‹ Les choses de l'autre monde journal d'un philosopheChapitre 41 sur 63 · VERTU DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

VERTU DU BAPTÊME

20 mai.

Il y a cependant, au milieu de cette lumière qui m'apparait en ce moment, un point obscur, et je tiens à Téclaircir. Je conçois jusqu'à un certain point comment la tache du péché d'Adam a passé. avec son sang dans ses descendants, puisqu'ils ont été tous en puissance dans leur premier père. Ce^i pourquoi saint Paul dit, je crois, quelque part : « In uno peccaverunt omnes^ tous ont péché dans un seul. » De là, la distinction de deux espèces dépêchés : l'originel qui esttransmis,et dont nous ne sommes atteints que par solidarité; et Factuel qui provient de notre volonté propre, et dont nous sommes personnellement coupables. Mais je ne vois pas aussi bien comment, par quelle voie, la ne divine, apporté^ (Ju ciel par le Médiateur, est communi-

quée à tous les chrétiens, à tous le$ hommes régénérés, en sorte qu'ils deviennent, par cette participation, enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ. Il est vrai qu'ils le deviennent seulement par adoption ; car le Verbe divin en est seul le Fils par nature, unigenittiSj le seul engendré par le Père auquel il est consubstantiel et'égal en puissance et en majesté. L'essence divine est incommunicable à la créature; et le fini, qui peut être uni à Tinfini, ne peut jamais lui être identique, car Dieu est un, il est le Dieu unique. Mais, par sa nature régénérée, rhomme n'est-il pas véritablement le frère de Jésus- Christ, surnaturellement d'abord comme membre du corps glorifié du Sauveur, et même naturellement en la Vierge mère, dans le sein de laquelle le Verbe a pris la chair et le sang de l'humanité?

Maintenant donc se présente cette question : Comment la vie divine ou surnaturelle, unie en Jésus-Christ* à la vie naturelle de Thomme qu'elle a transfigurée et divinisée, a-t-elle passé dans la postérité d'Adam pour la purifier de la tache originelle, et la délivrer des liens du péché, de la servitude et de la mort? Comment en a-t-elle fait une créature nouvelle, agréable aux yeux de Dieu, dont elle subissait la vindicte auparavant? Ce n'est point par la transmission de la vie physique du Rédempteur, puisqu'il est resté vierge comme sa mère; et d'ailleurs le moyen qui a servi à la propagation du mal, ne pouvait être employé à l'application du remède. Néanmoins, comme la vie se transmet partout par la génération, il faut bien qu'il y en ait une aussi dans ce cas; et, puisque la chair viciée ne devait point y avoir part, cette génération a dû être toute spirituelle. C'est ce que le Christ fait entendre à Nicodème par ces paroles : « Ce qui naît de la chair est chair, mais ce qui naît de l'esprit est esprit, «Et je me rappelle avoir lu autrefois

au premier chapitre de l'évangile selon saint Jean ces paroles significatives, auxquelles je trouve un sens pour la première fois : « A tous ceux qui l'ont reçu (le Verbe incarné), il a donné la puissance de devenir les enfants de Dieu, à tous ceux qui croient en son nom, qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. »

Là se trouve, je pense, la réponse à ma question. Oui, la vie de Jésus-Christ a été transmise aux enfants d'Adam, qui par elle ont été recréés et sont devenus des hommes nouveaux. Et cette œuvre de sa grâce, ce produit de l'amour de Dieu pour les hommes s'est accompli et s'accomplit encore chaque jour par une génération purement spirituelle, laquelle s'opère en chaque nouveau chrétien dans le baptême, appelé à cause de cela le sacrement de la régénération, et même le sacrement des morts, parce qu'il rend la vie du ciel à ceux qui l'avaient perdue. Cette génération se fait dans l'âme et non dans le corps, et par conséquent le sang et la chair n'y ont aucune part. Elle se fait par l'eau et par l'Esprit, dont la parole divine, prononcée avec foi, est le transmetteur. Quand il s'agit de baptiser des adultes, c'est-à-dire des hommes en puiî9sance de leur raison et de leur liberté, il faut les instruire d'abord, comme le Christ a instruit ses disciples ; car c'est en vertu de leur foi à la parole éternelle qu'ils reçoivent la vie qui est en elle, et qui peut seule en faire de nouvelles créatures. C'est pourquoi Jésus dit à ses apôtres en leur donnant leur mission : a Allez et enseignez toutes les nations ; ceux qui seront baptisés et qui croiront en mon nom seront sauvés ; » c'est-à-dirè ceux qui, avec l'eau du baptême, recevront dans leur cœur, par ma parole, le Saint-Esprit, seront reengendrés, régénérés, et ainsi ne seront plus « nés du sang, ni de la volonté

de la chair, ni de celle de rhomme, mais de Dieu luimême. »

Toutefois, dans les enfants nouveau-nés ou encore en bas âge, sans parole, sans pensée, sans liberté en exercice, il y a une infusion de la foi et de la vie par Padministration même du sacrement; car il n'existé rien dans leur âme qui s*y oppose, ni doute, ni objection, ni inquiétude d'esprit et de cœur. Ce sont des âmes souillées, il est vrai, comme les autres, par la tache originelle, mais qui n'ont encore rien fait pour adhérer volontairement au péché dont elles n'ont pas même la connaissance. Ce doit donc être pour elles un immense bienfait d'être régénérées au début de l'existence, et d'entrer en ce monde avec la semence de la vie divine dans leur cœur, la foi infuse dans leur intelligence, et l'assistance de TEsprit-Saint qui les remplira plus tard , de ses dons par le ministère de l'Église, s'ils restent les enfants soumis de leur Père céleste.

Je ne sais plus ce que je viens de jeter sur le papier et je n'ai pu le relire. J'ai cherché à m'expliquer comment on peut croire à la vertu du baptême sans êlre absurde ni imbécile, et je crains presque le sort de ce comédien qui, jouant dans une tragédie, devant le peuple romain, le rôle d'un martyr, s'écria avec tant d'ardeur : je suis chrétien ! qu'il le devint en effet pour tout de bon et reçut soudain l'esprit de foi par l'accent de l'âme donné à sa protestation. Son rôle devint une réalité, et il passa du théâtre à l'amphithéâtre où il subit réellemeift le martyre. Je n'en suis pas là, et je n'ai pas encore la foi de saint Genest. C'est elle, au contraire, qui me manque; quoique, en beaucoup de choses, l'opposition de ma raison s'affaiblisse. J'entrevois des possibilités là où je ne voyais que des absurdités, et mon intelligence s'élargit et s'élève. Mais ma volonté tient

ferme, et elle n'a pas encore des motifs sufflsants pour abandonner sa position.

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