‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 85 sur 89 · U RÉSIGNATION (ISLAM · texte numérisé non relu

U RÉSIGNATION (ISLAM

cherchent les hommes de tous les pays et de tous les cultes.

Le trait suivant respire un amour et une intelligence de la pauvreté qui rappellent les habitudes, les instincts, lei^ inspirations de l'àme chrétienne.

Hamadi-ben-lîanifa offrait un jour quatre niille douros à son ami Daoud-ben-el-Taï, qu'il trouva dans une grande gêne. Cette somme provenait d*un héritage. « Acceptez cet argent, lui dit-il ; il vient d*u|i homme qi|i fut riche et généreux. » Daoud lui répondit : a Si j'étais disposé h recevoir de pareils dons, je m'empresserais d'accueillir le vôtr€, autant par respect pour le mort que par déférence pour le vivant ; mais ne m'en veuillez pas si je refuse : j'ai juré de continuer à vivre comme par le passé, en me contentant de peu. »

Nous venons de voir la reUgion musulmane rappeler la nôtre par cette manière austère de comprendre tout un côté de la vie : voyons-la s'en rapprocher encore par une sorte de fougue ascétique, dans de grandes et soudaines inspirations.

Abd-Aliah-ben-el-Merzouk s'enivra un jour à tel point, qu'il ne put faire sa prière et s'endormit. Une esclave trèspieuse qu'il possédait lui appliqua un charbon ardent §ur la plante des pieds. Il se réveilla en sursaut, frappé de terreur. « Comment, lui dit alors Tesclave, pourrez-vous endurer la douleur du feu éternel, si vous ne pouvez même pas supporter le feu de ce monde périssable? » Abd-Allah se leva, fit ses prières, affranchit son esclave, et donna en aumônes tout ce qu'il possédait, s'en remettant à Dieu, désormais, du soin de pourvoir à sa vie.

Dieu a dit à Sid-na-Moussa (notre seigneur Moïse) :

— SaveZ'Vons pourquoi je donne des richesses aux paU'vres d'esprit ? — Non^ répondit Sid-na-Moussa. — Eh bien^ c'est pour faire comprendre à tous qm je naime pas les esprits sensés.

n y a dans ces paroles quelque chose qui, au premier abord, étonne notre raison, la révolte, et nous pousse à nous demander si nous ne sommes pas abusés par quelque infidélité de traduction. Mais quelques instants de réflexion nous amènent à comprendre le sens profond qui se cache sous les mots recueillis par le prophétie. Ici, la Bible et le Koran se rencontrent, notre rehgion et la religion musulmane retrouvent dans leur commune origine une frappante harmonie. La sagesse humaine rCest que foliey a dit TEcclésiaste. C'est évidemment de cette fausse sagesse que la tradition arabe veut parler en exprimant cette aversion du Créateur pour les esprits sensés. Il existe dans Fâmc humaine une sagesse supérieure à tous les conseils de la prudence, planant au-dessus de toutes les illusions, de toutes les apparences dont la raison nous amène si souvent à être les dupes. Cette science naturelle et supérieure, c'est f abandon des âmes croyantes aux décrets mystérieux qui la régissent.

« Voye% V oiseau aux traces passagèresy il rCensemence pasy ne récolte paSy ne porte avec lui aucune provision, et cependant Dieu pourvoit à sa subsistance. Nos estomacs, me direh-vous, sont plus vastes que ceux des oiseaux. Soit; mais je vous répondrai qu'ils sont bien inférieurs en capacité à ceux des ruminants, que Dieu pourtant se charge également de nourrir.

Voilà encore des paroles où l'on peut dire que respire le souffle chrétien, où Ton retrouve le texte sacré traduit en vers immortels par l'auteur d*Athalie. Voulonsnous arriver à ce que peut donner de plus délicat et de plus . subtil le développement de ces pensées, poursuivons :

Un iman demanda un* jour, après avoir prié, à un Arabe du désert, comment il faisait pour vivre. — Hecommence^ votre prière, lui dit ce dernier, — Pourquoi? r-

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