CULTURE DU EHOU MARIN
soulevant les couvercles, on ôtait cylindres ou caisses, et on coupait les pousses pour les besoins de la cuisine. Pour notre compte, nous avons reculé devant les frais de cylindres en terre culte, et, à titre d'essai, nous nous sommes servi de caisses destinées dans le principe à recevoir des fleurs ou des arbrisseaux. Notre échec a élé complet; au lieu de végéter, nos Crambés ont pourri, et quand nous les avons découverts, nous n'avons trouvé que de la moisissure et des cloportes. Alors, nous nous sommes rappelé le procédé d’étiolement naturel, et nous nous sommes dit que puisque les habitants du littoral ne consomment que les feuilles cachées par le sable, nous arriverions au même résultat en couvrant nos Choux-marins avec de la terre. En conséquence, nous avons établi des buttes à chaque pied, en prenant soin de les élever tous les deux ou trois jours, à mesure que les extrémités des feuilles de Crambé se montraient. Nous ne rechargions chaque fois que d’une mince couche de terre, de l’épaisseur d'un travers de doigt tout au plus, afin de ne = étouffer la plante.
Lorsque notre butte est arrivée à une hauteur de 60 centimètres environ, nous la démolissons par la base avec les mains, et les feuilles étiolées nous apparaissent tout entières. Si nous démolissions la butte par le haut, les pousses seraient en grande partie rompues et dépréciées. Nous coupons ces feuilles inoins une ou deux du milieu, et nous laissons la souche à l'air. |
Au bout de quatre ou cinq jours, la végétation reprend son activité; nous enveloppons la souche de terreau ou nous larrosons modérément avec du purin très étendu
t04 | LES CHOUX
d'eau, et dès que la terre est convenablement ressuyée, nous formons de nouveau la butte comme la première fois; et ainsi de suite pour une troisième récolte et même pour une quatrième. Mais afin de ne pas fatiguer à l’excès les pieds de Crambé, on se contente de trois récoltes, et peut-être ferait-on mieux de s’en tenir à deux.
Après la dernière coupe, on fume, on arrose et on laisse la plante libre de pousser comme elle l'entend; seulement, par cela même qu'elle a souffert, elle a de la tendance à fleurir vite et ses boutons se montrent avant que les feuilles soient développées. On devra supprimer rigoureusement tous ces boutons, aussi longtemps qu’on en verra se produire; c’est le seul moyen de forüfier la souche et de l’empêcher de périr prématurément. Les seuls pieds de Crambé que l’on doive autoriser à fleurir et à porter graines, sont ceux que l’on réserve pour semenceaux et sur lesquels on ne prend aucune récolte. |
Le Crambé ne se reproduit pas seulément de graine; on le multiplie encore d’œilletons et d’éclats de racines et de la sorte on gagne une année. Îl se reproduit souvent encore de lui même au moyen de ses racines traçcantes.
On a dit de ce légume qu’il avait le goût de l’Asperge et et du Chou-fleur; ce n’est pas exact. Cuit au blane, ia un peu l’odeur de l’Asperge aux petits pois ; quant à sa saveur nous ne pouvons la comparer à celle d’aucun autre légume; elle est délicieuse, et c’est là le point essentiel. Le Crambé a en outre le mérite de devancer les Asperges de 10 à {5 jours, et ce mérite vaut assurément la peine d’être pris en considération. |