‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 74 sur 89 · LE MOUTON · texte numérisé non relu

LE MOUTON

avec cette laine qu'on fabrique les étoffes oe luxe. Ils ont la tête presque rouge. Les femelles rendent aussi beaucoup de lait; malheureusement, on n'en soigne pas les appareillements.

Les brebis les plus estimées de cette race sont celles dont on dit :

Techouf, choufel el hama Ou temchy, mechit el haytama.

Elle voit comme le hibou Et marche comme la tortue.

La laine leur descend jusqu'aux onglons, et leur couvre la tête de telle sorte, qu'on ne leur voit littéralement que les yeux.

Dans le Sahara et dans les kxiesours^ une toison (zedja) ne vaut qu'un boudjou. Arrivée dans le Tell et sur le littoral, elle augmente nécessairement de prix *.

On trouve des moutons qui n'ont pas de cornes ; on les nomme fertass (chauves).

On en voit, au contraire, qui en ont quatre; on les appelle el kuerboube.

D'autres, enfin, ont les cornes recourbées; on les désigne sous le nom de el hherotd)y.

Les Arabes ne prennent aucun soin de leurs moutons ; ils n'ont ni hangars pour les mettre à l'abri de l'intempérie des saisons, ni approvisionnements de fourrages pour les préserver de la disette ; aussi, dans les majivaises années, perdent-ils fréquemment la moitié de leurs troupeaux. Quand on les blâme de celle négligence ou qu'on veut leur donner des conseils, ils vous répondent tout simplement :

« A quoi bon tout cela, c'est le bien de Dieu {kher Eurby), il en fait ce qi^il veut. Nos brebis nous donnent

* Le« Européens font aujourd'hui un grand commerce de laine dans le Sahara*

deux agneaux par an : Tannée prochaine, nos pertes seront réparées*. »

L'Arabe fait tenir aux moutons le langage suivant :

Nehheb el id chedida Ou souag el baâida Ou dar djedida.

Je veux une main feiintée, c'est-k-dire appartenir à un avare qui ne nous vende pas ou ne nous tue pas pour accueillir les hôtes.

Des marchés éloignés. Quand ils sont près de mon maître, pour un motif ou pour un autre, on nous vend, on nous égorge.

Et chaque jour une maison nouvelle] c'est-à-dire de nouveaux et plus abondants pâturages.

Les nîoutons, c'est la fortune des enfants du désert. Ils les appellent el metmir rahala (les silos ambulants), et disent d'eux :

« Leur laine sert à confectionner nos tentes, nos tapis, nos vêtements, nos couvertures pour les chevaux, nos sacs à fardeaux, nos musettes, nos bâts de chameau, les cordes, nos coussins.

« Et ce qui excède nos besoins, nous le vendons dans les kuesours ou dans le Tell, quand, après la récolte, nous allons y acheter des grains.

« Leur chair, nous la mangeons et nous la faisons manger par les invitée de Dieu. Séchée au soleil, elle se conserve et nous sert dans nos voyages (kheleaa).

« Leur lait est très-utile à nos familles, soit comme boisson, soit comme aliment. Nous en faisons du leben ou du chenine (lait aigre), et le surplus, nous le donnons à nos chevaux. Nous en tirons encore du beurre, qui entre dans

* Cependant, depuis quelque temps, on est parvenu à faire soigner davantage les accouplements, dans certaines tribus. On y tondail les moutons avec des couteaux ou dc3 faucilles, on le fait maintenant avec fies cisajHes : c'est encore un progrès,

Page 1