U RESIGNATION (ISLAM
Parce que celui qui s'est inquiété de sa nourriture a douté du Créateur.
Interrogé sur le même sujet, un autre Arabe répondit :
— Si je ne mangeais qu'après m* être tourmenté pour savoir d'où je tirerai mes aliments^ je ne mangerais jamais.
Je voudrais qu'à cet âge On sortît de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte et faisant son paquet.
Ainsi s'exprime celui peut-être d'entre nos poètes qui a su animer ses œuvres du plus pur et du plus gracieux esprit de sagesse. Cette touchante résignation que la Fontaine nous recommande dans un simple et suave langage, la tradition arabe nous l'enseigne en se servant des mêmes images. Ecoutons-la :*
Je conviens que Vhomme, en cette vie^ se considère comme celui qui est invité à un festin. Il peut goûter tm mets qui passe devant luif il ne doit point songer à celui qui s'en éloigne.
Brahim-ben-Chekik disait un Jour, dans une réunion d'amis :
— Si j'ai de quoi manger^ je mange^ et, si je n'ai rien^ je patiente.
— Ce n'est pas assez, lui dit un de ses auditeurs, il faut faire comme moi :
— Si j'ai de quoi^ je mange et partage; si je n'ai ru^n, je rends encore grâces à Dieu * . .
' Les Arabes ne demandent jamais de quelle religion vous êtes ; ils évitent même toute conversation à ce sujet, et cependant, je ne saurais trop le répéter, toutes leurs actions et toutes leurs paroles sont empreintes de la pensée de Dieu. Combien de fois, dans mes voyages, ne m'est-il pas arrivé de voir, au lever du soleil, des Arabes agenouillés sur leurs manteaux, ayant leurs armes à côté d'eux, la tête tournée vers la Mecque» et priant, au milieu de la campagne dépeuplée et déserte, entre le ciel et le sable, avec une ferveur aussi attendrissante que dépouillée de toute
Ici, la résignation s*unit à ce mol suprême, à ce couronnement de toutes les vertus, à la charité.
El-Moussalli, rentrant chez lui, au décHn du jour, ne trouva lien à man;;er ; sa fciinille n'avait même pas de lampe pour combattre les ténèbres qui commençaient à envahii sa demeure. Il se mit à pleurer de joie en s'ècriant :
— Qui me vaut donc cette bonne fortune?
On le voit, par la résignation, l'Arabe peut même arriver à ce que renferment de plu^ surhumain les jouissances mystiques : à l'acceptation reconnaissante, triomphante même, on peut le dire, des maux que laisse tomber sur lui la main de Dieu.
Dieu a donné aux hommes des caractères différents, pour prévenir entre eux la discorde qui naîtrait des aspirations de tous à un même but. Si celte variélé n'existait pas dans les cœurs, ils seraient tous dévorés par une même passion pour le rang suprême, les richesses, les plaisirs et les biens de cette vie. La paix publique et le calme privé seraient également impossibles.
Voyez r Arabe nomade : il est campé dans une vaste plaine où il n'entend que le cri du chacal et la voix de Vange de la mort.
Son habitation consiste en quelques pièces d'étoffe que, ï absence de bois le force à tendre avec des os de charogne.
Le soleil est son foyer, la lune est sa lampe.
La chair et la laine du mouton, voilà ce qui pourvoit à sa nourriture de chaque jour, voilà ce qui suffit à son habillement.
affectation. J'avoue que la profonde conviction de ces pens-là a bien souvent provoqué mon élonnement, peut-être mon admiration. Tout vient de DieUj telle est leur idée constante, et celte idée leur inspire, dans toutes les circonstances de la vie, une résignation sublime. (Voyage dant la haute Asie, par M. Pétiniaud, inspecteur général des haras.)