‹ Les chiens de chasseChapitre 42 sur 104 · BRAQUES VENDÉENS · texte numérisé non relu

BRAQUES VENDÉENS

Il est impossible de trouver un portrait plus vrai, mieux fait du vendéen poil ras, que celui que nous emprun-

tons aux auteurs du 7aité des chasses à courre et à tir.

« Les chiens vendéens ont une manière particulière de chasser; ils ne font jamais que ce qu'ils peuvent : d'où il résulte que s’ils mettent bas promptement, ils savent . reprendre aussi promptement haleine, tant sont grandes chez eux les aptitudes pour la chasse. Découplez dix vendéens sur un cerf, ils laisseront aller; découplez-en cinquante, ce sera tout autre chose. Au début de la chasse, vos cinquante chiens chassent à merveille, avec vigueur même ; après une heure d’une belle menée, le quart de la meute aura lâché pied; sil fait chaud, ils chercheront de l’eau, sembleront se reposer en suivant les routes. Que la chasse fasse un retour, vous les verrez bien vite ralliés et chasser de nouveau comme un relais frais. Tous ou à peu près feront la même manœuvre, mais la chasse n'ira pas moins son train, et comme votre cerf n'aura pas un instant de repos, vous ne manquerez pas de sonner l’hallah. »

Joignons à ces qualités que le vendéen est facile à élever et chasse très-jeune.

Nous sommes bien heureux de consigner ici une lettre de M. de Sourdeval à un journal de Vendée, indiquant une des plus intéressantes améliorations de meute tentée, de nos jours, dans notre pays. Combien 1l faut souhaiter que de semblables essais se multiplient, et quels splendides résultats produiraient sur nos races si belles, si fécondes, si rustiques des traitements rationnellement conduits |

«M. de Baudry d’Asson possède une meute, pure vendéenne, qui lui valut, il y a quelques années, un pre-

mier prix au concours de Paris. Il l’a, depuis, bien perfectionnée, tant par la sélection que par le régime alimentaire. L'ancien chien vendéen avait une poitrine moyenne, de longues oreilles pendantes et une grosse voix prolongée. Comme le loup et le sanglier formaient le principal objectif de la chasse, on cherchait moins à forcer ces animaux de longue haleine, et d’ailleurs dangereux, qu'à les abattre à coups de fusil. On recherchait en conséquence, des chiens menant lentement et à grand bruit, pour laisser aux chasseurs le temps de se porter en avant et de s’embusquer RUE ürer l’animal poursuivi.

€ Aujourd'hui la chasse à courre l’a emporté sur la chasse d’embuscade. Le loup et le sanglier ont disparu sous l'effort des officiers de louveterie. On s’est adressé au renard, que l’on a suivi à la façon anglaise, puis l’on s’est efforcé d’acclimater le cerf et le chevreuil. Il à fallu disposer les chiens pour cette nouvelle vénerie. M. de Baudry a tenu à ne pas sortir de la race vendéenne. Il a si bien calculé ses accouplements, et si bien approprié la nourriture, dans laquelle entre la viande, que les poitrines se sont étendues, les jambes raccourcies, les oreilles et la voix se sont modifiées dans une structure nouvelle qui, imprimant plus de vitesse, n’a plus laissé le temps de brailler et de secouer les oreilles autant que par le passé.

€ M. de Baudry élève non-seulement ses chiens, mais aussi des chevreuils et des cerfs, dont le pays n'est pas très-approvisionné. Les premiers se multiplient dans le parc verdoyant et ombragé qui entoure son délicieux

manoir de Fonteclose; les seconds, dont les habitudes ne sont pas très-caressantes, ont une enceinte réservée dans la forêt de Machecoul.

€ Or, de ceux-ci, une biche s’est évadée, et, après avoir battu la campagne, est venue s'établir dans les bois de Saint-Gervais. M. de Baudry, prévenu, a envoyé faire le pied, puis il est arrivé avec son équipage et quelques amis. Îl-est venu courtoisement demander l'autorisation d'attaquer dans mon bois, ce qui, en mon absence, lui a été octroyé avec tout l’empressement que méritait cette gracieuse démarche.

€ Le débucher a eu lieu presque aussitôt, mais la pauvre bête, qui ne connaissait pas le pays, au lieu de tourner à l’est, d'où elle était venue, et où elle aurait retrouvé la forêt de Machecoul et autres bois, a donné tête baissée dans le marais et s’est engagée dans le vaste herbage où chaque prairie est entourée de canaux exigeant un saut d'au moins 4 mètres. C'était assez facile pour elle qui pouvait descendre les talus jusqu'à fleur d’eau ; mais les chevaux, moins agiles sous le poids des chasseurs, ne purent franchir que quelques fossés des moins larges, et furent obligés de tourner les autres par les chemins rustiques et raboteux qui suppléent aux routes régulières. Un canal, appelé Quérand, ne peut être traversé que sur les madriers d’une vanne de retenue. Cet étroit passage n’a qu'un mètre de large; à gauche est le précipice, et à droite l’appareil de la vanne, qu'il faut éviter de heurter pour n'être pas précipité à l’eau. Tous les chevaux ont passé ces Thermopyles en miniatures, les uns montés, les autres en main, La biche,

en ce moment, rencontrait le principal étier du marais, et, bien que la marée fût basse, elle n’a pas osé se lancer dans cet abime d’eau et de vase ; elle a changé sa ligne de fuite, à angle droit, et s’est élancée dans le dédale des marais salants qui bordent la côte ; elle est parvenue de la sorte au bord du canal qui sépare l’île de Boum du continent. Henri IV, en 1588, ne put le franchir à cause de la tempête et du vent contraire, aujourd'hui ce n’est plus qu’un fossé que notre fugitive a sauté d’un seul bond. De là, elle traversa un polder récemment endigué, et monta sur la crête de la chaussée qui le défend des flots.

« La marée était basse, et la plage de dre à plus d’un kilomètre. Ce NES si nouveau pour elle et si effrayant, l’arrêta quelques instants. Mais bientôt chiens et chasseurs s’approchent et ferment toutes les issues. La pauvre bête, affolée de terreur, se précipite au bas de la chaussée et veut prendre sa course à travers la grève dénudée, mais elle enfonce tantôt dans la vase et tantôt dans le sable mouvant. Les chiens la suivent sur ce sol détrempé, où ils enfoncent comme elle, maïs cependant ils la rapprochent, vu qu’elle hésite parfois à se porter en avant et qu'ils n'hésitent pas à courir après elle.

€ Ils Pacculent bientôt contre le flot de la marée, dans lequel elle n'ose pas se plonger. Elle essaye de revenir sur ses pas, mais elle est aussitôt entourée, harcelée, elle succombe sous les dents. Cependant les chasseurs, groupés sur la chaussée, n'avaient pas osé engager leurs chevaux dans l’immense fondrière. Des travailleurs, qui se

trouvaient là, offrirent d'aller dégager la bête et de la rapporter au rivage, ce qui se fit sous la direction et la protection des piqueurs qui, pour cet assaut définitif, mirent pied à terre et marchèrent non pas au feu, mais à l’eau. La bête fut halée sur la chaussée ; elle y fut dépecée et, après qu'on eut mis de côté la part des chasseurs et celle des braves gens qui s'étaient dévoués pour sauver la venaison, la curée se fit (1). »

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