‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 84 sur 89 · LA RÉSIGNATION (ISLAM · texte numérisé non relu

LA RÉSIGNATION (ISLAM

Il ressort de ce qui précède, que le principe fondamental de l'islamisme est la résignation.

De la résignation au fatalisme, il n'y a qu'un pas, je le reconnais ; mais de la résignation à la confiance en Dieu*^ la distance n'est pas plus grande. La difficulté pour le mu' sulman est donc de ne pas dépasser la limite qui lui a été tracée, de se maintenir entre le fatalisme qui tue et l'espérance qui vivifie.

Une telle règle de conduite est sans doute difficile ^ suivre ; aussi ne faut-il pas s'étonner que les basses classei de la société musulmane aient incliné plutôt vers le fata* lisme, poussées peut-être par la politique de leurs princei^ qui, à certains moments, ont eu besoin de surexciter Icg passions religieuses. Mais, si l'on se reporte aux faits, aux enseignements et à la tradition, il est aisé de reconnaître que, pour les classes intelligentes et instruites, si l'islamisme exige la résignation à un fait accompli, il n'impose pas le fatalisme aveugle qui est la soumission à un fait à venir. Ces principes me paraissent d'accord avec les légendes dont je vais appuyer l'idée que je me fais de la religion musulmane.

Ces légendes, ainsi que les préceptes, les maximes, les pensées familières au peuple arabe dont nous comptons les mêler, se rapportent à deux grands sentiments que, suivant nous, on pourrait appeler la décomposition de la fatalité musulmane : la résignation et la confiance.

La résignation, c'est la foi dans ce qu'elle a d'austère et de discipliné; la confiance, c'est la foi encore, mais dans ce qu'elle a d'enthousiaste et d'attendri. Ces deux côtés d'une même médaille, nous allons essayer de les mettre en lumière. Notre aide dans cette tâche, ce sera l'appel que nous avons constamment adressé, toutes les fois que nous voulions porter le jour dans une nouvelle partie de la civilisation musulmane, aux traditions, aux souvenirs et

m MŒURS DU DÉSERT.

à la langue même du peuple qui était Tobjet de nos études. La mélhode que nous avons employée jusqu'à présent, e% que le public a encouragée, c'est de laisser la nature arabe se peindre pour ainsi dire elle-même dans nos écrits. Nous avons plus que jamais recours à cette méthode aujourd'hui. Nous tenons la plume; laissons la parole à ceux dont nous voulons faire connailre l'esprit.

Demandez au prophète de vous définir la résignation, et voici ce qu'il vous répondra :

La résignation consiste à se trouver toujours satisfait, de la part que Dieu nous a faite, et à ne jamais convoiter les honneurs ou le bien d^autnii. C'est un trésor tellement riche, ajoute-t-il> quil ne peut tarir.

Dieu a dit :

Je ne priverai pas du paradis une créature humaine^ quel que soit son sexe, pourvu quelle appartienne à la religion musulmane. Mais la résignation est impérieusement réc'amée par cette vie.

Suivant Ben-el ilaret, un jeune homme, qui s'était mis à la recherche de la fortune, fut obligé, à la fin d'un long voyage, de se reposer parmi des ru nés. En promenant ses regards autour de lui, il aperçut quelques ligues d'écriture qui se destinaient sur un grand mur; il les lut. Voici ce quMlt'S rontcnaicnl :

« Je te vois fl5</.^ devant moi et ]e comprends les clingnm dont tu es la proie. Espère en Dieu^ cest lui qui tient hi clef de tous les trésors. Jette tes misères dans ses richesses, et tu t'en trouveras bien, »

Le j. une lionniie, éclairé par celte révélation imprévue se remit en route en s'écriant :

— 0 mon Dieu! cest à vous qu'il appartient de me diri- ^ ger, je n'Hais qu'un insensé.

La lébignalion se confond avec la confiance dans cette simple hiblone, empreinte de ridêal consolateur que

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