‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 62 sur 89 · COUTUMES DE GUERRE · texte numérisé non relu

COUTUMES DE GUERRE

Un parti qui revient avec du bulin accorde une lance à la femme de distinction qui est sortie de sa tente pour pousser des cris de joie en son honneur.

Dans une affaire de mf (amour-propre), les jolies femmes qu on a emmenées pour animer les combattants oiït droit (i une part de prise.

Celui qui a prôté son fusil prend un quart do la part qui revient à Temprunteur.

Un Arabe trouve un cheval au pâturage, loin des yeux de son maître, sa tribu est attaquée ou part pour une expédie lion, il l'emmène, il lui met sur le dos une selle d'emprunt. Cette selle n'est pas garnie, il trouve des ctriers à droite, une sangle à gauche, une bride et un poitrail ailleurs. Enfin, il est équipé, il part et revient avec du butin. Le propriétaire du cheval n'a aucun droit : si son cheval avait élf' tué, on le lui aurait remboursé (en cas de succès) ; mais ol le lui ramène sain et sauf, il n'a rien à réclamer : Lanimal na été que Hnstrument de Lieu pour rendre service à un brave cavalier qui s'est exposé dans ï intérêt général.

Les propriétaires des accessoires de la selle ont droit, eux, à une certaine portion de la part de prise Les nomades du désert ont, par un apologue tout à fait dans le goût arabe, précisé les droits respectifs de chacun.

« L'arçon dit au cavalier : — Aurais-tu la pensée de garder le butin pour loi seul ? Qui t'a fourni un siège ? et qu'aurais tu fait si tu ne m'avais pas trouvé là?

« — Belle affaire, s'écrie la sangle aussitôt, ce service que tu fais tant valoir est-il donc si grand ? Tu aurais nui plu5 que tu n'as été utile, si je ne t'avais maintenu sur le dos du cheval.

« — Doucement, doucement, disent alors les étriers, vous avez été tous les deux utiles, j'en conviens; mais, je vous prie, dites-moi, qui a soutenu le cavalier quand il a fallu s'élancer en avant? Et sur qui s^est-il appuyé quand il a dû

53P BŒURS DU DÉSERT.

se servir de son arnje pour abattre Tennemi dont il a pris le butin que vous vous disputez si fort? Qui lui a permis de voir au loin, de se baisser, et de se retourner, soit pour le frapper, soit pour échapper aux coups qui le menaçaient?

« — Clestvous, reprend la bride, personne ne peut fuir la vérité : et néanmoins, ô mes enfants! par le Dieu maître du monde, notre cavalier serait bien peu riche aujourd'hui s'il n'avait eu que vos services. Vous ne preniez guère la route du butin, et vous en seriez bien loin maintenant si je ne vous y avais conduits. Cessez donc ces débats, la palme m appartient, car seule j'ai pu vous faire atteindre le but.

« — Ah î c'est un peu fort! ajoute avec ironie le cheval, qui jusque-là avait écouté sans dire mot; je ne sais pourquoi j'avais pensé que la plus grande part était la mienne; je croyais vous avoir vus publiés dans un coin, et je m'étais imaginé qu'on ne vous avait ramassés que parce que l'on m'avait trouvé. Je rêvais sans doute, c'est vous qui m'avez apporté jusqu'ici. J'avoue que je tpe guis trompé; ramenez-, moi donc au plus vite dans mes pâturages, où, du moins^ je ^'entendrai plus vos intrigues.

« Pour mettre fin à tous ces débats le cavalier divisa son butin en six lots égaux, en donna un à l'arçon, un à la sangle, un à la bride, garda les trois autres pour lui, et reconduisit le cheval dans ses pâturages en lui disant : Je ne te donne rim, mais il te reste rhonneiir d'avoir été utile à ta tribu. »

Celui qui prête une selle complète a droit à la moitié d'une part de prise, on appelle ce partage la coutume de la selle (âadet çsserdj).

Avant de partir pour Texpédition, le goum fqil les invocations suivantes :

f[ 0 Sidi-AM-el-K^dei-edDje|^U>

c 0 §idi-Chil^h'ben-ed4)ine,

f 0 Sidi-çl-Iiedj-bqii'Haf^ui, •

COIJTUMES DE GUERRE. 531

si nous réussissons, et si nous revenons sains et saufs, nous vous promettons à chacun un chameau ; protégez-nous ! b

Ces trois chameaux sont toujours désignés pour les marabouts avant tout partage.

Le partage ne se fait pas, on le pense bien, sans nodahreuses contestations ; pouries prévenir ou les réprimef,oii 1 institué les mehadiin.

Tantôt ce sont les chefs qui choisissent cln^ ou six individus réputés sages ; tantôt, après une razzia ou une prise, on divise le butin en quatre parties égales; ceux qui |[)nt exécuté l'entreprise se partagent en duatre fractions, et chaque fraction nomme un mekadem chargé de procéder à 1^ sous-répartition.

Les mekadirn recherchent et font restituer tous les objets qu'auraient pu cacher les gens de mauvaise foi, bjiojix dé femme, argent, corail, etc.

Quand un Arabe est soupçonné d'un détournemefit de ce genre, et qu'on ne peut trouver chez lui l'objet de la fraude, les mekadirn le font jurer par Sidi-Ben-Abd-Àllah^ et ce serment le dégage. Dans le Sahara, Sidl-Ben-Abd-Allah est en grande vénération ; personne n'oserait invoquer son nom dans un faux serment, sous peine de mourir ou de voir de-, périr ses troupeaux.

Les mekadirn sont reconnus honnêtes gens parmi les pillards; ils sont bien traités et ont une bonne rëmunëration» qui consiste, le plus souvent, en objets restés en dehors du partagô.

Mon cheval vaut mieux que tout ,

Mieux que mon père, mieux que m£s oncles,

Mieux que les biens de cette terre ;

Aucun sîdtan n'a monté son pareil;

Cest un marabout; les femmes viennent le visiter.

OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER

Je les ai surpris avec des chevaux de race pure, aux poils lisses, aux fronts ornés de pelotes annonçant le bonheur, aux flancs amaigris par les courses, à la chair ferme et dure, et tombant sur eux comme le nuage chargé d'éclairs qui couvre un défilé.

C'est un cheval qui, sans jamais se fatiguer, finit toujours par faire demander grâce à son cavalier. Sa tête est sèche, ses oreilles et ses lèvres sont fines, ses narines bien ouvertes, son encolure légère, sa peau noire et douce, ses poils lisses et ses articulations larges. Par la tête du Prophète! il est de noble race, et vous ne demanderiez jamais combien il a coûté si vous Paviez vu marcher à Tennemi !

Quand vous verrez les chevaux du goum marcher fièrement, la tête haute, et faisant retentir l'air de leurs hennissements, soyez assurés que la victoire les accompagne ; mais quand, au contraire, vous verrez les chevaux du goum marcher tristement, la tête basse, sans hennir et en agitant la queue, croyez que la fortune les a abandonnés.

Cependant le Dieu très-haut est plus savant que personnel

Oh! que je voudrais voir couler mon sang sur mon haïk blanc comme Tivoire du Soudan ! Il n*en serait que plus beau.

Celui qui n'a jamais cliassé, ni aime, ni tressailli au son de la musique, ni recherché le parfum des fleurs, celui-là n'est pas un homme, c'est un âne.

Dans le désert, il y a deux manières principales de chasser Tautruche :

La chasse à cheval, La chasse à Taffût,

et une troisième enfm, qui n'est qu'une variété de la seconde. Cette dernière consiste à tuer Tanimal quand il vient se désaltérer à une source.

La vraie chasse est la chasse à cheval; elle est, à l'affût, ce qu'est, chez nous, le courre à l'arrêt ; plaisir de gentilhomme, de roi, disions-nous jadis, et non métier de braconnier et de fantassin. On ne se contente pas de tuer, on forcée

L'éducation générale donnée au cheval ne suffit pas. Il faut pour ce cas particulier une préparation spéciale, comme à notre cheval de course il faut Tentrainement pendant

* Les'Arabes du Sahara aiment la chasse avec passion, et leur religion «eà autorise à chasser le gibier dont la chair n'est point défendue. Il est également permis de chasser les animaux dont la chair est prohibée 91% CQmmo Iç chqcaj, Iç^anglicf-, plc^ etc.^ U? sont niM9iUQ9f

les quelques jours qui précèdent immédiatement la lutte.

Voici le mode d'entraînement usité pour les chevaux du Sahara :

Sept à huit jours avant la course, on supprime tout à fait la paille ou Therbe, on donne l'orge seulement, on ne fait boire qu'une fois par jour, au coucher du soleil, moment où Feau commence ^ devenir plus fratche, et on les lave. On leur fait faire une longue promenade quotidienne entremêlée fie pas et de galop, pendant laquelle on s'assure que rien ne Manque an harnachement approprié à la chasse de Tautru* ùe, et dont je vais parler. Après cessept ou huit jours, dit TA* labe, le ventre du cheval disparaît, tandis que son encolure, son poitrail et sa croupe restent en chair; alors l'animal est apte à supporter la fatigue. On appelle cette préparation du chevçfl ^chahc^'

On modifie également le harnais en vue de l'alléger. Les étriers doivent être beaucoup moins lourds que d'habitude, l'arçon très-léger, les deux keurbous diminués de hauteur et dépouillés du stara. On retire le poitrail, sur sept feutres on n'en conserve que (Jeux.

U bride subit égalemept de nombreuse? métamorphoses, on supprime comme trop lourds les montants et les œillèresi on rponte si^plemept le mors sur une corde de chameau suffisamment solide, sans sous-gorge, maintenue par une espèce de frontal également en corde, les rêne^ doivent être très-légères» mais fortes.

Les chevaux sont ferrés des quatre pieds.

L*époque la plus favorable pour cette chasse est celle des grandes chaleurs de l'été ; plus la température est élevée, moins l'autruche a de vigueur pour se défendre. Les Arabes précisent oe pioment m disant que c'est celui où, l'homme étant débout, son ombro n'a pas plus de la longueur d'une semelle.

C'esl une véritable excursion, c^ui dure sept à huit jours^

CHASSE DE L'AUTRUCHE. 5:j

Elle exige des mesures préparatoires, lesquelles sonj; cûq-p certées par une dizaine de cavaliers, réunis en akevd, comme pour une razzia.

Chaque cavalier est accompagné d*un de ses domestiques, , prenant alors le nom de zemmal, et monté sur un chameau qui porte quatre peaux de bouc remplies d'eau, de Torge pour le cheval, de la farine de Lié (degiUg), une autre espèce de farine grillée [rouinà], des dattes, une marmite (word/ewî) pour faire cuire les aliments, des lanières, une aig[uille à passer, des fers et des clous de rechange,

Le cavalier ne doit avoir x|u'une chemise de laine ou de colon, une culotte en laine ; il s'entoure le cou et les oreiller d'une pièce d'étoffe légère appelée dans le désert haoulû maintenue par la corde de chameau ; aux pieds, des semelles retenues par des cordons ; il chausse des guêtres légères (trabag), et ne se charge ni de fusil, ni de pistolet, ni de poudré; sa seule arme est un bâton d'olivier sauvage ou de tamarin, long de quatre ou cipq pieds et se terminant par un bout très-pesant.

On ne se met en chasse qu'après avoir appris par des voyageurs, des caravanes ou des agents envoyés à cet effet, la présence d'un grand nombre d'autruches sur un point dé^ signé.

On rencontre ordinairement les autruches dans les en^ droits où il y a beaucouff d'herbe et ou la pluie est tombéa depuis peu. D'après les Arabes, aussitôt que l'autruche voit les éclairs briller et l'orage se préparer en un lieu quelcou» que, elle y court, fût-elle à une très-grande distance; dix jours de marche ne sont rien pour elle. Dans le désert, on dit d'un homme habile à soigner les troupeaux et à leujr trouver les choses nécessaires : « Il est comme rduimclte^ où il voit briller V éclair, il arrive.

On se met en route le matin. Après un ou deux jours de ^larche, quand on est arrivé près d^ r^ndjTQit o^ tes autr\t*

536 MŒURS DU DLSEUT.

ches ont été signalées et qu'on commence à apercevoir leurs traces, on s'arrôte et on campe. Le lendemain, deux domestiques intelligents, entièrement nus, et n'ayant qu'un mouchoir en guise de caleçon, sont envoyé^ en reconnaissance. Ils emportent une peau de bouc (chiboiUa) pendue au côté, et un peu de pain ; ils marchent jusqu'à ce qu'ils rencontrent les autruches, qui se placent toujours, disent les Arabes, sur des lieux élevés. Aussitôt qu'ils les ont aperçues, ils se couchent et observent, puis l'un d'eux demeure et Tautre retourne prévenir le goum. Il a vu quelquefois trente, quarante ou soixante autruches; car il existe, prétend-on, des troupeaux {djeliba) de cette force ; d'autres fois, surtout au temps de leurs amours, les autruches ne sje rencontrent que par trois ou quatre couples.

Les cavaliers, guides par l'homme qui est venu les instruire, marchent doucement du côté où sont les autruches Plus ils approchent du mamelon où elles ont été signalées, plus ils prennent de précautions pour n'être pas aperçus. Enfin, arrivés au dernier mouvementde terrain qui les puisse cacher, ils mettent pied à terre. Defux éclaireurs vont en rampant s'assurer de nouveau que les autruches sont toujours dans le même endroit; s'ils confirment les premiers renseignements, chacun fait boire à son cheval, mais modérément, l'eau portée à dos de chameau, car il est très-rare de lomber-sur un lieu où il y ait des sources. On dépose tout le bagage sur la place même où Ton s'est arrêté, el sans y laisser de surveillant, tant on est sûr de retrouver l'emplacement. Chaque cavalier porte à son côté une c/iiboiita. Les domestiques et les chameaux suivent les traces des chevaux ; chaque chameau ne porte plus que le souper en orge du cheval, son propre souper, et do l'eau pour les hommes et les animaux.

La station des autruches étant bien reconnue, on se con- 6erlo, JQâ (\U cftvciUcr§ §o divisent etform^'wi ua cerdo dans

CHÂSSE DE L'AUTllUClIE. CS7

lequel ils cernent la chasse, à une très-grande distance, de manière à ne pas être aperçus, or Tautruche a très-bonne vue. Les domestiques attendent là où les cavaliers se sont séparés ; puis, dès qu'ils les voient tous à leurs postes, ils marchent droit devant eux. Les autruches fuient épouvantées; mais elles rencontrent les cavaliers qui ne tâchent d'abord que de les'faire rentrer dans le cercle. L*autruche commence ainsi à épuiser ses forces dans une course rapide, car aussitôt qu'elle est surprise « elle ne ménage pas son afr.D Elle renouvelle plusieurs fois ce manège, cherchant tou Jours à sortir du cercle et toujours revenant effrayée par les cavaliers. Aux premiers signes de fatigue les chasseurs courent SUS; au bout d'un certain temps le troupeau se dissémine, on voit les autruches affaiblies, ouvrir les ailes. Cest l'indice d'une grande lassitude; les cavaliers, certains désormais de leur proie, modèrent leurs chevaux.

Chaque chasseur s'assigne une autruche, se dirige sur elle, finit par l'atteindre, et soit par derrière,' soit de côté, lui assène sur la tête un grand coup du bâton dont j'ai parlé. La tôle est chauve et très-sensible ; les autres parties du corps offriraient plus de résistance. L'autruche rudement frappée tombe, et le cavalier s'empresse de descendre pour la saigner, ayant soin de tenir la gorge éloignée du corps, afin que le sang ne lyche pas les ailes.

Le mâle de l'autruche {delim), quand on le saigne, surtout devant ses petits, pousse des gémissements lamentables, la femelle (reumda) ne jette aucun cri. - Lorsque rauiruche est sur le point d'être atteinte par le cavalier, elle est tellement fatiguée, que si le chasseur ne veut pas la tuer, il lui est facile de la ramener doucement, en la dirigeant avec son bâton; elle peut à peine marcher.

Immédiatement après avoir saigné l'autruche, on l'écorche avec soin, de manière à ne pas gâter les plumes, puis on é^end la peau sur w arbro ou m h cbçval, l^es chamçauî^

arrivent, et on saupoudre fortement d^ 3el l'intérieur de la lépouille.

Les domestiques allument des feux, disposent les mar- Yîiles et font bouillir longtemps^ à grand feu, toute la graisse ie ranimai. Lorsqu'elle est devenue très-liquide, on la verse jjins une sorte d'outre formée avec la peau de la cuisse au pied, solidement attachée à sa partie inférieure ; partout ailleurs la graisse se gâterait.

La graisse d'une autruche en bon état doit remplir ses deux jambes. •

Lorsque Tautruche couve, elle est très-maigre, et sa graisse alors serait loin de remplir ses deux jambes ; on ne la chasse à cette époque que pour la valeur de ses plumes.

Le reste de la chair est employé au souper des chasseurs, qui la mangent assaisonnée de poivre et de farine.

Les domestiques ont fait boire les chevaux et leur ont donné l'orge. Tout le monde s'est un peu restauré, et s'empresse, quelle que soit la fatigue de la chasse, de retourner au lieu où l'on a laissé les bagages. On s'y arrête quarantehuit heures pour faire reposer les chevaux. Pendant ce séjour, ils sont l'objet des plus grands soins, puis on retourne dans ses tentes.

Parfois on envoie le produit de la chasse au douar, les lomestiques rapportent des provisions, et sur de nouveaux renseignements on réitère l'entreprise.

Dans le désert, le mâle de l'autruche est nommé Delim la femelle Reumda, le petit d'un an Rai, celui qui a passe un an Ouled gleub, après deux ans on l'appelle Ouled bou gleubtin» Enfin, à la troisième année, on le désigne sous le nom de Garah. Après ce temps l'autruche a atteint tout son développement.

EMPLOI DE LÀ GRAISSE ET DE LA DÉPOUILLE DE L'âUTRUGRB,

La graisse d'autruebe est employée pour préparer lea aliments, le kouskoussou, par exemple; on la mange égolof ment avec du pain. Les Arabes s'en servent, en outra, comme remède dans un grand nombre de maladies.

Pour la fièvre, on fait avee cotte graisse et de la mie de pain une espèce de pâte, on la donne à manger au malade, qui ne doit pas boire de la journée.

Dans les maux de reins, les douleurs rbumotismales, on en frictionne la partie souffrante jusqu'à ce qu'elle en soit pénétrée ; puis le malade se couche dans le sable brûlant, la tête soigneusement couverte ; une transpiration très^active s'établit, la guérison- est complète.

Dans les maladies de foie, la graisse, légèrement ci:auffée et devenue comme de Thuile, puis un peu salée, est prise en pottoii. Elle produit des évacuations excessives jusqu'à causer une maigreur extraordinaire* < Le malade se débarrasse de tout ce qu'il avait de mauvais dans le corps, recouvre une santé de fer, et (ceci est du merveilleux) acquiert une vue excellente. »

La graisse d'autruche se vend dans les marchés, et on en fait aussi provision dans les tentes de distinction pour donner aux pauvres comme remède. Du reste, elle n'est pas très-chère, car on échange un pot de graissa d'autruche contre trois pots de beurre seulement.

Les plumes se vendent dans les ksours, à Tougourt *, à Lc-

* TwtgotÊTt, y'ûH évk Sahara, capitale d'up petit État formé par les trente-cinq villages de l'oasis qu'on nomme rOued-Rir, à soixante- solide lieues de Biskra.

It^Af^otMM, à ioiiftQto^x-oâuf lieues 6ud-<)ue8t de Çislgm, ville de sept A buit cents maisons.

ImBmi^Mohf iamm$^ ceofédératioQ sal^arieime qui forme au milieu

3i0 MŒURS DU DÉSERT.

ghrouat et chez les BeniMzab, qui, au moment de Tachât des grains, font parvenir les dépouilles d'autruche jusque sur le littoral.

r Chez lesOuled-Sidi-Chikh, la dépouille du mâle (Delim), se vend de quatre à cinq douros, et celle de la femelle {Reumda) de dix à quinze francs. Dans le Sahara, avant nous, on ne faisait usage des belles plumes d'autruche que pour orner le sommet des tentes, ou le dessus des chapeaux de paille.

Les Chamba, avecla face plantaire des autruches, consolident leurs chaussures. Ils en mettent un morceau sous la pointe, un autre sous le talon, et la semelle devient ainsi d'un très-bon usage. Avec les tendons on fait des lanières pour coudro-les selles, raccommoder les objets confectionnés en cuir, etc.

La chasse de l'autruche a pour TArabe le double attrait du profit et du plaisir. C'est un exercice très- goûté des cavaliers du Sahara ; mais c'est aussi une entreprise fructueuse, le prix des dépouilles et de la graisse compense de beaucoup les frais.

Malgré l'attirail nombreux indispensable pour entreprendre la chasse de l'autruche, le riche n*est pas seul à se la pouvoir permettre. Le pauvre qui se sent capable de se bien tirer d'affaire trouve moyen de se joindre à des chasseurs qui poursuivent l'autruche : il va trouver un Arabe opulent ; celui-ci prête le chameau, le cheval, son harnachement, les deux tiers de l'orge nécessaire à Texpédition, les deux tiers des peaux de bouc, les deux tiers des provisioas débouche. L'emprunteur fournit l'autre tiers des objets nécessaires, puis le produit de la chasse est partagé dans les mêmes proportions.

des populations du désert une nation à part; ils comptent sept villes im- PQrtitntes^ dont la principale est Gardaïa.

(Ypir io ^f¥i^T<ii (i^gêriçn pour ces trois locàlilés,)

CHASSE DE L'xVUTUliCIlE. o'A

Le domestique qui, pendant Texpédilion, a monté le chameau prêté au pauvre, en reçoit deux boudjous par mâle tué et un boudjou par femelle; il est en outre nourri sur les

provisions apportées par le cavalier.

CHASSE DE L* AUTRUCHE A l' AFFUT.

On chasse Taulruche à Taffût lorsqu'elle a fait ses œufs, c'est-à-dire vers le milieu du mois de novembre. Cinq ou six cavaliers, emmenantavec eux deux chameaux porteurs de vivres pour un mois au moins, se mettent à la recherche des endroits où il est tombé de Teau récemment, où il existe des mares. On est sûr d'}' trouver une herbe abondante qui n'aura pas manqué d'attirer un grand nombre d'autruches.

Pour abréger les courses inutiles, on interroge tous les individus, toutes les caravanes que l'on rencontre dans le Sahara, on connaît déjà d'ailleurs à peu' près les stations.

On se munit, cette fois non pas d'un bâton, mais d'un fusil et de provisions abondantes de poudre et de balles.

Arrivés sur les traces de Tautruclie, les chasseurs les observent avec soin ; si elles se voient seulement de place en place dénudées d'herbes, elles indiquent que l'autruche est venue au pâturage en cet endroit. Mais si les traces se croisent en tout sens, si' Therbe a été foulée aux pieds et non mangée, l'autruche, à coup sûr, fait son nid dans les environs. Les chasseurs recherchent activement le lieu où elle doit déposer ses œufs et s'en approchent avec les plus grandes précautions.

Quand Tautruche creuse son nid, tout le jour on entend des plaintes langoureuses; après avoir pondu, elle ne pousso son cri habituel que vers trois heures de l'après-midi.

I^a femelle couve depuis le matin jusqu'à midi, pendant ce temps le mâle va au pâturage ; à midi il rentre, et la femelle va paître à son tour. Quand elle revient, elle se place à qua-

342 MŒURS DU DÊSEIir.

tre ou cinq pas da nid, faisant face au mâle qui couve toute la nuit. Le mâle veille lui-même sur ses œufs pour les défendre contre ses ennemis. Le chacal entre autres se tient , souvent en embuscade daiis les environs^ prêt à jouer quelques mauvais tours. Des chasseurs ont rencontré maintes fois aux approches des ni(}s d'autruche des cadavres de chacals; le mâle seul pouvait les avoir frappés, la femelle est peu* reuse et nullement à craindre.

C'est le matin, ^pendant que la femelle couve, (jue les" chasseurs vont creuser de chaque côté, et à une vingtaine de pas au plus du nid, un trou assez profond pour contenir un homme. On le recouvre avec ces longues herhes si communes dans le désert, de manière que le fusil seul paraisse. Dans ces trous se placent les meilleurs tireurs.

A la vue de ce travail, la femelle effrayée court rejoindre le mâle, mais celui-ci la bat et la force de revenir à son nid. Si Ton faisait ces préparatifs pendant que le mâle couve, il irait rejoindre la femelle, et aucun des deux ne reviendrait.

La femelle revenue à son nid, on se garde bien de Tinquiéter, il est de règle de tuer d'abord le mâle : on attend donc son retour du pâturage ; vers midi il arrive, et le chas seur s'apprête. L'autruche, en couvant, étend les ailes do manière à couvrir tous ses œufs, dans cette position, elle a, repliées sur ses jarrets, les cuisses extrêmement saillantes ; cette circonstance est très-favorable au tireur; il ajuste toujours de manière à casser les jambes de Tanimal, qui, do cette façon, ne peut lui échapper, mais qui aurait encore des chances de se sauver s'il était blessé partout ailleurs.

Aussitôt Tautruche abattue, on court à elle et on la saigne, les deux tireurs sortent de leur trou, et leurs compagnons, accourus au coup de fusil, aident à la besogne. On rejcouvre de sable les taches de sang et ron cache soigneusement lo corps de l'autruche. -

CHASSE DE L'AUTRUCUE. 3^^3

Au coucher du soleil, la femelle revient, comme d'habitude, passer la nuit auprès de son nid, l'absence du mâle ne l'inquiète pas, elle le croit au pâturage et se met à couver. La femelle est tuée de la même manière que le mâle par le chasseur qui n'a pas fait feu. ,

Celui qui a tué le mâle reçoit un douro en sus de sa part; inais si, par un hasard très-peu commun, il a manqué son coup, il paye à ses compagnons le prix de Tanimal : a Nous Vivons choisi, lui dit*on, comme le meilleur tireur, nous t^avons mis en bonne position pour nous faire du bien, et tu nous causes un pareil détriment, tu le payeras. »

tie chasseur qui a tué la femelle reçoit seulement un œuf en su$ de sa part ; s'il n'a pas réussi, il est privé de ce qui lui revient sur le prix du mâle et des œufs.

Celui qui fera feu sur le mâle est désigné d'avance.

te nid d'un couple ordinaire contient .de vipgt-cinq à trente œufs. Mais il arrive couvent que plusieurs couples se réunissent pour pondre en commun; alors ils forment une grande enceinte, et le couple le plus ancien pond au milieu ; lies autres se placent à Tentour en disposition régulière. Ainsi, s'ils §ont quatre, ils occupent les quatre angles d'un carré. La ponte achevée, les œufs sont poussés vers le centre, mais non mêlés, et lorsque le mâle le plu^ âgé vient couvert tous les autres prennent place Pt l'endroit op leurs qsufs ont été pondus; de même pouf les fen)elle3. Ce3 com^ pagnies çont composées d'enfants de la même famille ; ce sont le§ petits du couple le plus vieux, i|$ ne font pas autant d'œufsp Leg jeunes d'un an, par exemple, u'en pondent que quatre ou cinq, et ces œufs sont plus petits. On en trouve parfois jusqu'à cent dans le môme nid. Ces réunions de plusieurs couples se remarquent seulement là où l'herbe est très-abondante. Les Arabes ont observé une particularité assez singulière : tes œufs de chaque couple, dans les nids dont nous venons de parler, sont disposés en tas toujours

5ii MŒURS DU DÉSERT.

surmontés par un œuf en évidence, c'est le premier pondu, et il a une destination spéciale.

Quand le mâle sent que le moment de Téclosion est arrivé, il casse avec son bec Tœuf qu'irjuge le plus avancé; il pratique en même temps, avec beaucoup de précaution, une petite ouverture à Tœuf qui surmonte les autres : celui-ci sert au premier repas de tous les nouveaux éclos, et à cet effet, quoique ouvert, il se conserve longtemps sans se gâter; il le faut ainsi, car le mâle ne casse pas tous les œufs le môme jour, mais trois ou quatre seulement, quand il entend remuer le petit. Cet œu( dont se nourrissent les poussins est toujours liquide, soit prévision de la nature, soit qu'instinctivement le père et la mère l'aient mal couvé.

Les petits, après avoir reçu leur preraicre nourriture et aussitôt séchés par le soleil, se mettant à courir ; ils suivent au bout de peu de jours leur père ou leur m.èreau pâturage; au nid, ils viennent toujours se placer sous leurs ailes.

Le nid affecte une forme circulaire, il est établi âans une terre sablonneuse; Tautruche le construit avec les pieds, en rejetant simplement le sable du centre à la circonférence ; on aperçoit de très-loin la poussière que soulève ce travail.

L'incubation dure quatre-vingt-dix nuits.

Les chasseurs mangent les <£ufs s'ils sont frais et loin du terme auquel ils doiventéclore, puis ils jettent les coquilles ou les emportent pour les donner en présent à des amis, ou les Jéposer dans des koubba^. Cependant depuis quelque temps Jcs Arabes savent qu'on achète des œufs sur le littoral, et ils en font commerce.

La chasse à Taffût est très-lucrative ; on peut tuer plu

* Petite chapelle carrée surmontée d'un dtme et dans îaqueïîe tst ocdu nairement enterré un marabout. C'est presque toujours un gîte pour lei voyageurs isolés.

CHASSE DE L'AUTRUCHE. oiS

sieurs autruches et enlever leurs œufs; à la saison où clic a lieu, il est vrai, Tautruche est très-maigre, mais d'autre part les plumes sont plus belles et tiennent mieux.

Dans le cas de plusieurs couples rassemblés dans le môme nid, on ne tue que le mâle et la femelle des plus âgés ; si on faisait autant dfe trous qu'il y a d'autruches, on seraitbien vite découvert, et toute la compagnie s'enfuirait.

L'autruche, disent les Arabes, tue la vipère d'un coup de bec et la mange, elle mange également le serpent, les insectes, les sauterelles, les scorpions, les lézards, des fruits très-gros appelés hadj, abondants au désert et provenant d'une plante rampante, amère comme la térébenthine, avec des feuilles semblables à celles de la pastèque ; enfin elle digère jusqu'à la pierre.

La voracité de cet animal est telle, que dans les endroits au il en existe de privé, il ingurgite tout ce qu'il peut trouver, couteaux, bijoux de femmes, morceaux de fer. L'Arabe qui me donna ces détails raconte qu'une femme eut un jour son collier de corail enlevé et avalé par une aujruche, et j'ai entendu un officier de l'armée d'Afrique affirmer qu'un de cos animaux avait arraché et mangé un de ses boutons de tunique. L'autruche est en même temps très-adroite . elle enlèverait une^datte de la bouche d'un homme sans \c blesser.

Quand l'éclair brille et annonce Torage, elle ne se sent pas de joie, elle gambade et se dirige rapidement vers l'eau qu'elle aime beaucoup, quoiqu'elle puisse supporter longtemps la soif.

Le temps des amours de l'autruche est le mois d'août. La femelle se fait beaucoup prier; le mâle, furieux de passion, la poursuit quelquefois pendant quatre ou cinq jours, il ne boit pas, ne mange pas, et pousse sans cesse des gémisse* méats. Enfin, quand la femelle esta bout de résistance, elle se place dans la même position que quand elle couve, et

î:i3 MŒURS DU DÉSERT.

le màle monte dessus. Aussitôt Funion eofismnhiëê, la temelle ne veut plus se séparer du tnâle^ elle ne le quitte {ms jusqu'à l'époque où les petits sont élevés. Les chevaux se battent pour les juments, les chameaux pour les ehamellos, jamais les autruches mâles ne se livrent de combats è propos de leurs femelles. Les amours de chaque couple sont respectées de tous.

L'amour paternel est poussé trés*loi!i chez Tautruche ; il n'abandonne jamais ses petits, il ne redoute pas le danger^ quel qu'il soit, eût>il affaire au ehien^ à la byène^ à l'homme même. La femelle, au contraire, s'èffrajre vite et abandonne tout dans la peur. Aussi, quand un veut parler d'un homme qui défend bien sa tente, on le compafe ^u deliin} l'homme faible est assimilé à l'autruche femelle^ à la reumda.

On rencontre habituellement les autruches voyageant pat couple, ou par réunion de quatre ou cinq couples; mais là où la pluie est tombée on est sûr de trouver deux du trois cents de ces animaux ; de loin ils semblent des troupeaux de chameaux.

Jamais l'autruche n'approche des lieux habités que pour boire, et elle s'enfuit aussitôt.

Les Arabes chassent les petits de l'autruche $ la méthode est très-simple : une fois sur les traces et à peu de distance des autruches, ils poussent des cris ; les petits épouvantes se réfugient auprès de leur père et de leur mère, (Jui s'arrêtent^ et les chasseurs viennent, en dépit du mâle, les prendre sous leurs yeux.

Le delifn est alors agité à l'excès, il manifeste la plus vive douleur. Quelquefois on emploie à cette chasse les lévriers, — Les autruches se défendent contre eux. Pendant la luitt, les hommes emmènent les petits sans obstacle et on les élève dans la tente. «^

Ces petites autruches s'apprivoisent atséfltent, elles jouen«

C?1ASSE DE L'AUTBUCIIE. C.7

avec les enfants et dorment sous la tente; datis les déme'nsfgements elles suivent les chameaux ; il est sans exemple qu'une d'elles, ainsi élevée, ait pris la fuite ; elles sont fort gaies, elles folâtrent avec les cavaliers, les chiens, etc. Passe-t-il un lièvre, tous les hommes s'élancent à la poursuite, l'autruche s'émeut, se précipite du côté où se dirige la course, prend part à la chasse. Quand elle rencontre dans le douar un enfant ayaiit à la main quelque chose à manger, elle le met doucement par terre et cherche à lui^ enlevée ce qu'il porte. Mais l'autruche est très- voleuse, ou plutôt, comme je l'ai dit, elle veut avaler tout ce qu'elle voit; aussi les Arabes se méfient d'elle lorsqu'ils comptent de TaN gent, elle aurait bientôt fait disparaître deux ou trois dott^ ros.

Il n'est pas rare de voir à quelque distance du douar mettre un enfant fatigué sur le dos d'une autruche, qui se dirige avec son fardeau droit sur la tente, le petit cavalier se tenant aux ailerons. Mais elle ne porterait pas un poids plus lourd, un homme par exemple : elle le jetterait à terre d'un coup d'aile. Dans les marchés, quand on veut l'empêcher de courir de droite et de gauche, on lui passe une corde autour des jarrets, et on la tient avec une autre corde attachée à la première.

Dans le désert, l'autruche n'a d'autre ennemi à craindre que l'homme, elle résiste au chien, au chacal, à la hyène, à l'aigle ; l'homme seul en triomphe.

J'ai parlé d'une troisième manière de chasser l'autruche, lorsqu'elle va boire. Les Arabes font simplement un trou près de l'eau, s'y embusquent et tirent sur l'animal qui vient se désaltérer.

La chasse de l'autruche forme dans le Sahara de nombreux et excellents tireurs. Ils s'exercent à ne frapper qu'à la tête, pour que le sang ne tache pas les plumes. Le tireur

renommé porte toujours un petit chapelet de talismans en arrière de la batterie de son fusil, et son nom est cité dans les tribus. Zaatcha comptait parmi ses défenseurs plus d'un célèbre chasseur d'autruche.

L'autruche boit à peu près tous les cinq jours, quand il y a de l'eau, sinon elle supporte très-longtemps la soif.

La chasse de l'autruche passe pour très-avantageuse. Les Arabes disent d'une bonne affaire : a C'est une excellente opération, c'est comme la chasse de l'autruche. »

L'Arabe qui m'a donné ces détails est un Oulid-Sidi-Chikh, nommé Abd-el-Kader-Mohammed-ben-Kaddour ; sa profession est celle de chasseur. D'après lui, le pays des autruches se trouve compris dans le rectangle qui irait de Insalah à • Figi4g, du sud au nord, de Figxiig à Sidi-Okhay de l'ouest à l'est, et enfin de Sidi-Ohba à Oiiargla, du nord au sud.

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