IDÉE DU BAPTÊME
15 mai.
J'ai passé plusieurs jours à lire tout ce que j'ai pu trouver dans ma bibliothèque sur le baptême, et cette
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recherche m'a fait remuer des livres que je n'avais pas ouverts depuis bien longtemps. J'ai beaucoup réfléchi, pendant mes promenades, à ce que j'avais lu ; et maintenant, pour arriver à une conclusion, il me faut prendre la plume et noter avec soin le résumé de mes lectures et de mes réflexions.
Je suis allé d'abord à la source, en cherchant dans les Évangiles les paroles du Christ qui posent la nécessité du baptême pour le salut. J'ai trouvé deux passages très-positifs. L'un, qui établit le baptême nouveau, qui n'est plus celui de saint Jean, est conçu en ces termes adressés aux apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. (Matth., xxvni, 19.) Tous ceux qui croiront et qui seront baptisés, seront sauvés.» (Marc, xvi, 16.) Dans l'autre, au troisième chapitre de saint Jeaù, le Christ affirme à Nicodème la nécessité de renaître pour entrer au royaume du ciel; et quand Nicodème demande s'il est possible qu'un vieillard rentre dans le sein de sa mère pour en sortir de nouveau, il lui est répondu : « qu'il faut renaître par l'eau et par l'Esprit-Saint; car ce qui est né de la chair est chair, mais ce qui naît de l'esprit est esprit. »
Il suit de là que le baptême produit une renaissance, non du corps, comme Nicodème le pensait, quoiqu'il fût docteur en Israël, mais de l'âme. Or, si l'âme renaît, elle est engendrée de nouveau ou régénérée, et c'est pourquoi on nomme le baptême le sacrement de la régénération.
Mais comment s'opère cette régénération ou cette génération nouvelle? Par l'opération du Saint-Esprit, qui s'inl'use dans l'âme humaine au moyen de l'eau pure , qui est l'instrument et le symbole de toute purification, et de la parole qui est l'expression et le véhi^
cule de l'Esprit. Comme la parole humaine communique l'esprit de Thomme, ainsi la parole divine, prononcée par les ministres ordonnés à cet effet, transmet l'esprit de Dieu avec ses dons, quand ces ministres remplissent la mission qu'ils ont reçue. Ici encore, l'Esprit plane sur les cœurs et les imprègne de sa fécondité, comme aux jours de la création du monde. C'est le même Esprit qui en soufflant sur le corps d'Adam, tiré delà terre, y a créé l'âme qui lui a été unie. Dans le baptême a lieu une opération semblable, non pour faire l'âme à nouveau dans sa substance, mais pour réparer sa vie détériorée par le péché d'origine, et la rendre derechef participante à celle du ciel perdue par la faute de nos premiers parents.
Je ne puis mieux rendre comment je conçois l'effet du baptême, que par la comparaison avec la greffe qui transforme un arbre sauvage ou ce qu'on appelle un sauvageon. Elle y insère un bouton ou un œil d un autre arbre déjà régénéré, et de ce point d'insertion sort une tige qui apporte une sève nouvelle au sauvageon; en sorte que, tout en conservant sa substance, il est tellement modifié par cette influence supérieure, qu'il produit des fleurs et des fruits d'une beauté et d'une bonté au-dessus de sa nature abandonnée à elle-même. C'est toujours le même arbre, mais transfiguré par le nouvel esprit qu'il a reçu.
Cette comparaison est confirmée par les suites des deux opérations. Car si, dans l'arbre régénéré, la greffe s'affaiblit et se dessèche, la vie ancienne et sauvage reprend aussitôt le dessus ; de même que, dans la nouvelle créature engendrée dans le vieil homme par le baptême, si la vertu divine ne continue pas à être assimilée par l'âme du néophyte, la semence de la vie céleste non cultivée et sans nourriture s'épuise et meurt, c*est-à-
dire que la vie surnaturelle est étouffée dans cette âme par le poids de la vie terrestre, bien que le caractère qui lui a été imprimé, comme un sceau ineffaçable, ne puisse être détruit. De là, ce que l'Église appelle la mort de Fâme, amenée par le péché mortel, qui la dépouille de la vie de grâce : et la mort étant partout la privation de la vie, Tâme meurt en effet en se séparant de son principe, comme périt une branche séparée du tronc. Mais aussi, par cela que la semence divine, implantée une fois en elle, est indestructible, elle y reste à Pétat latent, comme un germe enfoui dans robscurité, et toujours 'capable d'être révivifié et de renaître en ce monde , dès qu'il est atteint par un rayon du soleil des esprits, ce qui s'opère par un autre sacrement.
J'avoue que, sans comprendre encore parfaitement ces choses, elles me touchent et répondent à un besoin profond de mon âme. Quelle que soit notre opinion sur les causes de notre misère actuelle, nous ne pouvons la nier. Nous naissons les plus misérables d'entre les créatures ; l'éducation, nécessaire pour nous instruire et nous formera la justice et au bien, n'est qu'un enchaînement de douleurs ; et le reste de notre existence jusqu'aux glaces de l'âge est une lutte incessante avec la concupiscence et l'égoïsme. Pourquoi cette infirmité originelle, et comment en sortir pour s'élever à la perfection dont nous sentons le besoin, pour atteindre l'idéal du vrai, du bien et du beau auquel notre âme aspire? En vérité, je ne trouve rien, dans les religions de l'antiquité ni chez les philosophes, qui explique aussi bien que le christianisme le fait, notre état natif, notre vie tout entière. Et de plus, cette explication, en attribuant l'origine du mal a la volonté pervertie de la créature, nous sauve de cette terrible alternative : ou de nier la distinction du
bien et du mal, c'est-à-dire de les confondre dans le panthéisme; ou de rapporter le mal à l'auteur du bien, dont alors on ne comprend plus la bonté souveraine ni la puissance infinie, à moins qu'on ne fasse de Dieu un principe malfaisant, qui a créé des êtres misérables pour en faire avec dérision les tristes jouets de sa cruauté et de ses caprices. Blasphème et absurdité, puisque tout cela est en contradiction directe avec Fidée de la Divinité !
Puis, ce qui parait plus touchant encore, c'est la manière pleine de raison et de douceur avec laquelle Phomme coupable est tiré de son péché, et sauvé de la mort éternelle méritée par sa révolte. L'imprescriptible justice doit avoir son cours; il faut donc que le crimi* nei soit puni ; et, pour que la punition lui profite, il doit reconnaître sa faute, et la 4ésavouer, ainsi que sa mauvaise volonté, en se détachant du mal. Adam affaibli et asservi au mal en était devenu incapable comme sa postérité, à laquelle il a transmis sa dégradation et son impuissance. Il fallait cependant un homme pour réparer, par la volonté humaine, le mal commis par la liberté de l'homme; et Dieu, dans son immense miséricorde, a daigné se faire semblable à nous pour relever en sa personne l'humanité qu'il a assumée, et en subissant à sa place le châtiment qu'elle s'était attiré. Ainsi la justice a embrassé la miséricorde, ou plutôt la miséricorde divine a fourni de quoi satisfaire à la justice immuable. L'homme est racheté parle sang expiateur et propitiateur de la victime céleste versé sur la croix pour le coupable, et désormais l'àme qui s'unira à Jésus-Christ, parla foi en sa parole et à son sacrifice, et qui sera baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, participera, par la vertu de son baptême
et des autres sacrements, à la vie du ciel communiquée
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ici-bas par la grâce, et qui sera complétée au delà de cette vie dans la gloire. Ce nouvel homme, sortant des fonts baptismaux, me parait admirable; et ce que j'admire encore plus, c'est cet enchaineoient de moyens et de secours spirituels, cette persistance de discipline, de surveillance et de direction morale, par lesquelles Tœuvre du Christ libérateur est continuée dans l'Église, qui devient comme Tinstitutrice du genre humain pour lui enseigner dans tous les siècles les vérités éternelles, et surtout pour Télever de clartés en clartés, de vertus en vertus jusqu'à la gloire et aii bonheur infini du Père des lumières, de la source de tout don parfait, en un mot de ce que nous appelons en philosophie le souverain Bien,