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LE PLATONISME

21 décembre.

Les conclusions du rationalisme contre la Trinité en Dieu ne sont pas admissibles, parce que la raison transportant le fini dans l'infini, ne peut mettre dans Tidée qu'elle s'en fait que du fini poussé à l'indéfini. C'est tout simplement du naturalisme ou de l'anthropomorphisme, impuissants à donner une connaissance véritable de rinfini.

Il n'en est pas ainsi du spiritualisme platonicien, lequel ne fait pas de la logique en face de l'infini, mais de la métaphysique, de Fontologie, et qui va droit à l'être même pour en concevoir l'idée engendrée dans les âmes par sa vertu. Il se garde bien de chercher à former cette idée de toutes pièces par l'abstraction et la généralisation, qui, encore une fois, ne produisent que des êtres de raison, sans existence objective.

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Le platonisme, la plus sublime philosophie qui ait éclairé la terre, dépasse, par l'intuition intellecluelle les limites du monde des sens et de la raison, s'élève . directement et d une manière transcendante à l'idée de rÊlre en soi, de l'Être des êtres, ou de Celui qui est. Par cette intuition supérieure, il entre en rapport vivant avec l'Être vivant, et non plus seulement avec des notions, des formules et des catégories de l'entendement humain. L'àme, suivant Platon, est un œil spirituel qui voit chaque chose par un sens correspondant, le physique par la vision physique, le moral par un sens moral ou la conscienèe, le divin par un sens du divin, qui fait de l'homme un être naturellement religieux. Il y a à tous ces degrés une aperception plus ou moins lucide, mais certaine, qui affirme avec assurance l'existence objective de ce qu'elle saisit, sans qu'elle puisse en donner d'autre preuve que l'attestation de son expérience. Comme dans l'ordre sensible, tous les arguments sont impuissants à en établir l'objectivité, si l'on révoque en doute la certitude des sens, ainsi, dans l'ordre divin, dans l'ordre métaphysique, tous les raisonnements qui s'efforcent d'établir Tidée ou la notion de l'Être universel, n'en donneront ja» mais la certitude objective , sans l'intuition du sens divin, racine de la foi humaine à tout ce qui est surhumain.

Donc, par l'intuition intellectuelle et transcendante du platonisme, qui est l'acte ou la fonction propre du sens divin dans Thomme, l'âme est mise en contact avec linfini, et non plus seulement avec son ombre ou son fantôme terrestre, comme dans l'école péripatéticienne. L'infini, qu'elle perçoit et qui la pénètre, n'est point l'indéfini, mais l'Être universel lui-même, l'absolu, possédant la plénitude de l'existences dont il est la

source éternelle ; et cet être, vivant d'elle et plus qu'elle, puisqu'il est le principe de la vie, a une personnalité iofinie, c'est-à-dire une volonté toute-puissante, une science sans limites, une puissance sans mesure, en un mot toutes les perfections essentielles à la nature divine. Cette personne est en rapport avec la nôtre et avec le monde par sa providence et par son amour ; et ainsi les hommes peuvent s'adresser à l'une et à l'autre dans leurs besoins et leurs misères, pour en obtenir des secours et des bienfaits. Ily a là une âme qui répond à leur âme; et, comme le gouvernement personnel, tout en suivant les lois qu'il a établies, n'est pas lié par elles, puisqu'il les a faites, il y a possibilité et espoir d'échapper à leur fatalité naturelle par l'intervention supérieure de sa miséricorde et de sa bonté, et ainsi la prière et le culte religieux dont elle est Pâme, reprennent du sens, de la vertu et de l'espérance.

Voilà comment le platonisme autorise et favorise la religion au lieu de la saper et de la détruire, à Tinversé du rationalisme qui, en faisant de Dieu une abstraction, rend absurdes ou au moins inutiles la prière et le culte. En outre, en ce qui concerne la doctrine de la Trinité, le platonisme n'arguera jamais contre elle des lois du monde et de la raison, auxquelles elle paraît contraire, parce que lui-même ne se laissant pas enchaîner par ces lois, met la perfection de l'homme à s'en dégager pour entrer en commerce avec un monde supérieur et se rapprocher de la divinité. Il enseigne qu'on ne peut savoir de Dieu et des choses célestes que <îe que Dieu en a appris aux hommes par lui-même et par ses envoyés dans tous les lieux et dans tous les temps , et c'est pourquoi Platon, en ces sortes de choses, en appelle aux traditions anciennes, à certaines révélations prophétiques dues à des hommes divins ou

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à des génies, ministres entre le ciel et la terre. Il a enseigné en ces matières beaucoup plus que n'en admettent aujourd'hui ses disciples, qui reconnaissent avec lui le sens moral et le sens divin, mais ne croient plus au surnaturel ni aux révélations célestes.

Avons-nous tort, avons-nous raison ? Platon avait-il un esprit plus faible que le nôtre ? sommes-nous des esprits plus forts que lui ? ou bien ne serait-ce pas par une opposition secrète à la révélation chrétienne et pour échapper à son influence et à sa puissance, que nous avons pris cette position contradictoire? Je ne saurais le dire en ce moment, et cela importe peu à la question ; mais ce que je puis affirmer, c'est qu'un vrai disciple de Platon ne dira jamais que la doctrine de la Trinité est absurde et inacceptable, même quand il ne Tadopterait pas ; car Platon lui-même est soupçonné d'en avoir eu le pressentiment et de l'avoir comme prophétisée par quelques paroles très-obscures d'ailleurs, et qui m'ont toujours paru inintelligibles ou peu significatives.

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