I. Confrère du P. Aubry, son plus proche voisin en Chine
courage à partir, modifie mon plan sur plusieurs points, et vient avec moi ; j'emmène en outre une petite escorte. Je veux vous remercier du fond du cœur de m'avoir cédé ce catéchiste, et Notre-Seigneur acquittera la dette de ma reconnaissance.
Je ne crois pas que mon voyage à Pou-Gan-Tin soit long. Dites au P. Michel (i) que je suis heureux de le sentir enfin auprès de moi, et de le savoir guéri ; qu'il ne m'en veuille pas, si je n'ai pas bu son vin ; sachant la prochaine visite de Monseigneur, il était plus sage de thésauriser un peu ; nous nous rcvcugerons à Hin-y-Fou. Ah ! quand je serai sorti de mes peines, et que je vous verrai tous réunis à Hiny-Fou, quelle noce nous ferons ! On mangera toutes les poules et tous les œufs réservés pour les grands jours !...
J'écrirai de Pou-Gan-Tin au P. Gréa ; peut-être lui dirai-je de mettre provisoirement un de nos nouveaux confrères à Hin-y-Fou ; il garderait la maison et les enfants, pendant que je passerais quelques mois là-bas, afin de bien habituer ces populations farouches à voir mon nez, mes yeux glauques et ma barbe rouge. Si je meurs dans cette expédition, le P. Michel versera dans son gosier toutes les larmes de Médoc que j'ai gardées, et dira : « Ce pauvre Mo (2) était bien méchant, mais il avait de bons désirs. » Mon Dieu, qu'on est donc tranquille quand on est mort ! Encore faut-il mourir proprement ! Bon Père Michel ! je ne suis guère plus crâne que lui pour la santé ; un jour bien, deux jours mal ; il faudra user sa bête comme ça ; avec un pareil district et une besogne toujours croissante, comment ne pas s'éreinter ? Le pénible, c'est d'avoir tant d'orphelins, et dêtre obligé de courir si loin d'eux. Ah ! que nous sommes de petits grains de poussière, comparés à S. Paul ! Mais il faut avoir