É LES CHOUX
Chou pointu de Winnigstadt. — Nous ne connaissons pas de Chou cabus blanc meilleur que celui-ci. Sa pomme, régulièrement conique et ordinairement inclinée, est large de la base, assez allongée, très lourde sous un volume ordinaire, c’est-à-dire très serrée, ce qui revient à dire que les côtes ou nervures des feuilles sont peu saillantes. Or, c’est là une qualité qu'il faut rechercher dans tous les Cabus. Dans les terrains riches et les climats frais, il se forme à la base de la grosse pomme plusieurs pommes de la grosseur d’un œuf de poule. Elles ne sont d'aucune utilité pour le ménage, mais elles prouvent la vigueur de la race et sa tendance à pommer. Cette tendance est telle, en effet, qu’on peut compter sûrement sur la réussite de tous les plants, avantage considérable que n’offrent pas les autres Cabus blancs à feuilles lisses. Enfin, le Chou de Winnigstadt arrive à la consommation en même temps que les Cœurs de bœuf. Ce n’est donc pas une race tardive.
Nous nous sommes livré à des essais nombreux et suivis sur la culture des différents Choux, et le Chou de Winnigstadi est le seul de sa catégorie qui nous ait donné une complète satisfaction, le seul Chou blanc que nous cultivions encore et dont nous encouragions fortement ja culture autour de nous. On ne le rencontre pas sur les marchés de Paris, et nous n'engageons pas les maraichers de la banlieue à en produire pour cette destination. On leur préférerait les Cabus ronds d’un plus gros volume. Ceci ne nous empêche pas de recommander vivement le Chou de Winnigstadt à tous les fermiers et à tous les bourgeois qui disposent d’un potager.
Chou conique de Poméranie, — Ce Chou est plus tardif que le précédent. On l’estime beaucoup dans le Grand duché de Luxembourg; sa pomme d’un vert gai, a la forme d'un cornet renversé, d'environ 40 cent. de hauteur. Nous n'avons obtenu de celte race que des résultats médiocres, mais il ne faut pas la condamner pour cela. Ce n’est point sa faute, après tout, si nous nous sommes laissé surprendre par les chenilles. Une fois engagées dans le cornet en question, 1l devient très difficile, pour ne pas dire impossible, de les déloger. La feuille du Chou de Poméranie est si mince, si fragile, qu’elle se déchire au moindre contact de la main. Nous l’avons abandonné à cause de ce défaut.
Chou de Fumel. — Cette variété a beaucoup de ressemblance avec le Chou Joanet, dont nous parlerons tout à l'heure, mais sa pomme, assez large du haut, cède sous la main, ne présente pas une résistance convenable, et ne nous invite par conséquent pas à le recommander dans le climat de Paris et plus au Nord. On le dit excellent pour le Midi et précieux à raison de sa précocité. Sous ce rapport, nous n'avons pas qualité pour vous en entretenir, attendu que nous l’avons cultivé comme Chou de seconde saison, dans un climat rude qui ne nous permettait pas de le semer à l'automne, en vue de le récolter de bonne heure au printemps. Nous l’avons semé vers la fin de mars, pour le consommer en été, et c’est ce qui explique le parallèle que nous venons d'établir entre ce Chou et le Joanet ou Nantais. |
Il est rare d’entendre appeler le Chou de Fumel par son véritable nom; on le nomme plus ordinairement Chou
femelle. M. Vilmorin nous apprend qu’il est très cultivé dans les environs d'Oran, sous le nom de Jumäilia di cacali di Chiavari.
Chou Soanet Où Chou Nantais, Chou Saunet, Chou de @enille, Chou pommé d'Angers. — Nous l'avons cultivé en Belgique, et voici ce que nous en savons par expérience. C’est une variété de Cabus qui pomme assez tôt et assez vite et n’a par conséquent pas à souffrir beaucoup de la voracité des chenilles. Sa tendance à tourner est merveilleuse; pas un plant n’avorte, et quand à la suite d’un accident, la tige se trouve rompue ou éborgnée, il y a multiplication de petites têtes en dessous. Un seul Chou Joanet a éprouvé chez nous l’accident dont il vient d’être question, et tout aussitôt des rejets se sont développés au-dessous de la plaie et nous ont donné sept petites pommes. Îl est très précoce.
Le Chou Joanet n’a pas le volume du Trapu de Brunswick que d’aucuns appellent Chou d’Alsace de seconde saison, mais il est plus fin, plus précoce, et sa tête est aussi ferme qu'on peut le désirer pour la fabrication de la Choucroüte. Dans l’Ardenne Belge, qui est au moins de six semaines en retard sur le climat de Paris, nous l'avons, en 1856, récolté le 8 septembre. Les pommes du Chou Joanet sont irrégulièrement sphériques, et les nôtres mesuraient de 15 à 19 centimètres de diamètre. Ce n’est pas gros; cependant il n’y avait pas encore trop à se plaindre.
On assure que les hivers rigoureux et les pluies soutenues sont très nuisibles au Chou Joanet. Gomme nous ne l’avons semé qu’au printemps, non à l’automne, ainsi que
cela se pratique dans les contrées douces, nous n'avons pas eu l’occasion de nous plaindre des rigueurs de la saison.
Chou de Saint-Denis OU d’Aubervilliers. — C’est le Cabus à grosse pomme ronde un peu aplatie que l’on rencontre le plus communément sur les marchés de Paris, vers la fin de l’été et de l’automne. Sa pomme est très ferme, plus verte au sommet que dans les autres Cabus à pomme ronde, et un peu lavée de rouge pâle. C’est une race vigoureuse, à feuilles larges et abondantes, plus élevée sur pied que le Chou d'Alsace de seconde saison, pommant bien et excellent pour la Choucroûte. Nous avons cultivé Je Chou de Saint-Denis dans la province de Luxembourg avec plus de succès que le Chou quintal, et les comparaisons que nous avons faites nous autorisent à croire que les Choux dits de Mersch, d’Arlon ou de Bastogne, avec lesquels les Luxembourgeois préparent leur Choucroûte, ne sont autre chose qu'un mélange de Choux de Saint- Denis et de Choux de Bourgogne très dégénérés.
Le Chou de Bonneuil, très prôné à Paris au siècle dernier, n’était, au rapport de M. Vilmorin qu’une sous-variété précoce du Chou de Saint-Denis, qui s’est tellement confondue avec le type qu'il n’est plus possible de l'en distüinguer. Cependant, il est permis de croire que la race de Saint-Denis ou d’'Aubervilliers d'aujourd'hui a plus emprunté de caractères au Chou de Bonneuil qu’il ne lui en a cédés. Vous pouvez en juger par les descriptions de De Combes. De son temps, c’est-à-dire dans la seconde moitié du xvrrre siècle, le portrait du Chou de Saint-Denis était celni-ci : Pomme d’une belle grosseur, un peu pointue.