LA KIIUIANA (LE VOL
Celui qui monte le cheval ne continue sa route que dans le cas où le vol a pu être commis aux premières heures de la nuit, sinon il passe toute la journée du londeinain cache dans un endroit sec et pierreux, où Tanimal ne laisse aucune trace.
Si au lieu d'être de corde les entraves sont de fer, Topération se complique : les préliminaires sont les mêmes, mais une fois à Tcfiuvre, el hammaze relève avec précaution les entraves jusqu'aux genoux, les maintient à celte place avec sa corde de chameau qu'il attache à l'encolure, et fait sortir l'animal à petit pas. Dès qu'il a rejoint ses camarades et qu'il est assez loin du douar victime du vol, il songe à donner à sa prise la liberté qui lui manque. Il enlève alors les entraves au moyen d'une petite scie {dierrima), ou d'un rossignol; au pis-aller il présente le cadenas en dehors des membres du cheval elle brise d'un coup de pistolet, ou bien encore le remplit de poudre et le fait sauter.
Mais la détonation éveille les maîtres du cheval, ils se mettent à sa recherche, presque toujours en vain, la nuit est obscure, les voleurs se divisent; à toute extrémité, on so tire d'embarras "en abandonnant la prise pour sauver sa tête.
Parfois le maître de la tente s'étonne des aboiements des chiens, il éveille son monde, il crie: « Il y a un vivant ici, » (d hayi rah hena), on sort, on ne trouve rien, on se persuade que c'est un chacal ou une hyène qui occasionne tout ce bruit, et on se rendort. Les voleurs reparaissent ou se dirigent vers un autre douar qui se tient moins sur ses gardes.
Quand on se prépare à une khriana, on doit se munir d'un pistolet, qu'on place sous le bornons, d'un couteau, ^'une trique ayant une corde à l'un de ses bouts, et d'un poignard (seboula).
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de la blancheur de ses vêtements, il les laisse à ses camarades, et pénètre dans le douar, entièrement nu, son couteau dans une main, son bâton dans l'autre. C'est une croyance populaire dans le Sahara que Thomme complètement nu n'est pas visible par une nuit obscure.
Jamais on n'essaye de voler un cheval très-méchant, de race pure, ou qui sert d'étalon. Le hennissement de ces animaux à la vue de Thomme trahirait le pillard/
Pour éditer d'être senti par les chiens, on a la précaution de marcher contre le vent. D'autres circonstances de temps ne doivent pas être négligées : l'absence de lune, par exemple ; il faut se mettre en route le 21 du mois musulman, et la nuit. du 22 est l'époque habituellement la plus favorable;, la poussière et le vent violent sont d'utiles auxiliaires ; mais la pluie est traîtresse, elle détrempe la terre qui conserve les traces, elle favorise la poursuite.
La froide saison est la bonne saison pour les vols dont nous parlons. On dit communément à ce sujet :
« En hiver les vols de bestiaux, parce que le chien dort dans la tente, — En été, les vols dans la tente, parce que le chien va doimir au loin, »
Comme tout autre Arabe, le voleur croit que Dieu ne dédaigne pas de l'avertir. De là des espérances et des craintes superstitieuses.
S'il rencontre en sortant du douar une jument noire, sale, décharnée, en mauvais état enfin : triste présage {fol chiné), il rentre.
S'entendre, au moment du départ, appeler par des gens ne sachant où vous allez, mauvais signe encore {elnechda.)
Voir deux perdrix, bon augure ; une seule, pronostic fâcheux.
Se trouver au départ, en face d'un homme gai, courageux, bien vêtu, bien monté, succès infaillible.
Une vieille femme, aveugle ou estropiée, couverte debail*
LA KHRIANA (LE VOL). o03
Ions, immanquablement vouî empêchera de réussir. Maïs partez en toute confiance, si vous avez rencontré une belle femme richement vêtue, à qui vous avez dit : « Ouvre ta ceinture, Fatma, cela nous portera bonheur. » Elle ne* vous refusera pas de vous ouvrir la porte des richesses. «/ 11 est également désirable de voir sur spn passage une femme portant du lait et d*en boire une gorgée.
À leur retour, les voleurs partagent; le vœu fait aux marabouts invoqués est scrupuleusement accompli ; le chef de leur douar, la femme qui a dénoué sa ceinture reçoivent chacun un présent. — La part qui revient à el hammaze est pluâ considérable ; c'est lui, on se le rappelle, qui a joué le rôle le plus important et couru les plus grands périls.
Le vol de chameaux se pratique de la même manière que celui des chevaux.
On choisit des chameaux faits, c'est-à-dire qui ne crient plus, ou des chamelles pleines.
Les entraves enlevées, les voleurs piquent l'animal avec un poignard ou un couteau pour le faire sortir, et montent dessus, une fois arrivés à une grande distance des tentes.
On marche toute la nuit; si à la pointe du jour on ne se croit pas assez loin pour échapper à la poursuite des catvaliers, on s'arrête et on se cache dans un endroit dont le sol ne conserve pas les traces. Les cavaliers renoncent à la poursuite quand ils n'en trouvent pas; sinon ils reprennent souvent ce qui leur a été volé, et à moins que les voleurs n'aient lâché la prise et ne soient embusqués, ils payent leur entreprise de leur vie *.
* Dans certaines tribus du désert, le Toleur pris en flagrant délit est de la têle aux pieds couvert et comme habillé d'alfa (sparlerieK On y met le feu, et on lâche le malheureux, qui, poursuivi par les huées générales, l'en va mourir un peu plus loin,
C'est le moment suprême des invocations et des vœux.
« 0 Sidi Abd-elKader, — dit le voleur qui sent l'ennemi près de lui et tremble d*être découvert, — si tu nous sauves encore cette fois, nous ferons en ton honneur une ouadda pour les pauvres. »
Dans le Sahara, Sidi Abd-el-Kader-Djelaly est le patron des voleurs. Cette peu recommandable clientèle s'explique par la charité du saint marabout, qui ne veut laisser dans la peine aucun de ceux qui invoquent son nom.