Ù LES CHOUX
un des Choux qui résistent le plus aux mauvais temps; il faut le destiner particulièrement pour l'hiver, d'autant plus que la gelée l’attendrit. »
Chou de Milan äoré. — Variété fort jolie, à feuilles extérieures d’un vert blond, peu cloquées et à pomme ronde et lâche, d’un jaune clair appétissant. Il est signalé comme très tendre; mais l’expérience que nous en avons faite nous laisse quelques doutes sur ce point. Peut-être, devons-nous nous en prendre au manque d’eau, car, en même temps que nous le supprimions de notre potager de Saint-Hubert, nos voisins du Pénitencier qui opéraient sur un terrain frais et pouvaient arroser copieusement au besoin, tenaient ce Chou de Milan doré en M estime.
Chou de Milan à tête longue. — C’est celui de tous les Milans ou Savoyards, dont la culture nous a donné le plus de satisfaction dans l’Ardenne Belge. Les jardiniers du temps passé le connaissaient aussi bien que nous; on peut en juger par le signalement que nous a laissé De Combes. « C’est, dit-il, le Frisé pointu, nommé autrement la Tête longue; sa feuille est d’un beau vert, extrêmement cloquetée et fort allongée, assez bas de tige, et de médiocre grosseur. Sa pomme est formée comme un œuf, jaune, tendre et d’un goût parfait; mais elle n’est pas bien serrée. Il est délicat à la gelée; il faut beaucoup d’attention pour le conserver en hiver. »
Chou de Bruxelles. — Cette race, fortement caracttrisée, et essentiellément distincte de tous les autres Choux
de Milan, porie encore les noms de Chou à jets, de Chou - à roseties et de Spruyt ou plutôt Sproute, pour nous rap- procher de la prononciation flamande. Sa tige, aux points d'insertion des feuilles, se couvre de petites pommes de la grosseur d’une noix (grav. 6) ; et ce n’est pas seulement à l'aisselle des feuilles inférieures que naissent ces petites pommes, ainsi que le rapporte la Description des plantes potagères de M. Vilmorin, c’est à l’aisselle de toutes les feuilles, même parmi celles de la cime. Quand le Chou de Bruxelles a été semé, et repiqué en temps convenable, ses pommes deviennent très dures; mais quand 1} provient de graines suspectes et qu'il a été l’objet d’une culture mal entendue, les feuilles de la rosette ne tournent pas, ou bien, s’il y a exubérance de vie, les pommes deviennent plus grosses que de coutume et restent flasques.
Le Chou de Bruxelles provient certainement du Chou de Milan, et il n’est pas rare dans le semis et les plantations de rencontrer des pieds qui retournent au type, et dont la cime ressemble parfaitement aux Choux de Milan qui n'ont pu former leur pomme. En fendant les petites têtes du Chou de Bruxelles, on remarque aussi que leur intérieur est de la même nuance que l’intérieur des Choux de Milan.
CULTURE ET RÉCOLTE DES CHOUX POMMÉS. — Les Choux de la troisième catégorie, quel que soit le groupe auquel 1ls appartiennent, se cullivent à peu près de la même manière. Il n’y a d'exception sérieuse que pour le Chou de Bruxelles.
Cette fois, comme toujours, ia bonne fin dépend &u bon commencement, et ce bon commencement, c’est la graine
Grav, 6, — Chou de Bruxelles.
de qualité irréprochable ; et, pour l'avoir telle, il faut ou s'adresser à des marchands grainiers de premier ordre, ou la faire soi-même, ce qui vaut encore mieux. Or, il n'est pas plus difficile de faire de la graine de Choux cabus que de la graine de Choux qui ne pomment pas. L'essentiel est de marquer au moyen de baguettes ou autrement les pieds de race pure qui portent les pommes les mieux conformées, afin de les reconnaître quand ces pommes auront été coupées et livrées à la consommation. Cette précaution prise, on s’arrangera de manière à conserver ces pieds de Choux pendant l'hiver, soit par des abris et sur place, soit en les arrachant pour les placer, les racines dans la terre, sous un hangar ou dans un cellier. Lorsqu'on les abritera sur place, c’est-à-dire au jardin, sans les arracher, on aura soin de leur donner de l'air et du jour toutes les fois que la température le permettra, sans quoi, on les exposerait à pourrir.
Au printemps, les pieds conservés seront transplantés dans des trous avec une bonne fumure, composée d’un mélange de terre meuble et de vieux fumier de ferme, et l'on arrosera pour précipiter la reprise. Il n’est pas inutile d'ajouter qu’il serait imprudent de rapprocher des portegrames de variétés distinctes. Il y aurait croisement. Ne cultivät-on que deux variétés de porte-graines dans un potager d’un hectare, on aurait de la peine à éviter le croisement, alors même qu'on les mettrait aux deux extrémités. Les abeilles se chargent de rapprocher les distances.
Nous connaissons de vieux praticiens et quantité d’excellentes ménagères qui pensent que les pieds de Choux, avec leurs têtes, donnent une meilleure graine que ces mêmes
délires re
pieds dont on a récolté les pommes. Cette opinion n’a rien de déraisonnable; au contraire, elle nous paraît en parfait accord avec les lois de la physiologie, et nous sommes tenté de croire avec eux que la tige florale qui sortirait de la pomme, donnerait une semence parfaite; mais il est si difficile de conserver un pied de Chou avec sa pomme de feuilles pendant tout un hiver, que ce procédé, bon en principe, ne saurait être réellement recommandé dans la pratique. On coupera donc les pommes en question, mais le plus tard possible, en automne, afin de ne pas provoquer l’émission de rejets qui fatigueraient la tige en pure perte. | Quant à l'entretien des porte-graines, à partir du prin-
temps, c'est-à-dire du moment où les rameaux floraux commencent à pousser, on s'y prendra comme avec les porte-sraines de Choux fourragers, dont il a été question
précédemment. Sarcler, biner de temps en temps, arroser en temps de sécheresse prolongée, et surtout à l’époque de la floraison, accoler les principales tiges à des tuteurs pour empêcher les coups de vent de les rompre, supprimer par le pincement les fleurs des petits rameaux, neconserver que celles des branches principales, pincer le bout de ces branches au moment où se forment les premières siliques,
afin de concentrer la sève sur celles-ci, ne conserver de si-
liques que sur les principales branches, s'opposer à la grenaison des rameaux secondaires, laisser mûrir les graines sur pied jusqu'à ce que les siliques s'ouvrent, surveiller de près les petits oiseaux afin de prévenir leurs dégâts,
récolter la semence par la rosée, l’étendre sur un drap au
soleil pendant une heure ou deux, achever la dessiccation
sous un hangar ou au grenier; voilà ce qui est à faire, et assurément cette besogne n’est n1 lourde ni difficile.
… Pour ce qui concerne les porte-graines de Choux de Bruxelles, on se rappellera qu’il faut couper la tige aux deux tiers environ de sa hauteur et récolter la semence sur les branches latérales de la partie moyenne, branches qui sortiront des rosettes. S'il est tout naturel de prendre la graine des branches supérieures pour obtenir de grosses pommes, 1l est tout naturel aussi pour avoir de petites pommes, de la prendre sur les rameaux que produisent les petites pommes en question.
Pendant longtemps, nos jardiniers français ont traité leurs semenceaux de Choux de Bruxelles, comme ils avaient l'habitude de traiter leurs semenceaux de Choux d'Aubervilliers ou de Choux de Milan des Vertus. Il en résultait que leur graine reproduisait très imparfaitement le type, et qu'il fallait chaque année se réapprovisionner à Bruxelles ou à Malines. Aujourd’hui, nous nous en dispensons très bien, ce qui n'empêche pas nos voisins du Nord de n’en rien eroire et d'écrire que la France est tributaire de la Belgique pour le Chou de Bruxelles, et qu’elle le sera éternellement. Ceci est tout bonnement une erreur.
Supposons maintenant que nous soyons en possession de notre graine de Choux. Nous devrons nous rappeler qu'on la sème à deux époques de l’année : dans le courant d'août pour repiquer en septembre ou en octobre; ou bien au commencement et à la fin du printemps, selon les races, pour repiquer six ou sept semaines après la levée.
Ainsi, nous sèmerons en août toutes les races qui peuvent traverser l'hiver et auxquelles nous demandons des