GRIFFONS ET BARBETS
Ce que nous appelons grifjon aujourd’hui, s’est nommé barbet au XVI siècle et longtemps après. On confondait sous ce nom tous chiens à long poil, seulement on distimguait parmi ces barbets ceux à poil frisé auxquels on donnait plus spécialement le nom de chien cane ou cariche, et que l’on employait surtout à la chasse du gibier d’eau.
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‘étaient, dès l’époque de Sélincourt, des animaux fort prisés et qui n ont point démérité depuis, à en juger par le cas qu'on en fait et le haut prix auquel ils se maintiennent. Voici ce qu'il en dit : nous ne parlerions pas autrement de nos Jours.
& Les barbets frisez et à demi-poil, dit-il, suivent « tout par le pied, chassent le nez bas quand le gibier « fuit, et, quand il demeure, chassent le nez haut et « s'arrêtent. Ils chassent sur terre et dans l’eau « leur principale nature est de rapporter, ils sont ru- « des au gibier, les frisez plus que les autres ; mais tous « sont les, plus fidèles chiens du monde et qui ne veu- « lent connaître qu'un maître et ne le jamais perdre de « veue. »
Ces chiens paraissent d’origine purement française : on les appelle french-poodle en Angleterre. Ils étaient autrefois beaucoup plus communs en France qu'aujourd'hui, et leur race, 1l y a vingt-cinq ans, était presque anéantie lorsque quelques vrais chasseurs sont parvenus à la relever et à la mettre désormais hors de danger. Ce qu’il y a decurieux, au momentoù nous écrivons, c’est que tous les chasseurs au chien d'arrêt auxquels on parle du griffon d'arrêt en désirent et manifestent le regret que ces chiens soient si rares. À nos yeux, c’est là une sorte de souhait platonique, et pas un d’entre eux ne se préoccupe de s’en procurer et de ramener cette belle et bonne race. Ils ont tant de fois entendu dire qu'on n’en trouvait plus, qu'ils en croient probablement la race disparue et la regrettent.. sans aller plus lom!
Or, elle existe encore, et avec toutes ses qualités.
Nous la connaissons dans les environs de Paris fort bien conservée par certains gardes de la forêt de Sénart, entre autres. Mais, ils profitent de l'ignorance et de l’apathie des chasseurs pour vendre ces chiens à des prix absurdes. De les blâmer, je n'ai pas le droit; ils font acte de commerce. T'out ce. que nous devons déplorer, c'est l’incurie des chasseurs qui ne s'occupent pas de remonter cette race et de lui inculquer, par croisement et sélection, quelques qualités qui lui manquent, entre autres un peu plus de nez. Cela une fois obtenu, aucun chien d'arrêt ne sera comparable à ceux-là.
Notre excellent ami, le marquis de Cherville, un des bons chasseurs de nos jours, possède cette race, la maintient pure avec un soin jaloux, et en fait le plus grand cas. J'avais écrit dans une revue de l'exposition des chiens 1873 (1).
& Quand on est parvenu à dresser un griffon à poil rude, on a un serviteur de premier ordre pour une dizaine d'années ; mais. non licet omnibus adire Corinthum ! Son caractère est rude et bourru comme son poil, — car nous préférons le vrai griffon dur au soyeux, qui tient du caniche, — et, de plus, entêté comme plusieurs mulets de Catalogne! Avis aux gens patients! Un beau griffon, bien dressé, vaut de 600 à 700 fr., chiffre officiel des gardes des environs de Paris. C’est aussi cher qu'un sans queue, qui se dresse tout seul, »
Voici la réponse que nous fit notre spirituel ami pour défendre ses favoris :
(1) Journal d'Agriculture pratique, 12 juin 1873.
« Mon cher ami,
« Comme je lis tout ce que vous écrivez, ce qui prouve que Jai au moins du goût, permettez-moi de vous demander la parole pour un fait personnel...
« Le caractère du griffon varie selon les individus exactement comme chez les hommes, mais il s’en faut qu'ils soient tous affligés de l'humeur revêche et atrabilaire que vous supposez.
€ Il y à vingt ans, mon cher ami, que je ne me sers que de griffons ; j'en aï dressé une douzaine, tant mâles que femelles, et je n’ai même pas eu à donner la patoche.
€ Quant aux affinités du tempérament et du poil rude ou soyeux, elles n'existent pas à mon avis. D'abord il n’y a point de fixité dans la production. Un couple à poil rude produit quelquefois des griffons à poil soyeux, cas d’'atavisme qui n’a rien de surprenant. Quant à la concordance avec le caractère, vous allez voir le cas qu'il faut en faire. Le père du titulaire actuel, lequel avait le poil rude et bourru, a chassé le premier jour comme un vieux chien et sans avoir jamais été dressé à autre chose qu’au rapport. C’était le meilleur chien qu'il m'ait été donné de regretter. Jamais je n’en ai rencontré de plus souple, moi qui ai possédé des cousins germains du Stop dont vous parlez, donnés à mon père par le général de Girardin.
« Le fils de ce remarquable personnage, M. Thug, est à poil soyeux (père et mère à poil rude comme je vous le disais). Il est le seul de la lignée chez lequel j'aie rencontré une nuance d’entêtement.
« Je doute que les braques sans queue se dressent davantage tous seuls que mes susdits griffons. J’en ai donné plusieurs à M. G., qui, comme moi, n'a jamais eu à employer ni collier de force, ni fouet.
€ Vous ne m'en voudrez pas, mon ami, si l’esprit de corps m'a inspiré la mauvaise pensée de vous 1mposer trois pages à lire; mais, comme vous êtes une autorité dans la matière, je ne vous cache pas que ma susceptibilité est en révolte quand vous attaquez les griffons. Appelez-moi crétin, J'aime mieux cela!!!
€ Si vous me demandiez pourquoi je n'expose pas mes chiens, je vous répondrais que J'attends que votre Société pour la conservation des races canines françaises soit organisée. Dix jours de chiourme à mes camarades, ça ne me tente pas. Oh! mais non...
€ Du reste, griffons à part, je suis de point en point de votre avis sur l'exposition de 1873. Nos races déménagent; dans vingt-cinq ans d'ici, notre chien national sera... le fox hound!