‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 70 sur 89 · CHASSE AU FAUCON. G · texte numérisé non relu

CHASSE AU FAUCON. G

eourse, vers les trois heures de raprès-midi ; les cavaliers sont nombreux ; arrivés sur le terrain de chasse, ils sç ^is^ minent, battent les broussailles, les touffes d'alfa, pour faire lever un lièvre qu'on s'efforce de rabattre vers celui qui tient le faucon. Aussitôt qu'on aperçoit le gibier, on enlève le capuchon de Foiseau et on le lâche en lui indiquant le lièvre du doigt et en lui disant : « Ha hou, l^ voici ! i

Pendant q^e son maître prononce le sacrainen^el : Bies- $em allah, çllah ou kebeur (au nom de piet), D^^u est le plus grand), mots destinés à sanctifier la proie qui n'a pas été saignée, à fajre que ce soit un mets permis pour k| vrai croyant, l'oiseau part, fait une pointe à pefte dçi vue, tout en suivant le lièvre de son œil perçant, puis s'abat sur lui et le frappe, soit à la tête, soit à l'épaule, d^uQ coi|p de ses serres fermées assez violent pour Tétourdif ou même ^ tuer.

Les cavaliers, qui Font vu descendre, accourent ^de tous côtés, l'entourent et le Irouvent ordinairement occupé i manger les yeux du lièvre.

Pour qu'il l'abandonne, on tire du bornons une peau de lièvre qu'on jette un peu plus loin et sur laquelle il se précipite.

Ce n'est qu'une fois rentré au douar que l*on donne la Jurée.

On cpmpreifd que si la nourriture était abonc|ante, excessive même au moment où on voulait apprivoiser l'animal, et en quelque ^r^e s'eq faire bien venir^ el|e est a^ contraire assez ménagée pendant toute la saisoq ^^ chasses, afin de ne pas alourdir l'animal, de ne le point privef de ses moyens, de le rendre, en un mot, bon chasseur, ç*esv-à-(^irp ardent et alerte.

> Il n'est pas rar^, avec deui^ ou trpi^ fi(i:fcqii8, ie tqer dpi ou quinze lièvres.

Avec le Thair el horr, on chasse aussi un gros oiseau appelé ftoftara*.

Cette chasse a lieu de la manière suivante : on court à cheval jusqu'à ce qu'on ait rencontré des habara, qui se trouvent par couples ou par compagnies de quatre, six, ou davantage encore. On à le faucon sur le poing, on lui ôte le capuchon, on lui montre les liahara, on Texcite, puis on le lâche en prononçant l'invocation « Bessem allah, » il pointe, se précipite sur sa proie, dont il enferme la tête dans ses serres, où il la maintient impitoyablement, malgré les efforts désespérés de la victime, jusqu'à ce que les cavaliers arrivent et la lui arrachent. L'un d'eux la saigne et donne ia curée.

ff Cette nourriture grise l'oiseau de race, » disent les Arabes, soit à cause de sa saveur parfumée, soit parce qu'il est fier de la capture d'un habara^ qui est un morceau de sultan. Aussi, quand il est remis sur l'épaule, il se balance et se dandine ; « il fait sa fantasia. »

Si le habara vole alors le faucon monte; tous deux montent ensemble. Le raucon cherche à le dominer; quand il y est parvenu, il descend, lui casse une aile, puis le sternum. Ils tombent en tournoyant, mais toujours le faucon s'arrange de manière à avoir le dessus, et surtout à mettre sa victime sous lui, afin que seule elle ressente le choc de cette effroyable chute.

L'oiseau de race chasse encore le seroun, le hamaj el agad.

Il y a des faucons qui ne chassent pas le habara. Aucun d'eux n*est dressé pour la chasse de la perdrix; on craindrait, en Vy habituant, de l'amener à préférer chasser la plume que le poil.

Quand un oiseau tarde à rejoindre son maître, alors un cavalier, tenant à la main une peau de lièvre avec ses oreilles et ses pattes, qui a nom gaclumche, pousse un temps de

- iiC habara me parait être la pintade.

CHASSE AU FAUCOiS. ' 5G0

galop dans la direction, lui jette cette amorce en criant : Oiiye!

Celte interjection est, si je puis m'exprimer ainsi, le vocatif de l'oiseau de race.

L'oiseau de race, quand il est dressé, ne trahit pas souvent son maître, c/est-à-dire qu'il est rare qu'il le quitte; cependant on en perd quelques-uns par suite du goût trèsprononcé qu'ils ont pour un oiseau du désert appelé hamma^ et qu'ils poursuivent avec acharnement ; en dépit des appellations, des Oiiye ! eidesgachomhe, ils ne reviennent plus.

Le BiaZy c'est le nom du fauconnier, de celui qui est spécialement chargé de soigner et de nourrirl'oiseauderace, a quelquefois pour son élève une tendresse aveugle, funeste : il le choie, il le nourrit avec excès, et, quoi qu'en dise le proverbe, a Vaniour-propre est son seul conseiller, le seul ' mobile de ses actions, » il n'a pas faim, et, au lieu de chasser, il reprendra sa liberté.

. Il faut d'ailleurs qu'un oiseau soit bien dressé, bien renommé même, pour qu'on le garde plus d'une année ; d'ordinaire, à moins de prouesses signalées, on le lâche après la saison des chasses, quitte à chercher à s'en procurer d'autres à l'époque favorable, et Ton cite comme des exemples exceptionnels les oiseaux que l'on a depuis trois ans.

Au reste, tout le monde les aime, petit ou grand, riche ou pauvre.

Comment en serait-il autrement? Nous aimons tout ce qui est beau, riche, brillant, magnifique, et il faudrait n'être pas Arabe pour ne pas se réjouir, s'exalter, à la vue d'une compagnie de sept ou huit nobles cavaliers revenant d'une chasse au faucon : le chef marche en avant ; il a deux faucons, l'un sur l'épaule, l'autre sur le poing, revêtu du guefass ( gant à la crispin).

Le capuchon et le harnachement {keumbid) sont enrichis de soie, de filali, d*or, de petites plumes d'autruche; les ei^

Iraves (semaïd) sont brodées et ornées de grelots d'argent (ledjerass).

Après un goum partant pour la guerre, rien n'est spjendide comme le départ ou le retour d'une chasse au faucon.

Aussi l'on a beau être haletant, harassé, mort de fatigue, mieux encore que par le sommeil on est reposé, guéri, paî l'espoir de recommencer le lendemain.

,^ tribus où Ton chasse au faucon sont :

Les Zemoule, Les Ghîras, OuIad-ben-Embarack, Oulad-Mokran, Oulad-Mady, Oulad-Abdallah, Oulad-Sidi-Ayssâ, Oulad-Derradj, Oulad-Mokhtàr, Zenakhra, ElArbaa, Oulad-Yagoub, èulad-Nayl, Hamyane, Oulad-Sidi-Ghikh, Souamâa, Metaarfa,

Oulad-Nasser, etc., etc.

Tous les gens de TAlfa, en un mot * .

* Cette note ^t eo p^rf^itc concordancfi av^o 4^8 renseîgneroenta puisés à d'autres soi^i^ces Sid-Hamed-ben-Mohamed^el-Mokr^ny, kalifs de la Medjana, et d'autres chefs de l'a proviace de Gonst^ntine, actuelle* ment à Paris, donnent exactement les mêmes détails.

Page 1