INSECTES, MOLLUSQUES, ANNÉLIDES ET MYRIAPODES NUISIBLES AUX CHOUX
… Avant de parler de l'emploi des Choux, nous avons à examiner les différents insectes, mollusques, etc. qui les attaquent. Le nombre en est assez considérable,et les dégâts qu'ils commeitent ont de l'importance. Bien certainemeni, cette partie de notre petit livre laissera beaucoup à désirer, mais ce m'est pas notre faute, on en conviendra, si les naturalistes ne sont pas assez cultivateurs, et si les cultivateurs ne sont pas assez naturalistes. C’est uniquement pour cette double raison que nous rencontrerons de loin en loin des observations contradictoires et des points obscurs que nous ferons en sorte d'éclairer un peu.
Pour ce qui regarde les insectes, nous aurons à vous parler des Altises, de deux Charançons, de l'Élater, et du Hanneton parmi les Coléoptères; du grand Papilion du Chou,
du petit Papillon du Chou, du Papilion blane veiné de vert,
de la Noctuelle du Chou, de la Noctuelle gamma, de ia Noc-
tuelle potagére et de la Noctuelle des moissons, parmi les Lépidoptères; de la Phytomyze génieulée et de ia Tipule
potagère, parmi les Diptères; du Puceron du Chou et de la Punaise du Chou, parmi les Hémiptères.
Quant aux Mollusques, les Limaces et les Hélices nous intéressent nécessairement.
Les Annélides nous fournissent enfin un ver de terre qui demande à être étudié, et les Myriapodes appellent notre attention sur les Jules. |
$ Ier. — INSECTES
Altises. — Nous nommons Altises de tout petits insectes vulgairement appelés puces de terre, tiquets, alirettes, mouchettes, etc. Elles recherchent surtout les plantes de la famille des Crucifères, et, à ce titre par conséquent, elles n’épargnent point les Choux. Le genre Altise comprend un très grand nombre d'espèces, mais nous n'avons à nous plaindre que de cinq, qui sont : 4° l’Altise du Chou (Altica brassicæ), 2 l'Altise noire (À. atra), 3° V'Altise potagère (À. oleracea), 4 V’Altise des bois (À. nemorum), 5° l'Altise flexueuse (4. flexuosa). La première est noirâtre, avec deux petites lignes longitudinales jaunes, placées bout à bout, et n’a pas plus de 2 millimètres de longueur; la seconde est un peu plus grande et d’un noir brillant; a troisième, d’un verdâtre brillant, atteint 3 millimètres;la quatrième est noire et porte sur chaque élytre une bande jaune et droite, dans le sens de la longueur; la cinquième enfin, qui affectionne particulièrement-le Chou de la Chine, est noire aussi et porte également une bande jaune sur ses élytres flexueuses. z : Les Altises, quoique très-répandues, n’ont pas encore été étudiées d’une manière satisfaisante. Curtis nous dit que si le printemps est chaud, les Altises des bois s’accou-
plent d'avril en septembre, que la femelle dépose ses œufs sur le revers des feuilles rugueuses des turneps, que les œufs sont très petits, lisses et un peu de la couleur de la feuille, qu’ils éclosent au bout de dix jours, que les petites larves commencent de suite à manger sous la pellicule inférieure et à former des galeries tournantes dont la pulpe détachée les nourrit. Il ajoute que les galeries sont assez visibles à l'œil nu lorsque les larves les ont abandonnées et que les pellicules sont devenues blanches et décolorées, mais que dans leur premier âge on les découvre difficilement, et qu'il faut regarder la feuille de très près et l’exposer à la lumière pour les apercevoir. En six jours environ, les larves, assure-t-on, auraient pris toute la nourriture dont elles ont besoin, et alors elles s’enfonceraient en terre à la profondeur de 5 centimètres au plus, près de la racme où les feuilles des turneps les protègent contre la sécheresse et l'humidité. C’est là qu’elles se changent en chrysalides ; elles restent une quinzaine de jours en cet état, et après cela, linsecte parfait sort de terre. Cet insecte parfait passerait l'hiver engourdi sous des écorces d'arbres soulevées, sous des feuilles tombées, etc. et se réveillerait aux premières chaleurs du printemps.
M. le docteur Candèze nous dit de son côté, à propos &e VAltise du Chou, que la femelle pond ses œufs au printemps, sur les jeunes feuilles de cette plante, que les petites larves nées de ces œufs, s’enfoncent dans le parenchyme de la feuille, qu’elles rongent en y ouvrant de nombreuses galeries; que ces larves arrivées à leur complet développement, se laissent tomber, entrent dans le sol pour se métamorphoser, et attendre le retour de la belle saison.
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Ces explications, au’on nous permette de le faire observer, peuvent être d’une exactitude parfaite, mais elles n'empêchent pas les Altises de dévorer lestement nos Choux au printemps, au moment de la levée, et parfois même les plants repiqués, d'une certaine force, mais c’est le cas le plus rare. Nous constaterons, en passant, que ces insectes touchent fort peu aux semis de Choux faits près d'un mur ou d’une haïe, tandis qu'ils ravagent ceux qui ont été faits en terrain découvert. Nous ajouterons que les semis de mars, avril et mai sont exposés surtout à jeurs dégâts, et qu’à partir de juin, 1ls deviennent si rares qu’on ne s’en préoccupe plus guère. |
Arrivons aux moyens indiqués pour prévenir ou pour combattre les ravages des Âlüses.
M. Huart-Chapel a écrit ce qui suit dans le Journal d'Agriculture pratique, que Ch. Morren publiait autrefois à Liége : — « Pour empêcher mes Navets, mes Choux et les Crucifères en général d'être dévorés par les Altises, je mêle de la fieur de soufre à la semence quelques jours avant de semer; j'ai soin d’agiter la grame avec le soufre afin qu’elle en soit bien couverte. Jamais, dans ma longue expérience, je n’ai vu mes feuilles endommagées. Hi y a plus, il m'était resté une partie de ma semence de Navet dans le soufre de l’année 1848, je lai fait semer en 1849; ce semis à parfaitement levé, aussi vite que la graine de l'année, et a produit une très bonne récolle.
J'engage beaucoup les cultivaiteurs à suivre ce procédé si facile et si utile. La fleur de soufre ne coûte pas cher. [l n’en faut pas plus que ne coûte le prälinage des graines. J'entends par-là qu’il faut que la graine soit bien couverte
de toutes parts de cette poudre. Il est facile de s’en assurer par la couleur de la graine après l'opération.
. « Je sais bien qu'il est toujours difficile à la physielogie végétale d'expliquer comment ie soufre déposé sur ces graines, dont les enveloppes restent en terre, peut agir sur de jeunes plantes qui n’en sont pas recouvertes, mais 1} me semble qu'il faut d'abord se demander si ce soufre qui reste dans la terre n’agit pas pour éloigner les insectes. Tout prouxe que ceux-ci ont l'odorat très développé, et si le soufre ne sent pas pour nous, rien ne nous dit que les imsectes ne le sentent pas. Dans ces sortes de matières, l'expérience est le fait principal, et de celle-là nous garantissons l'efficacité. »
Nous n'avons pas eu recours à l'emploi de ce moyen prévenuf, ei par conséquent nous ne le cautionnons point. Toutefois, nous devions l'indiquer, car il vaut mieux s’exposer à perdre quelques lignes, que de passer sous silence une recette qui nous promet des avantages considérables. Si cette recelte n'a pas l'efficacité qu’on lui attribue, on nous tiendra compte de notre réserve; si, au contraire, elle possède cette efficacité, on nous saura gré de l'avoir publiée.
M. Paul Thenard, dans ces dernières années, a conseillé de répandre sur les plantes attaquées par les Altises, de la sciure de bois imprégnée de coaltar ou goudron de houille. À défaut de sciure, rien n’empécherait de mélanger Île coaliar avec de la terre légère. Les résultats ne sont pas aussi concluants qu'on l'avait affirmé. |
- On a recommandé aussi de se servir de la brouette de Hamer ou puceronien, espèce de petite charrette, dont
le fond rapproché de terre est enduit de goudron minéral
ou végétal. Au passage de l'instrument, les Altises sautent et se collent au goudron. On reproche à ce moyen d’exiger trop de main-d'œuvre.
On a recommandé d’arroser fréquemment les semis attaqués. Le procédé est excellent, car les Altises n’aiment pas l’eau, mais il n’est ni expéditif, ni économique.
M. le docteur Candèze nous dit : — « Il paraît que l’infusion d’absinthe répandue sur les plantes, chasse les Altises d’une manière complète. » On fait bouillir de l’eau dans une chaudière; puis, dès qu’elle bout, on y met autant de livres de tiges et de feuilles d’absinthe qu’il y a de seaux d’eau dans la chaudière. On retire cette chaudière du feu; on laisse infuser deux ou trois heures; on ajoute même à Vinfusion quelques onces d’aloès hépatique, et lorsque le liquide est refroidi, on arrose le semis.
Beaucoup de cultivateurs se contentent de saupoudrer les jeunes plantes avec de la cendre vive de bois ou de la chaux en poudre. Quelquefois, on réussit, mais très souvent ces procédés n’ont pas l'efficacité désirable.
M. Ch. Goureau nous dit : — « On a recommandé d’arroser les plantes envahies par ces insectes avec un liquide formé d’un mélange de 1 kil. 250 gr. de savon noir, ! kil. 250 gr. de soufre, À kil. champignons de bois ou de couche et 60 litres d’eau. On met d’abord dans 30 litres d’eau le savon et les champignons concassés; on fait bouillir dans 30 litres d’eau le soufre renfermé dans un sachet de toile; on mélange les deux liquides, qu’on laisse fermenter jusqu’à ce qu’il s’en élève une odeur infecte; AS on arrose avec cetle eau.
- Enfin, il nous est arrivé de chasser les Altises qui couxraient des Choux repiqués, au moyen d’un mélange d'urine humaine et d’eau de savon en fermentation; mais nous n'avons pas eu le même succès sur des jeunes Choux de semis.
-Charançon cou sillonné (Ceutorhynchus sulcicollis). —ÇCe Charançon ou Ceutorynche sulsicolle n’a pas été aussi bien étudié qu'il est permis de le désirer, et la preuve de ceci, c’est que les descriptions des entomologistes sont en désaccord entre elles sur quelques points importants.
M. Candèze rapporte qu’il apparaît à la fin de mai; que la femelle pond ses œufs au pied des jeunes Choux; que les larves écloses gagnent les racines, y forment des excroissancés de la grosseur d’un pois où elles passent l’été et l'automne; qu'elles en sortent et restent en terre à l’état de nymphes pendant les mois de décembre et janvier.
M. Goureau nous dit, de son côté, que le Charançon cou sillonné n’apparaît à l’état d’insecte parfait qu’au commencement de juillet au lieu du mois de mai, que cet insecte parfait a 3 millimètres de longueur, qu’il est noir et recouvert d’une pubescence gris jaunâtre, que son rostre est long, que sa tête et son corselet sont ponctués.
Quoiqu'il en soit, 1l reste parfaitement démontré que le petit Charançon dont il est question ici, perce les tiges de Choux, que la femelle pond un œuf dans chaque trou, que cet œuf donne naissance à une larve blanche, que cette larve vit aux dépens de la substance du Chou et reste courbée dans sa cellule, que la sève gènée dans son parcours s’amasse autour de chaque cellule et forme un renflement
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tuberculeux qui porte encertains endroïts le nom de boulet, et que ces renflements sont parfois très nombreux, et d'autant plus que la plante a plus souffert dans sa végétation, par une cause quelconque. Il reste également démontré que la larve ou ver du Charançon sort de sa cellule après son complet développement, descend dans le sol et s’enveloppe de particules terreuses, que dans cette enveloppe, elle se transforme en nymphe, puis au bout d’un certain temps en insecte parfait. Or, il est clair, d’après cela, que la larve du Charançon cou sillonné ou Ceutorynche sulsicolle est bien celle qui détermine des tubercules sur la tige de nos Choux, et que MM. Moreau et Daverne ont . dû commettre une erreur en attribuant la chose à ce qu'ils appellent le ver gris. D'après Bosc le ver gris, de nos maraichers est la chenille de la Noctuelle potagère; d’après M. Boisduval, c’est la chenille de la Noctuelle des moissons (agrotis segetum); d'après M. Guénée, c’est la chenille d’une autre Noctuelle (agrotis exclamationis). Au résumé, le ver gris est certainement la chenille plus ou moins grise d’un papillon, d’une Noctuelle, et cette chenille qui atteint de 40 à 50 millimètres ne saurait être confondue avec une larve de Charançon dont la plus grande longueur ne dépasse pas 4 millimètres et qui est de couleur blanche. On voudra bien remarquer d’ailleurs que le ver gris coupe les plantes au collet, tandis que la larve du Charançon cou sillonné détermine seule des tubérosiiés galeuses sur la tige des Choux ou à la partie supérieure des racines de Navets.
Maintenant qu'il n’y a plus de confusion possible et que nous connaissons l’insecte auquel nous avons affaire,
il faut se demander s’il existe des moyens de prévenir ou de combattre ses ravages. Or, selon nos propres observa-
tions, les Choux les plus exposés aux attaques du Charançon
cou sillonné, sont ceux qui ont le plus souffert dans le cours de leur végétation, notamment de la sécheresse. Nous en avons eu la preuve avec des Choux-fleurs. Une année, à Saint-Hubert, une planche de nos Choux-fleurs fût trèsnégligée parce qu'elle était éloignée du puits, tandis que d’autres planches, rapprochées de ce puits, reçurent de Veau en quantité convenable; eh bien, les Choux de la planche négligée se couvrirent à leur collet d’un nombre prodigieux de renflements, tandis qu'il ne s’en produisit pas un seul sur les collets des Choux des autres planches. Une seule observation n’a pas grande valeur, nous le savons; cependant, celle-ci est significative.
On a conseillé de rouler très énergiquement les terrains infestés par les larves du Charançon, et de pratiquer ce roulage en décembre et janvier, époque où l’insecte est à l’état de nymphe. Ces nymphes de Charençons sont trèsmolles, peu enterrées, et l’on comprend, en effet, qu’une forte pressicn exercée à propos puisse en écraser un grand nombre.
Charancçon chlore. Bosc a parlé d’un autre Charançon dans les termes suivants : — « Il ale dessus du corps d’un vert obscur ou d’un bleu noirâtre, et le dessous noir. Sa larve vit dans le tronc des Choux, qu’elle perfore dans tous les sens. |
« Cet insecte n’avait encore été observé que par les naturalistes, et passait même pour rare parmieux, jusqu’à l’an-
ri
née 1804, qu'il a infesté les jardins de Versailles et environs, au point de réduire à moitié la récolte des Choux. L'insecte parfait les couvrait en mai, et sa larve les minait déjà en juin. Les Choux qui en étaient médiocrement attaqués étaient petits, difformes, jaunâtres, sans saveur. Ceux qui l’étaient beaucoup sont morts sur pied ou oni été cassés par les accidents ou l'effort des vents; leur tige, ordinairement si solide, cédait au moindre effort. Cette larve n’attaque point les feuilles. |
« [n'y a que deux moyens de s’opposer aux ravages de cet insecte. C’est au moment où ils s’accouplent, et où, comme je l’ai dit, ils couvrent les feuilles de Choux, de les faire tomber sur des serviettes qu’on étend dessous chaque Chou, et de les brüler. Le second, c’est d’arracher les Choux dont leurs larves dévorent les tiges, avant que ces mêmes larves soient transformées, c’est-à-dire avant le mois d'août, et de les donner à manger aux animaux. Ce dernier moyen diminue, il est vrai, la valeur du Chou; mais l'intérêt de l'avenir oblige d’y avoir recours. »
Æaupins (Elaier). Voici la description qu'en donne M. Ch. Goureau dans son livre sur les Insectes nuisibles : — « Les Coléoptères appelés vulgairement Maréchaux, Toquemarteaux, Taupins, et en latin Elateri, se rencontrent communément dans la campagne et sont faciles à reconnaître à leur forme allongée, étroite et déprimée, à leurs pattes courtes et à leur propriété de sauter, lorsqu'on les place sur le dos, en faisant entendre un petit bruit comme un coup de marteau; 1ls exécutent ce saut pour se retourner et se remettre sur leurs pattes. »
Un peu plus loin, le même auteur décrit ainsi leurs larves : — « Ces larves sont filiformes, allongées, luisantes, à peau écailleuse, de couleur jaunâtre, formées de douze segments, sans compter la tête, qui est aplatie en forme de coin, armée de deux mandibules et pourvue de deux petites antennes de trois articles et de deux palpes de quatre articles; elles ont six pattes thoraciques et un mamelon anal faisant l'office d’une septième patte; le dernier segment d’où sort ce mamelon est plus long que les autres et de forme conique. Ces larves ressemblent beaucoup pour la forme, la couleur et la peau écailleuse, à celles qui vivent dans la farine et qu'on appelle vers de farine, lesquelles produisent le Ténébrion meunier (Tenebrio motor). »
Il existe plusieurs espèces de Taupins, mais celui dont nous avons ie plus à nous plandre, est le Taupin obscur (elater ou agriotes obscurus). a environ 9 millimètres de longueur ; il est brun et couvert d’une pubescence jaunâtre ; sa larve ou ver jaune, comme nous la nommions vulgairement en Ardenne, est deux fois plus longue que linsecte parfait, et passe cinq années en terre dans cet état de larve, car elle se développe lentement. C’est ce qui explique les nombreuses différences de grandeur que l’on observe chez les vers jaunes. Les plus petits sont les plus jeunes, les plus gros sont ceux qui ne tarderont guère à se métamorphoser en Taupins. Ces larves proviennent de petits œufs pondus par les femelles de Taupins. Quand elles ont atteint leur complet développement, elles descendent très-bas dans la terre, se changent en chrysalides vers la fin de juillet ou au commencement d’août, et en insectes parfaits quelques semaines plus tard.
Les naturalistes nous entretiennent bien des dégats que les larves de Taupins font dans les champs de céréales, mais ils gardent le silence sur ceux qu’elles font dans les jardins. Cependant, ils sont considérables, et nous en avons tellement souffert dans nos cultures potagères de Saint Hubert que nous pouvons en parler en connaissance de cause. Il nous a fallu chaque année, défendre pied à pied nos Laïitues, nos Rutabagas, nos Choux en général et surtout les Choux-fleurs, contre ces maudites larves si communes dans l’Ardenne belge et si rares aux environs de Paris.
Les hommes de science ont avancé avec quelque raison que les larves des Taupins ne vivent que de végétaux en décomposition. Cette assertion n’est pas rigoureusement! exacte ; elles attaquent de temps en temps des racines qui se portent bien; elles abandonnent celles des plantes qui viennent de mourir; mais enfin elles ont une préférence marquée pour les plantes qui souffrent. Ainsi, presque tou- Jours, on les rencontre dans les planches du potager après le repiquage, dans l'intervalle qui sépare le repiquage du moment où la reprise a lieu. Alors, il y a altération des tissus végétaux ; 1] y a malaise, 1l y a souffrance; quelques racines pourrissent et vont faire place à d’autres. Elles recherchent non les parties pourries, mais les parties vivantes des plantes maladives ; ce ne sont pas les insectes des morts, ce sont les insectes de ceux qui souffrent.
Nous écrivions ce qui suit à la fin de mai 1856, à l’occasion des larves de l’Élater qui nous donnaient alorsune rude besogne : — « Pour les éviter le plus possible, il convient de bien choisir son moment pour les repiquages, afin que
les plantes souffrent à peine de cette opération. Malheureusement, ne choisit pas qui veut. Une température douce et un temps pluvieux, voilà d'excellentes conditions pour réussir, pour hâter la reprise des végétaux transplantés. Nous avons bien le temps pluvieux, mais nous n'avons pas la température douce : c’est pourquoi la reprise de nos plantes se fait avec une lenteur désespérante; c’est pourquoi leur état de santé ne se rétablit pas selon nos désirs ; c'est pourquoi enfin elles alléchent tant les larves. Il ne se passe pas de semaine que nous n’ayons à déchausser trois ou quatre fois nos végétaux repiqués, pied par pied, et, à chaque fois, nous y rencontrons, à un ou deux pouces en terre, ue deux à cinq vers jaunes. Au fur et à mesure qu’on en fait disparaître, il en revient, et pour peu que cela continue, les frais de main-d'œuvre mangeront la récolte et au-delà.
Nous ajoutions ceci : — « Puisque les plantes maladives
et d’une reprise lente, sont surtout l’objet de la voracité des larves, il serait bon de ne transplanter que des plantes fraiches, et, pour ainsi dire, tout de suite après l’arrachage. De là l'avantage de créer des pépinières chez soi et de ne pas relever des marchant: qui nous livrent des sujets arrachés depuis huit ou quinze jours. En voici une preuve entre mille : — Nous avons, côte-à-côte, des Choux-fleurs venus de Liége et des Choux-fleurs élevés dans nos couches. Les premiers nous ont donné sans exagération de dix à douze vers jaunes par pied; les deux tiers des seconds ont été complétement épargnés. Les premiers sont jaunâtres et languissent; les seconds souffrent à peine. »
On voit par cette citation d’un écrit qui a huit ans de date,
combien nous étions tourmenté par les larves de Taupins, el l’on se demande comment il se fait que les entomoiogisies n'aient pas même songé à les ranger parmi les plus grands dévastateurs des Choux. Quant aux moyens de les détruire, nous ne sommes pas plus avancé aujourd’hui que nous ne l’étions alors; si nous avions encore à nous en plaindre, nous nous bornerions à déchausser le pied des Choux avec la main ou avec un outil, à saisir les larves et à les rompre en deux, au risque de nous salir les doigis au contact de la matière laiteuse qui sort de leur corps.
Eanneton (ÂMelolontha vulgaris). — A l’état d’insecte parfait, le Hanneton commun (grav. 40) ne touche pas aux Choux; mais à l’état de larve il les maltraite un peu, de temps en temps. C'est celte larve (grav. 11) que l’on appelle vulgairement ver blanc, man, turc, et aussi coitereau (cotleria) sur quelques points de la Bourgogne. Nous avons un intérêt évident à étudier le hanneton.
Grav. 40. — Hanneton. Grav. 41. — Larve.
Cet insecte est physiquement trop connu pour qu'il soit nécessaire de tracer son portrait. Nous nous bornerons à dire
qu il apparaît dans le courant de mai et ne disparait qu'à la fin de juin. La femelle recherche les terres meubles, y ouvre avec ses pattes un trou de 10 à 20 centimètres de profondeur, et pond au fond de ce trou, d’après M. Goureau, de -42 à 30 œufs de la grosseur d’un grain de chènevis environ et d’une couleur blanc-jaunâtre. Aussitôt la ponte achevée, la mère meurt dans sa galerie et ne survit guère au mâle qui, lui, meurt après l’accouplement. Les œufs de Hannetons produisent, au bout de cinq à six semaines, de petites larves qui, pendant la belle saison, vivent en famille et aux dépens des racines qui se trouvent à leur portée. Arrive l'hiver, et les larves en question s’enfoncent en terre le plus possible afin d'échapper aux rigueurs de la saison et passent cette saison dans un état d’engourdissement. Au printemps, elles sortent de leur léthargie, se rapprochent de la surface du sol et se séparent. La vie de famille qui a duré quelques mois, est pour toujours rompue; chacune d'elles creuse des galeries et va ainsi à la recherche des racines qui lui conviennent le mieux. Dès que l'hiver s'annonce, toutes s’enfoncent dans les profondeurs du sol, mais isolément. — « À l’automne de leur troisième année, rapporte M. Goureau, elles s’enfoncent plus profondément que de coutume et se creusent une petite cellule dans laquelle elies ne tardent pas à se changer en chrysalides. Cette larve parvenu? à cette période de sa vie a acquis toute sa grandeur. Elle a 45 millimètres de longueur; elle est blanche, arquée, grosse et plissée sur le dos; sa tête est écailleuse, jaunâtre, pourvue de deux fortes mandibules et de deux petites antennes. Le corps est formé de douze segments plissés transversalement, armé despinules sur le dos; le dernier est plus
long, plus gros que les autres, rempli d’une matière noirâtre.
« La chrysalide se transforme en Hanneton à la fin de mars ou au commencement d'avril de la quatrième année. Ce dernier se raffermit peu à peu, prend de la force et se
met à creuser une galerie pour sortir de la-terre et prendre:
son essor. »
Quand on laboure le potager, il va sans dire qu’on doit détruire toutes les larves de Hannetons que l’on rencontre; mais ce moyen n’est pas très-efficace. On a proposé de respecter les Taupes qui, assure-t-on, vivent de ces larves, bien que le contraire ait été soutenu à la suite d'expériences faites à l’Institut de Grignon. Mais alors même que la desiruction serait prouvée, 1l nous semble qu'en encourageant la multiplication des Taupes, on ne ferait que substituer un mal à un autre. Le mieux, à notre avis, serait de détruire les Hannetons pour se préserver de leurs larves, et nous ne nous expliquons pas que les cultivateurs n’aient
point encore eu celte pensée. S'ils voulaient prendre la
peine de se concerter et d'agir en commun dans le sens que nous indiquons, on obtiendrait bientôt des résultats décisifs. La chasse aux Hannetons, pendant le jour, est facile, et en peu de temps, on viendrait à bout de s’en défaure, et, après cela, les défenseurs des Taupes auraient perdu leur principal argument.
&rand Papillon du Chou (Pieris brassicæ). — Le grand Papillon du Chou, que l’on nomme aussi Piéride du Chou (grav. 12), voltige dans nos jardins aussi longtemps que la belle saison dure, et est certainement connu de tous nos lecteurs. Voici son portrait d’après M. Goureau : — «Il