LE COLLEY
Chien de troupeau anglais.
c’est ainsi, pour cimenter une conquête, que se sont faites nos races actuelles, multiples et diverses.
Nous ne faisons pas autrement encore quand nous approprions à des besoins particuliers une espèce , qu’elle soit autochthone ou qu’elle provienne d’une pression de l’intelligence sur la matière par sélection. Quel exemple plus frappant que celui du Colley, le chien de berger anglais?
Il n’est pas probable que la nature ait deviné que dans l’avenir le loup disparaïîtrait des îles Britanniques, par conséquent que l’homme, qui y cultiverait le mouton, n’y aurait plus besoin pour lui, que d’un conducteur et non d’un défenseur.
Amené chez nous, dans nos montagnes ou aux environs, le Colley ne ferait qu'une bouchée au loup... 1l faut d’autres défenseurs à nos brebis : nos chiens des Pyrénées ne sont pas de trop!...
Tout ceci, cependant, ne repose que sur le fait indiscutable de la mutabilité de l'espèce.
Le mot barbare que nous venons d'écrire est de notre fabrication dans le sens qu'il occupe : nous en revendiquons la paternité. Il nous a permis de rendre notre pensée à propos d’un poisson fort curieux, sur lequel ont porté nos études pendant longtemps : la Féra (1). Ce que nous allons dire ici de la Féra peut être littéralement appliqué au chien sauvage, et c’est parce que un certain nombre de moules naturels sont doués de cette élasticité particuhère, qu'ils deviennent, par la suite, impossibles à ramener à un type unique et primordial.
Le coq et la poule sont mutables à un degré aussi éminent que le chien. Le chat ne l’est pas, ou l’est beaucoup moins ; et cependant les races primordiales ne sont pas encore retrouvées, mais on sait déjà qu’elles sont multiples.
Revenons à notre poisson pour mieux nous faire comprendre : & La Féra, poisson du Léman et des autres
(1) V. Dictionnaire général des Pêches ; art. Corégone.
« lacs alpins et suisses, porte plus de noms qu’elle n’oc- «, cupe de stations, puisque, suivant son âge on lui en « donne de nouveaux. Ce poisson mutable, par sa nature, € jouit de la remarquable faculté d’obéir à certaines mo- « difications des circonstances extérieures. Selon que « les eaux se montreront plus profondes ou plus froides, € la Féra revêtira une livrée plus noire, plus bleue ou € plus blonde : elle prendra plus de corps et deviendra € plus effilée ou plus rablée, plus large ou plus plate selon € la nourriture, mais... elle sera toujours Féraf.
Changez le nom! N'est-ce pas, absolument ce qui est arrivé au type Chien!
Comment! nous le modifions encore tous les jours, et on s’étonnerait qu'il y en ait de tant de formes!
Mais, j'attends une question que je sens venir. Je vais au devant d'elle.
— Pourquoi l’homme a--1l eu plus d'empire sur le Chien que sur le Loup ou le Chacal, ses proches voisins? ses types redoublés?
— Ah! ceci est le secret de Dieu! Nous ne pouvons tout expliquer, et, souvent, nous devons nous trouver très-heureux de constater un fait. Or, le fait évident n’est pas que le loup et le chacal eussent pu ‘être domestiqués ; le fait intéressant est que le chien seul l’a été. La raison n'est pas du plus ou du moins de difficulté comparée qu'auraient offert les uns ou les autres. IT faut croire que le chien en offrit moms que les autres au commencement du commencement, puisque lui seul a pris le collier de bon cœur!
Maintenant, autre chose est de comprendre le chien
comme la plupart des peuples, autre chose est de le comprendrecommenouslecomprenons. [ne faut essayer aucun rapprochement entre la position des chiens de l'Orient et ceux de chez nous. Tout le monde sait que les chiens errants