‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 68 sur 89 · CHASSE AU FAUCON CTHAIR EL HORR · texte numérisé non relu

CHASSE AU FAUCON CTHAIR EL HORR

Oui, je le jure par la tète du prophète, après un goum qui se met en campagne, rien n'est splendide comme le départ ou le retour d'une chasse au faucon.

L'ëquipnge de chasse d'un noble dans le Sahara est complet quand il a Toiseau de race, Thair el horr; dans le Sahara les hommes de condition chassent encore au faucon.

Le Thair el horr est de couleur jaune foncé, il a le bec court et fort, les cuisses grosses, bien musclées, les ongles très-acérés. Il est très-rare ; voici le mode qu'on emploie pour le prendre :

Quand un Thair el horr a été signalé, on met un pigeon domestique dans une espèce de petit filet; on le lance en Fair devant Toiseau de proie ; celui-ci se précipite ; mais les serres s'embarrassent dans le filet, il ne peut ni les retirer ni s'envoler, et on s'en empare.

Quand le faucon se voit pris, il ne donne aucun signe de colère ni de frayeur, et il existe au désert un proverbe qu^on répète dans le malheur :

Thair el horr ila hasetd ma iqtrebochi ;

« L oiseau de race quand il est pris ne se chagrine plus, »

On lui met des anneaux aux pieds et on l'attache à uno petite perche qu'on lui a préparée dans la tente. Pour l'ha* bituer à l'homme, on lui couvre la tête d'un chaperon qui u laisse sortir que le bec; on parle devant lui, et, quand oii

CHASSE AU FAUCON. oCl

le décapuchonne, son maître lui donne de la viande fraîche, le tient sur son poing, le caresse et lui parle, autant que -possible, devant une nombreuse réunion, pour raccoutumer lu bruit ; au bout d'un mois Toiseau connaît son maître et se trouve tout à fait privé.

On prend alors un jeune lièvre qu'on attache par une patte, on attache aussi le faucon avec une très-longue corde; on le déchaperonne et on lâche te lièvre devant lui.

Aussitôt que Toiseau Taperçoit, il s'élève en poussant des cris; le lièvre s'arrête et se tapit, le faucon fond sur lui et le tue d'un coup de patte, le maître accourt, éventre le lièvre, et lui en donne une partie à manger.

On répète ce manège jusqu'à ce que Toiseau montre qu'il n'a aucune envie de fuir, et attende «on maître près du lièvre tué.

Le faucon toujours disposé à emporter sa proie est réputé dressé quand il répond au rappel avant ou après s'être emparé du gibier.

Parvenu à ce point, l'oiseau peut être mené à la chasse ; son maître monte à cheval, l'emporte, chaperonné, sur sa tête ou sur sou épaule, et le démasque en l'excitant de la voix aussitôt qu'il aperçoit un lièvre. Le faucon pointe en l'air, puis fond dessus en criant, et le tue d'un seul coup ; on lui remet immédiatement le masque.

Quelquefois le lièvre a été tué très-loin du chasseur, il ne peut être saigné à temps, selon la prescription religieuse; on •bvie à rinconvénient en disant quand on lâche Toiseau : Bessem allah, allah ou kebeur (au nom de Dieu, Dieu est le plus grand).

Si le faucon a mangé une partie du gibier, le reste peut être mangé par le chasseur, parce que cet oiseau de proie a été dressé à retourner auprès de son maître quand il le rappelle, et non à ne pas manger le gibier.

L'oiseau de race peut tuer le lièvre, le lapin, le petit de la

gazelle, le habaf, oiseau grôà cottittié là cigogne, le t)igeon, la tourterelle.

Les djouad (nobles) seuls chassent au faucon. Ce sont des Irendez-vous de vingt-cinq ou trente persohnages, et des j;)aris sont engagés.

On paye un Taucon d'un chameau, de cent boudjous, queli{uefois d*un cheval.

* Les tribus du Sahara qui chiassent encore iau faucon sont : drini Test, lesDoUâouda, lès Sélmyé, les Oulàd-Moulàt, les Oulad-ben-Aly, elles sont irépiilées nobles entré les tribus du désert; dans l'ouest, les Oulàd-Sidi-Chikh, les Hairar, les Hamyane et les Ângades.

Cette chasse est fréquente aussi dans le Teull, sur la lisière du Sahara ^

L'oiseau de race, non plus que l'aigle, ne mange de charogne.

Le faucon est toujours dans la tente, il est Tobjet dés soins les plus attentifs.

Il est des chefs qui ne se séparéfat jamais dé leur faucon, et le portent partout avec eux.

C'est une marque de distihcliori, de genlilhommerie, i>i j'ose dire, que d'avoir sur son bornons les traces des exciréments du faucon.

OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER

Ei*OIscaii de waee.

Les Arabes connaissent quatre espèces d'oiseaux de racef {Thair el liorr), qu'ils emploient à la chasse. Ce sont :

El Berana,

El terakel,

GUASSE AU FâUGO«. 303

^ El Bahara.

■ Le Berana et le Terakelsonx les plus estimés; le Terakd s urlout, qui est le plus grand et dont la femelle atteint quelquefois la taille d'un aigle ordinaire.

Le ferakel a les ailes noires, le dessous des ailes gris, le ventre noir et blanc, la queue noire, la tête noire dans son jeiine âge, tirant sur le gris, puis sur le blanc, à mesure qu'il vieillit. — Son bec est très-dur et très-acéré, les serres solides et vigoureuses.

Le Berana est un peu moins fort et de moindre taille que le Terakel. Les ailes sont d'un bîanc grisâtre, la poitrine est blanche, )a queue grise et blanche , le blanc domine ; la tète est multicolore, mais le blanc est encore la couleur dominante.

Le £a^ra est t)resque entièrement noir, à part quelques teintes blanches à la poitrine : « Cest un nègre, il ne vatU pvLS grand' chose. »

Le Nebala: ta couleur grise domine « quelques teintes fciariches sur les ailes.

Le Nebala a les pattes jaunes.

Tous ces oiseaux muent à la JBn de Tété.

L'oiseau de race se vend moins qu'il ne se donne. Celui qui eh a pris un le porte au maître d'une grande tente, qui lui fait un cadeau.

t'est pendant Tété qu'on cherche à se procurer l'oiseau de race, tliair el horr, afin d'avoir le temps de le préparer pour les chasses, lesquelles ont lieu vers la fin de l'automne

Voici le moyen employé pour le prendre :

On revêt un pigeon d'une espèce de chemise faite de poils de cheval et de laine exubérante ; un cavalier porteur de ce pigeon va se promener dans des lieux déserts et le lance ea Tair quand il a vu un oiseau de race» puis il va se cacher.

Le faucon fond sur Toiseau et le saisit, mais les serres et les jambes s'empêtrent dans les crins et la laine, il se débat et s'embarrasse de plus en plus ; à bout d'efforts, épuisé, alourdi, il finit par descendre ou plutôt par tomber à terre. Le cavalier sort de sa cachette et s'en empare.

Une fois qu'il est pris, on dresse un perchoir dans la tente même du chef et on y attache l'oiseau avec une élégante lanière de filali (cuir travaillé à Tafilelt) ; il n'est pas besoin de dire que l'entrave est mise avec les plus grandes précautions pour ne pas blesser Tanimal ou l'incommoder à l'excès.

C'est le maître de la tente lui-même qui, tous les jours, une seule fois, vers deux heures de l'après-midi, lui donne à manger.

La nourriture habituelle est de la chair de mouton crue, très-proprement et très-soigneusement coupée.

La nourriture est abondante, l'oiseau peut manger à satiété, il doit même engraisser.

Pour ébaucher son éducation, on procède de la manière suivante : on présente le morceau de chair tout entier, en faisant de la voix un appel trois fois répété, et qui peut être figuré par cette diphthongue prolongée : a Ouye, ouye, ouye. » L'oiseau se jette sur le morceau, qu'on ne lui abandonne pas, mais qu'il s'efforce d'arracher ; on s'éloigne progressivement, toujours en lui présentant la chair et en provoquant cette lutte infructueuse ; puis, enfin, avant qu'il soit tout à fait épuisé, on lui donne sur le perchoir la pâture divisée en plusieurs pièces. — On l'a, jusqu'alors, toujours gardé sous la tente. 11 est resté encapuchonné pendant le jour et pendant les premières nuits, jusqu'à ce qu'il fût privé avec la femme, les enfants, les animaux, les chiens, ce dernier point est difficile et n'est même jamais atteint complètement.

Quand l'oiseau de race en est là, quand il est habitué à recevoir sa nourriture sur le perchoir, de la manière que

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