourrais citer de nombreux témoignages à l'appui, que, dans nos razzias sur les tribus du Sud, ncius avons pris souvent des juments, maigres, décharnées, blessées, ruinées en ap-^ parence par la guerre, lesquelles, après quelques mois de soin dans deà mains françaises, excitaient l'admiration des plus habiles connaisseurs. On trouvait chez elles distinction, taille, garrot, épaules horizontales, lignes admirables du dos et du rein, largeur des hanches, sécheresse ^a membres.
Quelques-unes de ces juments ont été placées dans le 5' régiment de chasseurs, alors caserne à Hussein-Dey, près d'Alger, et de savant; amateurs, venus de France,. m'ont affirmé que, para:: ces juments, il en était qui, en Angleterre, seraient estimées quinze et vingt mille francs.
Ces nobles animaux ne viendront pas nous trouver sur le littoral; il faut cller 1$$ chercher dans V intérieur des terres ^ souvent au loin.