GRIFFONS OÙ POIL RUDE
Lorsque, plus haut, nous sommes entré dans quelques généralités sur les chiens courants, nous avons cru devoir y développer l’histoire de nos grandes races royales; autant, du moins, que les documents sérieux nous permettaient cette reconstitution encore pleine de lacunes. Nous pensons nous être assez étendu sur cette filiation, plus spéculative qu'applicable, puisque la majeure partie des espèces premières ont disparu. Il est temps, ici, de nous occuper des chiens d'équipage actuels, de ceux dont on se sert.
La première grande division qui se présente à nos yeux est tirée de caractères extérieurs très-frappants : c’est celle des griffons et des braques, ou des chiens à poil long et de ceux à poil court et ras. Hâtons-nous de dire que si nous ne les voyons pas aussi éloignés les uns des autres que leur aspect semble l'indiquer, nous y reconnaissons des différences bien marquées. Quant à leur importance, ces différences nous semblent tenir à un atavisme évident, reproduisant deux types distincts dans
une même portée au gré d’une loi que l’homme n’a point encore saisie, mais sous l'empire de laquelle il vit aussi bien que les autres animaux.
Notre conviction est que si l’on devait demander aux hommes réunis un travail de force, de fond, de vigueur analogue à celui que l’on exige des chiens, il ne serait point indifférent de les choisir au moyen de différences qui pourraient ne pas être d'un ordre plus élevé que celles qui nous guident pour les chiens, et qui n’en donneraient pas moins des aptitudes parfaitement diverses. À notre avis, une meute d'hommes blonds n’aurait pas les mêmes qualités qu'une meute d'hommes noirs, parce que la couleur des cheveux est, chez nous, l'indice apparent d’une constitution toute différente. Chez les chiens, la constitution du poil et aussi sa couleur sont les indices d’une conformation particulière, et par conséquent, d’aptitudes spéciales. Il y a là, selon notre sentiment, de très-intéressantes recherches, — nous les bornons au chien, bien entendu! — pour l'observateur philosophe maître de son temps.
Quoique nous ayons vu souvent, dans l'Ouest, les chiens à poil rude mêlés aux chiens à poil ras dans les meutes, prendre part aux mêmes travaux, il est certain que ces espèces ont des qualités spéciales dont on peut tirer parti suivant le pays et les circonstances de chasse. Quand ce ne serait qu’à cause du poids et de la composition du manteau qui le revêt, le griffon ne peut avoir les mêmes aptitudes que le braque. Sous un vêtement d'hiver, nous ne courrons pas, au mois de
jun, aussi bien que notre voisin en manches de chemi- : 6.
ses; mais, au mois de janvier, celui-ci y regardera à deux fois avant de secouer la neige des branches ou d’affronter le verglas du marais!
Un fait assez curieux à noter ici, c'est que les deux plus belles races de griffons courants que nous possédions en France, entourent l’une et l’autre le pays ; l’une à l’est, l’autre à l’ouest, tandis que le centre en est dépourvu : chien de Vendée, chien de Bresse!