LA FEMME DU DÉFUNT
Ma tente est vide,
450 MŒURS DU DÉSEnT.
lA FEMME DU DÉFOST.
Ma tente est vide.
Je suis refroidie; Où est mon lion?
Où trouver son pareil ?
Il ne frappait qu'avec le sabre; C'était uu homme des jours noirs :
La peur est dans le goum^.
LES KEDDABAT.
Il n*est pas mort ! il n'est pas mort !
11 t'a laissé ses frères,
Il t'a laissé sos enfants;
Ils seront les rempai-ts de tes épaulée.
Il n*est pas mort ; son âme est chez Dieu ;
Nous le reverrons un jour.
Après ces lamentations funèbres, les adjaîze (vieilles femmes) s'emparent du cadavre, le lavent soigneusement, lui mènent du camphre et du coton dans toutes les ouvertures naturelles, et Tenveloppent dans un blanc linceul arrosé avec de Teau du puits de zem-zem^eX parfumé de benjoin. Quatre parents du mort soulèvent alors par les quatre coins le tapis sur lequel il est étendu, et prennent le chemin du cimetière, précédés parTiman, les marabouts, les tolbas, et suivis parles assistants. Les premiers chantent d'une voix grave : « 11 n'y a qu'un seul Dieu! » Les derniers répondent ensemble : « Et notre seigneur Mohamed est Tenvoyé de Dieu ! »
La résignation calme pour un moment tous les désespoirs, et pas un cri, pas un sanglot ne trouble ces prières communes, ces professions delà foi du défunt, que répète pour lui la pieuse assemblée. Arrivés au cimetière, les porteurs déposent leur fardeau sacré sur le bord de la fosse, et Timan,
* Gountt réunion de cavaliers.
* Zem-zem, puils dont l'eau vient du paradis cl que les pèlerins rapportent de la Mecque.
après s'être placé à côté du mort; entouré par lesmarabouts, ^ crie d'une voix forte et sonore le salât el djenam (la prière V de Fenterrement) :
« Louange à Dieu qui fait mourir et qui fait nvre !
c Louange à celui qui ressuscite les morts !
c C'est à lui que revient tout honneur, toute grandeur; c'est à lui seul qu'appartiennent le commandement et la puissance. Il est audessus de tout!
« Quç la prière soit aussi sur le prophète Mohamed, sur ses parents, sur ses amis ! 0 mon Dieu! veillez sur eux, et accordez-leur votre miséricorde comme vous l'avez accordée à Ibrahim et aux sieni, ear c'est à vous qu'appartiennent la gloire et les louanges !
« 0 mon Dieu, N... était votre adorateur, le fils de votre esclave, c'est vous qui l'aviez créé, qui lui aviez accordé les biens dont il a joui ; c'est vous qui l'avez fait mourir, c'est vous qui devez le ressusciter.
« Vous êtes le mieux instruit de ses secrets et de ses dispositions antérieures.
c Nous venons ici intercéder pour lui, ô mon Dieu! délivrez-le des désagréments de la tombe et des feux de l'enfer ; pardonnez-lui, accordez-lui votre miséricorde; faites que la place qu'il doit occuper soit honorable et spacieuse ; lavez-le avec de l'eau, de la neige et de la grêle, et purifiez-le de ses péchés comme on purifie une robe blanche des impuretés qui ont pu la souiller. Donnez-lui une habitation meilleure que la sienne, des parents meilleurs que les siens et une épouse plus parfaite que la sienne. S'il était bon, rendez-le meilleur; s'il était méchant, pardonnez-lui ses méchancetés; ô mon IHeu, il 8*est réfugié chez vous, et vous êtes le meilleur des refuges ! C'est un pauvre qui a été trouver votre munificence» et vous êtes trop riche pour le châtier et le faire souffrir.
c Omon Dieu, fortifiez la voix du défunt au moment où il vous rendra compte de ses actions, et ne lui infligez pas de peine au-dessus de ses forces. Nous vous le demandons par l'intercession de votr^ prophète, de tous vos anges et de tous vos saiuts.
< Amin! »
Amin! disent les assistants en faisant la génuflexion.
^58 MŒURS DU DÉSEUT.
c 0 mon Ken, reprend Timan, pardonnes à not morts, k nos ti- Tmte, à œux de nous qui sont présents, à ceux de nous qm sont agents, à nos petits, à nos grands; pardonnez à nos pères, à tous nos devanciers, ainsi qu'à tous les musulmans.
€ Ceux que vous faitos revivre, faites-les revivre dans la foi, et que ceux d*entre nous que vous faites mourir meurent vrais croyants! ^
c Préparez-nous à une bonne mort; qtte cette mort nous donne le repos et la laveur de vous voirl
il Aminl »
- Cette prière terminée, pendant que les Mbas disent le salât el mokteâatf on descend le cadavre dans la fosse, la figure tournée du côté de la Mecque; on l'y enchâsse avec de larges pierres, et chaque assistant se fait honneur de lui jeter un peu de terre. Les fossoyeurs nivellent enQn la tombe, et, pour la protéger contre les hyènes et les chacals, la recouvrent de buissons épineux.
C'est le moment du retour, et tout le monde reprend le ebemin ée la tribu, moins quelques femmes, amies ou parentes du défunt, qui, pleines de douleur, inclinées sur sa tombe, lui parlent, le questionnent, et lui font des adieux comme s'il pouvait les entendre. Mais l'es iMas et les marabouts s'écrient :
« Allons, les femmes, retirez-vous avec la conftance «n Dieu, et laissez U mort sVrranger taranquillement avec Azraïl *. Cessez vos pleurs et vos lamentations ; la mort est une contribution frappée sur nos têtes. Nous devons tous l'acquitter. 11 n'y a pas de dioix, fl n'y a pas d'injustice dans cet événement. Dieu seul est éternel. Quoi! nous aca'pterions la volonté de Dieu quand elle nous apporte la joie, et nous la refuserions quand elle nous apporte le chagrin ! Allons vos cris sont une impiété, t
* Azraïl est Tange de la mort. Aussitôt qu'un homme a rendu le «dernier soupir, Azraïl csl envoyé par Dieu pour établir la balance des boooef et des mauvaises actions du défunt.
U NOBLESSE CHEZ LES ARABES. 4>ja
Elles compreniîent ces paroles et, les mains sur les yeux, sortent du cimetière, mais en se retournant à chaque pas pour crier leurs derniers adieux à celui qu elles ne rêverront qu'au jour du jugement. f
Cette oraison funèbre est celle qui se prononce au déserf iur toutes les tombes. La monotonie d'habitude est compîi* gne de la grandeur. Si les mœurs arabes n'ont point de va-» riété, elles sont imposantes et solennelles.