LETTRE VINGT-SIXIEME
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Long-Kéou, le 24 mai 1880.
Cher Ami (i),
Erci, non pas d'avoir tardé cinq ans à m'écrire, maïs de n'avoir pas permis, à ces cinq ans de silence, d'effacer de votre cœur mon pauvre souvenir. Plus d'une fois je vous ai envoyé des bonjours qui signifiaient: «Voyons, m'oubliez-vous ? » Vous n'aviez pas, dites-vous, les mêmes droits que d'autres à mes lettres ; si fait, mais je voulais vous voir commencer ; Iss missionnaires doivent être particulièrement discrets : ils emportent en Chine leurs vieilles affections et n'en glanent plus de nouvelles ; le Chinois, hélas ! ne remplace personne. Mais les amis demeurés en France, entourés de tant de sympathies, entraînés dans le tourbillon de la vie européenne, peuvent nous oublier, et nous courons risque parfois de troubler leurs joies comme des revenants importuns.
Mon Ami, vous me demandez si je me rappelle ces entretiens que nous avons eus ensemble ? Dites-moi, est-ce qu'on oublie cela, et la confiance n'est-elle pas faite pour ouvrir et conquérir à jamais notre cœur? La première fois que nous avons causé un peu intimement, c'était sur ces bords du Thérain que j'arpentais si souvent et où ma pensée me ramène toujours ; est-ce ma faute, si vous m'avez dit ce jour-là un tas de choses intimes qui vous ont gagné mon amitié en