‹ Les chiens de chasseChapitre 94 sur 104 · NOURRITURE · texte numérisé non relu

NOURRITURE

L’estomac du chien est à peu près aussi complaisant que celui de l’homme ; par conséquent, nous pouvons regarder nos braves compagnons en saint Hubert à peu près comme des ommvores, en nous souvenant toutefois qu’il convient de ne pas écarter la viande de leur régime, si nous tenons à leur santé. Une nourriture exclusivement végétale, et nous comprenons sous ce nom même le pain , ne suffit certainement pas à l'hygiène du chien, Selon nous, c'est la cause de leurs affections les plus graves. |

Ce que nous disons pour les chiens de meute est tout aussi vrai s’il s’agit de chiens d'arrêt, parce que leur condition d’existence, en général plus rapprochée de l’homme , les place encore plus loin que les autres de l’état de nature. Nous nousrangeons avec une conviction profonde parmi les observateurs qui attribuent la #aladie des jeunes chiens à une nourriture non assez animalisée. Le lait lui-même qui, vers cette époque de leur vie, leur est quelquefois libéralement donné, ne suffit pas aux besoins de leur croissance ; il leur faut la viande en nature; le sang, la fibre, la graisse et les os. Nous en avons fait l'expérience bien dés fois ; et, plus la race de nos chiens d'arrêt est délicate, plus elle est cévilisée en quelque sorte, plus nous faisons entrer de chair dans leur régime alimentaire de la première année.

Une fois la crise des crochets ou de l’adullicité at-

teinte et dépassée, le chien peut être ramené à un

régime de moins en moins animalisé; mais, — que

l’on s’en souvienne bien! — ce ne sera jamais qu'aux

dépens de la solidité de sa santé. À la première atteinte d’une affection quelconque, on s’apercevra clairement que tout l'organisme est attaqué, débilité, et en désarroi, beaucoup plus profondément qu'on ne le pensait.

Nous n'établirons donc entre les chiens aucune autre

différence que celle de leur taille, sous le rapport de l’a-

limentation. Nous nourrirons les chiens d'équipage comme

les chiens d’arrêt : et ces derniers s’en trouveront parfaitement bien. Il ne faut pas se dissimuler en effet que si ces derniers sont plus souvent malades que les chiens de meute, ils le doivent à la plus prochaine fréquentation de la cuisine de l’homme où ils trouvent une nourriture trop raffinée et des condiments dangereux pour eux.

Lorsqu'ils sont réunis ensemble, les uns compensent les autres, et l’on compte largement en faisant distribuer par jour, un kilogramme de nourriture par animal.

La soupe ou mouée sera composée dans les proportions suivantes :

Pam d'orge ou de froment, bien

cuit, quelquefois les 2 grains mé-

ARE ES MIS ARNO TES RE TR Rs parties en poids. Résidus de suif, dit pain de cretons. 1 partie en poids. Le pain de seigle est tout aussi bon que les autres,

mais 1l faut que les chiens y soient habitués ; sans cela,

ce pain leur produit une purgation accompagnée souvent de coliques. Nous avons vu employer seul ou mélangé le pain de sarrazin. [1 va sans dire qu’on trouvera toujours avantageux de varier, autant que possible, la nourriture

en remplaçant une partie du pain par des pommes de terre ou des betteraves. Si l’on peut se procurer des abats de viande de cheval ou de tout autre animal on pourra les mélanger à la soupe qui n’en vaudra que mieux ; mais, dans ce cas, 1l conviendra de diminuer proportionnellement la ration de pain de cretons.

Viande ou pain de suif doivent être cuits dans de l’eau, que lon fait bouillir pendant plusieurs heures. Avec ce bouillon tout chaud on arrose le pain coupé dans des écuelles ou des mangeoires, et on le laisse tremper au moins une demi-heure, en remuant de temps à autre. On ne servira la soupe aux animaux que quand sa température sera assez abaissée pour qu’on la sente tiède à la main. Si les chiens se trouvent bien de ne pas manger froid, la finesse de leur odorat perd, assure-t-on, si on leur laisse manger la soupe trop chaude.

Peu et souvent à manger, est une devise d'hygiène aussi bonne pour l’homme que pour le chien, en ce qu’elle se rapproche cartainement des conditions de l’état de nature dans lequel les êtres ont été créés, et par lequel ils ont passé, y trouvant la santé et la vie. Nous avons donc toujours fait donner la soupe deux fois par jour à nos chiens. Les valets de chenil ne trouvent jamais cette coutume à leur gré, parce qu’elle abrége leurs heures de far niente; mais les toutous sont d’un autre avis... et c’est là, pour le veneur, l'essentiel,

Ne souffrez jamais qu'on donne aux chiens la soupe froide de la veille, et surtout quand ils rentrent de la chasse. Que leur soupe, toute faite, les attende et leur soit servie une heure au moins après la rentrée au che-

nil, alors qu'ils se seront bien ressuyés dans leur paille fraîche.

L'apport de la soupe est, pour le chien, l’occasion d’une scène de gloutonnerie qui est de bon augure pour sa santé, mais qui n'en constitue pas moins un assez répugnant spectacle chez nos braves compagnons, dans leur intérieur. Il est aussi le moment où ces messieurs distribuent le plus volontiers à leurs semblables et aux hommes présents, quels qu’ils soient, même leurs maîtres, des coups de dents. L'instinct sauvage se réveille en présence de la victuaille et J. Catz a pu écrire au-dessous d'un de ses emblèmes :

Le chien, le jeu, l'amour, le feu Ne se contentent oncq de peu...

et il avait raison. On fera donc toujours bien de n’assister à la soupe qu’une bonne cravache, un fouet, ou une forte houssine à la main. Au surplus, dans tout chenil bien tenu, on trouve une collection de celles-ci à la porte et le piqueur a consigne de vous en offrir : c’est l’occasion naturelle de la pièce à ces intéressants serviteurs de la meute.

Nous voulons être bref dans Îles quelques conseils que nous donnons à propos de l’hygiène des chiens. Nous dirons donc seulement qu'il est, avant tout, indispensable de séparer, au chenil, les forts des faibles; bien mieux, de faire venir aux bacs un peu avant les autres les plus timides, les moins forts de la bande, sans cela les voraces, et1l n’en manque pas, les empêcheront de manger.

Si la place ne fait pas défaut; donnez la soupe par deux

ou par trois dans chaque auge ; il vaudrait mieux encore la donner seul à seul. Tandis que les chiens mangent, les valets veillent, de l’œil et de la voix, à ce que chacun reste à son écuelle et n’écrème pas, en les dérangeant, la pitance de tous les chiens voisins. Il.y a dans chaque meute un ou deux individus qui ont cette manie de fureter partout au lieu de manger tranquillement leur portion; et, au risque de quelques coups de dent solides, vont ainsi troubler tous les autres chiens. Agissez fortement du fouet contre eux, mais surtout ne laissez Jja-

mais attaquer la soupe qu’au commandement :

Ils connaissent à merveille ce commandement ; mais ce qu'ils apprennent à connaître non moins bien, c’est la fanfare dont on doit leur faire entendre les notes avant et après le repas.

Après la soupe, les chiens au préau. Porte fermée, pendant une heure au moins, même sil ne fait pas chaud. Il faut qu'ils se vident..... Enlevez les auges qui ont contenu la soupe, ils en font quelquefois un autre usage!

En général, nous devons veiller, en France surtout, d'une manière très-attentive sur nos valets de chien; parce que nos paysans, montrent plus volontiers une paresse instinctive qu’une propreté innée. Ce fait découle tout naturellement d’un autre que nous avons hautement dénoncé plusieurs fois ; c’est que notre nation n'aime pas assez les animaux. Les domestiques

que nous employons, que nous payons : pour entretenir nos animaux domestiques, quels qu'ils soient : chevaux, chiens, etc., croient toujours accomplir une besogne audessus de leur dignité humaine... Ils l’écourteront autant qu'ils le pourront. En Angleterre, en Flandre, en Allemagne, en Orient même, 1l en est tout autrement! L'homme aime l’animal.. et il le soigne!

Il y a si peu de temps que l’exemple des palefreniers anglais a permis aux nôtres de savoir tenir une écurie propre, qu'il ne faut pas s’étonner si nos chenils laissent encore souvent à désirer sous ce rapport, mais qu'il faut veiller sur ce point. Le veneur en sera recompensé, nonseulement par l’aspect de sa meute, mais par les services supérieurs qu'elle lui rendra. Ventre plein, sonne bien! dit-on en fait de trompe. Chien bien portant chasse bien! peut-on affirmer sans crainte de contradiction!

Tout ceci est affaire personnelle. Il faut que le propriétaire veille : la Fontaine l’a dit!.. Et, surtout en fait de chien : tant vaut l’homme, tant vaut la meute! L'homme, vous comprenez qui c’est?…

Page 1