LE LÉVRIER (SLOUGUI
nommé. Et un lévrier renommé prend la gazelle à la course. ff Lorsqu'il aperçoit une gazelb coupant un brin d'herbe, il l'atteint avant qu'elle ait eu le temps d'avaler ce qu'elle tenait à la bouche. » C'est de l'hyperbole, et ce que j'ai dit dans le chapitre précédent en est une preuve, mais cette hyperbole a sa raison d'être.
Si par un hasard fatal une levrette (slouguia) a été couverte par un chien de garde, on la fait avorter en massant les petits dans son ventre, lorsqu'ils sont formés, ou bien on jette ceux-ci aussitôt qu'ils ont vu le jour, mais ce n'est pas seulement son affection maternelle, c'est encore sa vie que menace une mésalliance. Souvent le maître, furieux en apprenant qu'une de ses levrettes s'est souillée au contact d'un chien de berger, la fait impitoyablement mettre à mort. • Comment, s'écrie-t-il, toi, une chienne de race, tu te 'prostitues à des roturiers! c'est infante! que ton crime meure avec toi ! » La grandeur a ses tristesses.
La slouguia ayant mis bas, on ne perd pas un seul instant de vue ses petits. Les femmes mêmes leur donnent quelquefois de leur lait. Arrivent les visites d'autant plus nombreuses et plus empressées que la chienne a plus de réputation ; on entoure son maître, on lui offre du lait, du kouskoussou; il n'est sorte de flatteries qu'on ne lui prodigue pour obte- ) nir un petit lévrier : « Je suis ton ami, je t'en prie, donnemoi ce que je te demande, je t'accompagnerai dans tes ehasses, » etc.
A toutes ces sollicitations, le maître répond ordinairement qu'il ne fixera son choix sur les petits qu'il veut garder qu'au bout de sept jours. Celte réserve est motivée par une observation des plus singulières que font les Arabes. Dans une portée de slouguia, toujours un des nouveau-nés se tient sur le dos des autres. Est-ce vigiieur? est-ce simple hasard! Pour s'en assurer, on l'éloigné desa place habituelle, et ei, pendant sept jours de suite, il y revient, le maître fond©
r:J BIŒIUS DU DESERT.
8ur lui de si grandes espérances qu'il ne le^ changerait pas pour une négresse.
Un préjugé établi fait regarder comme les meilleurs produits d'une portée ceux qui viennent le premier, le troisième ou le cinquième, les numéros impairs.
Les petits sont sevrés au bout de quarante jours; pn leur donne encore néanmoins du lait de chèvre ou de chamello môle de dattes ou de kouskoussou. Les troupeaux sont si nombreux dans le Sahara, le lait y est en si grande abondance, qu'il n'est pas étonnant de voir les Arabes riches, après avoir sevré leurs petfts lévriers, leur donner des chèvres à teter.
Lorsque les jeunes lévriers ont atteint trois ou quatre mois, DU commence à s'occuper de leur éducation. Lés enfants chassent de leurs trous des gerboises ou des rats appelés boualal, et lancent sur eux les petits lévriers. Peu après, ceuxci s'animent à cette espèce de chasse, les poursuivent, aboient aux alentours de leur retraite, jusqu'à ce que les enfants renouvellent cet exercice.
A cinq ou six mois, il s'agit d'une proie plus difficile à jilteindre, du lièvre; des gens à pied conduisent le lévrier près du gîte où est blottie la bête qu'il doit atteindre; par une légère exclamation, ils donnent l'alerte au jeune' chien, qui se lance sur elle et acquiert bien vite l'habitude d'une course intelligente et rapide.
Après le lièvre on passe aux petits de la gazelle, on s'approche des lieux où ils reposent près de leur mère, on provoque Tattention du lévrier, et lorsqu'il est bien animé, qu'il se cabre d'impatience, on le lâche. Après quelques exercices, le lévrier réussit parfaitement, et commence à s'acharner à la poursuite des gazelles mères.
Ces premières leçons terminées, le lévrier a atteint un an, il est alors à peu près dans toute sa force, son odorat s'est ^évçloppé, il §çnf la ga^^ell^ à la trace, Toutefois on le mé^
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nage, on ne le fait guère chasser qu'à quinze ou dix-huit mois. Mais dès cette époque on le tient en laisse, et on a beaucoup de peine à l'arrêter, car, disent les Arabes, lorsque le lévrier sent le gibier, sa puissance musculaire est telle, que s'il vient à se roidir sur ses pattes, un homme peut à peine lui faire lever une jambe. i
^ Lorsqu'il aperçoit un troupeau de trente ou quarante gazelles, le lévrier tremble de joie, il regarde son maître, qui lui dit : « Ah! fils de juif, tu ne diras pan cette fois que tu ne les a pas vues, n Le chasseur détache ensuite sa peau de bouc, et rafraîchit le dos, le ventre et les parties naturelles du slougui. Le lévrier impatient tourne vers son maître un œil suppliant : il est libre enfin, il bondit, se dissimule tou« tefois, se baisse s'il est vu, poursuit sa course oblique, et ce n'est qu'une fois à portée qu*il se lance de toutes ses forces et choisit pour victime le plus beau mâle du troupeau.
Quand le chasseur dépèce la gazelle, il donne au slougui la chair qui avoisine les reins; si on lui donnait les intestins, il les repousserait dédaigneusement.
Le lévrier qui, à deux ans, ne sait pas chasser^ ne le saura jamais. On dit à ce sujet :
Slougui men had haouli Ou radjel men bad soumeîn.
c Le lévrier après deux ans et l'homme après deux jeûnes, s'ils ne valent rien, ne donnent aucun espoir. »
Le lévrier est intelligent et plein d'amour-propre : lorsqu'en le lançant on lui a désigné une belle gazelle et qu'il n'en a tué qu'une petite de médiocre apparence, il est trèssensible aux reproches, il s'éloigne honteux, sans réclaqier sa part. ^
La^yanité ne lui fait pas défaut, « il fait beaucoup de fan« tasiày» Un slougui de race ne mange ni ne boit dans un vase sale, il refuse le lait dans lequel on a plongé les mains.
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^6 lui fi-t-on pas donné iQeUe délipatjssse dédaignis^s^?Taodi^ l]uec'çst (out au plus.si on laisse le chien vulgaire, utile et vigilant gardien, chercfiersa nourriture pariai les charpgnes ^t les os gisants; tandis qu'on re:^pulsQ hopteusen^ent loin do la lente et de 1^ Jablie, le lévriejr, lui, couche dans l^ cpp»partiment réservé aux hommes, sur des tapis, à côté de son maître ou sur son lit même. Il est vêtu, garanti du froid par des couvertures, comme le cheval, on lui sait bon gré d'être frileux, c'est une preuve de plus qu'il est de race. On prend plaisir à le parer d'ornements, à lui attacher des colliers de coquillages; on le garantit du mauvais œil en lui mettant des talismans. On le nourrit avec soin, avec recherche, avec précaution aussi, le kouskoussou lui est prodigué. En été, pour lui donner de la force, on lui fait u|ie pâté0 de lait et de dattes, dont on a ôté les noyaux. Il en es( qui np donnent jamais à manger à (eurs lévriers ppi^çj^nt le jour.
Ce n'est pas assez, le lévrier accompagne son maître dans ses visites ; comme lui, il roçoit l'hospitalitjé {difa), et 4^ chaque mets il a sa part.
Jamais un sUmgui ie race ne chasse qu'avec son maître.
Il sait, par sa propreté, son respect des convenances et |^ gracieuseté de ses manières, reconnaître la considération dont il est l'objet. Il ne manque pas de creuser un trou pour faire ses excréments et de les recouvrir. Au retour du maître, après une absence un peu prolongée, le slaugui 4'un bond se précipite de la tepte sur la selle et le caresse. Les Arabes causent avec lui : « 0 paon ami, écoute-moi, il faut que tu m'apportes de la viande, je suis las de ne pangerque des dattes )», et mille flatteries; leslmigui saute, caracole, a . Tair de comprendre et de vouloir répondre.
La mort d'un slougui est un deuil pour toute la tente : femmes et enfants le pleurept comme une personne de la famille. C'était quelquefois lui qui suffisait à la nourriture de tous.
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Le slougiii qui nourrit une famille'ne se vend jamais, U s'accorde quelquefois aux supplications des femmes, des parents ou des marabouts vénérés.
Le lévrier qui (ïrend facilement fè sine et et àderhi vaut une belle chamelle, celui qui atteint le rinne est estimé comme un cheval de prix.
On les nomme ordinairement ghre%al ou ghremla (gazelle).
Souvent ctes paris s'établissent en faveur de tel ou tel slou^ gui, les enjeux sont ordinairement des moutons, des régal» detaam, etc.
Le slougui du Sahara est de beaucoup supérieur à celui du Tell ; il est de couleur fauve, haut de taille, il a le ùiuseau effilé, le front large, les oreilles courtes, le coil mu$culeux, les muscles de la ctoupe très-prononcés, pas de ventre, les nnembres secs, les tendons bien détachés, le jarret près de terre, la face ()lantaïre peu développée, sèche, les rayons supérieurs ti*ès-longs, le palais ef là langue noirs, les* poils très-doux.
Entre les deux iléons, il dloit y avoir place pour quatre doigts, il faut que le bout de la queue passée sous la cuisse atteigne Tos de la hanche.
Cn met ordinairement cinq raies de feu à chaque âvant-r bras, pour consolider les articulations.
Les levtiers les plus renommés dans le Sahara sont Ceux des Hamyane, des Oulad-Sidi-Chikh, des Harràr^ des Af^. bâa, des Ou^ad-Nayl.