CONCESSION FAITE A LA FAMILLE DU BOIS
La famille Du Bois possédait, à titre héréditaire, le droit de justice sur la corporation des pêcheurs en l’eau du roi et une partie de ses revenus. Ces privilèges lui avaient été accordés par Philippe- Auguste, et vers 1268 ils étaient échus au sieur Guérin Du Bois. Nul, dit le Livre des métiers, « ne puet peeschier en l’iaue le Roy se il n’achate l’iaue de Guérin Du Bois, à cui ancisseur 3 le roi Phelippe le dona en éritage ; et le vent cil Guérin à l’un plus et à l’autre mains, si corne il li semble bon. » Il lui était cependant interdit de vendre la maîtrise plus de 5 sous; le concessionnaire ne gardait même pour lui que 4 sous, et remettait 1 sou au percepteur de l’impôt, « à celui qui cele coustume 4
1 Fagniez, p. 16.
â Titre LXXVII, art. 1.
5 A l’ancêtre de qui.
* Au treizième siècle, ce mot est souvent pris dans le sens d’impôt, de redevance.
garde pour le Roi. » Guerin*toucliait, en outre, de chaque pêcheur 5 oboles par an, et 3 deniers tous les trois ans >.
On nommait eau du roi la partie de la Seine et de la Marne qui appartenait au roi. Elle commençait à la pointe orientale de File Notre-Dame®, et finissait pour la Seine à Villeneuve Saint-Georges, pour la Marne à Saint-Maur des Fossés 1 2 3 4 .
La portion du cours de la Seine comprise entre la pointe occidentale de l’île Notre-Dame et le Pont-au-Change, appartenait à l’abbaye de Saint- Magloire. Elle la devait à la générosité de Louis le Jeune, qui lui avait donné, vers 1160, « aqua Sequanæ sicut fluit a capite insulæ Sanctæ-Mariæ usque ad magnum pontem, ita libéré ut nulli inibi, sine gratia et consensu Ecclesiæ et Abbatis beati Maglorii, piscari sive aliquid construere possit L » Jaillot se trompe donc quand il dit que les religieux avaient seulement le droit de pêche dans cet espace. Il reconnaît, d’ailleurs, deux pages plus loin, que lorsque la Ville voulut reconstruire le pont Notre- Dame, elle dut traiter avec l’abbaye 5 .
L’île Notre-Dame, une partie du Petit-Pont et le Pont-au-Ghange appartenaient à l’évêque de Paris.
1 Livre des métiers, titre XCIX, art. 1 et 2.
2 G’est-à-dire à la partie de l’ile Saint-Louis actuelle où se trouve l’église. C’est vers 1615 que la réunion de l’ile Notre-Dame à l’ile des Vaches constitua l’ile Saint-Louis.
3 Voy. le Livre des métiers, titre XCIX.
4 J. Dubreul, Antiquitez de Paris, liv. I, p. 178.
5 Jaillot, Quartier de la Cité, p. 191 et 193. — Sauvai, Antiquités de Paris, t. I, p. 228.
Entre le Pont-au-Change et Sèvres, la Seine était, en vertu d’une donation de Childebert, la propriété de l’abbaye de Saint-Germain des Prés 1 II. III. IV. 1 . Le roi n’avait donc pas le droit de faire prendre pour lui un poisson devant le Louvre. En 1389, les religieux ayant surpris deux hommes qui pêchaient dans les eaux de l’abbaye, avec l’autorisation et pour la table du roi, les « firent adjourner devant eux, et ardoir 2 leurs engins devant le pillory Sainct-Germain. » Un arrêt rendu le 18 août, à cette occasion, confirma le privilège de l’abbaye, et elle finit par affermer le droit de pêche sur toute la partie du cours de la Seine qui lui appartenait.