‹ Les chirurgiensChapitre 14 sur 42 · scène est curieuse , et vaut la peine d’être racontée · texte numérisé non relu

scène est curieuse , et vaut la peine d’être racontée

L’huissier Masson arrive à Saint-Côme, accompagné de Jean Chollet, sergent à verge, et de six archers. Les portes étant ouvertes, il entre seul, et pénètre sans difficulté dans l’amphithéâtre. Sur les bancs sont assis cent à cent vingt élèves, au centre un cadavre est étendu sur une table, et debout devant elle un aspirant, nommé Simon, fait une démonstration anatomique, « sans assistance ny présence d’aucun médecin. » Trois maîtres chirurgiens, en robe et en bonnet, assistent à la leçon, parmi eux figure le prévôt Mauriceau.

L’huissier s’adresse à lui, expose sa mission. On le berne, on le hue. Il appelle à son aide les archers restés au dehors. Les élèves chirurgiens les empêchent d’entrer, retiennent de force Masson et le sergent à verge dans la salle, s’y barricadent et maltraitent les envoyés de la Faculté. Ils étaient depuis deux heures prisonniers dans l’amphithéâtre quand arrivent des renforts que les archers très malmenés avaient été quérir. Assiégés par environ quatre-vingts archers, les chirurgiens durent céder, et les vainqueurs enveloppèrent dans un manteau le cadavre, qui

fut aussitôt porté à l’École de médecine l Il .

Il faut croire que les chirurgiens n’étaient pas encore corrigés, car au mois de juillet 1683 quelques-uns d’entre eux furent poursuivis « pour avoir achepté à prix d'argent du nommé Pajot, fils du fossoyeur de Saint-Sulpice, plusieurs corps humains exhumés. » La justice se montra vis-à-vis d’eux indulgente; elle les condamna seulement à être admonestés par la Cour et à payer une légère amende 2 .

Je reviendrai sur ce sujet dans le chapitre suivant. Et puisque j’ai reproduit dans le précédent la réclame d’un barbier du seizième siècle, celle d’un barbier du dix-septième me servira ici de conclusion. Il n’y a guère entre eux de différence. Toutefois, le dernier se qualifie de « médecin et opérateur ordinaire du Roy. » En avait-il le droit? Il faut bien le croire, quoique je n’aie trouvé nulle part la confirmation du fait 3 . Son boniment, dissi-

1 Arrests portails défenses, etc., p. 33.

Bibliothèque nationale, fonds fiançais, manuscrit n° 21,737, P 105.

Il en était des chirurgiens du roi comme de ses médecins. Tous ceux qui appartenaient à un sérvice public prenaient ce titre. Il y avait des chirurgiens du roi attachés a la garde-robe, à la vénerie, à la fauconnerie, aux écu-

mulé sous le titre d 'Avis charitable de l’autheur, figure dans le volume suivant, qui est devenu fort rare : L’opérateur ingénu, enseignant les vérilez et abus des opérateurs, les moyens de composer les grains angéliques pour purger le phlegme, la bile, la pituite et la mélancholie, par le S T de la Martinière, médecin et opérateur ordinaire du Roy 1 .

Cher lecteur,

Gomme nos corps sont sujets à un très grand nombre de maladies, dont les unes sont guéries par les médicamens et les autres par les opérations de la main, Dieu m’ayant donné le talent de les guérir est ce qui m’a fait juger à propos de vous advertir que je taille de la pierre, et que par la sonde je distingue les causes de la rétention d’urine, et donne une parfaite asseurance si c’est pierres, flegmes, sables, galles, écorcheures ou carnositez de la vessie, dont j’en donne une entière guérison.

Je guéris des loupes en quelque partie du corps qu’elles puissent estre, et des décentes de boyaux et autres hernies, soit par bandages et emplastres, ou par l’opération de la main, donnant la connoissance aux malades si c’est bubonocelle 2 ou

rie«, etc. Ceux qui soignaient la personne du roi étaient souvent désignés sous le nom de chirurgiens du corps.

1 1669, in-18, p. 76. —- En tête du volume, on voit le portrait de l’auteur, qui avait pour prénoms Pierre-Martin.

2 Bubonocèle, hernie inguinale bornée à l’aine.

oschocelle ', ou pliisocelle s , ou épiplocelle 1 * 3 * , ou anthérocelle *, ou hydrocelle 5 * , ou sarcocelle °, lesquelles hernies les faiseurs de brayers 7 ne connoissent pas.

Je fais paissaires 8 et emplastres pour la décente de matrice des femmes, et arreste leurs pertes de sang causées par quelques efforts ou mauvais accouchemens.

Je réunis le bec de lièvre ou lèvre fendue.

J’abas les cataractes, mouches et ongles 9 qui viennent aux yeux.

Je guéris la maladie secrette et ses accidens, sans tenir la chambre, laissant librement vacquer à ses affaires, sans crainte que personne avec qui l’on fréquente s’en apperçoive; qui est sans flux de bouche et sans mercure, mais par poudres et ptisannes laxatives, qui ont cette vertu de fortifier

1 Oschéocèle, hernie inguinale descendue dans le scrotum.

â Physocèle ou pneumatocèle, hernie inguinale descendue dans le scrotum et distendue par des gaz.

3 Epiplocèle, hernie de l’épiploon.

* Entérocèle , hernie limitée à l’intestin. Compliquée d épiplocèle, elle devient entéro-épiplocèle.

0 Hydrocèle, tumeur formée par un épanchement de sérosité, soit dans le tissu cellulaire du scrotum, soit dans une des enveloppes du testicule.

0 Tumeur du testicule.

7 Les faiseurs de bandages.

Pessaires.

L ongle est un abcès placé entre l’iris et la cornée. Dionis le nomme hypopyon, et le distingue du ptérygion, épaississement de la conjonctive.

l’estomach, aider la digestion, donner l’appétit et le repos à ceux qui ne peuvent dormir.

Je remets les membres rompus et disloquez. Je guéris toutes ulcères de jambes, tant invétérées qu’elles puissent estre, sans faire aucune incision, et les écrouelles.

Gomme aussi j’ay de très excellens remèdes pour les fièvres quartes, tierces, lentes, et pour plusieurs autres maladies qui affligent le corps humain, pour lesquelles j’invite les curieux de me venir voir, et je panse les pauvres par charité.

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