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LES CHEVAUX DU SAIIAR.V

trée. Eufin le croisement rencontre en France d'innombra- \)les (lifûcultés, parce que l'élevage chez nous est rare, hésitant, considéré par les uns comme une spéculation hafardeuse et par les autres comme un jeu ruineux. En Afrique, au contraire, l'industrie chevaline est facile, car tout Arabe est éleveur; le penchant naturel, la foi religieuse, la tradition nationale, l'intérêt privé poussent les maîtres de grandes et petites tentes à la production comme à Télevage.

C'est donc en Afrique qu'il faudrait créer les établissements destinés à améliorer notre race chevaline. Pour cela la direction des haras et dépôts d'étalons, comme celle des remontés, doit rester placée sous une môme administration, celle du ministère de la guerre. Quand, par la nécessité de notre conquête, Tarmée possède déjà dans notre colonie tant et de si vastes attributions, tout ce qui regarde le cheval doit être, sans conteste, de son ressort. Il ne faut pas oublier cet axiome, que celui qui récolte est intéressé à bien semer. Cherchons à réunir dans les mêmes mains la consommation et la production, et puisqu'en Algérie c'est l'armée qui consomme, confions-lui le soin de produire.

Au reste, les germes existent déjà. Trois dépôts d'étalons, dont l'organisation est toute militaire, ont été créés dès 1844. Ils sont placés : à Coléahy dans la province d'Alger, à Mostaganem, dans la province d'Oran, et à VAlélik près Bone, province de Constantine.

Le dépôt de Coléah *, était précédemment placé à Boufarick ; il possède vingt-cinq étalons, dont deux surtout sont remarquables.

Le Kabyle, — le Pacha.

J'ai déjà parlé de ce dernier.

Une dizaine d'autres réunissent toutes les qualités nécessaires pour donner des produits énergiques et de valeur.

* Le dépôt de Coléah est une des nombreuses améliorations que l'Algérie doit i riUustre maréchal Bugeaud.

Le dépôt de Coléah

en 1846 a donné 645 saiUies.

en 1851 a donné

1,038 saillies

JL 1847 - 1,064

Pendant la monte, ce dépôt fournit des stations à Biidah, Hédéah, Aumale et Hilianab.

Le plus important des trois dépôts est celui de Mostaganem^; c'est même un haras dans de petites proportions: il renferme vingt-six étalons, seize juments poulinières, trente-quatre poulains ou pouliches et six baudets étalons.

Ces étalons sont en général de bons reproducteurs. 11 en est d'excellents :

Biscuity — le Barde, — Jupiter, — VHaamena, — Auguste, — Bordji, — Djin, — Massoul, — Salem.

Dix des élèves du dépôt donnent de grandes espérances. Parmi les juments poulinières, on cite particulièrement :

Diane, — VArba, — la Oulassa, — Daîa, — Volonté.

Elles sont originaires de la province d'Oran ou du Maroc.

L'utilité de cet établissement est chaque jour mieux appréciée par les Arabes ; aussi le nombre des saiUies n'a-t-il cessé de s'acx^roître d'année en année. '

En 1844 le nombre

a été de

En 1850 le nombre

1 été de 2,507

A Tépoque de la monte, les stations se répartissent entre Oran, le Sig, Mascara, Tiaret et Orléansville.

*■ C'est M. le général de Lamoricièrc qui, pendant son commandement de la province d'Oran, a ibqdc le dépôt de Mosta^anem.

2î6 LES CHEVAUX DU SAHARA.

Le dépôt de VAlélick^ possède vingt-trois étalons. Les plus beaux sont :

Saptaaba, — Kamissa, — Lutin,

Là aussi les indigènes apprécient l'importance de cet éta blissement pour Tamélioration et la conservation de la race ; ils amènent chaque année en plus grand nombre leurs juments au dépôt.

Le chiffre des saillies opérées depuis la création du dépôt jusqu'en 1851 est de 3,125. Il fournit trois stations, à Constantine, à Sélif et à Batna. On compte :

En 1851

666 saUlies.

En 1854

4,366 saiUies.

C'^s établissements, comme on le voit, ont déjà produit d'exc Ueuts résiillats; mais ces résultats seraient plus appréciable ■ encore si les dépôts d'étalons avaient été plus nombreux, les stations multipliées plus rapprochées des tribus qui é'ôvent, et si le chiffre des étalons avait été plus considéraFj.

Je crois qu'au lieu de soixante-quatorze étalons que nous possédons aujourd'hui il en faudrait, pour satisfaire à toutes les exigences, au inoins de cent quarante à cent cinquante. Qu'on ne s'effraye pas de ce chiffre : si l'on veut, on amènera facilement les Arabes à contribuer pour une part à l'acquisition de ces reproducteurs. Ilà comprendront bien vite que cette dépense ne serait pas infructueuse pour eux, puisque, en définitive, elle tendrait à augmenter leurs richesses comme les nôtres. Des tribus n'ont-elles point déjà, sous notre impulsion, coopéré, par des impositions volontaires, à des constructions de mosquées, de ponts, de caravansérails et de moulins?

* L'initiative delà création de ce dépôt appartient à M. le général Randon, alurs commandant la subdivision de Bone.

ï-ARTl A TmEK DU CHEVAL INDIGÈNE. 247

Ce serait là de l'argent placé à gros intérêts : armée, colons et indigènes, tous puiseraient à cette source élargie*. Loin de moi la pensée de blâmer; je sais, au contraire,

* Depuis la publication des Chevaux du Sahara^ grâce à rhabiletc cti ja persévérance de M. le général Randon, gouYeraeur général de l'Algérie, les Arabes sont entrés dans celte voie. Ils ont parfaitement compris qu'il était de leur intérêt de seconder nos idées pour la régénération de leurs races chevalines, et, faisant aussitôt la part des sacrifices qui leur incombe dans cette utile et noble entreprise, ils nous ont, de leur plem gré, oR'ert dans les trois provinces plus de trois cents étalons, sur lesquels deux cent vingt-trois amélioratêurs ou producteurs distingués ont été reçus et approuvés.

Ces deux cent vingt-trois étalons, joints à ceux qui appartiennent à rÉtat, signalent, dès aujourd'hui, un progrès incontestable; mais que ce progrès ne noxis endorme pas, car dans certaines provinces, celle d'Oran par exemple, le nombre des juments est tel, que cent étalons suffiraient à peine à tous les besoins.

R faut donc sHngétder pour augmenter encore comidérablement le nombre des géniteurs.

On apprendra aussi avec plaisir que, par un bon mode d'inscription, ainsi que par rétablissement judicieux de primes accordées aux poulains suites, nous pouvons désormais constater sûrement et régulièrement les progrès qui ne manqueront pas de se manifester.

Naguère encore, nous ne comptions que peu d'étalons; aujourd'hui nous en accusons deux mille deux cent sept, dont trois cent trentequatre réellement supérieurs et boi^ ligne. Ces étalons appaHiennent à l'État, aux tribus ou aux particuliers. L'État en compte cent-onze, les tribus, comme nous Tavons dit ci-dessus, deux cent vingt-trois, et les partculiers, dix-huit cent soixante-trois.

Ces deux mille deux cent sept étalons doivent pourvoir à la fécondalion de soixaute-deux mille juments adultes reconnues bonnes pour la re- ^tro'Juction et qui sont réparties ainsi :

Province d'Alger 14,423

— d'Oran 14,835

— de Constantine 32,272

Soit un étalon pour vingt-sept ou vingt-huit juments.

Telles sont nos richesses hippiques ; encore est-il juste d'ajouter que nos renseignements ne seront complets que lorsque bous connaîtrens mieux les ressources des tribus éloignées de notre action directe.

2^^ LES CiaVAUX BU SAHARA.

qu'eu égard aux temps, à la pénurie des moyens, aur difficultés de tous genres, difficultés qu'il serait trop long d'énumérer, le gouvernement a fait beaucoup déjà, a fait, jusqu'ici, tout ce qu'il a pu faire. Je ne critique donc pas, je dis seulement que le moment est venu de développer la constitution de nos dépôts d'étalons, d'étendre au loin leur action, tant pour améliorer encore la race chevaline de nos possessions algériennes qu'en vue de la consolidation Je ç/)tre puissance.

La direction des remontes, des haras et des dépôts d'étalons une fois réunie, voici quels seraient les établissements qu'on pourrait utilement fonder * :

PROVINCE d' ALGER.

On établirait dans les environs d'Alger, soit à l'est, soit à l'ouest de la Mitidja, un haras central qui réunirait les plus beaux produits de toutes nos possessions. C'est là qu'une administration intelligente chercherait à former quelques sujets capables de rivaliser avec ses rares et dispendieux étalons qui, jusqu'à présent, ont seuls représenté la race arabe dans nos haras. C'est là encore que l'on placerait les plus beaux types de reproduction qu'il serait possible de se procurer dans les tribus du Teull et du Sahara, où la ra^e s'est conservée avec plus de pureté. De cet établissement seraient tirés plus tard, non-seulement les reproducteurs les plus propres à améliorer la race indigène, mais encore des étalons aptes à régénérer nos espèces méridionales et qui, à cet effet, seraient placés dans les dépôts d'étalons de Pau, Tarbes, Arles, etc., etc. Les étrangers pourraient y constater l'amélioration apportée à W race chevaline par les efforts de notre gouvernement.

^ Cette importante et capitale amélioration a été réalisée, le 7 janyicr 1853, par une décbioa de M- ie mairéçtial de Saint-Arnaud, minisire de la guerre.

PARTI A TIHER DU CHEVAL I>'DÏGÈNE. 2*0

Un dépôt de remonte et un dépôt d'étalons seraient placés en ra$me temps à Médéah ou à Milianah *.

Dans la première de ces localités, on pourrait tirer avantage des traditions et des habitudes qui rattachaient à cette capitale du beylik de Tiltery des populations arabes nombreuses et riches. Les tribus groupées dans un rayon do vingt kilomètres autour de Médéah sont signalées cuinmo possédant environ mille chevaux^, parmi lesquels il faut citer Texcellente race des chevaux de montagnes, élevés chez les Righa. Au delà de cette première sphère, on rencontre dans la direction du sud et de Test des tribus qui, bien que se livrant à la culture, font chaque année un mouvement de migration vers le petit désert, et qui ont beaucoup de chevaux. Tels sont les Ouled-Alan, les Adaoura, les Sahari, les Zenakhera, les Mouïadat, qui réunissent plus de mille chevaux. Enfin, les Douaïrs et les Abid, composant sous les Turcs le makhzen (cavalerie irréguliére qui était chargée spécialement d'appuyer la perception de Timpôtet les expéditions du bey), ont encore plus de cinq cents chevaux, parmi lesquels de très-bons choix peuvent être faits. Les prairies situées sur le plateau de Berouaguia ou dans la vallée de l'Oued-el-Hakoum offrent d'excellents pâturages pour l'entretien des juments et l'élève des poulains.

A Milianah les ressources ne seraient pas moins précieuses. De tous temps les chevaux élevés dans la vallée du Ghélif ont été renommés, et particulièrement ceux de Djendel; la chaîne de rOuarsenis fournit des chevaux de montagnes. Les tribus

* Celle de ces deux localités qui ne serait pas désignée recevrait une luccursale de reraonte et une station d'étalons.

> Nous employons ici le mot cheval dans le sens absolu pour indique! l'espèce tout entière. Lorsque nous disons d'une tribu qu'elle possède •mille chevaux, nous formons un seul chiffre des chevaux, poulains, juments et chevaux inférieurs ; mais nous n'entendons nullement dire qu'elle peut mettre un millier de cavaliers sur pied. — Cotte observation s'applique à tout le reste du chapitre.

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