LES CHEVAUX LU SAUARA
le seigneur général Daumas, de la piart de votre ami Sid-el- Hadj Abd-el-Kader, fils de Mahhi-Eddin «.
Voici la réponse à vos questions :
d® Vous me demandez amibien de jours le cheval arabe peut mar^dier sans se reposer et sans trop en souffrir.
Sachez qu'un cheval sain de tous ses membres qui mang^ d'orge ce que son estomac réclame, peiut tout ce que sou Cavalier veut de lui. C'est à ce sujet que les Arabes disent '.
Allef ou annef.
Donne de l'orge et abuse.
Mais, Sans abuser du cheval, on peut lui faire faire tous les jours sei^e parasanges'. C'est la distance de Mascaraà Koudial-Aghelizan sur TOued-Mina, elle a été mesurée en drâa (coudées). Un cheval faisant ce chemin tous les jours et qui mange d'orge ce qu'il en veut, peut continuer, sans fatigue, trois ou môme quatre mois sans se reposer un seul jour.
2* Vous me demandai quelle distance te cheval peut partàurirenunjoui*.
Je ne puis vous le dire d'une manière précise, mais cette distance doit approcher de cinquante parasanges, comme de Tlemcen à Mascara. Nous avons vu un très-grand nombre de chevaux faire en iin jour le chemin de Tlemcen à Mascara *. Cependant le cheval qui aurait fait le trajet devrait être ménagé le lendemain et ne pourrait franchir le second jour qu'une distaace beaucoup moindre. La plupart de nos chevaux allaient d'Oran à Mascara en un jour, et poUvaieùt faire deui ou
* C'est, personne ne l'ignore, rhabîtude des Arabes de commencer leurs lellres par des compliments hyperboliques. En reproduisant ceux-ci, je n'ai donc pas d*autre but que de donner à mes lecteurs une idée du style oriental.
* Mesure itinéraire chez les anciens Perses correspondant à enviroD cinq mille mètres.
' Voir la carte de la province d'Oran.
trois jours de suite le même voyage. Nous sommes p<irtis de Saïda vers huit heures du matin {au Dohha), pour tomber sur es Arbâa, qui campaient à Aaïn-Toukria (chez les Oulad-Âïad près Taza), et nous les avons atteints au point du jour (Fed- \er). Vous connaissez le pays et vous savez ce que nous avons eu de chemin à faire.
5° Vous demandez des exemples de la sobriété du cheval arabe, et des preuves de sa force pour supporter la faim et la soif.
Sachez que quand nous étions établis à rembouchure de la Melouïa, nous faisions des razzias dans le Djebel * Amour, en suivant la route du Sahara, poussant nos chevaux, le jour de l'attaque, dans une course au galop de cinq à six heures, d'une seule haleine, et accomplissant notre excursion, aller et retour, en vingt ou vingt cinq jours au plus. Pendant cet intervalle de temps, nos chevaux ne mangeaient d'orge que ce qu'ils avaient pu porter avec leurs cavaliers, environ huit repas ordinaires; nos chevaux ne trouvaient point de paille, mais seulement de l'alfa et du chiehh, ou encore, au printemps, de l'herbe. Cependant, en rentrant auprès des nôtres, nous faisions le jeu sur nos chevaux, le jour de notre arrivée, et frappions la poudre avec un certain nombre d'entre eux. Beaucoup, qui n'eussent pas pu fournir ce dernier exercice, étaient néanmoins en état d'expéditionner. Nos chevaux restaient sans boire un jour ou deux ; une fois ils n'ont pas trouvé d'eau pendant trois jours. Les chevaux du Sahara font beaucoup plus que cela. Ils restent environ trois mois sans manger un grain d'orge; ils ne connaissent la paille que les jours où ils viennent acheter âés grains dans le Tell, et ne mangent le plus souvent que de l'alfa et du chiehh, quelquefois du guetof. Le chiehh vaut mieux que Talfa et le guetof que le chiehh.
Les Arabes disent :
Vâlfa fait marcher.
Le chiehh fait combattre^
Et le guetof vaut mieux que Vorge.
Certaines années se passent sans que les chevaux du Sahara aient mangé un grain d'orge de l'année entière, quand les tribus n'ont point été reçues dans le Tell. Quelquefois ils donnent alors des dattes à leurs chevaux ; celte nourriture les engraisse; leurs, chevaux peuvent alors expéditionner et combattre.
4' Vous demandez pourquoi, quand les Français ne montent les chevaux qu'après quatre ans y les Arabes les montent de très-bonne heure.
Sachez que les Arabes disent que le cheval, comme l'homme, ne s'instruit vite que dans le premier âge. Voici leur proverbe à cet égard :
Les leçons de V enfance se gravent sur la pierre ; Les leçons de Vâge mûr disparaissent comme les nids des oiseaux.
Ils disent encore :
La jeune branche se redresse sans grand travail; Mais le gros bois ne se redresse jamais.
Dans la première année les Arabes instruisent déjà le cheval à se laisser conduire avec le reseun, espèce de caveçon; ils l'appellent alors djeda, commencent à l'attacher et à le brider. Dès qu'il est devenu teni, c'est-à-dire qu'il entre dans sa seconde année, ils le montent uû mille, puis deux, puis un parasange, et dès qu'il a dix-huit mois, ils ne craignent pas de le fatiguer.
Quand il est devenu rebda telata, c'est-à-dire quand il entre dans sa troisième apnée, ils l'attachent, cessent de le
monter, le couvrent d*un bon djelale (couverture) et Tengraissent. Us disent à cet égard :
Dans la première année ( d jeda ), attache-le pour qu'il ne lui arrive pas d'accident.
Dans la deuxième année (teni), monte-le jusqu'à ce que son dos en fléchisse.
Dans la troisième année (rebâa telata), attache-le de nouveau; puis, s'il ne convient pas, vends-le.
Si un cheval n'êst pas monté avant la troisième année, il est certain qu*il ne sera bon tout au plus que pour courir, ce qu'il n'a pas besoin d'apprendre, c'est sa faculté originelle. Les Arabes expriment ainsi cette pensée :
El djouad idjri be aâselovh.
Le djouad court suivant sa race (le cheval noble n'a pas besoin d'apprendre à courir).
5* Vous me demandez pourquoi, si Vétalon donne aux produits plus de qualités que la mère, les juments sont pourtant d'un prix plus élevé que les chevaux.
La raison, la voici : celui qui achète une jument espère que, tout en s'en servant, il en tirera des produits nombreux, mais celui qui achète un cheval n'en tire d'autre avantage que de le monter, les Arabes ne faisant point saillir leurs chevaux pour de t argent et les prêtant gratuitement pour la monte,
6* Vous demandez si les Arabes du Sahara tiennent des registres pour établir la filiation de leurs chevaux.
Sachez que les gens du Sahara algérien, pas plus que ceux (lu Tell, ne s'occupent de ces, registres. La notoriété leur suffit ; car la généalogie de leurs chevaux de race est connue de tous comme celle de leurs maîtres. J'ai entendu im
que quelques familles avaient de ces généalogies écrites, mais je ne pourrais les citer. Ces livres sont en usage dans TOrient, comme je le mentionne dans le petit traité que je vais vous adresser.
T Vous me demandez quelles sont les tribus de T Algérie les plus renommées pour la noblesse de leurs chevaux.
Sachez que les meilleurs chevaux du Sahara sont les chevaux des Hamyane, sans exception. Ils ne possèdent que d'excellents chevaux, parce qu*ils ne lès emploient ni pour le labour, tii pour le bât ; ils ne s'en servent que pour expéditionner et se battre. Ce sont ceux qui supportent le mieux la faim, la soif et la fatigue. Après leâ chevaux des Hamyane viennent ceux des Harar, des Arbâa et les Oulad-Nayl.
Dans le Tell, les meilleurs chevaux pour la noblesse et pour la race, là taille et la beauté des fortiiés, soiit ceux des gen.« du Chelif, principalement ceux des Oulad--Sidi-Ben- AM-Allah (Sidi-el-Âaribi), près de la Mina, et encore ceux ies OuladSidi-Hassan, fraction des Oulad-Sidi-Dahhou, qui habitent la montagne de Mascara. Les plus rapides sur Fhippodrome, beaux aussi de formes, sont ceux de la tribu des Flitas, des Oulad-Cherif et des Oulad-Lekreud. Les meilleurs pour marcher sur les terrains pierreux, sans être ferrés, sont ceux de la tribu des Assasseûà, dans la Yakoubia. On prête cette parole à Moulaye-Ismaïl, le sultan célèbre du Maroc.
Puisse mon cheval avoir été élevé dans le Mâz, Et abreuvé dans le Biaz.
Le Mâz est un pays des Assasseiia, et le Biaz est le ruisseau, connu sous le nom de Foufet, qui roule sur leur territoire.
Les chevaux des Oulad-Khaled sont aussi renommés pour les mêmes qualités ; Sidi-Ahmed-ben-Youssel a dit au sujet de cette tribu :
Les 'longues tresses et les longs djelals se verront chez vous jmqtiau jour de la résurrection. Faisant ainsi Téloge de leurs femmes et de leurs chevaux.
8* Vous me diteé que Voft viôiis sôUUéHt i^ue lés theijaux de r Algérie he soût point des chevaux arabes, mais des chevaux berbères (barbes).
C'est une opinion qui retourne contre ses auteurs. Les Berbères sont Arabesi d'ôtigiHe* Uii auteur célèbre a dit :
Les Berbères habitent té Moglieh, ils sont tous fits de Kais-Ben-Ghilan, On assure encore qu'ils sortent des demt grandes tribus Ëémiarites, tes Senahdja et les Kettama, venues dans le pays lors de l invasion de Ifnkech le Malik.
D'àptèë ces deux opinièndj lëà Berbêfés soât bien des Arabes. Les historiens établissent d'ailleurâ la filiation de la plupart des tribus berbères, et leur descendance des Seiiahdjà et des Kettama. La venue de ces ti'ibus est antérieure à rislamisme. Depuis rinvasioU tnusulitiane, le nombre des Arabes émigrés dans le Mogheb est incalculable. Quand les Obeïdin (les Falimites)furentmaîtres de l'Egypte, d'immenses tribus passèrent en Afrique, entre autre.s les Riahh. Elles se répandirent de Kaïrouan à Merrakech (Maroc). C*est de ces tribus que descendenten Algérie les Douaouda, les Aïad,lesMâdid, les Oulad-Madi, les Odad-Takoub-Zerara, les Djendel, les Attaf, les Hamïs, les Braze, les Sbéha, les Flita, les Medjahar, les Mehal, les Beni-Amer, lesHamian, et bien d'autres. Nul doute que les chevaux arabes ne se soient répandus dans le Mogheb comme les familles arabes. Au temps de Ifrikech-ben-Kaïf, l'empire des arabes était tout-puissant, il s'étendit dans Toùesl jusqu'aux limites du Mogheb, comme au temps de Chàinar l'Hémiarite il s'étendit dans l'est jusqu'à la Chine» ainsi que le rapporte Ben-Kouteïba dans son livre intitulé £{ Mdrif.
Il est bien vrai que si tous les chevaux d'Algérie sont ara-
bes de race, beaucoup sont déchus de leur noblesse parce qu'on ne les emploie que trop souvent au labourage^ au dépiquage, à porter, à traîner des fardeaux, et autres travaux semblables, parce que les juments ont été soumises à râne, et que rien de cela ne se faisait chez les Arabes d'autrefois. Â ce point, disent-ils, qu'il suffit au cheval de marcher sur une terre labourée pour perdre de son mérite. On raconte à ce sujet rhistoire suivante : '
Un homme marchait monté sur un cheval de race. Il est rencontré par son ennemi également monté sur un noble coursier. L'un poursuit l'autre, et celui qui donne ta chasse est distancé par celui qui fuit. Désespérant de l'atteindre, il lui crie alors :
— Je te le demande aunom de Dieu, ton cheval a-t-il jamais labouré?
— lia labouré pendant quatre jours,
— Eh bien ! le mien n'a jamais labouré» Par la tête du prophète, je suis sûr de f atteindre» '
Il continue à lui donner la chasse. Sur la fin du jour, le fuyard commence à perdre du terrain, et le poursuivant à en gagner ; il parvient bientôt à combattre celui qu'il avait d'abord désespéré de rejoindre.
Mon père. Dieu Vait en miséricorde, avait coutume de dire : Point de benédiclion pour notre terre depuis que nous avons fait de nos coursiers des bêtes de somme et de labour. Dieu n'a-t-il point faille cheval pour la course, le bœuf pour le labour et le chameau pour le transport des fardeaux ? Il n'y a rien à gagner à changer les voies de Dieu.
, 9* Vou^ me demandez encore nos préceptes pour la ma- \ nière d'entretenir et de nourrir nos chevaux.
Sachez que le maître d'un cheval lui donne d'abord peu d'orge, augmentant successivement* sa ration par petits*
quantités, puis la diminue un peu dès qu'il en laisse, et la maintenant à cette mesure.
le meilleur moment pour donner Torge est le soir. Excepté en route, il n'y a aucun profit à en donner le matin. On dit à cet égard :
Vorge du matin se retrouve dam le fumier. Lorgè du soir dans la croupe.
La meilleure manière de donner Torge est de la donner au cheval sellé et sanglé, comme la meilleure manière d'abreuver est de faire boire le cheval avec sa bride.
On dit à cet égard :
Leau avec la hndey Et Vorge avec la selle.
Les Arabes préfèrent surtout le cheval qui mange peu, pourvu qu'il n'en soit pas affaibli. C'est, disent-ils, un tré^ 8or sans prix.
Faire boire au lever du soleil, fait maigrir le cheval ;
Faire boire le soir, le fait engraisser ;
Faire boire au milieu du. jour, le maintient en son état.
Pendant les grandes chaleurs qui durent quarante jours (semaïme), les Arabes ne font boire leurs chevaux que tous les deux jours. On prétend que cet usage est du meilleur effet.
Dans l'été, dans Tautomne et dans l'hiver, ils donnent une brassée de paille à leurs chevaux; mais le fond de la nourriture est l'orge de préférence à toute autre substance.
Les Arabes disent à cet égard :
Si nous n'avions pas vu que les chevaux proviennent des chevaux, nous aurions dit ; c'est forge qui les enfante. Ils disent :
Ghelid ou chetaih.
Ou chaïr idjerrih.
Cherche-le large et achète, Lorge le fera courir.
Ils disent:
De la viande défendue choisis laplu^ légère;
C'est-à-dire, choisis un èheval léger : la viande du cheva! est interdite aux musulmans.
Ils disent :
On ne devient cavalier qu'après s'être brisé souvent. Ils disent :
Les chevaux de race n'ont point de malice. Ils disent :
Clieval à Vattac^^ honneur du mMtre.
Ils disent :
Les chevaux sont des oiseaux qui n'ont point d'aileê. Ils diseftt :
Rien n'est loin pour les chevaut.
Ils disent :
Celui qui oublie la beauté des chevaux pour celle des femmes ne sera point prospère.
Ils disent :
Les chevaux connaissent leurs cavaliers.
Le saint Ben-el-Abbas, Dieu Tait pour agréable, a dil ussi :
Aimez les chevaux, soigne^-leSy Ne ménagez point vos peines^ Par eux thonneur et par eux la beauté. Si les chevaux sont abandonnés des hommes. Je les fais entrer dans ma famille, Je partage avec eux le pain de mes enfantt;
Mes femmes les vêtissent de leurs voiles, Et se œuvrent de leurs couvertures; Je les mène chaque jour Sur le champ des aventures.
Emporté par leur course impétueuse Je combats les plus vaillants.
J'ai fiai h tetiffe qtle fiotre frêré 61 (5ènfipàgnon, l'ami de tous, le commandant Sid-Bou-Senna, doit vous faire parvenir. — Salut.
Cette lettre a été écrite en entier de la main d'Ab-el-Kader; Toriginal est en ma possession, et il est certifié par M. le chef d'escadron d'artillerie Boissonnet, qui depuis trois ans remplit avec distinclîoii auprès de Témir une mission aussi délicate que difficile.
C'est également au commandant Ëoissonnel^que je dois ta traduction dé ce précieux document.
t àujourd'hiii cofofiel d'artillerift.
U pêut la soif, ûfeul It Cum, et illjiil« dans un jour It marche de cinq jours. «
Quelque chose de rintérêl qui s'est attaché autrefois aux chants Scandinaves semble vouloir s'attacher aujourd'hui â la poésie africaine. Je vois avec un sérieux plaisir ce mouvement intellectuel, auquel je n'ai peut-être pas été complètement étranger. Tout ce qui porte l'esprit de l'Europe vers l'Algérie est favorable à ce pays, dont les ressources longtemps contestées, Futilité méconnue et les richesses ignorées, apparaissent maintenant à tous les yeux. L'imagination est une puissance que les pensées les plus pratiques ne doivent pas négliger; ce qu'elle prend sous sa protection prospère, surtout dans un pays comme le nôtre. Nous croyons donc, en soulevant encore un coin du voile qui recouvre une poésie dont nous avons déjà fait connaître plus d'un fragment, ne pas nous éloigner du but constant de nos travaux.
Le chant arabe dont nous donnons ici une traduction renferme dans leur plus éclatante expression les^sentimaits qui préoccupent d'habitude Tâme arabe : l'amour du che-
val, celui d^ la femme et la résignation à la volonté de Dieu. Il est presque inutile de dire que nous n'avons apporté dans notre tâche aucune prétention littéraire; nous avons simplement essayé de conserver sous des mots français la pensée africaine dans toute sa profondeur comme dans sa rare originalité ; et, si nous avons maintenu des tours bizarres et des images insolites, nous espérons que le goût du lecteur n'en sera pas trop choqué. Je ne pouvais ni réprimer ni affaiblir les élans de la fougue orientale. Voici, du reste, ce chant; qu'on le juge; il expliquera plus clairement sa portée qu'aucune note, il plaidera mieux sa cause qu*aucune préface :
Mon cheval est noir comme une nuit sans lune et sans étoUes ;
Il est né dans les vastes solitudes;
C'est un buveur d'air, fils d'un buveur d'air.
Sa mère était aussi de noble race, Et nos cavaliers des jours de poudre l'ont surnommé Sabok^,
L'éclair lui-même ne peut l'atteindre :
Que Dieu le sauve du mauvais œil !
Ses oreilles rivalisent avec celles de la gazelle,
Ses yeux sont les yeux de la femme agaçante,
Son front ressemble à celui du ta(\u*eau,
Ses narines a la caverne du lion.
Son encolure, ses épaules et sa croupe sont longues; 11 est large du siège, des membres et des flancs; Il a la queue de la vipère, les jarrets de l'autruche, Et SCS talons vigoureux sont éloignés du sol. Je compte sur lui comme sur mon cœur.
Jamais personne n'a monté son pareil.
Sa chair est plus dure que celle du zèbre;
Il a le galop raccourci du renard,
La course facile et allongée du loup ;
Il fait dans un Jour la marche de cinq jours,
Et, quand il nage, il mord la sangle avec ses coudes.
* Sabok, le Rapide, le Devançant.
Vous diriez une flèche lancée parle destin, >■
Ou bien encore la colombe altérée qui se précipite Vers Teau conservée dans le creux d*un rocher.
Oui, Sabok est un cheval de guerre!
Il aime la poursuite des animaux sauvages,
Il ne soupire qu'après la gloire et le butin,
Et les cris de nos vieFges enflamment son ardeur.
Quand je le lan^e au milieu des hasards,
S^ i^mk^^m^U appellent ]ps "v^Uivss ^t {ppl
Trembler m^es ^npemis ; Sur son dos, la mort ne peut m'atteindre, Elle craint le bruit de ses sabots.
Aâtika * m'a dit : « Viens et sois sans compagpon ! »
Docile alors comme le sabre qu'on tire de son fourreau,
Sabok écoute mes épions, devine ma pensée ;
II fend l'espace comme un faucon qui regagne son nid« Et, quand j'arrive auprès de celle dont les yeux sont languiss^pls.
Seul, au milieu des périls, patient et immobile,
11 mâche son mors jusqu'à mon retour. Par la tête du prophète, ce cheval est la ressource des caravanes.
L'ornement d'une tente et l'honneur de ma tribu.
Je suis Arabe; je sais commander et combattre; Mon nom protège le faible et l'affligé. Mes troupeaux sont la réserve du pauvre, Et Tétranger, chez moi, se nomme le bienvenu. Le Tout-Puissant m'a comblé de ses biens; Mais le temps tourne Sjur ki-même et revient en arrière. Et, si je dois boire, un jour, aux deux coupes de la vie. Je montrerai que l'adversité no peut humilier mon âme. Ma vertu sera la résignation, Ma fortune, le mépris des richesses.
Mon bonheur, l'espoir d'upe autre vie ; Et la misère vînt-elle k me serrer le cou, Je n'en glorifierais pas moins Dieu.
^ Aâtika, la Noble.