PÉRIODE D'ETAT
À ce moment, la tumeur continuant à se développer, l'oppression devient de plus en plus intense et la dyspnée prend les caractères de la dyspnée d’origine laryngée, c'est-à-dire qu’elle est continue avec accès paroxystiques aigus. Il se produit un ralentissement des mouvements respiratoires, s’accompagnant de ürage et de cornage. Enfin, cette dyspnée est surtout inspiratoire, le chondrome empêchant l'air de pénétrer dans les voies aériennes et le poumon. Parfois :1l survient de vérilables crises de suffocation, tellement rapides que l’on n'a pas même le temps de pratiquer une trachéotomie, et le malade meurt asphyxié. Une pareille crise arriva chez le malade observé par le D: Garel : après le diagnostic fait, l'intervention fut refusée ; tout à coup, accès de dyspnée, qui nécessita deux jours après une trachéotomie d'urgence. Rien au premier examen ne pouvait faire songer à un pareil accident, mais il faut bien se rappeler que toutes les sténoses chroniques du larynx sont susceptibles de
réaliser celle dyspnée continue avec ralentissement respiraloire, cornage el tirage, et qu'un effort, une complication intereurrente peuvent faire éclater un accès. Ces malades sont à la merci d’une congestion de la muqueuse, d'un spasme glottique et, comme ils sont souvent en état d’asphyxie latente, ils peuvent mourir en quelques secondes, tout à fait insidieusement.
Le malade cité dans le travail de Bertoye eut comme principal signe de début une raucité de la voix qu'il gardait depuis sept ou huit ans et qui allait toujours en augmentant. Il est tout naturel, en effet, que la tumeur, en se développant à l’intérieur du larynx, vienne gêner les deux fonctions de cet organe : la respiration et la phonation. L'altération de la voix peut aller depuis la raucité la plus légère, jusqu’à l'aphonie la plus complète. Comme nous l'avons vu dans le chapitre de l'anatomie pathologique, le chondrome du cricoïde peut venir se placer entre les deux cordes vocales ou au niveau de la glotte intercartilagineuse ; 1l peut les immobiliser ou même les envahir, déterminant ainsi, suivant la nature de la lésion, des troubles lévers où, au contraire, une aphonie complète. A la période terminale de l’affection, le malade en état d'asphyxie latente peut aussi ne plus avoir la force nécessaire pôur imprimer aux cordes vocales des vibrations suffisantes.
Enfin, si la tumeur se développe surtout sur la surface externe du larynx, elle peut amener des troubles du côté du pharynx, occasionnant de la gène et de la douleur au moment du passage du bol alimentaire et même de la dysphagie mécanique, Ce symplôme n'est
pe = cependant pas aussi fréquent que les troubles laryngés, car nous ne l'avons rencontré que dans un quart des cas. La dysphagie peut être telle que l’on soit obligé, comme dans le cas de Travers, à recourir à l'alimentation au moyen d’une sonde. D'autres fois, la tumeur, sans être très volumineuse, produit un spasme à l'entrée de l’æsophage.
Enfin M. Moure signale, dans son observation, des troubles cardiaques qui peuvent en imposer pour une myocardite. Ces troubles, dus très probablement à une compression du pneumo-gasirique, disparurent quelques Jours après l’opéralion.
Les signes fournis par l'examen clinique de la région cervicale ne sont pas très importants, la tumeur ne se développant presque jamais du côté externe, La plupart du temps, l'inspection, la palpation, la pression ne fournissent aucun renseignement. [’auscultation des poumons ne fait que grossir les bruits de cornage perçus à distance (Bertoye). Nous n'avons trouvé que deux observations où la tumeur ait amené une déformation du larynx.
Les symptômes que nous venons d’énumérer sont communs à bien d’autres affections du larynx et en particulier à ceiles qui provoquent une sténose ; aussi, dans tous les cas où l’on peut penser à une obstruction des voies respiratoires, 1l est indispensable de pratiquer un examen laryngoscopique, qui viendra confirmer le diagnostic et indiquer la nature de la lésion. Cet examen s'impose, pour démontrer l'existence d’un enchondrome, celui-ci étant, comme nous l'avons vu,
le plus souvent intra-laryngé.
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Cet examen est difficile pour deux causes :
1° la dyspnée ;
29 la situation sous-glottique de la tumeur.
Il ne faut pas se contenter d’un seul examen négatif, mais insister quand les signes fonctionnels révèlent une sténose. On pratiquera d’abord l'examen laryngoscopique, par la méthode ordinaire, et on aura recours au besoin à la méthode de Killian. On fera aussi placer les cordes vocales en position respiratoire, car dans la position de phonation, les cordes peuvent se rejoindre au-dessus de la tumeur et la masquer complètement.
Quand on a réussi à le voir, le chondrome apparaît dans la région sous-glottique du larynx, se projetant le plus souvent sur le miroir sous forme d'une masse arrondie, siégeant sous l’une des cordes vocales, recouverte d’une muqueuse normale. Comme la tumeur ne donne des troubles qu'au moment où elle a déjà atteint un assez gros volume, dans la plupart des cas elle dépasse déjà la ligne médiane, empiète sur le côté opposé et cache la partie inférieure du larynx et la trachée.
On peut avoir. comme le rapporte Türck {obs. V), une ulcération de la muqueuse ; il peut même y avoir des altérations de voisinage : les cordes vocales peuvent être tuméfiées et immobilisées, les cartilages de Wrisberg et de Santorini ne faisant aucun mouvement. Parfois la tumeur vient s’interposer entre les apophyses vocales, empêchant leur accolement complet ; enfin, si le chondrome déborde la commissure interarylénoïdienne, on verra sur le miroir une petite
masse rougeätre sortant du larynx et surplombant l'orifice supérieur de l'wsophage.
L'examen laryngoscopique sera complété, comme nous le verrons au diagnostic, par une exploration de la tumeur au stylet.
Ces tumeurs ayant en général un caractere bénin, Vétat général se conservera bon pendant trés longtemps. Il n'y a pas de généralisation à distance el dans toutes nos observations nous n'avons trouvé des ganglions que dans un Cas (Alexander), La santé ne seva altérée que par la dyspnée croissante, qui, tres pénible pour le malade, troublera beaucoup les fonctions de l’hématose.
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