‹ Les chiens de chasseChapitre 7 sur 104 · FIGURE ÉGYPTIENNE D'APRÈS CHAMPOLLION · texte numérisé non relu

FIGURE ÉGYPTIENNE D'APRÈS CHAMPOLLION

Chien levretté à oreilles droites rappelant le Sloughi.

de Constantinople appartiennent à tous et À personne, quoique non sauvages pour les habitants, et constituent, en plein abandon, — je ne mets pas Liberté! — le service du nettoyage public.

Près de la tente arabe, le chien, descendant ou probablement contemporain du type Égyptien, est aussi nombreux qu'il veut ou peut le devenir. Sauf quelques lévriers favoris du chef, le reste appartient un peu à toutes les tentes. Plus au sud, chez les Abyssins, les grands Sloughis du village couchent chacun sur la hutte près de laquelle on leur donne le mieux à manger, près de laquelle on les souffre ramasser le plus de débris, mais, à la première alerte du lion, toute la tribu-chien bondit et défend la tribu-homme!

Voici quelques notes que mon ami G. Lemesle, pendant son long séjour au Cambodge a bien voulu me remettre : elles constatent les mêmes mœurs : € Presque & tous les Cambodgiens ont des chiens... — 1ls appellent « cela avorr des chiens !— mais, les rapports entre les deux € animaux...— la proposition est un peu hasardée pour € l’homme! — sont loin d’être aussi intimes qu’en Eu- € rope. Jamais de caresses de part n1 d’autres; on vit « ensemble: voilà tout!

« Je demandais, un jour, à un Cambodgien, le nom « de son chien. Il me regarda d’un air tout surpris, et € finit par me répondre :

€ — Mais! Il s'appelle Chien!!...

« Ce mot caractérise et définit parfaitement la posi- « tion de l’espèce canine au Cambodge,

€ Tous ces chiens sont pareils : hauts sur pattes, l’o- « reil droite et pointue, la queue en trompette, le museau « aigu et noir, la lèvre retroussée et montrant facile- « ment de longs crocs. Le poil est court, ordinairement «€ jaune ou isabelle. En somme de grands chiens-loups

€ qui n'auraient, Je Crois, AUCUN sUCCès À UN CONCOUrS € du jardin d'acclimatation!.…. »

Que l’on compare ce tableau sur nature aux soins dont on entoure nos chiens couchants, nos bichons, et ce qui l’on est convenu d'appeler un chien de salon!

Cependant, une idée se présente invinciblement à l'esprit, en réfléchissant au mot de G. Lemesle; c’est que son chien est un vrai parasite de l'homme. On le tolère parce qu'il rend certains services en se nourrissant des rongeurs qui pullulent autour des cases tellement qu’on est obligé de monter sa chambre au haut de bambous de quatre à cimq mètres!

Ne se pourrait-il pas que la première qualité du chien, la cause de sa domestication si facile et si complète, fût sa qualité de parasite effronté ?

Je le crois, pour ma part.

Et cela résout la question.

Nous n’en dirions pas plus long, si l’étymologie du mot chien ne nous frappait, telle que la donne l’abbé Maupied. Non que nous y ajoutions une foi entière, loin de Jà; mais elle est bien trouvée, et montre que, dès la plus haute antiquité, l'homme a reconnu les bonnes qualités de son ami, et lui en a su gré. C’est peut-être un peu bien beau des deux côtés, quand on connaît, d’une part, les mœurs de l'Orient, d’où nous venons, et, d'autre part, l’origine parasitique de l’amitié canine. Mais,

Si non & vero, è ben trovato!

En hébreu, le chien senomme Æaleb , nom composé de la

particule ka, qui signifie comme et qui estexplétive en composition; ou bien de Æal — tout — et de /eb cœur — le siége des affections. Comme qui dirait : #ès-affectueux. très-caressant, tout cœur.

En grec, le mot xÿwy — kyon, chien, — signifie la même chose, car 1l n’est que le participe du verbe xÿw — caresser, embrasser. — Le nom du chien a donc, en grec, une signification toute semblable à celle du chaldéen et de l’hébreu.

En latin, continue le bon abbé, canis vient du verbe caneo, vieillir, par extension être prudent : le nom du chien signifie donc fidèle, prudent. Xl n’y a qu'un petit malheur à cela, c’est que ca est bref dans canis et long dans cäneo. À cela près. Pour le bon abbé, cela pouvait ne rien faire; pour nous, c’est différent. Nous penchons à croire que canis latin, vient d’un autre racine.

Le nom français chien vient du grec xvov, xfev, — prononcez yon, kyen, comme chien, à la Picarde, — vous avez la même signification.

Aussi, après avoir un peu frappé à la porte de la philosophie et de la philologie, nous allons résoläment interroger l’histoire naturelle. Relativement à la distribution œéographique des espèces, on peut dire que l’on trouve : une espèce de chien domestique dans toutes les parties du monde, partout où a été, partout où est l’homme. Il s’en rencontre également de sauvages dans les régions diverses de l’ancien et du nouveau monde, à l'exception peut-être de Madagascar et des îles de la mer du Sud. On les trouve aussi bien dans les climats froids et glacés

GÉNÉRALITES. 21

que sous les latitudes les plus chaudes, dans les pays” élevés que dans les plaines, dans les continents que dans les îles, mais en beaucoup plus grand nombre cependant dans les premiers que dans les secondes.

C’est l'Afrique qui nourrit le plus grand nombre d’espèces du grand genre chien; l'Amérique vient ensuite, et cela aussi bien dans les régions les plus boréales que dans les plus australes ; l'Asie, d’une extrémité à l’autre, dans les deux sens, nourrit les trois espèces principales, tandis que l'Europe ne renferme la troisième que vers l'Est et en très-petite quantité. |

Boitard indique ainsi la place des différentes espèces les mieux connues, et ce tableau ne manque pas d’intérêt, « Autour du pôle boréal se groupent, parmi les chiens « domestiques, celui des Esquimaux et celui de Sibérie ; € puis, parmi les espèces sauvages, l’/satis qui occupe « tout le littoral de la mer Glaciale et tout le nord de « l'Asie et de l'Europe; le enard argenté et le Renard € croisé va du nord de l'Amérique au Kamtchatka.

€ Un peu plus loin du pôle on trouve, en Europe, le € Chien d'Islande, le Loup, le Loup noir, le Renard qui « existe aussi en Amérique. Dans ce dernier pays, à peu € près sous les mêmes latitudes, le Loup ordinaire, le € Loup odorant, celui des prairies etle Renard agile; tous « trois des bords du Missouri. En Asie, le Wok des Hïi- « malayas.

€ Dans une zone plus tempérée et en se rapprochant € du tropique, apparaissent, outre notre loup et notre € renard, les nombreuses races du chien domestique, que € la douceur du climat et une antique servitude ont

façonnées de mille manières, tant au moral qu'au physique, et dont lenombre est incalculable en Europe, en Asie, et en Amérique. Puis, en Asie, dans l'Inde et la Tartarie, le Corsac et le Karagan; le Renard gris dans la Virginie et le Æenard tricolore qui, des États- Unis, se répand dans l'Amérique méridionale jusqu’au Paraguay. Les chakals occupent une zone oblique à l'équateur, depuis l’Inde et la Perse, jusqu'au cap de Bonne-Espérance.

& Si nous portons nos investigations sur toute la zone équatoriale entre les tropiques, et même jusqu'à la latitude du Cap, on verra que cette zone est riche en espèces. Dans l’Inde, nous trouvons le Quao, le Renard du Bengale, le Chien de Sumatra, le Loup de Java ,etc. L'Amérique nous fournira l’Alco, le Loup du Mexique, le Calpen du Chili et des îles Maloumes; le Koupara ordinaire et le petit Koupara, tous deux de la Guyane, enfin le Loup rouge. L'Afrique offrira le Zenard d'Égypte, le Fennec si bizarre du désert, le Renard de Delalande, le Kentir, etc. Nous trouverons enfin le Dingo à la Nouvelle-Hollande et des chiens domestiques nombreux et variés dans les îles de l'Océanie. »

Page 1