LETTRE VINGTIEME
Mou-You-Se. le 6 janvier 1879.
Bien chers Parents (i),
f^^yE vous ai souvent parlé de Hin-y-Fou ; depuis longtemps Monseigneur désirait me voir à la tête de ce district immense et à peine ébauché ; le projet se réalise j'ai reçu ma feuille de route et je suis parti ! De Tseny à Hin-y-Fou, vingt jours de marche : « Voilà de quoi faire la belle jambe ! » m'écrit Sa Grandeur. Les chemins sont affreux ; je les arpente à grande vitesse, tantôt monté sur mon excellente mule, tantôt à pied, pour soulager cette pauvre Fifinc(\\i\ n'en peut mais !... Je voyage en toute allégresse, car je vais à mon poste et à mon devoir ; j'appréhende bien le pays, qui est neuf, mais à la grâce de Dieu !
Le district de Hin-y-Fou est le plus écarté, le moins organisé de tous ceux de notre mission : ça me va. j'espère y travailler les côtes du diable et des païens. Jusqu'ici ma vie a été très occupée : elle le sera davantage encore ; c'est dans une contrée plus vaste qu'un diocèse de France qu'il me faudra établir des œuvres, bâtir des chapelles, fonder des centres de chrétientés. Quel plaisir de gambader à la recherche de la brebis perdue ! Il ne m'est pas défendu de vous dire que mon placement à Hin-y-Fou suppose une certaine confiance de Monseigneur en moi, car il y a beaucoup de travail, peu de ressources